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« Les Bienveillantes » de J . Littell ne finira jamais d’être relu

La mémoire mise au travail et le roman de J. Littell

Il est possible que ce roman, les Bienveillantes , soit un des premiers grands livres du XXI ème siècle : un livre hors norme de 900 pages compactes. C’est un livre trés difficile à lire. Même si le lecteur s’accorde du temps et du courage il en sortira fourbu , exténué, interloqué et perplexe. En changeant de siècle et de nouvelle économie psychique , en passant de la névrose à la perversion, on est passé de l’ ère de la victime à l’ ère du bourreau. Le récit, dense, aride parfois, pourrait engendrer, une fois encore, la fascination pour la barbarie. En transposant dans son roman l’immense documentation qui existe sur cette époque, J. Littell suscite l’envie de savoir, le désir d’ Histoire, la volonté de comprendre l’une des pages les plus complexes et les plus prégnantes du siècle passé. Les lecteurs pensent trouver ce qu’ils cherchent dans Les Bienveillantes, car J. Littell revendique un implacable et irréprochable réalisme historique. Si l’ Histoire est convoquée, c’est la magie de l’écriture qui opère. Le lecteur qui voudra en savoir plus devra se mettre au travail. Il faudra du temps pour apprécier cette oeuvre.

Le roman inclassable de Jonathan Littell est le récit, pour faire littérature, d’un homme pas trés ordinaire, Maximillien Aue ( personnage fictif et narrateur ) . Son roman familial infiltre ses réflexions, ses attitudes et actions criminelles. Il est amoureux de sa soeur jumelle, Una, et homosexuel dans ses choix. L’image d’un homme torturé s’installe dans l’esprit du lecteur. Intelligent, cultivé, esthète, obstiné, il sera un officier supérieur de la SS qui aura bien de la chance malgré les situations les plus graves et les plus terribles de sa vie. Un juriste nazi courageux et pédant qui écrit des rapports inutiles à la chaine, omniprésent sur les chantiers de la mort . Ce thanatologue participera au judéocide européen , sans que ses paroles traduisent un antisémitisme haineux , présent lors des tueries massives en Ukraine , en Russie, en Hongrie.


La parole de Max Aue est une parole vraie qui peut révéler ses propres abîmes. Il laisse à ceux qui l’entendent, la tâche impossible d’une interprétation. Le roman de Littell ne livre pas à ses lecteurs le « pourquoi » de l’holocauste. Claude Lanzmann nous mettait en garde contre les exercices académiques qui promettent une explication de la Shoah. Ces abstractions, en effet, n’ont souvent réussi qu’à émousser ou à travestir l’événement oblitérant la réalité sans parvenir à clarifier quoi que ce soit. On ne fouille pas aisément la psyché des exécuteurs ( qui, d’ailleurs, ne parlent pas) . Lanzmann lance cet ultime avertissement en citant Primo Levi qui, détenu à Auschwitz, entendit un garde S.S. proférer « Hier ist kein Warum  »). Le regard de Max Aue est plus énigmatique et engendre un malaise.

J. Littell écrit en français , en imitant cette langue du III ème Reich, mais sans la connaissance intime de la langue allemande, que l’ensemble des judaïsmes de la Mitteleuropa avaient tous placée en position de langue supposée du savoir

( Wissenschaft - Judentumswissenshaft ) . Le texte est avant tout un objet littéraire. C’est d’abord un travail d’écrivain. L’habillage historique est quasiment sans faille, saturé par la masse documentaire . L’histoire personnelle subjective de Max Aue, est fragmentée, dispersée à travers tout le livre. C’est le moteur du roman, branché directement sur l’inconscient de l’auteur et celui du lecteur. Les faits intimes sont contradictoires, changeants , rêvés , fantasmés, hallucinés, refoulés.

Ce roman est comme une tentative d’approche du Réel lacanien . La notion de «  réel » a souvent été employée pour expliquer l’impossibilité d’expliquer . C’est un lieu symbolique où jamais aucun humain n’a, n’a eu, ni n’aura accès. C’est l’endroit où se trouvent archivés à foison tous les outils nécessaires à l’exercice de l’art. C’est la demeure des trois grands « A ». L’Art, l’Autre et l’Amour. On y trouve en nombre infini, toutes les lettres nécessaires à l’écriture d’un roman... Plus vous en utilisez, plus il y en a ! .

Antivolt



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Pallaké (---.---.---.105) 15 janvier 2007 15:37
    Pallaké

    Je ne comprends vraiment pas pourquoi certaines personnes partent sur le principe qu’ils ne liront pas un livre ou n’iront pas voir un film et qui d’après ce qu’ils en ont entendu ou lu se permettent de juger. A mon sens qu’on ne lise pas les bienveillantes par exemple est un choix mais alors qu’on ne commente pas ce livre. Une personne comme Serge Klarsfeld que cette histoire touche au plus haut point a eu la décence de déclarer qu’il ne lirait pas ce livre et que par conséquent il ne le commenterait pas. Concernant le roman en lui-même, je trouve cela dommage qu’on se focalise sur l’aspect bourreau au travail, le personnage n’est pas en charge directe des massacres et quand il lui arrive d’y assister on ne peut pas dire que cela le réjouit. L’antisémitisme qu’il avance est celui d’un homme de sa position. Et quand à sa « pervertion », je trouve cela navrant de voir des personnes parler de « pervert déséquilibré paranoiaque » alors que le personnage est rongé par un amour impossible et en devient homosexuel par fidélité. Bref, certes le sujet est polémique mais il y a déjà eu des ouvrages sur le sujet (La mort est mon métier, les mémoires des criminels nazis...), l’antisémitisme de Céline n’empêche pas d’en faire un géni reconnu alors que là seul le personnage est antisémite (et c’est normal vu sa position), non tous les critiques devraient au moins s’accorder sur le point que c’est un roman extraordinnaire racontant un homme atypique dans un contexte extraordinnaire.

  • Par (---.---.---.108) 15 janvier 2007 14:52

    Pouvez-vous m’expliquer sur quelles bases vous avez pris la décision de ne pas lire le livre ? des commentaires dans la presse ? des recommendations d’amis ? autres ?

  • Par Antivolt (---.---.---.44) 16 janvier 2007 11:12

    Christian Ingrao ( Agrégé et docteur en histoire, directeur adjoint de l’Institut d’histoire du temps présent, maître de conférences à Sciences-Po) « Il est parfaitement légitime que la fiction s’empare d’un sujet pareil. Elle le fait avec ses forces et ses faiblesses. Ses forces : elle fait passer les sensations, les affects, les jeux mémoriels, elle transmet une expérience, quand le livre de l’historien, lui, reste analytique. La faiblesse de Jonathan Littell est malgré tout de rater l’émotion nazie, moteur du passage à l’acte. « J’ai fait ma thèse exactement sur le même sujet, ces intellectuels nazis du service de renseignements SS, qui ont pris les armes, ont tué des femmes, des enfants. Ce qui fait passer ces hommes à l’acte, c’est l’angoisse et la haine. C’est aussi la ferveur, l’utopie, dans laquelle l’extermination des Juifs est la condition sine qua non pour la germanisation des territoires occupés : ils pensent : « C’est eux ou nous » ; ils pensent aussi : « Il faut les tuer pour créer notre rêve. » Cette ferveur, qu’on sent dans les moments d’effondrement des stratégies de défense, au cours des instructions et des procès des responsables nazis, on ne la voit malheureusement jamais dans les Bienveillantes . Jonathan Littell a vraiment très bien travaillé, même s’il y a des sources qu’il n’a pas consultées. Il a réussi la vie intime de son personnage, pas l’émotion collective. « J’ai cependant une vraie sympathie pour ce roman. Je ne suis pas d’accord avec l’argument du voyeurisme. Le voyeurisme est un concept précis, il s’agit d’une perversion. C’est une étiquette-arme utilisée pour invalider sans discussion le livre. Mais ce n’est pas ce qui se passe avec les Bienveillantes. Il y a plutôt un phénomène de sidération. Je connais ce type de réactions. J’ai les mêmes lorsque je fais un exposé en public : les gens sont silencieux, ils viennent me dire qu’ils sont très intéressés, mais ils ne posent pas de questions. Une sorte de béance (maxillaire).

