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Les belles soirées du Festival Musical de Namur 2015

Si l’année 2014 semblait un très bon cru pour les concerts de musique ancienne, le programme du Festival Musical de Namur 2015 a placé la barre encore plus haut. Rien que les venues inédites de Vox Luminis et du Huelgas Ensemble auguraient de beaux moments. Récit d’un postulat devenu réalité à travers six concerts choisis.

C’est par un 2 juillet très estival que les Agrémens de Guy Van Waas ont inauguré le Festival. Programme de gala allant de Bach à Mozart, c’était surtout l’occasion de mettre en avant des étudiants issus de l’Institut de Musique et de Pédagogie (IMEP), partenaire du Centre d’art vocal et de musique ancienne (CAV&MA) qui a justement créé vingt ans plus tôt l’orchestre sur instruments d’époque. Un ténor, un contre-ténor et trois mezzos figuraient au programme dont seules les prestations totalement investies d’Aurore Bureau et Raphaële Nsunda - toutes deux dans Mozart - laissaient entrevoir un véritable potentiel soliste, dépassant le caractère encore un peu vert de leurs précédents camarades. Il faut d’ailleurs noter que le public ne s'est pas trompé lors de l’applaudimètre. Cette mise en situation professionnelle nous montrait surtout combien il ne suffit pas d’engager des partenariats entre institutions si cela n’est pas accompagné d’un véritable travail de fond sur la rhétorique baroque et classique, travail sur lequel les conservatoires sont encore trop frileux en dehors de ceux évidemment dédiés à la musique ancienne.
C’est sur la belle Symphonie n°43 dite « Mercure » de Joseph Haydn que les Agrémens ont terminé le concert. De quoi se remémorer qu’un coffret anniversaire vient de sortir chez Ricercar (Outhere Music) dans la collection « Les Pléiades », retraçant sur sept disques les enregistrements marquants de l’ensemble : songeons au beau récital Grétry avec Sophie Karthäuser ou encore aux concertos classiques de compositeurs wallons ayant fait carrière à Paris.

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Attaché à son envie de donner chaque année une carte blanche à un membre du Choeur de Chambre de Namur et donc de faire confiance à la jeunesse, le Festival a peut-être vécu son véritable coup de coeur dès le concert du dimanche 5 juillet avec l’Ensemble Tarentule dirigé par le contre-ténor Cyril Gallois. Autour d’un programme intimiste centré sur le quatrième livre de madrigaux de Carlo Gesualdo (1566-1613) et de quelques contemporains tels que Luca Marenzio, le jeune Claudio Monteverdi ou Giaches de Wert, l’ensemble a délivré une prestation de grande qualité où tant les voix individuelles que leur unité trouvaient la juste peinture des mots. L’Église Saint-Loup n’était peut-être pas remplie pour ce répertoire complexe et intimiste mais elle a visiblement eu un plaisir immense à l’écoute de chaque pièce. Comme quoi les programmes loin des artifices commerciaux et du dandinement superficiel peuvent trouver et fédérer un public. Comme quoi le madrigal ne pardonne rien et peut devenir le temps d'un instant la plus belle musique du monde quand il est aussi bien servi. Il ne reste plus qu'à espérer un avenir radieux à l'ensemble et qui sait un passage par la case enregistrement. C'est tout ce que l'on souhaite à l'écoute de tant de talent et de sincérité.

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Après un jour de repos, place mardi 7 juillet au concert de l’Ensemble Clematis fondé par la violoniste Stéphanie de Failly et accompagné pour l’occasion de la soprano écossaise Susan Hamilton. « Sweet Britania » fut l’occasion d’embrasser un large panel de musique anglaise du 17e siècle, de John Dowland (1563-1626) à Henry Purcell (1659-1695). Si la première partie faisait la part belle à l’univers plus léger et humoristique des consort songs, la deuxième partie était composée d’airs d’opéra et songs de Purcell, le tout rehaussé d’intermèdes instrumentaux. Et c’est bien en premier lieu l’effectif instrumental qui impressionnait : par les couleurs chamarrées des cordes, le continuo cinq étoiles (on oublie trop souvent le fabuleux travail de Quito Gato au théorbe - n’hésitant d’ailleurs pas à sortir son instrument lors du verre d’après-concert) et par la complicité touchante des regards entre Stéphanie de Failly et Leonardo García Alarcón. Tout ceci offrait un bel écrin au timbre frais de la (parfois timide) Susan Hamilton, dont la plainte de Purcell « O let me weep » fut sans nul doute le moment d’exception de la soirée. Plus généralement, elle chanta avec une agilité exemplaire et un malin plaisir, notamment dans ces consort songs, passant d’une voix lyrique à une voix droite suivant les affects et sans perdre ni puissance ni intensité.

