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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les bordels et la prostitution dans la peinture

Les bordels et la prostitution dans la peinture

Grâce au génie des frères Lumière et de Nicéphore Niepce, le cinéma et la photographie, techniques récentes, ont mis à la portée de tous les yeux – y compris des gamins curieux bravant les interdictions parentales – des scènes érotiques, voire pornographiques. Si ces techniques ont révolutionné la représentation du réel et permis de dépasser très vite les banals évènements quotidiens pour aborder le cœur des fantasmes humains, elles n’ont pas été des pionnières pour autant. Il suffit, pour en être convaincu, de s’intéresser aux scènes érotiques gravées sur les hauts-reliefs des temples indiens ou peintes sur les terres cuites grecques et romaines. Sans oublier les célèbres estampes asiatiques. Mais la peinture occidentale du deuxième millénaire n’a pas été en reste : petite balade dans les pinacothèques et les collections privées...

Mis à part les portraits et les sites naturels ou urbains, ce sont principalement les sujets religieux et mythologiques qui ont largement dominé la production picturale, de la période primitive à la période baroque en passant par la Renaissance. Des sujets qui, les thèmes s’y prêtant, ont – non sans une certaine hypocrisie parfois – ouvert la voie à des représentations de nus masculins (ex : La création d’Adam par Michel-Ange) ou féminins (ex : Le jugement de Pâris par Rubens ou La naissance de Vénus par Botticelli), voire les deux (ex : les Adam et Ève de Cranach et Dürer).

Très peu de mises en scène d'érotisme et de débauche en revanche, excepté dans les estampes et les peintures germaniques, les écoles italiennes et françaises se montrant plutôt frileuses en la matière, à quelques exceptions près (Le concert pastoral du Titien). C’est d’ailleurs, dans le sillage d'un Cranach volontiers impertinent, du côté des peintres hollandais et flamands, plus ancrés dans les scènes de la vie jusque dans ses aspects les plus triviaux, et parfois les plus scabreux, que l’évolution se fait dès le 17e siècle, sous l’impulsion, entre autres, de Jan Steen dont les ivrognes (hommes ou femmes), les prostituées, les détrousseuses ou les jouisseurs s’invitent jusque dans les fêtes de village ou les scènes de famille. L’Anglais William Hogarth lui emboîtera le pas au 18e siècle avec une finesse d’observation et un regard souvent humoristique inégalés dans la peinture britannique. Peu ou pas de chair exposée pourtant dans ces œuvres, mais des situations suggérées avec un réel talent.

Bien que les dessins érotiques aient toujours existé dans les milieux aisés, il faut toutefois attendre le 19e siècle pour que les représentations dessinées ou peintes de l’érotisme, et même de la pornographie, fleurissent ici et là. Souvent évoquées, les femmes nues d’Ingres, que ce soit ses odalisques ou celles, plus ou moins alanguies de sa célèbre toile Le bain turc, échappent pourtant au goût croissant pour la débauche et le monde de la prostitution : ses odalisques sont de jeunes esclaves vierges et les femmes du bain des épouses de harem. Ce n’est en revanche pas le cas des femmes de Jean-Léon Gérôme dont L’intérieur grec est bel et bien un bordel.

Degas, des danseuses aux prostituées

D’autres artistes franchissent également le pas et se lâchent même carrément, parfois dans un style proche de ces cartes de visite anonymes de maisons de rendez-vous (ex : Me Macon, rue Coquillère, 47) qui circulent sous le manteau et, pour attirer la pratique, exhibent les ébats d’un couple aux attributs sexuels exposés de manière ostentatoire. Mais c’est en peinture que l’évolution est la plus spectaculaire. Impossible à cet égard de passer sous silence Achille Devéria, un élève de Girodet, à qui l’on doit, à côté d’œuvres religieuses, des productions peintes ou lithographiées nettement moins édifiantes, si ce n’est pour l’éducation sexuelle des ingénu(e)s.