    Denis Peschanski ( historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, directeur de recherches au CNRS) . s’ ’interroge sur la signification du succès du roman « Les Bienveillantes » , qui a commencé bien avant l’attribution du prix de l’Académie française et du Goncourt. S’agit-il du temps long d’une fascination récurrente pour la barbarie ? S’agit-il du temps long d’une passion française pour la Seconde Guerre mondiale ? Ou bien ce livre et son succès sont-ils révélateurs d’un changement de registre mémoriel ? « Pour aller au plus simple, au lendemain de la guerre, c’était le moment du résistant ; dans les années 80, on est passé dans l’ère de la victime. Et depuis deux ou trois ans on voit d’un côté une concurrence des victimes, avec une multiplication des porteurs de mémoire au nom de la victimisation, et, de l’autre, une certaine saturation de l’opinion. Ce qui fait qu’on peut se demander si le succès de cet ouvrage, au-delà de tout jugement sur sa qualité littéraire, n’ouvre pas un autre registre mémoriel. Entre-t-on dans l’ère du bourreau ? Assiste-t-on à une diversification des genres : on parle de la victime, mais aussi du bourreau, du spectateur ? Ou bien est-ce une clôture sur une autre figure, la figure du bourreau ? Quoi qu’il en soit, je ne suis pas convaincu qu’on ait beaucoup à gagner en sacralisant certains événements et en interdisant certaines formes d’expression sur ces événements, en l’occurrence la Shoah. »

    Bruno Blanckeman, professeur de littérature française à l’université de Rennes II, est l’auteur des Fictions singulières (Prétexte Editeur) et codirecteur du Roman français au tournant du XXIe siècle (Presses Sorbonne nouvelle). « Je suis à la fois admiratif devant la gageure ­ l’auteur a assimilé une matière historique énorme ­, et gêné, car ce roman est très académique. « Jonathan Littell s’inscrit dans le champ de la fiction d’aujourd’hui. J’y retrouve cette préoccupation d’un tournant de siècle : on s’approprie les archives les plus fortes du siècle achevé. A partir de la fin des années 80, on voit beaucoup de romans qui tournent autour des deux guerres. Je mets à part Patrick Modiano, qui a accompagné le retour du refoulé. Régulièrement, des auteurs s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale (Lydie Salvayre, Marc Lambron...) ou à la Première (Alice Ferney, Philippe Claudel...). Cela correspond à une volonté de relire l’Histoire, ou de la piller, je ne sais pas ; c’est peut-être une réévaluation de la question éthique.« Je remarque aussi que la figure du monstre resurgit, que l’on montre dans sa proximité. Voyez l’Adversaire, d’Emmanuel Carrère. Je m’explique mal le succès des Bienveillantes . Il y a sans doute une attirance pour ces problématiques-là, le monstre proche, une Histoire qu’on croyait canonique et qu’on traverse par le biais d’un destin unique. Il y a peut-être également une lassitude vis-à-vis des oeuvres hyperminimalistes. « Dans les débats qui ont entouré la sortie du livre, il me semble que Claude Lanzmann a posé une bonne question : qu’est-ce qu’on va retenir de ce livre ? Il sera intéressant de connaître la composition du lectorat. Quelle tranche d’âge se sent concernée ? »

  • Par Arturo Bandito (---.---.---.91) 16 janvier 2007 09:16
    Arturo Bandito

    Je suis toujours attristé quand j’entends quelqu’un dire qu’il ne lira pas « Les Bienveillantes ». Les raisons de ce refus sont rarement bien-fondées d’ailleurs mais basées sur des articles vite lues, des discussions télévisées entraperçues.

    L’absolu nécessité de lire ce roman en plus des ouvrages de référence de Browning, Hilberg et autres est justement de vous plonger dans le cerveau de ce nazi. Car ne nous y trompons pas même si Aue n’est pas un antisémite fanatique, il est antisémite, raciste et profondément épris intellectuellement de culture fasciste.

    Chaque page que va finir le lecteur aura été une lutte contre l’envie de voir son « héros » réussir : une mission, sa carrière, sa vie sentimentale, etc.

    Le mérite (énorme) de Littell est là : vous rappeler que la vie est chaque jour un arbitrage entre morale et satisfaction personnelle. Combien renonceraient à leurs avantages matériels et aux honneurs si notre système devenait totalitaire, génocidaire ? Chaque jour nous faisons des compromis avec une morale supérieure. Littell nous rappelle que d’autres l’ont fait avant nous et sont devenus les plus grands criminels de l’histoire de l’humanité.

Réactions à cet article

  • Par Radnor (---.---.---.91) 15 janvier 2007 13:46

    Mouais

    J’ai lu le bouquin de bout en bout et je pense que l’aspect « vie privée » du « Doktor Auwe » est totalement superflu.

    On finirait presque par croire que, in fine, pour être un « allgemeine SS » il faut avoir de sérieux problèmes psychologiques.

    Cet aspect du livre le déforce considérablement et je pense que si la description de sa vie avait été plus standard ( avec une femme et des enfants aimés ) le propos aurait été plus percutant dans le style « monstre au boulot ange à la maison ».

    D’après ce qu’on sait des nazis il semblerait que la plupart étaient de bon pères et époux attentionnés tout en exterminant avec zêle et sans le moindre remord les personnes « indésirables ».

    Bref, si quelqu’un connait J. Littell il devrait lui suggérer amicalement de réécrire la partie vie privée du « Doktor » dans une version 2.0 du livre.

    • Par Antivolt (---.---.---.45) 15 janvier 2007 16:08

      Le Mal est-il un effet de la perversion ou celui de la gratuité ? Beaucoup de commentateurs ( Michel Terestchenko , Alain Finkielkraut ) sont mal à la l’aise devant la gratuité de certains discours, de certaines actions de Max Aue.

    • Par Antivolt (---.---.---.46) 15 janvier 2007 21:01

      « On oublie que la force de la littérature tient au caractère exceptionnel de ses personnages. Elle aborde l’Histoire par la bande et se sont souvent des marginaux ou des pervers comme Vautrin ou Bardamu qui offrent le mieux accés à la réalité d’une époque. Peut-être même que seul un personnage atypique idéaliste, disent certains, pourrait faire office de passerelle entre nous , lecteurs humanistes du XXIe siècle et eux les nazis. » Paroles des auteurs de « l’écriture génocidaire » citées par Nathalie Crom de Télérama dans l’émission « Répliques » de France Culture.Vautrin , Bardamu, Max Aue ?

    • Par Pallaké (---.---.---.219) 16 janvier 2007 09:35
      Pallaké

      « J’ai lu le bouquin de bout en bout et je pense que l’aspect »vie privée« du »Doktor Auwe« est totalement superflu. »

      C’est un roman !!!!! Le personnage a le droit d’avoir une vie privée ! Sinon des ouvrages historiques expliquant les rouages du système SS, il en existe des vrais (sans histoire de fesses ni rien juré !).