Le Huelgas Ensemble était l’invité du lendemain soir. Double évènement puisque l’ensemble se fait rare en Wallonie. Affublé de son légendaire cigare au bec avant les 20h00 tapantes, Paul van Nevel conviait le public à la redécouverte du compositeur Firmin Caron (c. 1440-c. 1495), musicien au service du duc de Bourgogne Charles le Téméraire. Afin de pallier à toute monotonie, le programme fut articulé entre mouvements de différentes messes et chansons profanes. Si les mouvements de messe ont pu mettre en avant l’homogénéité superlative et habituelle du groupe de chanteurs, les chansons montraient combien les belles individualités ne manquent pas. Retenons le superius d’Axelle Bernage qui délivra un chant sensuel, subtil et idiomatique, tout particulièrement dans le rondeau « Hélas ! que pourra devenir mon cueur ». Ce qui frappe à l’écoute de l’ensemble en concert, c’est la justesse, la précision sans faille et ces finales tenues - tendues - sans aucun battement. Mais au-delà du groupe, la musique de Firmin Caron vaut réhabilitation et c’est avec bonheur que l'on attend la prochaine sortie discographique de l’ensemble, consacrée justement à ce programme mis en boite dans les jours suivants le concert. Autre coup de coeur donc, et l'on profitera dès lors pleinement de la chanson combinée « Corps contre corps » aux paroles explicites.

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Quarante-huit heures plus tard, Vox Luminis chantait pour la première fois dans le Festival de la ville qui l’a vu naître. Dans une acoustique plus favorable aux instruments qu’aux voix de l’aveu même de son directeur artistique Lionel Meunier, l’ensemble a proposé en première partie lesMusikalische Exequien de Heinrich Schütz (1585-1672) qui l’ont révélé voici quatre ans grâce au disque paru chez Ricercar. Juste pulsation favorisant la lisibilité, ferveur et lumière que l’expressivité des sopranos ne démentaient pas, l’ensemble a été à la hauteur qu’on lui connait, distillant un souffle, une constante évidence dans une oeuvre complexe où il est facile de s’enliser. La deuxième partie a proposé le Kaiser requiem de Johann Joseph Fux (1660-1741) où se sont invités les instruments du Scorpio Collectief. Du culte luthérien, on passait à la liturgie catholique dans une oeuvre pour double choeur extraordinaire mais encore trop méconnue. Entre contrepoint rigoureux à l’ancienne et artifices dissonants bien de son temps, la musique de Fux fut un nouveau grand moment d’intériorité. Les ingrédients d’une première partie réussie continuèrent sur leur lancée, l’approche réfléchie que Lionel Meunier s’impose à chaque répertoire faisant mouche une fois de plus. Il reste à prolonger l’expérience dans le double disque consacré aux motets de la famille Bach, fraichement sorti chez Ricercar (Outhere Music) en mai.

Enfin, « La dernière nuit » n’aura jamais aussi bien porté son nom. Les petits plats étaient mis dans les grands pour reconstituer les funérailles de la reine Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV. Le public était réparti en forme de parlement anglais afin de profiter visuellement de tous les intervenants : sur scène la Cappella Mediterranea, le Millenium Orchestra, le Choeur de Chambre de Namur et les solistes pour les deux grands motets de Jean-Baptiste Lully (1632-1687) ; à l’opposé, près de l’orgue, l’ensemble Psallentes pour le Requiem de Charles D’Helfer (1598-1661) et enfin au milieu la Chaire pour le sermon de Bossuet. Programme idyllique donc pour clôturer le Festival, enchainé d’une seule traite. Il reste que de tout ceci, seuls les grands motets de Lully eurent l’impact escompté, le contraste voulu avec la sobriété du Requiem de D’Helfer n’étant pas maximal, la faute à une Église Saint-Loup peut-être pas idéale pour ce type de pratique. Et l’on est d’autant plus malheureux que c’était l’ensemble Vox Cantoris qui officiait lors de la première de ce programme en France à la Basilique de Saint Denis. Rien ne sert de comparer un ensemble composé exclusivement de voix d’hommes et un ensemble de voix mixtes mais les premiers semblaient plus judicieux et plus caractéristiques pour ce répertoire. Malgré ces réserves, il faut souligner l’excellente brochette de solistes appelée pour les grands motets de Lully ; mentionnons spécialement la soprano Judith van Wanroij, la haute-contre Mathias Vidal et la basse-taille Thomas Dolié, emportés par un Millenium Orchestra qui ne demande qu’à se rôder et un Choeur de Chambre de Namur toujours aussi professionnel, tous deux dirigés par Leonardo García Alarcón.

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Voilà qui referme un Festival Musical de Namur 2015 dont il faut souligner une fois de plus l’extrême qualité artistique, les différents répertoires abordés et l’accueil toujours aussi chaleureux de ses bénévoles. L’on sait déjà que l’année 2016 verra à l’affiche les deux succès Falvetti de Leonardo García Alarcón. Gageons que le reste du programme sera d’aussi belle facture que cette année, avec sa part de découvertes et de noms incontournables.

Frédéric Degroote                                                      

 

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Pour aller plus loin :

Le coffret anniversaire des Agrémens « La Symphonie Parisienne » (2015 Ricercar - RIC 357) peut être acheté ICI.

Le dernier double disque de Vox Luminis consacré à l’intégrale des motets des ancêtres de Johann Sebastian Bach (2015 Ricercar - RIC 347) peut être acheté ICI.
Le disque Schütz est toujours disponible ICI.

Le concert du Huelgas Ensemble fut retransmis par Musiq3 et peut être écouté ICI.

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