Contrairement à Devéria, Gustave Courbet, l’homme qui fit scandale en son temps, ne peint pas de scènes érotiques explicites, mais il met en lumière des femmes nues (Les baigneuses, La femme au perroquet, Le sommeil) dans lesquelles les experts du peintre reconnaissent à l’évidence des prostituées. Mais c’est peut-être avec La femme aux bas blancs, annonciatrice de son célébrissime tableau L’origine du monde, qu’il apporte le plus de force érotique et de racolage provocateur dans le regard du modèle.

Vient ensuite Edgar Degas. S’il manifeste une passion connue de tous pour les danseuses, l’auteur de L’absinthe porte également un regard intéressé sur le monde de la prostitution. C’est toutefois dans des pastels et des dessins à l’encre, et non sur des toiles peintes qu’il représente ces dames, comme pour établir, jusque dans le choix du support, une hiérarchie dans l’honorabilité. Contrairement aux danseuses, dont Degas parvient avec un immense talent à rendre la grâce, ses prostituées sont le plus souvent avachies, usées, difformes. Nues dans l’attente du client, elles donnent l’impression de subir leur sort avec fatalisme, y compris lorsque l’évènement se prête à la détente (La fête de la patronne).

Ce n’est toutefois pas Degas qui fait scandale en son temps, mais le grand Édouard Manet avec deux de ses toiles parmi les plus célèbres : Le déjeuner sur l’herbe et Olympia. Inspiré d’une œuvre de Raphaël mettant en scène des nymphes, le déjeuner choque le public qui voit dans cette femme nue en compagnie de deux hommes habillés une illustration de débauche, voire de prostitution. Le public n’a peut-être pas tort, comme le montre Olympia qui, il n’y aucun doute, est bel et bien une courtisane présentée en... costume de travail ! En costume de travail également, mais sous l’œil d’un client cette fois, Rolla d’Henri Gervex. Inspiré d’un poème de Musset, ce tableau fait d’autant plus scandale qu’il est beaucoup plus explicite que les toiles de Manet. Mais Gervex ne bénéficie pas de la notoriété de Manet, et l'on oublie vite sa Rolla.

Les demoiselles d’Avignon, prostituées cubistes

Henri de Toulouse-Lautrec, infirme et malade, décède à 37 ans d’un détonnant cocktail d’alcoolisme et de syphilis. Une maladie contractée dans l’un de ces bordels qu’il fréquentait assidûment. Tout naturellement, l’œuvre de l’Albigeois est influencée par cette fréquentation, et par les prostituées qui voisinent dans son œuvre avec les danseuses de cancan des bals de Montmartre. Son œuvre la plus étonnante en relation avec le monde des « salons », en l’occurrence celui de la rue des Moulins : La visite médicale, sorte de variation picturale sur carton de la chanson de Brel Au suivant : on y voit deux prostituées, l’une blonde, l’autre rousse incandescente, attendre les fesses à l’air, d’être examinées.

Le temps passant, la représentation des bordels, des prostituées et parfois de leurs habitués, devient chose d’autant plus banale que le sujet fascine tant les artistes que leurs clients. André Derain, Edvard Munch, Georges Rouault, Kees Van Dongen, Maurice de Vlaminck, pour ne citer que ceux-là parmi les plus célèbres, couchent – si l’on peut dire – sur la toile des dames de petite vertu croquées sur les sofas du salon ou dans les chambres de leur lupanar. Naturellement, leur cadet Pablo Picasso n’est pas en reste, mais si son œuvre recèle de nombreuses références à la prostitution, c’est un tableau universellement connu, car fondateur du cubisme, qui tient la vedette : initialement dénommé Le bordel d’Avignon dans ses premières esquisses, Les demoiselles d’Avignon est en effet considéré comme l’une des œuvres majeures de la création contemporaine.

Dans des styles très différents, Tsuguharu Foujita (voir le superbe Lupanar à Montparnasse directement inspiré par Le Sphinx), Otto Dix (Le salon) ou George Grosz (Avant le lever du jour, Autoportrait avec une femme) ont également contribué, avec une étonnante acuité d’observation, à enrichir l’iconographie liée à la prostitution, de même que des peintres moins connus comme Robert West et ses Filles au lupanar (cf. illustration de l’article) ou Catherine Abel et ses magnifiques femmes, pour la plupart des travailleuses du sexe. Et tant d’autres artistes qui, aujourd’hui, portent encore un regard particulier sur les mondes interlopes et les milieux de la prostitution. Une prostitution dont on dit, non sans raison, que c’est le plus vieux métier de monde. De quoi alimenter l’inspiration des futures générations de peintres...