    • Par Antivolt (---.---.---.47) 16 janvier 2007 19:09

      « Les Bienveillantes » n’est pas un livre qu’on peut « aimer » , qu’on emporterait sur un île déserte ou que l’on rangerait précieusement au cœur de la bibliothèque. Mais j’avoue l’avoir lu 3 fois - 2 fois en prenant des notes - avec les mêmes émotions , mais sans la fascination morbide que certains ont dénoncée. Je n’ai pas ressenti le malaise dont parlent Alain Finkielkraut et Michel Teretschenko et d’autres. Je ne déplore pas la rareté de l’humour ( il y en a , mais il faut chercher) : c’est un livre sérieux , qui prend l’Histoire au sérieux. J’ai ressenti le puissant souffle narratif , je me suis représenté des descriptions très belles et d’autres pornographiques ( je parle ici de l’obscénité de la mort) , j’ai apprécié les personnages romanesques , les faire valoir , les interlocuteurs de Max Aue. Je ne me suis pas identifié à lui et je n’ai pas ressenti de la sympathie pour lui. Mais l’émotion passe , avec douleur avec tristesse. La marionnette de Littell , on a envie de la suivre jusqu’au bout et voir ce qui lui arrive ( son corps vivant est malmené , troué, malade et son esprit n’est pas épargné ) On est captivé par ce qu’il fait , ce qu’il devrait faire. On est dans un gigantesque fantasme ( et non pas un canular comme déjà dit, ailleurs).On peut voir le roman comme le dernier rapport de Max Aue , avec ses aspects ennuyeux et ses éclairs de génie. Il y a un travail sur les mots , les signifiants , les signifiés , les significations , les signes. Il y a un travail sur les pulsions : pulsion scopique (il voit et ne voit pas ) , pulsion auditive, la faim , la soif , l’excrétion. Il y a ce qui ne se fait pas , il y a ce que Max ne fait pas, même et surtout dans sa vie intime. Le Réel , le surréel , l’imaginaire , le fantastique, la Mort , la Chance sont convoqués.Les victimes ne sont pas oubliées et leurs souffrances sont décrites comme jamais ailleurs elles n’avaient été écrites. Ce n’est pas un docu-drama , c’est vraiment un livre hors norme. Personnellement j’ai été « soufflé » par l’écriture , la documentation historique , la « présentification » de la Shoah , le surmenage démentiel des bourreaux, la folie raisonnante bureaucratique . Quant à l’aspect psychologique j’ai été frappé par l’effet de moiré ( ces interférences visibles dans les rideaux ) créé par la superposition de la structure fictive de Max Aue et la structure psychique supposée de Jonathan Littell. Le résultat est un peu étrange avec des accrocs dans la narration ( ralentissements , accélérations ) , dans les démonstrations etc... J’ai même noté un passage où Littell parle, avec la terminologie actuelle, des trous noirs chers à J.P Luminet , anachronisme dont je me fous complètement ( comme des anglicismes , belgicismes etc... dénoncés dans les « Malveillantes » de Paul Eric Blanrue ). Je n’avais rien lu d’aussi impressionnant , dans le domaine du roman, depuis 20 ans.

  • Par pingouin perplexe (---.---.---.53) 15 janvier 2007 13:52

    Votre propos est intéressant, pour parler d’un roman que beaucoup, dont je fais partie, décideront de ne pas lire. Comment apprécier un roman dans lequel le « lasciate ogni speranza » s’inscrirait en lettres de plomb, et non comme allégorie, invitant à penser au delà, et par delà. L’expression « hier ist kein warum » présente de curieuses similitudes avec un propos de Silésius concernant le « sans pourquoi ». En littérature, d’aussi tragiques déplacements ne sont malheureusement pas rares. Voir, par exemple, le très beau Lied wom Kindsein de Peter Handke, et les options qui se sont avérées être les siennes. Il me semble clair que la nouvelle économie psychique à laquelle vous faites référence, qui procéderait du primat de la jouissance, aurait probablement pour corrélat de dissiper la vigueur critique à l’encontre de la barbarie. Comment réagir ? : dire basta en ce qui concerne les productions glauques. Comme quoi... il serait peut être bien plus vivant de placer son économie libidinale sous le primat du désir. Quoi ? Pas évident à vivre en des temps d’argent roi, sujets plus ou moins « homeless », déterritorialisés et ce que l’on voudra ? Ce que j’aime bien, je vous le dit tout net : ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, et que l’on peut bien préférer à une littérature qui...« laisse à désirer ». Bref, les histoires, sans romans (parce que la littérature capte tout de même pas mal de névroses), entre un homme et une femme qui se plaisent, ça c’est le pied ! smiley

    • Par (---.---.---.108) 15 janvier 2007 14:52

      Pouvez-vous m’expliquer sur quelles bases vous avez pris la décision de ne pas lire le livre ? des commentaires dans la presse ? des recommendations d’amis ? autres ?

    • Par Antivolt (---.---.---.45) 15 janvier 2007 15:57

      Raconter le mal, est-ce l’exorciser ou en prolonger l’existence ? Je crois que beaucoup de lecteurs potentiels craignent de revenir de cette lecture non pas meilleurs mais pires.

    • Par zen (---.---.---.38) 15 janvier 2007 17:12
      ZEN

      @ Pingouin

      Bonjour

      Je n’ai pas bien saisi tout le sens de ton commmentaire. Je ne suis pas lacanien...Pour ma part, après un moment de réticence, aprés avoir relu certaine pages de A.Arendt, m’être longtemps attardé sur le retour introspectif du héros au début du livre, sur lequel je suis souvent revenu, j’ai plutôt eu tendance à voir dans le récit un exorcisme (un peu comme une dans une tragédie grecque). Même si l’insistance sur la sexualité particulière du héros est assez pesante et ne révèle en rien l’« allgemein SS » dont parlait un intervenant.Mais sans recul suffisant, que peut apporter une telle lecture ? je me le demande

    • Par Antivolt (---.---.---.46) 15 janvier 2007 18:02

      Oui , il y a des choses qu’il faut vivre sans que la vie soit un roman ( ceci est le domaine du fantasme ... qui un rempart contre le Réel et son horreur ).

  • Par Pallaké (---.---.---.105) 15 janvier 2007 15:37
    Pallaké

    Je ne comprends vraiment pas pourquoi certaines personnes partent sur le principe qu’ils ne liront pas un livre ou n’iront pas voir un film et qui d’après ce qu’ils en ont entendu ou lu se permettent de juger. A mon sens qu’on ne lise pas les bienveillantes par exemple est un choix mais alors qu’on ne commente pas ce livre. Une personne comme Serge Klarsfeld que cette histoire touche au plus haut point a eu la décence de déclarer qu’il ne lirait pas ce livre et que par conséquent il ne le commenterait pas. Concernant le roman en lui-même, je trouve cela dommage qu’on se focalise sur l’aspect bourreau au travail, le personnage n’est pas en charge directe des massacres et quand il lui arrive d’y assister on ne peut pas dire que cela le réjouit. L’antisémitisme qu’il avance est celui d’un homme de sa position. Et quand à sa « pervertion », je trouve cela navrant de voir des personnes parler de « pervert déséquilibré paranoiaque » alors que le personnage est rongé par un amour impossible et en devient homosexuel par fidélité. Bref, certes le sujet est polémique mais il y a déjà eu des ouvrages sur le sujet (La mort est mon métier, les mémoires des criminels nazis...), l’antisémitisme de Céline n’empêche pas d’en faire un géni reconnu alors que là seul le personnage est antisémite (et c’est normal vu sa position), non tous les critiques devraient au moins s’accorder sur le point que c’est un roman extraordinnaire racontant un homme atypique dans un contexte extraordinnaire.

  • Par gem (---.---.---.250) 15 janvier 2007 18:44

    Personnellement, j’ai abordé ce livre comme d’habitude : en ouvrant au hasard une page. Je suis tombé sur une scène où les nazis creusent des fosses pour massacrer, et tombent à chaque fois sur des fosses du NKVD. Je ne sais pas quelle était l’intention (rendre compte de faits réels ? effet comique macabre ? exposé des réactions que ça inspire au personnage principal ? insister sur le coté bonnet-blanc-bonnet du communisme et du nazisme ? ), mais j’ai trouvé ça raté : ça ne m’a rien inspirer du tout, ni dégout ni rire, ni reflexion nouvelle. Il ne suffit pas d’exposer des faits réels pour être « vrai ». Le style ne m’a pas plu, la langue approximative et pas spécialement gouteuse (contrairement à celle de Céline, maitre de l’horreur dont on sait qu’il était passé du coté de la « force obscure ») ; et .

    Le « buzz » insiste beaucoup sur la « découverte » qu’on pouvait être nazi massacreur tout en restant « ordinaire » ou « hautement cultivé » : mais pour moi ça n’est pas une découverte, c’est une trivialité. Pour l’instant, je n’ai aucune raison de lire ce roman (et pas plus de raisons de le trouver nul ou sans intérêt, contrairement à d’autres auquels il n’est pas utile de fair de la pub, même négative).

