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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les conseils de Marcel à un(e) jeune auteur inconnu(e)

Les conseils de Marcel à un(e) jeune auteur inconnu(e)

Retrouvé dans les archives poussiéreuses du célèbre écrivain auto-publié, voici un texte inédit truffé de conseils pratiques pour l’auteur encore inconnu que vous êtes. Si c’est Marcel qui le dit, il doit bien y avoir une parcelle de vérité. Je vous laisse en juger. 

Il est deux heures du matin et vous venez de mettre le point final à votre manuscrit. Tapi dans votre antre obscur, vous observez le lent clignotement du curseur enfin immobile. Vous avez finalement accouché de votre œuvre, avec ou sans césarienne, vos tripes sont encore chaudes sur le parquet et lorsque vous levez la tête, vous voyez pour la première fois les piles de boîtes de pizza et la montagne de linge sale que vous aviez quelque peu négligé durant ces derniers mois de gestation.

C’est alors que vous êtes saisi d’une panique insurmontable : pourquoi ai-je fait tout cela ? Pourquoi ai-je sacrifié un, trois ou cinq ans de ma vie à m’user les doigts sur du plastique au lieu de suivre Star Academy à la télé ? Pourquoi ai-je aliéné mes amis, ma douce moitié et mes gosses au point qu’ils font semblant de ne plus me voir et ne m’adressent même plus la parole ? Une question pertinente, certes, mais qui ne vous avait encore jamais effleuré, ou alors dans un rêve lointain de célébrité et de gloire. Le plus dur, vous semblait-il, était de finir ce fichu manuscrit, et vous aviez tort. Le plus dur vient tout juste de commencer.

Saisi de panique, vous vous précipitez sur les sites d’éditeurs encore actifs (celui que vous aviez en tête a déposé le bilan il y a deux ans) pour voir s’il en existe un ou deux qui publient le genre d’histoires que vous venez d’achever. Et vous découvrez avec horreur que le style « sexe et politique » est passé de mode l'an dernier. Aujourd’hui, ils ne publient que les histoires de vampires politiciens. Pas de bol. Ca, c’est si vous faites vos recherches préliminaires, dans la plupart des cas vous ne vous en apercevrez qu’après avoir attendu en vain, et longtemps, une réponse à vos envois de manuscrits. Et si par le plus grand des hasards vous aviez eu un coup de génie prémonitoire et que vous ayez écrit une histoire de politicien suceur de sang, ils vous diront qu’il en existe déjà des douzaines. Re-pas de bol.

Vos chances de voir votre premier roman publié en soumettant un manuscrit à un éditeur sont de 1 sur 5000. Un nouvel auteur par an par éditeur, en moyenne. Autant dire que c’est mort pour vous si vous ne connaissez personne dans l’édition ou n’êtes pas déjà célèbre. Avec cet air d’être ailleurs que votre famille connaît si bien depuis que vous vous êtes attelé(e) à l’écriture, vous contemplez votre collection de lettres de refus, dont vous conservez chacune comme une preuve tangible de votre existence, prenant la poussière au milieu d’une pile de manuscrits rejetés et vous vous dites que ça ne va pas se passer comme ça. Vos seuls lecteurs enthousiastes étant les quatre membres de votre famille, il ne vous reste plus qu’une option. Il va falloir vous débrouiller tout seul et vous construire un lectorat par vos propres moyens.

Les deux questions fondamentales

Toutefois, avant d’aller plus loin et de vous engager dans une activité qui va vous éloigner pour les mois ou les années à venir de tous ceux qui vous sont proches, va conduire votre ménage au divorce et vos enfants à la drogue, il convient de vous poser deux questions fondamentales avant le grand saut :

1. Ce que j’ai écrit offre-t-il quelque chose pour laquelle la plupart des gens voudront sacrifier leur temps et leur argent durement gagné ?

C’est important. Vous écrivez, premièrement et essentiellement, pour les autres, ne serait-ce que pour les distraire avec vos malheurs. Si vous ne pouvez pas avec certitude répondre oui à cette question, tout le reste est inutile. Si tout ce que vous désirez est de laisser une trace de votre passage terrestre pour votre progéniture directe, vous avez des méthodes d’autoédition adaptées qui feront l’affaire et vous éviteront bien des déceptions.

2. Suis-je prêt à me vendre à eux ?

Quand les gens achèteront votre livre, c’est vous qu’ils achèteront. Vos tripes, vos rêves, vos idées, votre style. Les gens achètent généralement « le dernier Stephen King » ou « le dernier Musso ». Pas un titre particulier. C’est vous qu’ils aiment lire, même s’ils vous appellent du nom de votre personnage principal. Harry Potter, Adamsberg, Maigret ou Pocahontas, c’est encore vous. Vous les faites rire, vous les faites rêver, vous leur filez des frissons ou autre. C’est donc vous que vous allez devoir leur vendre. Si vous ne vous sentez pas de leur offrir votre âme, il est encore temps d’arrêter.