Á lire : Emmanuel Pernoud : Le bordel en peinture – L’art contre le goût (2001 – Ed. Adam Biro)


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44 réactions à cet article    


  • ARMINIUS ARMINIUS 31 mars 2011 09:26

    Merci pour cet article à une époque ou l’hypocrisie va encore réserver le plus vieux métier du monde aux seuls nantis...fini la prostitution publique et vive les « escorts girls » de luxe ! Hoggart, que vous citez l’avait bien montré dans sa série de toiles sur le sujet « The Harlot Progress » fable moralisatrice sur la destinée d’une prostituée ou les « grands » de l’époque n’avaient vraiment pas le beau rôle (juges, ecclésiastiques, politiciens... comme les amis de Roselyne en quelque sorte !) Vous auriez pu aussi citer les scènes galantes des excellents Boucher, Watteau et Fragonnard, avec leurs nus dévoilés et voluptueux sur canapés ou dans mousselines : l’érotisme
    à la française, loin de la vulgarité et des miasmes de la pornographie...


    • Fergus Fergus 31 mars 2011 09:49

      Bonjour, Arminius.

      Vous avez entièrement raison concernant la prostitution : les mesures visant à l’éradiquer - un objectif pourtant respectable - relèvent le plus souvent de la tartufferie car les classes supérieures notamment trouvent toujours le moyen de s’en affranchir en faisant appel à de professionnelles très difficilement identifiables. Pour les autres, le risque est de renforcer plus encore une clandestinité précaire mettant de facto en danger les prostituées. 

      Merci d’avoir cité les « scènes galantes » de ces excellents peintres, dénuées effectivement de toute tentation pornographique.


    • Gabriel Gabriel 31 mars 2011 09:54

      Bonjour Fergus

      Il est jugé juste et vrai que la séparation du spirituel et du sensuel chez un homme est signe de sa virilité, et la séparation du spirituel et du sensuel chez une femme est signe de sa prostitution. Alors, partant de ce postulat de base, il suffirait que toutes les femmes ensemble se virilisent pour que le monde entier se transforme en bordel… Quant à ces corps si joliment couchés sur la toile, ils sont un silence pour l’esprit et musique pour l’oeil. Merci de cet article


      • Fergus Fergus 31 mars 2011 10:16

        Bonjour, Gabriel, et merci à vous.

        Le sexe, plus encore que l’argent, est au centre des déclarations et des opinions les plus hypocrites, et cela depuis des millénaires. Mais nous sommes au coeur d’une révolution : depuis quelques décennies, les femmes se sont rebellées, et ce sont elles qui font aujourd’hui preuve de la plus grande émancipation, voire de l’exhibitionnisme le plus cru, à l’image de ces cinéastes (Breillat) ou de ces écrivaines (Rey) qui se lâchent désormais sans réserve.

        Cordialement.


      • zadig 31 mars 2011 10:48


        Bonjour Fergus,

        Merçi pour cet article qui me change de l’hystérie actuelle.
        A la lecture de l’article j’étais un peu inquiet.
        Je pensais y trouver des mots comme « ane » « aneries »
        Et oui Fergus est un récidiviste de la chose.
        D’ailleurs je pense avertir la LICRA, le MRAP ... etc
        Un jour je vous raconterai l’histoire de mon copain l’âne (il était Auvergnat ! )

        Pour en revenir à l’article mon préféré c’est Toulouse Lautrec.
        Je trouve ses toiles pleines de sensibilité et d’humanité.

        Aneries cordiales.


        • Fergus Fergus 31 mars 2011 11:07

          Bonjour, Zadig.

          J’aime bien également Toulouse-Lautrec, plein effectivement d’une grande sensibilité indissociable sans aucun doute de ses nombreux tourments tant physiques que psychologiques.

