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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les contes de fées, l’éveil du désir

Les contes de fées, l’éveil du désir

A l’époque virtuelle de l’échange, par clavier interposé, que vient faire celui-là avec ces contes d’un autre âge... les fées ?

A l’heure de l’épuisement énergétique, de la vie chère, des catastrophes naturelles, du bouleversement climatique, des tornades, des tempêtes et autres métamorphoses...

Métamorphose, voilà bien un mot « joli » qui me tient en éveil et me procure un plaisir permanent et protéiforme. Il est pure création, en mouvement perpétuel.

Ainsi notre vieille terre, ô combien malmenée, transpercée, éclatée, laminée, ravaudée, empoisonnée, méprisée se réchauffe tout en se refroidissant vers une destinée dont elle a le secret.

Dans ce décor incertain, et quelquefois inquiétant, il nous est donné d’inventer un monde plus personnel à travers lequel nous accepterons mieux le sort qui nous est imposé.

Existe-t-il un âge pour ça ? Nous avons l’âge pour lequel nous vivons.

A un assureur sur la vie qui venait un jour me proposer ses services, j’ai répondu qu’il se trompait d’adresse car, moi, j’étais éternel.

Il m’a regardé interrogatif et un peu inquiet... « Ah oui je comprends », puis il est reparti avec sa lourde sacoche d’espérances, sombre et déçu.

Il n’est pas d’âge pour la vie de l’esprit, ou de l’âme, selon les croyances.

Il est cependant un âge où on accepte de s’approprier la vie, non pas celle qui nous échappe, mais celle de Jean-jacques et des Rêveries du promeneur solitaire, de Beaudelaire et des Fleurs du mal, de Beethoven et de La Pastorale, de Tabarly et des secrets de l’océan, de Demaison et des sommets qui caressent le ciel, de Reeves et du sens poétique et rationnel du grand espace-temps… de tous les conquérants de notre espace intérieur et de l’espace de Gaïa notre mère terre.

Concilier par exemple, méditation et infinies promenades sur le sol alpin accidenté de roches puissantes agrémentées de faunes et flores où les mots pour le dire n’ont pas été écrits.

La magie du moment où l’on se sent si petit et tellement grand, le roi du monde, d’un monde aérien, aux sommets majestueux accrocheurs de nuages multiformes soyeux et lumineux, encrés, lourds et menaçants.

Le roi d’un monde si petit qu’il s’accommode bien de la présence féerique du petit Prince et s’emplit de son rire éclatant.

Au détour du chemin, une forêt de mélèzes au rideau d’ombre odorant et murmurant nous invite. Si le cœur nous en dit, nous basculons, comme par enchantement de la réalité poétique au conte pour enfant... deux mondes qui cheminent dans la même espérance, l’identique perspective.

Vivre pour donner un sens à sa vie. A tout âge, nous cherchons et devons être capables de trouver un minimum de signification en relation avec le niveau de développement de notre intelligence.

La sagesse s’élabore petit à petit, après des débuts très irrationnels. Nos expériences vécues dans ce monde ne peuvent nous procurer une compréhension intelligente de l’existence qu’à un âge... avancé, voire très avancé.

Le cadre est posé, on se déplace dans le panorama, la nature nous enseigne à multiples niveaux, par sa beauté, ses secrets, sa lumière et ses couleurs, ses parfums et ses odeurs, ses bruits et ses cris, mais aussi par l’effort qu’il nous faut accomplir pour la découvrir et la traverser.

L’histoire, le conte, le culturel naissant est syntone à l’environnement naturel. Pour qu’une histoire accroche notre enfant intérieur, ou l’enfant qui nous accompagne, il faut qu’elle soit divertissante et qu’elle éveille notre curiosité. Pour enrichir notre vie, il faut qu’elle stimule notre imagination, qu’elle soit un facteur de développement de notre intelligence et qu’elle éclaire nos émotions. La subtilité est qu’elle s’accorde à nos angoisses et à nos aspirations, qu’elle nous fasse prendre conscience de nos difficultés, tout en nous suggérant des solutions aux problèmes qui nous assaillent et nous troublent. Comme sous l’effet de la baguette magique, en un seul et même temps, un accord s’installe entre tous les aspects de la personnalité sans atténuer, au contraire en la reconnaissant pleinement, la gravité de notre situation de vie en nous donnant par la même occasion confiance en nous et en notre avenir.

Pour toutes ces raisons, la forêt de mélèzes évoquée plus haut (partie cachée, inconsciente de notre personnalité) peut se transformer en un lieu mystérieux et inquiétant où le loup de notre enfance nous attend l’œil menaçant et les crocs acérés.

Si nous poussons la mise en scène plus loin, imaginons de l’intérieur le retentissement psychologique. Nous venons de transgresser les conseils parentaux, n’empruntant pas le chemin sécurisé, poussés que nous sommes par la curiosité et l’excitation que produit la naissance du désir, l’interdit selon la morale parentale... Le Petit Chaperon rouge de notre enfance ne prétend pas davantage.

Abordés superficiellement, les contes de fées n’apprennent rien sur les conditions de notre vie modernes dans le tumulte croissant des pollutions multiples qui nous assaillent et détruisent notre créativité naturelle.

Cependant, ils ont infiniment d’enseignements à nous apprendre sur les problèmes intérieurs de l’être humain et de leurs solutions.

A force de répétition, pendant des siècles, voire des millénaires, les contes de fées se sont affinés et se sont chargés de significations apparentes et cachées. Ils s’adressent simultanément à tous les niveaux de la personnalité humaine. Leurs messages touchent aussi bien l’esprit vierge de l’enfant que celui plus élaboré de l’adulte.