    La meilleure réaction, pour moi, c’est celle que j’ai croisé sur un tract au coin d’une rue, que j’ai lu parce que j’avais déjà lu des choses intellignetes de l’auteur (le titre et l’image étant sans intérêt) :

    http://marc.edouard.nabe.free.fr/et...

    • Par Antivolt (---.---.---.46) 15 janvier 2007 20:46

      A propos du tract de Marc -Edouard Nabe : Les ravages du style célinien, qui passait le message génocidaire comme en contrebande, se sont fait sentir jusque bien après la guerre, bien que bridés par la loi et l’absence de talent, sous la plume de négationnistes comme Paul Rassinier et Roger Garaudy, ou de « rouge-brun » tels que Jean-Edern Hallier et Marc-Edouard Nabe. Et de constater qu’aujourd’hui encore, le discours antisioniste, qui a achevé sa mondialisation, fait des Juifs, comme soixante ans auparavant et pour de tout autres raisons, dans un tout autre contexte, des cibles potentielles, où qu’ils se trouvent dans le monde.

  • Par Arturo Bandito (---.---.---.91) 16 janvier 2007 09:16
    Arturo Bandito

    Je suis toujours attristé quand j’entends quelqu’un dire qu’il ne lira pas « Les Bienveillantes ». Les raisons de ce refus sont rarement bien-fondées d’ailleurs mais basées sur des articles vite lues, des discussions télévisées entraperçues.

    L’absolu nécessité de lire ce roman en plus des ouvrages de référence de Browning, Hilberg et autres est justement de vous plonger dans le cerveau de ce nazi. Car ne nous y trompons pas même si Aue n’est pas un antisémite fanatique, il est antisémite, raciste et profondément épris intellectuellement de culture fasciste.

    Chaque page que va finir le lecteur aura été une lutte contre l’envie de voir son « héros » réussir : une mission, sa carrière, sa vie sentimentale, etc.

    Le mérite (énorme) de Littell est là : vous rappeler que la vie est chaque jour un arbitrage entre morale et satisfaction personnelle. Combien renonceraient à leurs avantages matériels et aux honneurs si notre système devenait totalitaire, génocidaire ? Chaque jour nous faisons des compromis avec une morale supérieure. Littell nous rappelle que d’autres l’ont fait avant nous et sont devenus les plus grands criminels de l’histoire de l’humanité.

  • Par Patrick Dussert-Gerber (---.---.---.52) 16 janvier 2007 09:28

    Cet article est remarquable. Plusieurs choses :
     Pour Pallaké qui répond à Pingouin : je suis d’accord sur le fait que l’on n’a pas à critiquer (en bien ou en mal) un livre que l’on n’a pas lu. On se forge son opinion par soi-même, pas par les ouï-dire.
     Ce livre est un livre, rien de plus, et certainement -en-dehors du fond- l’un des plus beaux essais sur la forme depuis une vingtaine d’années. Un vrai livre, un vrai roman. L’écriture est à la fois sensible et extravagante, puissante et le « timing » (le script) parfaitement maîtrisé. Il nous sort d’une littérature simpliste et nombriliste qui nous abreuve depuis un bon bout de temps (d’Angot à Picouly).
     Enfin, pour d’autres commentateurs (Antivolt...), je trouve au contraire que l’on ressort de ce livre avec une force supplémentaire pour lutter contre de telles horreurs. Il permet de ne pas fermer les yeux, de comprendre que cela était comme cela pour ces nazis, « naturel »... c’est une sacré façon de nous renvoyer aux abîmes qui sommeillent au fond de chacun d’entre nous. Raison de plus pour lire Les Bienveillantes.

    • Par Pallaké (---.---.---.219) 16 janvier 2007 09:59
      Pallaké

      « Ce livre est un livre, rien de plus, et certainement -en-dehors du fond- l’un des plus beaux essais sur la forme depuis une vingtaine d’années. Un vrai livre, un vrai roman. »

      Bravo, enfin un avis raisonnable. Et a tous ceux qui parlent d’une débauche de pervertion... Le nombre des rapports sexuels du personnage se comptent sur les doigts de la main !!! Au contraire, il refusent bon nombre d’aventures par amour et se démarque de ses petits camarades de la SS, souvent dépeind comme de sacrés fétards qui n’en manquent pas une.

    • Par pingouin perplexe (---.---.---.201) 16 janvier 2007 10:10

      Je ferais ici référence à un autre livre, celui d’E.E.Schmitt « La part de l’autre ». Ce livre constitue à la fois un roman et un essai. Il met en parallèle un excursus historique relatif à Hitler et la montée du nazisme, et une fiction, dans laquelle il est question d’imaginer ce qui se serait produit si Hitler avait été soigné par la psychanalyse. Dans le récit fictif, c’est une rencontre avec Sigmund Freud qui vient changer en mieux l’Histoire du vingtième siècle. A mon avis, il s’agit d’un livre dont la portée humaniste se rapproche particulièrement de l’éthique de la psychanalyse. La cruauté y est clairement présentée comme une maladie qu’il serait question de soigner par la parole analytique. Aussi, les leçons du « malaise dans la Civilisation » et de l’« Au delà du principe de plaisir » y sont présentes, et cela permet d’ajouter à la compréhension des conditions de possibilité de telles barbaries historiques.

      Il convient peut être, de ce fait, de considérer la notion d’une grande Loi, d’un principe, d’une sagesse, dont le caractère consiste à conserver une frontière infranchissable entre les personnes et les choses.

    • Par armand (---.---.---.218) 16 janvier 2007 10:58
      armand

      Le problème de ce « renvoi aux abîmes », est que beaucoup de lecteurs, j’en ai peur, n’auront pas envie de s’en extirper, tant est grande l’envie inconsciente (et consciente) de beaucoup de lecteurs à s’identifier au héros. Je pense à la citation de d’Annunzio : « Parfois, vraiment, l’homme trouve dans un sincère mépris de lui-même une joie singulière. »

      Pour le reste, j’en conviens, c’est un roman remarquable, à l’écriture classique (ce qui n’est pas une critique) même si les nombreux anglicismes auraient dû tempérer l’ardeur des décerneurs de prix de l’Académie. Je ne vois pas le chef d’oeuvre, cependant, et j’ai peur que l’essentiel de son attrait médiatique réside dans la fascination qu’éprouve le lectorat français (on verra ce que donne la traduction anglaise par les soins de l’auteur) pour le Nazisme, l’Occupation, quand c’est mâtiné de perversions sexuelles (le syndrome « Portier de nuit »). Il y a des appels ici et là à une vision « française » de l’occupant - la présence d’Ernst Jünger, plus apporécié en France que dans son pays, même l’amour frère-soeur mortifère qui fait penser au « Coup de grâce » de Marguerite Yourcenar. Mais je reconnais qu’une bonne part de mes réticences vient de l’envie que j’éprouve de m’identifier aux personnages des romans que je lis : dans ce cas, c’est impossible. Ceci dit, je serais curieux de voir l’accueil des nostalgiques de l’ordre brun, ceux qui ont réservé un triomphe aux « Rêves d’acier » de l’auteur de SF Norman Spinrad, incitant celui-ci à une mea culpa.

      En tout cas, Littell aura eu le mérite de secouer le roman français, perdu dans une stérile dichotomie entre formalisme vide et nombrilisme obsessionnel. Il aura surtout acclimaté au contexte français le « gros » roman historique, depuis longtemps l’apanage des auteurs anglophones ou hispanisants.

      Sur une note de plaisanterie, il serait peut-être temps de concocter un bestseller dont le héros, descendant à son insu de la Vierge Marie, finira officier SS après avoir fait sas classes dans une école de magie... Mais gare à l’ISF !

    • Par Antivolt (---.---.---.44) 16 janvier 2007 10:59

      Vers 1920 Paul Valéry s’en plaignait déjà. « En France, observait il, une oeuvre s’expose plus à un jugement qu’à la délectation ». Du côté des défenseurs de l’écrivain, « La revue des deux mondes » fait de l’« Après Littell » le thème de son numéro de décembre 2006, « dans un pays comme la France où l’Histoire s’est toujours racontée dans l’espace littéraire ». « Et si Littell avait marqué là un point décisif ? Non par on ne sait quelle victoire du roman sur l’Histoire, mais au contraire par un processus esthétique d’harmonisation des deux ? », s’interroge son rédacteur en chef, Michel Crépu.