          Pour ce qui est des ânes et des âneries, j’avoue ne pas bien comprendre car si je me souviens avoir employé ce mot récemment, son usage est très rare dans mes commentaires, du moins consciemment. Les ânes sont d’ailleurs des animaux sympathiques que je respecte et que j’éprouve du plaisir à rencontrer lors de mes randonnées.

          Cordialement.


        • Sandrine Lagorce Sandrine Lagorce 31 mars 2011 10:51

          Merci pour cet article. smiley


          • Fergus Fergus 31 mars 2011 11:08

            Et merci à vous, Sandrine. Mais sans doute connaissez-vous le sujet encore mieux que moi, modeste amateur de peinture.

            Bonne journée.


          • SATURNE SATURNE 31 mars 2011 11:10

            Oui, vous ne faites qu’effleurer son nom, mais pour moi le must avec « ces dames », c’est le fauviste Kees Van Dongen.( à voir en ce moment en expo au Musée d’Art Moderne à Paris).


            • Fergus Fergus 31 mars 2011 11:23

              Bonjour, Saturne.

              Chacun ses goûts, mais vous avez raison : Van Dongen est un grand peintre qui s’est beaucoup intéressé aux femmes et à la... prostitution. Il avait d’ailleurs, à une époque, illustré un numéro de la revue satirique « L’assiette au beurre » consacré à ce phénomène social.


            • kitamissa kitamissa 31 mars 2011 13:49

              http://www.mirorenzaglia.org/wp-content/uploads/2009/08/paul_avril_-_les_sonnetts_luxurieux_1892_de_pietro_aretino_8_fondo-magazine.jpg....................


              je ne sais pas si le lien va passer sinon je vous recommande des tableaux et dessins de Paul Avril un spécialiste du genre ...

              très bon article et à bas l’hypocrisie et le cercle vertueux dans lequel on voudrait nous faire entrer à nouveau par le biais d’une nouvelle loi à la con interdisant d’aller aux putes alors qu’on sait depuis toujours que ce sont les Tartuffes les premiers clients !

              • Fergus Fergus 31 mars 2011 14:10

                Bonjour, Kitamissa.

                Bien qu’il n’ait pas été un grand peintre, mais plutôt un illustrateur libertin, comment ai-je pu oublier de citer Paul Avril en évoquant les dessins érotiques du 19e siècle ? Cela dit, pour ce que j’en connais, je n’ai pas le souvenir qu’il ait spécialement mis en scène des prostituées. Il avait en revanche une certaine fascination pour les lesbiennes.

                PS : le lien ne fonctionne pas, et c’est bien dommage !


              • Verdi Verdi 31 mars 2011 13:58

                Bonjour Fergus et bravo !

                La balade que vous nous offrez ce matin, dans ce musée virtuel, est un délice. Une évasion dont le prétexte « osé », aux yeux des prudes et autres puritains, ne manque pas d’audace et surtout de croustillant. Une visite fort rafraîchissante, et très instructive pour le non initié...

                Cordialement


                • Fergus Fergus 31 mars 2011 14:24

                  Bonjour, Verdi, et merci.

                  Un petit tour sur les terres de l’érotisme peut en effet être, en ces temps de catastrophes et de guerres, un dérivatif réjouissant.

                  Cela dit, si l’on s’aventure dans le domaine des maisons closes, de ces fameux Sphinx ou One-Two-Two, ce n’est pas toujours pour y rencontrer des filles de joie mais, si j’ose dire, des « filles de tristesse » commes celles que nous livre un Degas beaucoup plus réaliste que nombre de ses contemporains peintres, poètes ou écrivains qui, à l’image des bourgeois du temps, présentaient la vie dans les maisons closes comme un art de vivre raffiné.

                  Il n’y avait pourtant là pas plus de raffinement dans les maisons closes, si ce n’est dans l’apparence, qu’il n’y a de noblesse dans la boxe, ce prétendu « noble art » consistant à s’asséner des coups pour exciter les spectateurs. Je fais ce parallèle à dessein car il me semble juste tant, dans les deux cas, celui qui louange tire un plaisir de ceux ou de celles qui sont asservies, fût-ce volontairement, à des agressions physiques ou psychiques.

                  Cela n’enlève toutefois rien, et en cela nous sommes tous responsables, au plaisir que l’on peut ressentir à voir ces toiles. Au moins avons-nous un alibi : celui de contempler des oeuvres d’art !