Bon, si après cela vous décidez que votre œuvre et vous-mêmes êtes dignes d’être connus par le monde entier, nous pouvons passer à l’étape suivante. Notez que la question de courage, force de caractère et détermination ne se pose même pas pour la très simple raison que tout cela, c’est vos lecteurs qui vont vous les fournir, au fur et à mesure qu’ils viendront grossir vos rangs. 

Votre seul et unique ami

Les lecteurs, vous les voyez, ils sont tout autour de vous. Ils sont dans toutes les bonnes librairies, font la queue aux salons du Livre, s’assoient en face de vous dans le bus et le métro. Des lecteurs, vous en croisez tous les jours des milliers si vous vivez en ville. Le problème c’est qu’ils ne vous voient pas. Après avoir envisagé un instant de vous procurer une collection de chapeaux à la Amélie Nothomb, vous vous dites que, quand même, il doit bien y avoir un moyen moins ridicule de les atteindre. Un lecteur, voyez-vous, est un être essentiellement réservé, il rentre dans sa coquille au moindre souffle de vent. Il va falloir les séduire, un par un, petit à petit, sans les effaroucher.

Vous avez donc écrit un livre, il vous faut maintenant vous faire connaître. Pas le livre. Vous. Vous allez devoir séduire, un à un, chacun de ceux qui seront vos futurs lecteurs. L’avantage certain que vous avez est que l’édition actuelle est tellement pauvre qu’il existe assez peu de bons bouquins en circulation (hormis les classiques mais ceux-là personne ne va en parler parce que c’est un peu honteux de s’emballer pour un bouquin que tous vos potes ont lu en sixième). Donc vous avez un allié de choix dans votre lecteur. S’il aime ce que vous écrivez, il va en parler autour de lui. Les lecteurs sont TOUS à la recherche d’un bon livre. C’est peut-être pour cela qu’ils se précipitent comme des malades sur le dernier roman dont tout le monde parle ou le dernier Prix du Piston Littéraire avec l’espoir, souvent déçu, d’être surpris, charmés, envoûtés. Si votre livre est bon, vous avez une chance, mais il va falloir bosser parce qu’aucun des poids lourds de l’édition ne va se pousser pour vous faire de la place. Votre seul ami, votre unique allié, c’est le lecteur.

C’est lui qui va vous défendre bec et ongle, et au péril de sa réputation, contre tous les critiques et va vous aider à réaliser votre rêve. 

Où on commence à utiliser des noms savants

Votre lecteur, en fait, il a un nom savant. Il s’appelle un public. Ce n’est pas monsieur ou madame tout-le-monde. Il a un âge moyen, un sexe, un niveau d’éducation, une occupation professionnelle, il vit quelque part et a des goûts précis. On va dire « il » pour le principe mais votre public pourrait tout aussi bien, et assez fréquemment pour un écrivain, être du genre féminin. Quand il voit les hordes d’adolescentes pré-pubères se précipiter sur le dernier Twilight, il se dit qu’il aimerait bien avoir quelque chose pour lequel se passionner aussi. Alors votre livre, il s’adresse à qui ? Réfléchissez-y une minute, faites vos recherches sur les sites littéraires, renseignez-vous. Ca ne viendra peut-être pas tout de suite mais avec un peu d’expérience, vous apprendrez à le reconnaître, à découvrir où il va chercher ses informations et ce qu’il aime. Inutile de passer tout votre temps à faire de la promo sur Facebook si votre public est essentiellement à la retraite. Allez voir les statistiques démographiques de consultation de votre page Facebook et vous allez êtes surpris de découvrir que vos fans sont aux deux-tiers des femmes entre quarante et cinquante ans, ou autre. 

Et votre image, vous y avez pensé à votre image ?

Bon, vous avez votre public, ou vous progressez à en faire la découverte, la prochaine question à vous poser, c’est comment vais-je me présenter à eux ? Il va vous falloir une image parce que cette chose que vous allez projeter, c’est vous bien sûr, mais une seule facette de vous-même (personne ne sera capable d’assimiler toutes les facettes de votre personnalité complexe). Il va falloir faire simple et choisir cet aspect de vous-même qui va coller à ce que vous voulez leur vendre. Vous êtes probablement connu(e) comme étant une personne douce, aimante et qui n’a jamais fait de mal à une mouche mais si vous venez d’écrire un roman sur une prostituée cannibale, il va falloir mettre cette idyllique image de côté. Parce que si vous avez pondu ce genre d’histoire, quelque part…

