Bravo l’artiste, habituellement si prolixe, de s’être choisi le rôle du muet pour incarner auprès de ses deux camarades respectivement sourd et aveugle, la transgression du handicap dans toutes ses ébriétés.
Laurent Baffie, puisque c’est de lui dont il s’agit, est bel et bien, le seul maître à bord de ses « Bonobos » qu’il a écrit et mis en scène au Palais-Royal mais en toute humilité assumée, on ne l’entendra pas de la soirée si ce n’est pour célébrer ses partenaires lors des applaudissements.
Totalement absorbé par leur désir de copuler selon les modalités de l’amour non tarifé, nos trois singes emblématiques de cette obsession récurrente vont s’engager dans une aventure où l’ingéniosité sera la mère de toutes les batailles pour gagner, en définitive, la liberté d’être soi-même.
Comédie du faux-semblant par l’excellence de la performance, cette authentique pièce de théâtre, exclusivement non-interactive si ce n’est par les rires qu’elle ne cesse de susciter, développe le concept de technologies parallèles « bricolées » pour compenser l’usage, celui-ci de la parole, celui-là de l’audition ou l’autre de la vue.
Mais c’est surtout grâce à l’appui et à la complicité infaillible des trois acolytes entre eux que le trio va effectuer ses conquêtes féminines en organisant et en répartissant les fonctions complémentaires nécessaires au trompe-l’œil de la réussite.
Défier le handicap au point de cerner celui-ci dans sa vraisemblance dysfonctionnelle, voilà la mission que Benjamin, Dani et Alex se sont donnée en forme de pacte pour parvenir à séduire la gente féminine, si possible, le plus naturellement du monde.
Bien entendu, leurs affaires amoureuses ne vont pas nécessairement tourner à l’avantage de procédés s’inspirant de l’usine à gaz et de dispositifs propices au sac de nœuds.
Toutefois, sur le plan de la symbolique, le tour sera tellement bien joué qu’ils récolteront au bout compte l’empathie joyeuse et l’admiration de tous, à commencer par l’ensemble des spectateurs ravis que, face aux trois compères, trois jeunes femmes ne s’en laissent pas aisément compter bluette, faute de discernement critique.
Quelque part entre la méthode Coué et le déni libérateur, l’attitude prêtée par Laurent Baffie, à l’égard de ses six antihéros, mériterait le Molière souriant de la « bravitude ».
photo © Bernard Richebé
LES BONOBOS - ***. Theothea.com - de & mise en scène : Laurent Baffie - avec Laurent Baffie ou Alain Bouzigues, Marc Fayet, Caroline Anglade, Camille Chamoux, Jean-Noël Brouté & Karine Dubernet - Théâtre du Palais Royal

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