                  Cordialement.


                • Verdi Verdi 31 mars 2011 15:12

                  Fergus,

                  Bien que non spécialiste, je vous livre ma préférence pour le peintre franc-comtois, d’Ornans, Gustave Courbet, et son « Origine du monde » ! Un tableau captivant d’où se dégage une intense sensualité, et qui nous renvoie à la plus évidente des vérités …

                  Bravo encore !


                • Fergus Fergus 31 mars 2011 16:34

                  @ Verdi.

                  J’approuve votre admiration pour l’oeuvre picturale de Courbet. Un homme que son talent de peintre n’a, soit dit en passant, pas écarté, bien au contraire, de ses devoirs de solidarité envers ses concitoyens, d’où son engagement dans la Commune de Paris dont il fut un représentant élu en 1871.

                  Difficile de dégager un tableau dans l’oeuvre de Courbet si l’on excepte cette fameuse « Origine du monde » forcément dérangeante pour beaucoup de spectateurs. Personnellement, j’ai un faible pour « La femme aux bas blancs » évoquée dans l’article. Mais Courbet a peint tant de scènes rurales et de personnages qu’il est difficile d’en sortir un plutôt qu’un autre. Cela dit, j’apprécie également beaucoup son célèbre autoportrait intitulé « Le désespéré ». Il montre, de manière spectaculaire, comment Courbet est capable de rendre les émotions.

                  Bonne fin de journée.


                • alberto alberto 31 mars 2011 14:19

                  Bonjour, Fergus :

                  Galante promenade : mais quel artiste digne de ce nom n’aurait jamais essayé de croquer les corps féminins ?

                  Pour ce, cette promenade aurait dû nous détourner du vacarme des vociférations politiciennes, hélas il fallut que Roselyne y joigne ses couinements sur le sujet !

                  Ce qu’oublie de dire Bachelot, c’est que la prostitution ne serait guère un problème sans le scandale du proxénétisme...

                  Bien à toi.


                  • Fergus Fergus 31 mars 2011 14:41

                    Je te salue, Alberto, par l’intermédiaire de ce fifre de Manet qui te sert d’avatar (le mien, infiniment moins talentueux, n’est dû qu’à mes propres brosses !)

                    Je pense, en effet, que tous les artistes dignes de ce nom se sont, un jour, essayé au nu, ne serait-ce qu’en fréquentant une académie de beaux-arts. Il en est toutefois qui s’en sont détournés au point de n’en avoir rien laissé dans leur oeuvre.

                    Pour ce qui est de Bachelot, j’avoue ne pas être entré dans le détail du débat qu’elle veut rouvrir. Mais il me semble effectivement que l’angle d’attaque, à savoir pénaliser fortement les clients, n’est pas le bon car il est basé sur un postulat en trompe-l’oeil : supprimons les clients et l’on supprimera la prostitution. C’est évidemment faux, et l’histoire millénaire montre que la prostitution a toujours existé, y compris à des époques ou dans des lieux fortement prohibitifs en la matière. Tout au plus la rendra-t-on plus cachée, en augmentant les risques pour les prostituées. Comme toi, je crois que c’est avant tout le proxénétisme qu’il faut frapper en instaurant des peines de prison extrêmement lourdes et par conséquent dissuasives, les proxos étant tout, sauf des gens courageux.

                    Cordiales salutations.


                  • brieli67 31 mars 2011 15:56

                    FORNICON



                    Tomi Ungerer a fréquenté, pendant des mois, l’univers trouble des maisons de passe de Hambourg, surtout le long de Herbertstrasse, qui est fermée aux deux bouts par une façade en fer. Selon les propres termes de l’auteur, c’est un véritable checkpoint Charlie de prostitution. Chaque maison est un bordel où les femmes s’offrent aux regards, derrière des vitrines. Tous ces lieux de rendez-vous sont dotés d’une salle de torture aménagée pour les pratiques sadomasochistes. Les filles qui officient sont appelées les dominas, oiseaux rares de la prostitution. Tomi Ungerer a réussi à se faire admettre et à séjourner dans cette société très fermée. Des dominas lui ont raconté la manière dont elles se livrent à leur art et les relations qu’elles nouent avec leurs clients.