Bien, si j’écris des histoires de sorciers adolescents orphelins, je suis une mère de famille au chômage et j’ai deux enfants en bas-âge que j’élève seule. Comme mon livre s’adresse principalement à des mômes et aux grands enfants, je n’ai pas de vie sexuelle, je m’habille en bonne mère de famille, j’ai une voix douce et posée et mes photos ont cette espèce de halo doré... Si par contre, j’écris des histoires de morts-vivants, je vis dans une cabine isolée dans les bois, j’ai une tête étrange sur mes photos en noir et blanc et toutes sortes de rumeurs circulent sur mes goûts bizarres. J’écris des histoires d’amours lesbiennes, je m’habille comme George Sand et je me mets à fumer la pipe. C’est comme ça que ça marche. Et une fois que vous avez choisi votre image publique, même si elle est purement virtuelle, il va vous falloir y coller. Pas question de vous exposer dans les ventes caritatives si votre spécialité ce sont les tueurs psychopathes. Faites-le discrètement.

Et la compétition dans tout ça ?

OK, jusque là tout va bien. Vous avez votre public et votre image, reste à savoir comment vous voulez vous situer par rapport à la compétition ou au marché. La compétition, elle est là pour vous aider. Vous pensez que c’est un mur alors qu’en fait c’est une porte. Les lecteurs, ils ne vous connaissent pas, mais ils connaissent vos compétiteurs ou vos prédécesseurs. Comment voulez-vous vous positionner par rapport à eux ? Restez réalistes dans vos choix, si vous n’êtes pas japonais, évitez de vous présenter comme le nouveau Murakami ou si vous n’avez pas une tête à chapeaux comme la nouvelle Nothomb. Mais que vous le veuillez ou non, il va falloir vous appuyer sur quelque chose pour éveiller cette étincelle de reconnaissance dans l’esprit de votre public. Ils aiment Lady Gaga et ses looks d’outre-monde, vous écrivez de la SF et vous êtes une femme, va falloir changer de coiffure (image) et adopter un pseudo du genre Lazy Mona. Piquez les habits et le service à thé de votre arrière-grand-mère si vous écrivez des livres pour les mômes. Vous écrivez des histoires sous-marines et vous avez fait un stage de deux jours avec le Commandant Cousteau quand vous aviez douze ans – débutez votre bio par la phrase « Ma première rencontre avec le Commandant Cousteau a été le déclic… » Écoutez vos premiers critiques, ils connaissent le marché mieux que vous et ce sont souvent eux qui peuvent vous fournir la clé :« Je n’avais pas ri avec une telle joie sauvage depuis Coluche » ou « Je n’aurais jamais cru qu’un autre auteur que Musset puisse aussi bien parler d’amour ». Ca vous donne une idée ?

Dans la poussière de la bataille

Bon. Vous connaissez votre public, vous avez peaufiné votre image et vous avez décidé d’être le Coluche de l’économie de masse ou quelque chose comme ça. Le vrai travail peut maintenant commencer. Abandonnez pour l’instant ce deuxième roman et lancez-vous à l’assaut de la citadelle derrière laquelle attend votre public. Ca ne va pas se faire en trois jours donc accumulez les réserves dans le garde-manger. Le siège va être long.

Offrez d’abord à vos fans potentiels un point de ralliement. Cela peut être votre site web, votre blog, votre page Facebook ou Google, votre chronique sur un journal du web lu par votre public ou autre. Il existe différentes plateformes et celles-ci sont un peu comme des vases communicants. L’important est d’avoir un point précis où vous allez pouvoir rallier vos troupes, leur donner les directives de combat et les envoyer au casse-pipe.

Une fois que vous avez établi votre QG, commencez à défourailler sur les forums, les blogs, les groupes de lecteurs (évitez les groupes d’auteurs qui n’ont aucun intérêt pour ce que vous écrivez – vous êtes la compétition après tout), les magazines du web correspondant à votre ligne de pensée, les sites de publication en ligne, etc. Même si c’est un petit groupe de quinze amateurs de romans dans votre style, ne négligez personne. Ces gens-là sont des passionnés et s’ils aiment ce que vous faites, ils en feront la promotion. Vous avez de l’imagination, sinon, vous n’écririez pas, alors je vous laisse imaginer. Extirpez des cartons les quelques textes, nouvelles ou poèmes que vous aviez écrit adolescent(e) et choisissez ceux qui correspondent à votre nouvelle image. Ou écrivez-en de nouveaux. Vous n’allez pas forcément mettre votre œuvre maîtresse en ligne gratuitement, mais des bouts de vous-même et de vos écrits vous seront nécessaires. Et lancez-vous dans l’acte de séduction. Gardez-vous des commentaires oisifs et des photos de chatons, si vous exprimez des choses sans importance, personne ne vous remarquera. Écrivez des textes forts, pénétrants, faites parler votre talent, cultivez votre image. Gueulez quand c’est nécessaire, n’hésitez pas à vous battre pour vos idées ou celles des autres tant que vous restez dans le cadre de l’image que vous avez choisie. Vous verrez que vous allez devenir de plus en plus fort à cela.