      Conclusion sur « Les Bienveillantes » de la revue « L’Histoire », qui orchestre traditionnellement le débat historique en France : « Ce livre est insoutenable mais captivant. Il faut le mettre entre toutes les mains ».

    • Par Antivolt (---.---.---.44) 16 janvier 2007 11:12

      Christian Ingrao ( Agrégé et docteur en histoire, directeur adjoint de l’Institut d’histoire du temps présent, maître de conférences à Sciences-Po) « Il est parfaitement légitime que la fiction s’empare d’un sujet pareil. Elle le fait avec ses forces et ses faiblesses. Ses forces : elle fait passer les sensations, les affects, les jeux mémoriels, elle transmet une expérience, quand le livre de l’historien, lui, reste analytique. La faiblesse de Jonathan Littell est malgré tout de rater l’émotion nazie, moteur du passage à l’acte. « J’ai fait ma thèse exactement sur le même sujet, ces intellectuels nazis du service de renseignements SS, qui ont pris les armes, ont tué des femmes, des enfants. Ce qui fait passer ces hommes à l’acte, c’est l’angoisse et la haine. C’est aussi la ferveur, l’utopie, dans laquelle l’extermination des Juifs est la condition sine qua non pour la germanisation des territoires occupés : ils pensent : « C’est eux ou nous » ; ils pensent aussi : « Il faut les tuer pour créer notre rêve. » Cette ferveur, qu’on sent dans les moments d’effondrement des stratégies de défense, au cours des instructions et des procès des responsables nazis, on ne la voit malheureusement jamais dans les Bienveillantes . Jonathan Littell a vraiment très bien travaillé, même s’il y a des sources qu’il n’a pas consultées. Il a réussi la vie intime de son personnage, pas l’émotion collective. « J’ai cependant une vraie sympathie pour ce roman. Je ne suis pas d’accord avec l’argument du voyeurisme. Le voyeurisme est un concept précis, il s’agit d’une perversion. C’est une étiquette-arme utilisée pour invalider sans discussion le livre. Mais ce n’est pas ce qui se passe avec les Bienveillantes. Il y a plutôt un phénomène de sidération. Je connais ce type de réactions. J’ai les mêmes lorsque je fais un exposé en public : les gens sont silencieux, ils viennent me dire qu’ils sont très intéressés, mais ils ne posent pas de questions. Une sorte de béance (maxillaire).

      Denis Peschanski ( historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, directeur de recherches au CNRS) . s’ ’interroge sur la signification du succès du roman « Les Bienveillantes » , qui a commencé bien avant l’attribution du prix de l’Académie française et du Goncourt. S’agit-il du temps long d’une fascination récurrente pour la barbarie ? S’agit-il du temps long d’une passion française pour la Seconde Guerre mondiale ? Ou bien ce livre et son succès sont-ils révélateurs d’un changement de registre mémoriel ? « Pour aller au plus simple, au lendemain de la guerre, c’était le moment du résistant ; dans les années 80, on est passé dans l’ère de la victime. Et depuis deux ou trois ans on voit d’un côté une concurrence des victimes, avec une multiplication des porteurs de mémoire au nom de la victimisation, et, de l’autre, une certaine saturation de l’opinion. Ce qui fait qu’on peut se demander si le succès de cet ouvrage, au-delà de tout jugement sur sa qualité littéraire, n’ouvre pas un autre registre mémoriel. Entre-t-on dans l’ère du bourreau ? Assiste-t-on à une diversification des genres : on parle de la victime, mais aussi du bourreau, du spectateur ? Ou bien est-ce une clôture sur une autre figure, la figure du bourreau ? Quoi qu’il en soit, je ne suis pas convaincu qu’on ait beaucoup à gagner en sacralisant certains événements et en interdisant certaines formes d’expression sur ces événements, en l’occurrence la Shoah. »

      Bruno Blanckeman, professeur de littérature française à l’université de Rennes II, est l’auteur des Fictions singulières (Prétexte Editeur) et codirecteur du Roman français au tournant du XXIe siècle (Presses Sorbonne nouvelle). « Je suis à la fois admiratif devant la gageure ­ l’auteur a assimilé une matière historique énorme ­, et gêné, car ce roman est très académique. « Jonathan Littell s’inscrit dans le champ de la fiction d’aujourd’hui. J’y retrouve cette préoccupation d’un tournant de siècle : on s’approprie les archives les plus fortes du siècle achevé. A partir de la fin des années 80, on voit beaucoup de romans qui tournent autour des deux guerres. Je mets à part Patrick Modiano, qui a accompagné le retour du refoulé. Régulièrement, des auteurs s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale (Lydie Salvayre, Marc Lambron...) ou à la Première (Alice Ferney, Philippe Claudel...). Cela correspond à une volonté de relire l’Histoire, ou de la piller, je ne sais pas ; c’est peut-être une réévaluation de la question éthique.« Je remarque aussi que la figure du monstre resurgit, que l’on montre dans sa proximité. Voyez l’Adversaire, d’Emmanuel Carrère. Je m’explique mal le succès des Bienveillantes . Il y a sans doute une attirance pour ces problématiques-là, le monstre proche, une Histoire qu’on croyait canonique et qu’on traverse par le biais d’un destin unique. Il y a peut-être également une lassitude vis-à-vis des oeuvres hyperminimalistes. « Dans les débats qui ont entouré la sortie du livre, il me semble que Claude Lanzmann a posé une bonne question : qu’est-ce qu’on va retenir de ce livre ? Il sera intéressant de connaître la composition du lectorat. Quelle tranche d’âge se sent concernée ? »

    • Par Pallaké (---.---.---.219) 16 janvier 2007 16:53
      Pallaké

      @ pinguin perplexe

      Merci pour la référence mais ce que vous décrivez de ce livre pose un autre problème, celui de la réécriture de l’histoire. D’après ce que vous dites l’auteur accorde un trouble mental à Hitler et le fait soigner. Les théories sur une éventuelle folie d’Hitler sont nombreuses mais aucunes preuves historiques permettent de les vérifier, le livre devient alors une pure fiction s’appuyant au départ sur un fait relatif à l’Histoire (on ne peut pas dire historique car la folie d’Hitler n’est qu’une hypothèse) alors que les Bienveillantes sont une fiction prennant pour cadre 39-45. Ce sont deux choses totalement différentes. Enfin j’espère être clair smiley

    • Par Pallaké (---.---.---.219) 16 janvier 2007 16:56
      Pallaké

      @ Anti Volt

      Merci beaucoup pour m’apporter des réactions d’historiens 2WW, ceux de l’université de Caen où je suis sont (je crois) pluôt sceptiques sur ce livre.

    • Par pingouin perplexe (---.---.---.201) 16 janvier 2007 17:34

      A Pallaké Pas évident d’éviter les malentendus à propos du livre de Schmitt. Il ne s’agit manifestement pas d’un essai qui aurait vocation à se substituer à une investigation historique, mais d’une approche littéraire, dans laquelle les éléments factuels et les éléments fictifs mis en parallèle suggèrent au lecteur une prise de position freudienne. Une approche littéraire n’est pas démonstrative, contrairement à un travail d’historien. Passée la lecture de l’ouvrage, on en retient surtout un espoir se rapportant à l’anthropologie psychanalytique, à savoir, que celle-ci puisse toujours être convoquée pour penser contre la barbarie.

    • Par Pallaké (---.---.---.209) 17 janvier 2007 11:04
      Pallaké

      @ Pinguin Perplexe Oui au final ce qui me gène dans le livre d’E.E Schmitt, c’est la déformation de la vérité historique tout simplement mais bon cela vient de ma formation universitaire. La chose embêtante avec l’étude de l’Histoire c’est que cela vous amène a relever toutes les fautes historiques partout tout le temps. Enfin bref du coup je suis plutôt perplexe qu’en au nécessaire du livre de E.E Schmitt (mais c’est un à priori dont je me passerait bien).