                    Après les maîtresses, l’esclave. A New York en 1968, une jeune femme a proposé au dessinateur de devenir son esclave. Elle s’est livrée à lui en toute impudeur, il l’a représentée sous toutes ses coutures. Fantasmes, rites, jeux et mises en scène. Le résultat est hallucinant, et d’une beauté rare.


                    PETITES COLLECTIONS VIDEOS

                    Tomi Ungerer

                    Künstler, Tod und Königsklopfen

                    33 autoportraits pour 33 Aphorismes

                    L’Artiste, la Mort et le Cogne-Roi)




                    • brieli67 31 mars 2011 16:24

                      Very enchanting ...



                      en complément de l’article président-précédant de Fergus :
                      et ne me dites plus jamais plus que la « science » _ je ne comprends pas !!!

                      synaptique tic tic tic....

                      • Fergus Fergus 31 mars 2011 16:43

                        Bonjour, Brieli, et merci pour ces liens intéressants.

                        J’avoue que je ne connaissais pas Tomi Ungerer, si ce n’est vaguement de nom. J’en sais désormais plus sur lui et sur ses expériences SM vécues ou racontées.

                        Pour ce qui est du topo de Jean Zwiller, je vais en prednre connaissance à tête reposée, mais j’avoue ne pas bien comprendre le lien avec le sujet de l’article. Sans doute me sautera-t-il aux yeux en cours de visionnage...

                        Cordialement.


                        • brieli67 31 mars 2011 17:22

                          Tiré par les cheveux .. le topo Zwiller . Sémiologie sémiologie quand tu nous tiens..


                          Faudra à l’avenir surveiller la capilliculture elysienne : 
                          Elémentaire !!aucun journaliste n’a eu idée de récolter des brins du scalp « hongrois » 
                          « Nous sommes sans ambiguïté sur la piste d’une intoxication criminelle. »



                        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 31 mars 2011 17:18

                          belle étude complète sur ce sujet qui va devenir d’actualité et suivre la vague des ouvertures d’hôtels 5 étoiles qui fleurissent et jouissent pleinement de la bulle immobilière,après tout, chacun et libre de faire vivre chez soi le joyeux bordel qu’il veut, même privatif...

                          puis je recommander un excellent film qui traite avec succès des dessous de la loi de prohibition : « Les grands seigneurs » avec toute une bonne bande de joyeux lurons, et aussi cet article illustré par ma pomme : http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/parodie/article/ma-thematique-sensuelle-59766, où vous me visitiez,

                          merci à vous, Fergus.


                          • Fergus Fergus 31 mars 2011 17:58

                            Bonjour, Lisa Sion, et merci pour la visite.

                            Il est vrai que les hôtels de luxe se transforment parfois ne maisons de rendez-vous pour escort-girls au tarif encore plus impressionnant, dit-on, que celui des chambres, voire des suites.

                            Pour ce qui est du film, ne s’agit-il pas plutôt de « Un grand seigneur » ?

                            Quant à l’article, que j’avais lu lors de sa parution, je l’ai relu avec un grand plaisir. De là à penser que le fantasme hante les chambres d’hôtes picardes...

                            Cordiales salutations.


                          • brieli67 31 mars 2011 17:37

                            La prostitution enjolivée par la culture française

                            un hommage à la Veuve Kiklo
                            par le poete de Montmartre Bernard Dimey


                            sur le ONE ? UN DOCUMENT


                            Au début du siècle dernier , plus d’un million d’hommes passaient chaque année dans les maisons closes parisiennes

                            • Fergus Fergus 31 mars 2011 18:04

                              @ Brieli.

                              Plutôt bien observé le 1er lien. Encore que l’auteur se trompent d’interprétation ici et là. Lorsqu’il cite par exemple Brassens à propos des prostituées (« Elles se marient vingt fois par jour, mais la noce n’est jamais pour leur fiole »), ce n’est pas pour indiquer qu’elles ne se marient jamais mais que le plaisir et la fête ne sont pas au rendez-vous, autrement dit qu’elles subissent.