Une remarque, évitez de poster douze commentaires à la suite sur la même page ou le même jour. Personne n’aime le troll qui vient polluer sa page d’actualités avec quarante-trois posts pour annoncer son nouveau poème et vous allez rapidement vous retrouver bloqué. Restez concentré, vous êtes le sniper et vous choisissez chaque cible avec précaution.

Petit à petit, votre groupe de quatre amis d’école et de membres de votre famille va commencer à voir arriver de nouveaux visages. Des gens que vous ne connaissez pas mais qui vont venir s’installer chez vous. Ils ne vous diront pas qui ils sont (s’ils commencent à le faire et à vous raconter leur vie, bloquez-les, ce sont des trolls) ni pourquoi ils sont là mais ils y sont, ils ont pris possession de votre espace et vous allez devoir vous habituer à eux et surtout, surtout, évitez de leur poser des questions. Vous, tout ce que vous avez à faire, c’est continuer à les nourrir. Alors vous écrivez, vous postez, vous commentez intelligemment, vous laissez libre cours à votre imagination féconde, vous rejoignez d’autres groupes qui vous semblent intéressants et vous alimentez la boule de neige.

Une partie de votre prospection va devoir être payante, ou alors il va falloir y bosser jour et nuit. C’est vous qui décidez. Mais il existe des moyens assez peu onéreux de promouvoir votre site web, votre blog ou votre page. C’est de l’argent bien placé pour votre futur, mieux qu’investir dans les actions de Monsanto. Encore une fois, ciblez votre public. Si c’est les adolescents boutonneux qui aimeraient se faire mordre, investissez votre petit pécule à atteindre ces gens-là.

Bientôt, si vous avez du talent et que vous n’abandonnez pas au bout d’une semaine, le mouvement lui-même va commencer à vous dépasser. Mais n’oubliez pas, vous devez continuer à le nourrir régulièrement. Écrire, publier, vous exprimer.

Et maintenant ?

Voilà, vous avez établi votre communauté de lecteurs, vous êtes connu sur tous les sites et les forums correspondant à votre image, les statistiques de consultation de vos pages s’affolent et les quelques écrits que vous avez placés sur les sites de lecture en ligne ne décollent plus des listes de bestsellers. Que se passe-t-il maintenant ?

Et bien, si vous avez fait tout cela, le miracle s’est sans doute déjà produit.

Une madeleine ?


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4 réactions à cet article    


  • Pat Ferrer 29 avril 2013 12:01

    Excellent point ! Pourquoi on écrit, on n’a pas vraiment le choix. Mais c’est peut-être un autre débat.


  • Piere CHALORY Piere Chalory 29 avril 2013 12:55

    @ Pat ferrer,


    J’ai plussé votre article en modération, après avoir constaté que vous aviez oublié Proust, que je trouve sans intérêt, (je vais me faire quelques amis au passage). Je pense que vos conseils sont judicieux dans l’ensemble. En ce qui me concerne, j’ai renoncé à toute aide extérieure pour la publication, aujourd’hui, on peut au prix d’un travail certes fastidieux et long, grâce au net, faire sa propre promotion. Si on compte sur les ’’amis’’, ou la ’’famille’’, en tout cas pour moi, c’est pire que de contacter directement les intéressés. 

    Après, c’est quoi, un vrai artiste ? C’est sûrement pas à l’écrivain de le dire, mais aux autres, les lecteurs.



    • Pat Ferrer 29 avril 2013 17:08

      Merci Piere, j’avoue qu’il faut admirer Proust pour être devenu l’un des auteurs phares de la littérature française alors, qu’à part ma soeur qui est prof de Lettres, je ne connais personne dans mon entourage qui ait lu ses oeuvres. Pourtant tout le monde les connaît, du moins les titres, les madeleines, les Swann et autres. Le père du marketing moderne, on doit bien lui rendre cette justice.


    • gruni gruni 29 avril 2013 22:04

      Personnellement je me contente d’écrire de modestes articles d’une qualité discutable. j’imagine la somme de travail nécessaire et le temps consacré pour sortir un livre qui finalement a très peu de chance de se voir publié. Toutefois se lancer dans l’écriture d’un manuscrit doit-être une belle aventure et un sacré challenge. Alors qui sait ! 

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