    • Par Antivolt (---.---.---.45) 17 janvier 2007 12:12

      Les Erinyes condamnent les criminels sans circonstances atténuantes . Seuls les faits comptent . L’Uchronie ( « La part de l’autre » ) est un exercice de style de SF : un fantasme animé par le conditionnel . Ce petit mot - si - est bien utile pour forger des scénarios à visée intellectuelle ou masturbatoire ( « On bat un enfant » de S. Freud ). Demain on honorera , au Panthéon, le Justes français qui ont fait ce qu’ils devaient faire, quand d’autres participaient à l’abjection, au risque de perdre leur vie. Et si la conférence de Téhéran contenait de nouveau la part de délire antisémite qui sévissait sous le nazisme ?

    • Par Antivolt (---.---.---.45) 17 janvier 2007 12:15

      Les Erinyes condamnent les criminels sans circonstances atténuantes . Seuls les faits comptent . L’Uchronie est un exercice de style de SF : de nouveau un fantasme animé par le conditionnel et ce petit mot - si - bien utile pour forger des scénarios à visée intellectuelle ou masturbatoire ( « On bat un enfant » de S. Freud ). Demain on honorera , au Panthéon, le Justes français qui ont fait ce qu’ils devaient faire, quand d’autres participaient à l’abjection, au risque de perdre leur vie.

    • Par Antivolt (---.---.---.45) 17 janvier 2007 12:18

      Les Erinyes condamnent les criminels sans circonstances atténuantes . Seuls les faits comptent . L’Uchronie est un exercice de style de SF : de nouveau un fantasme animé par le conditionnel et ce petit mot - si - bien utile pour forger des scénarios à visée intellectuelle ou masturbatoire ( « On bat un enfant » de S. Freud ). Demain on honorera , au Panthéon, le Justes français qui ont fait ce qu’ils devaient faire, quand d’autres participaient à l’abjection, au risque de perdre leur vie.

  • Par CAMBRONNE (---.---.---.215) 17 janvier 2007 18:32

    @L’AUTEUR

    Excellent article qui exprime trés bien ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre .

    On n’en sort pas intact et la comparaison qu’ont fait certains avec Primo Lévi n’est pas fausse , c’est l’autre versant de la montagne .

    Certains ont regretté que le narrateur ne soit pas un bon père de famile tranquille comme l’étaient bon nombre de SS je les invite à lire le roman de Robert MERLE : « La mort est mon métier » qui romance la vie de Hôss le chef du camp d’Auschwitz mais qui justement n’a pas cette dimension .

    Ce livre il faut le prendre tel quel avec ses digressions bizarres comme le passage où il se rend chez sa soeur en Poméranie et où il se trouve seul et se comporte pour le moins de façon glauque .

    Un des passages que je préfère est le moment où un vieux juif vient le trouver pour lui dire qu’il veut l’emmener là où il doit mourir ; Il l’accompagne donc avec son chauffeur , un gros SS agé . Le vieux décidé à mourir de leur mains les dirige et les commande et de bourrreaux ils deviennent assistants croque morts . Il refuse de creuser sa tombe et ce sont les SS qui le font à sa place .

    Ce passage est plein d’humanité et d’humour .

    Encore bravo pour cette analyse .

    Salut et fraternité .

    • Par Antivolt (---.---.---.47) 18 janvier 2007 18:30

      La fiction a-t-elle le droit de s’emparer de l’Histoire pour en tisser des histoires ? Et si oui, jusqu’où va ce droit ? La question se pose en termes de forme, d’exactitude, de respect de la vérité. Depuis le Quichotte, le romancier est tout-puissant. Après la Deuxième Guerre, la donne change. Un interdit très lourd pèse, posé par la petite phrase d’Adorno : « Il est barbare de faire de la poésie après Auschwitz », et encore plus, d’en faire avec. La force des témoignages - Robert Antelme, Primo Levi, Imre Kertész -, la violence des faits invalident le recours à l’imaginaire. Soixante ans ont passé, le tabou a été brisé depuis longtemps. Mais un malaise subsiste, ravivé par la fortune du roman de Jonathan Littell, couvert de prix, submergé de succès, accablé d’éloges et de critiques et, déjà, d’un livre, Les Malveillantes, qui prétend expliquer le « mystère » de l’auteur.

      Première voix discordante, celle de Claude Lanzmann : le réalisateur de Shoah craint que la séduction de la fiction ne détourne de la vérité des témoignages. Puis les historiens prennent la parole. Tout en reconnaissant généralement la performance, ils relèvent des inexactitudes, des interprétations erronées, des erreurs de détail. « Il se peut que je me sois planté », reconnaît Littell (Le Monde du 17 novembre 2006), signalant qu’on pourrait faire le même type de remarques à Vassili Grossman, sans diminuer la force de Vie et destin, courageux roman écrit en 1960 en URSS.

      On a aussi reproché à Littell une certaine complaisance dans l’horreur, le scatologique, le sexuel : « Grotesque et pornographique ! » écrit l’historien allemand Peter Schöttler. « Insulte à la mémoire des victimes », s’indigne un autre. « Les Bienveillantes suivent une logique romanesque », répond Florence Mercier-Leca qui défend la liberté de l’auteur et cite à l’appui Pompes funèbres de Jean Genet, qui risquait le burlesque en 1953 déjà.

      La richesse même de la documentation fait problème : Max Aue doit présenter le point de vue du bourreau tout en adoptant une « position de surplomb ». « De la mauvaise Histoire ! Fusion bancale entre histoire réelle et mémoire fictive » : ce côté didactique, c’est la limite esthétique du roman de Littell, écrit en quelques semaines après des années de travaux préparatoires.

      Depuis Homère, l’Histoire s’écrit en épopées, en tragédies, en fables, en romans. Diderot méprisait le genre : « Vous trompez l’ignorant, vous dégoûtez l’homme instruit, vous gâtez l’histoire par la fiction et la fiction par l’histoire. » C’est toujours vrai de l’immense majorité d’une production abondante qui décore avec des amours et des aventures un fond de poncifs documentaires. Ou qui entretient l’idée d’un complot mondial enfin démasqué, comme Da Vinci Code qui fascine les foules depuis 2003.

      Mais voici Balzac, dont Marx citait Les Paysans comme clef de compréhension ; Stendhal peignant Waterloo à travers les yeux de Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme ; Tolstoï, détruisant à jamais, avec le récit de la bataille d’Austerlitz, l’image d’une guerre glorieuse et héroïque. Quelle vision plus « vraie » de la boucherie de 14-18 que Voyage au bout de la nuit de Céline ? Du chaos de la débâcle de 1940 que La Route des Flandres de Claude Simon ? Du pouvoir impérial à Rome que les Mémoires d’Hadrien de Yourcenar ?

      « Le roman nous apprend à comprendre le monde comme une interrogation à multiples visages. C’est pourquoi c’est un art profondément anti-idéologique, car l’idéologie nous présente le monde du point de vue d’une seule vérité », écrit Milan Kundera, l’auteur de La Plaisanterie qui voit, en 1967, l’Histoire « comme une plaisanterie ».

      Quand Claudio Magris veut dire, au début du XXIe siècle, la confusion et les horreurs du précédent, il entre dans le délire d’un vieillard errant « à l’aveugle » dans sa mémoire et celle de beaucoup d’autres.

      Depuis Le Tambour, en 1959, Günter Grass ne cesse de récrire en fables le passé proche de l’Allemagne. Les grandes polyphonies d’Antonio Lobo Antunes restituent depuis vingt ans le climat des années de la dictature de Salazar.

      L’« uchronie » ignore les limites du vrai : dans Le Maître du Haut Château, en 1962, Philip K. Dick imagine une Amérique occupée par les Allemands et les Japonais après leur victoire.

      Le Complot contre l’Amérique (2004) de Philip Roth met à la tête du pays, en 1940, en la personne de Charles Lindbergh, un président antisémite. Renversement des perspectives, suggestion de ce qui aurait pu être et pourrait arriver à nouveau si l’on n’y prend pas garde.