                            • Fergus Fergus 31 mars 2011 19:13

                              @ Brieli.

                              Le lien sur le One-Two-Two et sa description par une maîtresse des lieux est particulièrement intéressant et complet. Même les noms des clients (du moins les plus connus) y figurent ! Cela montre bien à quel point ce type d’établissement était alors reconnu et fréquenté par le gratin de la société. Preuve qu’il restait encore beaucoup à faire en matière de condition féminine et de respect de la féminité.


                            • rocla (haddock) rocla (haddock) 31 mars 2011 17:51

                              Au siècle présent il y a beaucoup plus de prostitution  ailleurs que dans les maisons closes .



                              Ca ne s’ appelle plus le One two two ni le Chabanais , maintenant ça s’ appelle le Salariat . 

                              Bonsoir Fergus .

                              • Fergus Fergus 31 mars 2011 18:54

                                Bonjour, Capitaine.

                                Vous avez raison, le salariat relève parfois (de plus en plus souvent ?) de la prostitution. Dans un papier intitulé « Confession d’une salope », j’y faisais allusion, à propos de... mariage, autre forme de prostitution dans nombre de cas :

                                « N’en déplaise aux âmes bien pensantes, il faut reconnaître que le mariage est l’une des formes les plus répandues de la prostitution. Avec le travail, lorsqu’il est subi. Vendre son cul, vendre ses muscles, vendre sa tête, quelle différence ? Seul le plaisir exonère de la prostitution. Plaisir de faire l’amour, plaisir de bâtir, plaisir de diriger, plaisir de travailler tout simplement. Dès que le plaisir s’estompe puis disparaît pour céder la place à une dépendance purement vénale ou à une routine désespérante, la prostitution triomphe de facto. Une prostitution le plus souvent rendue inévitable par les réalités économiques. Mais une prostitution admise, codifiée et affublée d’un faux-nez consensuel qui joue parfaitement son rôle d’alibi, celui de la « réalisation par le travail ». Une réalité pour beaucoup, certes. Mais un leurre pour ceux, toujours plus nombreux, qui se réfugient dans la vie associative ou les activités extra-professionnelles pour fuir ce qu’ils perçoivent, plus ou moins consciemment, comme une aliénation. En définitive, la majorité d’entre nous sont des putes qui s’ignorent. Et nous n’y pouvons rien : tout notre système sociétal est basé sur cette réalité. »

                                Un constat qui fait grincer des dents et qui, même de nos jours, parvient encore à choquer.

                                Cordialement.


                              • brieli67 31 mars 2011 18:08

                                des oeuvres d’Art ? 


                                au moins d’une vous vous en souvenez ...

                                • Fergus Fergus 31 mars 2011 19:00

                                  @ Brieli.

                                  Le plus érotique dans « Lui », c’était la pin-up d’Aslan. Particulièrement lorsqu’elle n’était vêtue que d’un voile vaporeux !


                                • zadig 31 mars 2011 19:39


                                  de nouveau bonjour Fergus,

                                  J’ai réfléchi,

                                  Je sors un peu du sujet, ce que je reproche à la peinture (du monde féminin) ;
                                  le manque de volume, la faiblesse de l’expression, l’académisme.
                                   (Toulouse Lautrec et Renoir remontent le niveau )
                                  Je connais peu la peinture et il est probable que plusieurs peintres méconnus de moi me combleraient.
                                  Le modèle de l’érotisme est pour moi le baiser de Rodin.

                                  Cordialement

                                  Remarque : L’âne c’était pour rire ( mais enfin ...)
                                  Cinquante ans après je pense toujours à Ponpon (l’ane)

                                  Pour la vie, Toulouse est presque bon.
                                  Pour


                                  • zadig 31 mars 2011 20:01

                                    A supprimer le déchet en fin de message. (deux lignes)


                                  • Fergus Fergus 1er avril 2011 09:32

                                    Bonjour, Zadig.

