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Les colonnes de Buren, une rénovation au prix exorbitant

Une œuvre à 1 million d’euros, rénovée pour 5,8 millions d’euros. Même si la crise nous a habitué aux gros chiffres, si l’on écoute notre bon sens, on est en droit de se poser quelques questions...

Ces colonnes sont là depuis un bout de temps, elles ont beau être en marbre, elle n’ont pas trop aimé l’air parisien. Une décennie, puis deux, puis la colère de l’artiste à cause du non-entretien. Vous me direz, c’est mieux que le scandale qu’il y avait eu sur le campus de l’université de Bourgogne il y a de ça quelques années : l’artiste avait poursuivi la fac et demandé des dommages et intérêts parce que son tas de cailloux labellisé « art contemporain » avait été déblayé par les ouvriers chargés de l’entretien. Je pourrais avoir l’air de faire du mauvais esprit en liant ces deux histoires : mais dans les deux cas il y a un point commun. Les deniers sont publics… J’ignore combien avait coûté la mésaventure du campus bourguignon, mais je crois me souvenir que l’artiste avait réussi à faire ramener ses blocs de pierre au milieu de la pelouse, le tout en empochant quelques milliers d’euros pour compenser le « traumatisme » subi…

Bref il y a de ça quelques jours je tombe donc sur cet article où l’on m’explique que les colonnes de Buren ont été restaurées. Je suis plutôt pour, elles sont sympas ces colonnes c’est vrai… A la fois elles ont l’air un peu fragiles quand même pour des œuvres en marbre… Mais bon, vu le nombre de bagnoles qui viennent cracher leurs résidus de combustion pétrolifère autour, ma foi…on peut comprendre. Là où l’on décroche c’est quand on cherche à effectuer quelques calculs élémentaires sur le coût de l’opération. Avec les crises les gens bavent le mot « milliard » beaucoup plus naturellement, alors les millions ne signifient plus rien on dirait. Regardez : les masques et les vaccins anti-grippe : “c’est à peine plus de 2 milliards !” Voilà ce qu’on se dit. Mais le calcul élémentaire, lui il ne trompe pas et remet en place.

Voici donc les faits :

« Après 18 mois de travaux de restauration, les 260 colonnes en marbre noir et blanc de Daniel Buren, installées en 1986 dans la cour d’honneur du Palais-Royal. (ont été restaurées blablabla)

(…)

La rénovation a coûté au total 5,3 millions d’euros au ministère de la Culture, auxquels s’ajoutent 500.000 euros de mécénat par le groupe Eiffage. »

Le meilleur pour la fin :

« L’achat de l’oeuvre avait coûté à l’Etat un peu plus d’un million d’euros. »

Mon bon sens m’appelle à quelques considérations (vous me direz si je me trompe, je ne suis pas mathématicien).

1- 5,3 millions + 0,5 million = 5,8 millions : Les travaux de rénovation ont donc coûté : 5,8 millions d’euros (soit 38 millions de francs).

2- 1 million c’est un nombre presque 6 fois plus petit que 5,8 millions. En d’autres termes, on imagine que les colonnes font partie d’un type de bien qui a connu une inflation dépassant de loin celle de l’immobilier parisien… Elles sont en marbre. Le marbre n’a pas vu son prix se multiplier par 6 au cours des vingt dernières années. Il faut donc se rabattre sur le fait que ces colonnes doivent faire partie de la classe plus générale « des œuvres d’art ». Mais auquel cas, on se dit qu’il aurait été plus avantageux de revendre ces colonnes plus cher que le prix payé et l’État en aurait refait fabriquer non ? Le ministère de la culture aurait empoché la différence, le contribuable s’en serait mis plein les poches. Non mais tout ça c’est des conneries et ce n’est plus des maths : tenons-en nous aux chiffres…et puis on ne balade pas ces colonnes comme ça, y a de l’eau qui passe, des canalisations et puis elles sont dans Paris, elles font partie du « patrimoine ». Même le plus vulgos des touristes a appris à s’émerveiller devant cette installation. Bref…valeur affective de ces colonnes là, dirons-nous.

3- 5,8 millions divisé par 18 mois de travaux = un budget mensuel d’environ 322 222 euros.

4- 322 222 euros divisé par 15 euros de l’heure nous donnera le nombre d’heures de travail d’ouvriers qualifiés potentiellement employés sur le chantier = environ 21 481 heures.