      Faut-il mettre des limites à la liberté du romancier quand il s’approche de l’Histoire ? Au nom de quoi ? D’une vérité scientifique toujours mouvante, du bon goût, des critères esthétiques ? Et par quelle instance ? Politique, morale, universitaire ? Ce n’est pas le moindre intérêt des Bienveillantes que de reposer ces questions à nouveaux frais.

      D’aprés l’article d’Isabelle Rüf - Le Temps 29 décembre 06 - Les romanciers peuvent-ils détourner des faits historiques au profit de leurs fictions ? Succès stupéfiant, « Les Bienveillantes » a relancé le débat.

    • Par CAMBRONNE (---.---.---.137) 20 janvier 2007 16:21
      CAMBRONNE

      @ L’AUTEUR

      Pour apporter un tépoignage vécu à l’appuis de vos propos , j’ai rencontré il y a peu une jeune historienne russe spécialiste de l’époque napoléonienne et membre du souvenir napoléonien . Cette jeune femme , soviètique au départ, est tombée amoureuse de la france et de l’histoire de france encore enfant .

      A ma question : "qu’est ce qui vous a motivée elle m’a répondu : Alexandre Dumas . Ce fut une découverte pour moi qui comme beaucoup de français plaçait alexandre dans le genre romanesque et historiquement aproximatif .

      Erreur m’a t’elle expliqué : Nous sommes nombreux en Russie a avoir découvert la france et son histoire avec Alexandre Dumas . Fin de témoignage . Plus que la précision historique Alexandre Dumas a su faire passer un souffle et retranscrire une atmosphère que les grands historiens ne savent pas faire forcèment passer .

      Cordialement .

  • Par Cassandre (---.---.---.72) 18 janvier 2007 16:36

    Chaque fois que nous envoyons pour notre confort du CO2 dans l’atmosphère, nous préparons la souffrance des futures (et parfois actuelles) victimes par centaines de millions du changement climatique.

    On n’imagine pas le nombre de petits crimes contre l’humanité qui se perpètrent en cet instant même !

    Qui y a pensé en lisant ce livre ?

    • Par Antivolt (---.---.---.47) 18 janvier 2007 19:14

      Robert Proctor « La Guerre des nazis contre le cancer » montre comment l’Allemagne hitlérienne lanca les premieres grandes campagnes contre le tabac, suppose provoquer le cancer. Dans la propagande allemande, les Juifs étaient considérés comme un cancer, alors que l’une des qualités attribuées à la femme allemande était celle de « ne pas fumer ». Ces analogies entraient dans le cadre d’une politique de santé, qui mettait en avant la vigueur du Volk et le « matériel génétique » allemand, en des termes très proches de ce qui s’écrit aujourd’hui à propos du génome humain. Ne faut-il pas tirer les leçons de cet écart inquiétant qui existe entre la science et l’idéologie de pureté qu’elle engendre, et n’est-ce pas dans cette brêche que l’hitlérisme s’est engouffré ?

      On peut s’abstenir d’interroger le crime nazi et le considérer comme un mal absolu, qui dolt seulement être condamné mais il continue néanmoins à faire question. L’extermination a été programmée dans l’un des pays scientifiquement les plus développés. Elle a été pensée avec des justifications scientifiques, et sans motivation religieuse. Des scientifiques et des médecins ont participé à son exécution dans une proportion beaucoup plus grande que le reste de la population. Pourtant, bien que la part prise par l’idéologie de la science dans cette planification soit indéniable, on peut soutenir que la science a ainsi été détournée de ses objectifs. Il est vrai qu’il ne s’agit pas de la science, mais d’une perversion que le scientisme engendre, si l’on n’y prend garde.

    • Par CAMBRONNE (---.---.---.137) 20 janvier 2007 16:40
      CAMBRONNE

      Encore toutes mes félicitations pour votre culture et votre manière de présenter les choses .

      L’intétérêt des bienveillantes est entre autres choses de nous montrer l’aspect intellectuel de la mise en oeuvre du génocide nazi .

      Il faut évoquer également la politique d’eugénisme qui avait pour origine les etats unis et qui fut mise en oeuvre dans les pays scandinaves avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir et qui continua jusque dans les années cinquante .

      Les jeunes filles considérées comme attardées étaient systèmatiquement stérilisées . Ceci s’est fait dans les pays les plus évolués et les plus démocratiques du monde .

      Cordialement .

    • Par Cassandre (---.---.---.221) 20 janvier 2007 16:46

      A l’auteur : d’après votre réponse, je pense que vous n’avez pas compris mon commentaire. Si vous avez cette curiosité, passez un peu de temps sur www.manicore.com.

    • Par Antivolt (---.---.---.44) 22 janvier 2007 11:36

      Bonjour Cassandre, pardonnez-moi de ne pas avoir répondu de manière frontale à votre commentaire. Je suis allé sur votre site qui est trés intéressant. Je ne sais pas si l’on peut parler de « petits crimes contre l’humanité ». Les questions et les réponses que vous abordez concernent le présent et le futur et je ne suis pas sûr qu’existe, dans la pollution de notre planète , une intention de tuer des frères humains selon un plan hiérarchisé. Mais rappelez vous le texte de Littell qui cite maître Eckart : « Un ange en Enfer vole dans son propre petit nuage de Paradis. » Dans quels nuages volerons-nous, nous, démons au Paradis démoli ?

  • Par Jereo (---.---.---.67) 3 février 2007 01:30

    J’ai preque fini le livre (il me reste quand même 100 pages à lire) que mon opinion est très partagé.

    Je trouve le travail de doccumentation et la reconstitution historique vraiment impressionnantes et très instructives et rien que pour ça le livre vaut la peine d’être lu ; on apprend vraiment beacoup sur cette période et ses sombres protagonistes. Le livre est très bien ecrit dans un style très condensé et précis (phrases courtes, factuelles etc...) avec un souci constant du vocabulaire, et très efficae quand il s’agit de décrire l’enchainement des évennements. On l’imression d’être dans un train qui va très vite et ne s’arrête jamais et je pense que ca colle très bien au propos. Quand au prétendues fautes de français, je n’en relevé aucune (mais je l’ai lu assez vite). Cependant, d’un point de vue strictement litteraite le livre est selon moi un ratage total. L’auteur échoue selon moi sur deux plans. D’une part, la psychologie du personnage principale est vraiment traitée de manière grossière avec de gros effets bien lourd et bien gras (inceste, homosexualité et j’en passe...), ce qui rend le narrateur pour le moins improbable, desincarné et rajoute une couche inutile dans l’horreur déja bien présente par ailleurs. D’autre part et c’est selon moi beaucoup plus grave l’auteur est tout aussi complaisant et exhibitioniste dans sa description des crimes nazis (mise à part peut être dans la première partie qui est la plus réussie). Les scènes atroces se succèdent avec forces détails scatologiques dans un vocabulaire pour le coup beaucoup moins chatié (la merde, la pisse et le vomi se répètent de manière inquiètante) et sexuels sans que cela ait forcément de justification. A coté de ses détails morbide, presque jamais dans le livre, le lecteur ne sent de l’empathie envers les juifs et il se sent pris en otage par cette violence malsaine qu’on lui impose sans contrepartie et sans aucune finnesse. Et ce sont sans doute les limites du « point de vue du bourreau » qui font qu’on a parfois l’impression d’assister à un épisode de Saw pluot que de lire un livre sérieux sur le nazisme. Le lecteur que je suis qui a ouvert le livre avec une sincère esperance de mieux comprendre a été souvent pris de dégout et de haine. Mais envers qui ? l’auteur ? les juifs ? les nazi ? Je ne le sais pas très bien. Et je me suis souvent senti beaucoup plus bête que je ne l’étais avant d’ouvrir le livre. L’étonnement de l’auteur par rapport au succés du livre m’étonne car il y a un injecté tout les éléments pour en faire un bestseller : un sujet sulfureux (le nazisme) une caution scientifique (la reconstitution historique très précise) de la pornographie trash (et scato) de l’ultraviolence sadique (et scato) Tous ces exés en font un echec pour la litterature mais un nouveau retentissant succés pour le marketing.