                                    En réalité, toutes les écoles ont eu des peintres qui ont représenté des femmes et des scènes érotiques. Le reste est une question de goût personnel. Je ne suis moi non plus pas un spécialiste de la peinture, mais j’aime découvrir des oeuvres dans les musées (sans être un accro) ou les galeries au gré de mes promenades dans les villes. Et ce ne sont pas toujours les oeuvres dues aux artistes les plus connus qui m’attirent. Il est même des peintres très peu connus dont les toiles me fascinent, tel l’Arménien Daron Mouradian dont je ne connais, cela dit, auncune toile à connotation érotique.
                                     
                                    Vous avez raison concernant « Le baiser » de Rodin, cette sculpture est superbe et peut effectivement être considérée comme un archétype de la représentation érotique dans l’Art. Mais là encore, tout est subjectif...

                                    Cordiales salutations



                                    Georges Grosz


                                  • Fergus Fergus 1er avril 2011 09:36

                                    @ Zadig.

                                    Petit loupé dans mon commentaire précédent. Je voulais dire que, peut-être, les oeuvres de Georges Grosz, et notamment ses représentations des femmes en général et des prostituées en particulier, sont réellement magnifiques. Malheureusement, je n’ai pas pu établir de lien et je le regrette. Cela dit, il y en a des représentations dans le bouquin d’Emmanuel Pernoud.


                                  • brieli67 31 mars 2011 20:04

                                    de Fick-tion à la réalité /


                                    http://www.reuters.com/article/2009/04/21/us-germany-prostitutes-idUSTRE53K00G20090421

                                    The economic dowturn of 2009  has resulted in changes at some brothels. Reduced prices and free promotions are now found. Some changes, the result of modern marketing tools, rebates, gimmicks. Brothels introducing all-inclusive flat-rates, free shuttle buses, discounts for seniors and taxi drivers. « Day passes. » Some brothels reportedly including loyalty cards, group sex parties, rebates for golf players. Clients have reported reducing their number of weekly visits.

                                    A NOS PORTES à la frontière, au Sud 

                                    • Ariane Walter Ariane Walter 31 mars 2011 23:24

                                      Une promenade agréable dans les allées que vous nous ouvrez ce soir !
                                      Oui, l’Art sublime tout !
                                      « Les fleurs du mal »,( ça me rappelle quelque chose !)
                                      je connaissais très eu des tableaux que vous proposez et ils sont vraiment superbes ! Le flou leur convient particulièrement effaçant les défauts de ces femmes pour créer une harmonie...
                                      Quant au problème de la prostitution, c’est autre chose...Car si on demandait à un homme qui « veut aller au pute », commence par être une pute toi-même toute la journée et suce tous les sexes de femmes qui te rebutent et qu’on va te montrer, je ne sais pas ce qu’ils diraient !!


                                      • Fergus Fergus 1er avril 2011 09:15

                                        Bonjour, Ariane.

                                        Très honnêtement, je ne sais pas si l’art sublime tout", chacun réagissant avec sa propre sensibilité devant une oeuvre, les uns admirant la technique, d’autres la beauté subjective de la représentation du sujet. Mais une oeuvre d’art peut également être considérée comme un témoignage du temps, un regard sur une réalité. A cet égard, l’art ne vise pas systématiquement à embellir, comme le montrent les prostituées avachies et difformes d’Edgar Degas, probablement plus proches de la réalité quotidienne que les superbes créatures de Catherine Abel.

                                        Sur la prostitution et cette opinion crue mais réaliste que vous émettez, bien d’accord avec vous. Il suffit, pour s’en convaincre, de questionner les médecins sur la pratique de leur métier. L’énoncé des désagréments qu’ils subissent, ne serait-ce qu’en matière d’hygiène, donne déjà un aperçu de ce qu’est la prostitution...

                                        Cordialement.


                                      • Dominitille 1er avril 2011 00:45

                                        En avril, ne te découvre pas d’un fil.
                                        Ces petites demoiselles vont avoir froid aux fesses sinon ;


                                        • Fergus Fergus 1er avril 2011 09:19

                                          Bonjour, Dominitille.

                                          Il est vrai que la prostitution qui, en France, ne se pratique pas dans des Eros Centers mais dans la rue ou les allées des bois, requiert des qualités d’endurance au froid. Il suffit pour cela d’observer en hiver quelques dames dans les quartiers dédiés comme les alentours de la Porte Saint-Denis à Paris...

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