5- 21 481 divisé par 35 heures fois 4 nous donnera le nombre d’ouvriers = 153 ouvriers sur le chantier

6- 260 colonnes qui font souvent moins de 50 cm de hauteur divisé par le nombre d’ouvriers (153) nous donnera le nombre de colonnes par ouvrier = environ 1,7 colonnes par ouvrier.

7- En ayant les mensurations exactes de l’œuvre, on aurait pu calculer que chaque ouvrier a dû s’occuper d’environ 80 centimètres de colonnes pendant 18 mois.

Ah oui j’oublie, j’ai négligé le prix des matériaux nécessaires aux travaux : enlevons donc 6 mois de main d’œuvre pour payer les brosses, le St Marc, les éclairages et quelques tuyaux…il reste toujours une armée de plus de 150 ouvriers qui grattent et creusent autour de 80 centimètres de marbre pendant un an, 35 heures par semaine…

Et qu’on me dise qu’il y a des experts mieux payés que les ouvriers, soit…mais à 15 euros, c’est une moyenne généreuse : et depuis quand faudrait-il un maître d’œuvre formidable pour orchestrer un lustrage à la brosse à dent doublé d’un débouchage de tuyauterie ? Même si on enlève encore 50 ouvriers pour des choses auxquelles je n’ai pas pensé, on est toujours à 100 ouvriers qui doivent se faire sacrément chier.

Je dois oublier quelque chose ou avoir fait une erreur avec les chiffres, c’est pas possible : je sais qu’on est passé à l’euro…mais putain on est pas censé pouvoir construire un joli édifice ou faire plein de trucs avec 38 millions de francs ?




par Walter Bunker (son site) jeudi 14 janvier 2010 - 47 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Actias (---.---.---.34) 14 janvier 2010 11:21
    Actias

    L’art comtemporain c’est du génie commercial. Ca permet de donner une dimension artistique au beauf.
    Regarder, des qu’un beauf devient milliardaire il s’achete un club de foot (normal c’est un beauf avec des interet de beauf) et presque aussitot il se fait une collection d’art moderne. En fait le vrai art c’est chiant et compliqué, ca a une histoire et poulala c’est ennuyeux. Alors qu’avec la magie de l’art moderne, la crotte fraichement démoulée du matin peut devenir une oeuvre d’art moderne et l’on peut briller en société si on l’achete (a condition quel soit chiée par une quelquonque personne labellé « artiste comtemporain connu »). 
     
    D’ailleurs, en art comtemporain le nom du vendeur est toujours écrit en 10 fois plus grand que le nom du produit.

    Bref encore un bel exemple de notre société pervertie ou seule compte la superficialité et d’argent public utilisé intelligement. Payer des impots, c’est pour les routes et les hopitaux !

  • Par docdory (---.---.---.41) 14 janvier 2010 13:33
    docdory

    @ Walter Bunker


    5,8 millions d’euros pour restaurer ces monstruosités décaties sans le moindre intérêt artistique, alors que la France est virtuellement en faillite ?
    Le gouvernement a perdu la tête , ou quoi ? 
    Sachant qu’une infirmière à l’hôpital coûte environ 30 000 euros annuellement à l’Etat, on aurait pu payer, avec cette somme, environ 100 infirmières supplémentaires pendant deux ans ! Vu la surcharge de travail de cette profession, ça n’aurait pas été du luxe !
  • Par Gollum (---.---.---.39) 14 janvier 2010 11:32
    Gollum

    L’art contemporain est à l’image de l’âme de l’homme moderne : vide.

  • Par armand (---.---.---.41) 14 janvier 2010 13:14
    armand

    Depuis qu’on a décrété qu’il n’y avait plus de critères en matière artistique, qu’un urinoir valait autant que la Joconde, on nage dans le n’importe quoi. Car le crédo actuel -devenu le nouvel académisme depuis que nos gouvernants et seigneurs du Cac40 ont décidé d’en s’en faire les propagandistes - c’est que n’Importe quoi peut être de l’art... Remarquez, le ’conceptuel’, royaume de l’illusion, cadre bien avec tout le vent brassé par les traders : dans les deux cas le néant est devenu un fabuleux tiroir-caisse.

    On dépense des millions pour réparer les foutaises-à-Buren (là où on aurait pu sagement reconstruire la galerie vitrée qui abritait jadis de nombreux libraires - remarquez, au vu des infects et prétentieux commerces Design qui trustent désormais le P.R.... Buren est en bonne compagnie) mais on n’a pas cent-mille euros pour sauver le musée de Montmartre.

    Toute l’impasse culturelle de notre société est là...

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