    En bref, je conseil de lire ce livre à tous ceux qui ont une bonne connaissance sur le sujet. Il apportera sans doute des eclairages très interressant d’un point de vue strictement historique. Ceux qui ne connaissent pas très bien cette période l’histoire, je leur conseillerai de lire Hannah Arrendt, Primo Levi, de voir Shoah avant ce livre car il ne livre rien ou pas grand chose sur la réalité de l’horreur nazi. Et si vous aimez l’ultraviolence, je vous conseille plutôt de voir Saw.

    • Par Antivolt (---.---.---.47) 3 février 2007 17:27

      Bonjour , merci pour vos commentaires .

      Catharine Mckinoon et Andréa Dworkin , féministes militants contre la pornographie affirment que « la pornographie, c’est Dachau dans la chambre à coucher » . Julia Kristeva souligne que « la jouissance seule fait exister l’abject comme tel ».

      J.M. Coetzee ( prix Nobel de littérature ) aborde « le problème du mal » dans son roman « Elisabeth Costello ». La romancière Elisabeth Costello fait la critique d’un roman de Paul West, « Les Très Riches Heures du comte de Stauffenberg ». Elle y développe la question des relations entre la morale et la littérature : décrire, raconter le mal, est-ce l’exorciser ou en prolonger l’existence ? Elle critique le romancier Paul West pour avoir décrit de manière obscène la pendaison des conjurés de la tentative d’assassinat d’Hitler en 1944. Cet extrait permet de voir comment J.M. Coetzee se démarque de J. Littell.

      « [... le bourreau] leur expliquait ce qui allait se passer lorsque la corde se serrerait d’un cou sec, comment la merde allait couler le long de leurs vieilles jambes débiles, comment leurs verges molles de vieillards allait avoir un dernier sursaut[...] L’un après l’autre ils montèrent au gibet, dans un lieu indéfinissable qui aurait pu aussi bien être un garage ou un abattoir, sous des lampes à arc pour que, dans sa tanière au fond des bois, Adolf Hitler, chef des armées puisse bien les voir sur les images filmées et distinguer leurs sanglots, puis leurs contorsions et enfin leur immobilité, l’immobilité de la viande morte et inerte et bien se convaincre qu’il avait eu sa revanche. Voilà ce que Paul West, romancier, avait traité, sur des pages et des pages, sans rien omettre ; et c’est ce qu’elle a lu, écoeurée du spectacle, écoeurée d’elle même, écoeurée d’un monde dans lequel de telles choses se passent, au point qu’elle a fini par repousser le livre, restant là sur sa chaise, la tête dans les mains. C’est obscène ! avait-elle envie de crier, mais elle n’a pas crié, parce qu’elle ne savait pas à qui il fallait destiner le mot : à elle-même, à West, au haut comité d’anges qui surveillent, impassibles, tout ce qui advient. Obscène parce que de telles choses ne devraient pas produire, mais obscène aussi parce que, une fois qu’elles se sont produites, elles ne devraient pas être mises à la lumière du jour, mais devraient être étouffées, rester cachées à jamais dans les entrailles de la terre, comme ce qui se passe dans les abattoirs partout dans le monde, si l’on tient à rester sain d’esprit. »

      Phrases courtes ? Oui , certaines , mais pas celle qui va du bas de la page 715 à la page 718 ! Par ailleurs un bout de « style toccata » commence en p 719b jusqu’en p 720a !

      Vous dites > Le lecteur que je suis qui a ouvert le livre avec une sincère espérance de mieux comprendre a été souvent pris de dégout et de haine. Mais envers qui ? l’auteur ? les juifs ? les nazis ? Je ne le sais pas très bien.

      Pourquoi les juifs ??

      Antivolt

  • Par Antivolt (---.---.---.23) 28 février 2008 10:53

    L’actualité de « Les Bienveillantes » est la parution en France de la version poche chez Folio et la parution en Allemagne du roman phénomène le 24 février 2008. Une émission documentaire sur ARTE est prévue ce soir , 28 février 2008 à 22 h 45 .

    Le roman a été disséqué de manière un peu classique sur Wikipédia , l’article a reçu le label « bon article ».

    Le 24 avril 2007 deux tables rondes / conférences- débat ont eu lieu rue d’Ulm à l’Ecole Normale Supérieure :

     1/ Le Centre de Recherche sur les Relations entre Littérature, Philosophie et Morale : débats sur « Les Bienveillantes » d’historiens , philosophes , professeurs de littérature comparée.

     2/ Le Centre Roland Barthes ( Julia Kristeva ) : de l’abjection à la banalité du mal avec J. Littell.

    Ces conférences sont téléchargeables en audio et vidéo.

     

     

  • Par Antivolt (---.---.---.251) 10 mai 2008 12:10

     Le temps passe et les lectures approfondies du roman de J. Littell relativisent les commentaires d’Edouard Husson et de Michel Terestchenko. Jean Solchany pour la recherche historique et Florence Mercier-Leca pour la littérature , et quelques autres , de plus en plus nombreux, ne considèrent plus « Les Bienveillantes » comme un canular . Sans reprendre les propos hyperboliques de certains ( Georges Nivat , Pierre Nora et bien d’autres ) ceux qui ont lu et relu le livre énoncent les qualités de cet événement littéraire. Jamais en 60 ans , une oeuvre artistique n’a pu rendre sur ce sujet ( l’apocalypse européenne pendant la seconde guerre mondiale ) , à ce niveau d’incandescence , l’effet de Réel qui émerge de cette narration. Comme le dit Solchany c’est un roman qui réussit là où le cinéma n’a jusqu’à aujourd’hui pas totalement convaincu. Peu d’oeuvres littéraires ont contribué de manière aussi efficace au « devoir de mémoire ». La fiction , le témoignage et le livre scientifique constituent 3 approches différentes et non concurrentes du nazisme et de l’extermination des juifs. Certains lecteurs ne semblent pas prêts à reconnaître la légitimité de la démarche fictionnelle, alors que cette dernière jouera à l’avenir un rôle croissant dans la prise de conscience de la monstruosité du nazisme.L’intervention des intellectuels dans le débat critique est indispensable, mais il y a des limites à l’expertise historienne. S’exprimer sur le rapport à la vérité lorsqu’il s’agit de littérature( ou de cinéma ) présuppose une grande prudence.Les historiens ne doivent pas ruiner leur crédit en souscrivant à un fondamentalisme hypercritique qui conduit à assassiner un roman qui ne mérite pas un tel traitement. « Les Bienveillantes » apparaissent comme un texte exigeant. Il sollicite diverses compétences du lecteur et pas seulement culturelles.

  • Par Antivolt (---.---.---.89) 6 août 2008 16:15

      Le développement de Knol ( Google ) est l’occasion d’écrire un article « knol » sur Max Aue à partir des articles les plus approfondis écrits sur « Les Bienveillantes ».

    Pour ce qui concerne la répugnance de nombreux lecteurs d’aller plus avant dans la lecture du roman "Les Bienveillantes" , le psychanalyste A. Green a écrit :« Je reconnais à cette œuvre des qualités majeures. Je me suis trouvé bien des fois en présence de lecteurs potentiels qui ont fait part de leur détermination à ne pas la lire. Le soupçon jeté sur l’auteur était celui d’une complaisance à un étalage d’insanités que seules les personnes en quête d’émotions douteuses ou franchement malsaines pouvaient avoir la curiosité de satisfaire. À l’expérience, il m’apparut que cet argument était la rationalisation d’une conduite d’évitement donnant caution au désir de ne pas savoir, face à l’épreuve souvent insoutenable d’être confronté avec une horreur qui avait des chances d’être plus que vraisemblable. Je me ferai discret sur la clef proposée à la fin du livre. Je dirai qu’elle nous vaut au passage la description d’une anarchie pulsionnelle à un rare niveau d’évocation . Je ne connais pas de description plus saisissante, plus envoûtante, que celle du désespoir érotique du héros, qui me fait considérer que la naissance de cet ouvrage doit beaucoup à la psychanalyse et que ce serait en fin de compte la raison de son rejet.Quoi qu’on veuille bien dire, pour moi, la littérature, la vraie, est du côté de Littell. Tant pis pour ceux qui font passer leur mystérieuse aversion de voir pour éviter non la nécessité mais l’obligation de savoir. »

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