Ces histoires, qui abordent des problèmes humains universels, s’adressent au moi naissant des enfants et favorisent son développement, tout en le soulageant des pressions préconscientes et inconscientes.

Pour pallier et régler les problèmes existentiels de la croissance, surmonter les déceptions narcissiques, les dilemmes œdipiens, les rivalités fraternelles, les renoncement aux dépendances de l’enfance, pour l’affirmation de la personnalité, la prise de conscience de sa propre valeur et de ses obligations morales... tout ce qui ne va pas de soi et qui vient à manquer dans ce monde paradoxalement intelligent et en manque de repères naturels... le scénario conflictuel voire meurtrier du jeu vidéo transposé dans la classe ou dans la rue dans une violence aussi soudaine qu’incompréhensible.

Le cadre est posé, le livre de la nature, son enseignement généreux et permanent en toute saison, l’effort physique pour en découvrir les merveilles, le conte poétique et méditatif pour accompagner le voyage et permettre l’harmonisation entre culture et nature. Faire du petit homme un homme bien centré, pour l’homme adulte un homme meilleur... les pieds sur la terre et la tête dans les étoiles... par exemple.

 

 

 


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13 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 19 juin 2008 11:32

    Merci, Jack, pour cette petite promenade onirique au coin du bois.

    Le grand méchant loup et sa faucheuse peuvent bien attendre encore un peu.

    PS : l’affiche est superbe : je veux la méme pour mettre dans les chambres de mes filles....

     


    • jack mandon jack mandon 20 juin 2008 08:00

       

       

      @ Sandro

      C’est bizarre, quand je te lis, j’entends ta voix ? Intuition ou schizophrénie ?

      Je voulais insister sur la qualité d’un échange qui s’accomplit dans un environnement naturel, nature et culture associées dans la communication.

      Relativement au pédagogique, la nature vient à manquer, l’effort physique peut être aussi, quant à la communication, elle est de plus en plus virtuelle.

      En conclusion, nature et culture tendent à disparaître de l’environnement humain.

      Pour l’affiche, taper googel « contes de fées »images.15

      Salut Sandro

      Jack


    • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 19 juin 2008 14:07

      Le conte, entre légende et mythe, nous introduit dans un univers enchanté. Merci Jack de nous le rappeler par ce beau texte. Dans toutes les civilisations, à travers les siècles, cette littérature - orale à l’origine - s’est transmise de générations en générations. C’est à partir de l’époque romantique que le conte s’est scindé en deux tendances : le registre du merveilleux et celui du fantastique. Par nature, le conte se plaît dans des décors fabuleux et terrifiants et la magie intervient à tout moment. Ce qui est sans doute l’apanage du conte est l’irruption de l’irrationnel dans un monde qui se veut - ou du moins se souhaite - cohérent et l’usage que l’on y fait ... du temps.

      De plus, par opposition à la légende, qui est un récit de croyance, le conte n’a d’autre but que le divertissement. Il répond à notre besoin d’évasion et de détente. Nous savons bien que ce qui nous est décrit n’existe pas et que les personnages sortent de l’imagination de l’auteur, mais cela correspond à notre souci de beauté et de rêve et nous nous laissons volontiers bercé par l’irréel. Le conte est en quelque sorte un mensonge autorisé.

      Le conte philosophique, initié par Voltaire ( Candide ), a été utilisé par lui comme une arme critique et se distingue de ses confrères comme une forme instrumentalisé à cet usage. Quant au conte fantastique, on peut le rapprocher d’une sorte de surnaturel "exotique", en tant qu’il déforme le réel et déroge du monde habituel où nous vivons. Enfin le conte scientifique s’inscrit dans une démarche futuriste et envisage un monde en devenir, en gestation, du moins dans l’esprit de ses créateurs.
      Merci encore, Jack, de nous remettre en phase avec ce genre littéraire si riche en implications diverses, qui existe depuis aussi longtemps que la pensée imaginaire de l’homme.

       


      • jack mandon jack mandon 20 juin 2008 08:21

         

        @ Armelle

        Merci pour votre appui littéraire et logistique, pour l’historique et la chronologie du conte de fées, à travers les époques marquantes de ses transformations.

        Le conte auquel je fais allusion s’apparente à l’époque romantique, avec son mélange de merveilleux et de fantastique.

        Il fait contrepoids au surmoi éducatif et familial et constitue un refuge de survie et d’oxygénation pour l’enfant dans le questionnement et l’isolement.

        Au fond, c’est l’aspect psychanalytique qui m’intéresse.

        Idéalement, la nature représente pour moi le meilleur environnement ou se produit la communication et l’enseignement global. Nature et culture associées. La belle alchimie.

        Merci Armelle


      • maxim maxim 19 juin 2008 16:59

        lorsque j’ai vu pour la premiére fois Blanche neige au cinéma à la fin des années 40 ( c’était la première fois que j’allais au cinoche !)

        j’ai eu révélation de l’éveil de mon désir ..la vilaine sorcière ,quand elle était cette diabolique belle brune fatale ,était diablement plus bandante que la mièvre Blanche Neige avec ses airs de sainte Nitouche ,de celle qui restent vierges jusqu’à 40 ans ..

        tandis que la méchante citée précedemment a déclenché sans le vouloir ma première érection ...

        depuis ,j’ai toujours fantasmé sur les brunes un peu garces et vénéneuses ...

        comme quoi le cinéma et les contes de fées hein ????

        tiens ,il faudrait que je retrouve un dvd de Blanche Neige !

         


        • Yohan Yohan 19 juin 2008 18:32

          Maxim

          Tu es sûr que c’est pas Blanche Neige et les 7 mains que tu as vu ?


        • jack mandon jack mandon 20 juin 2008 08:50

           

          @ Maxim

          Bien vu Maxim, Blanche-neige est un peu nunuche pour des mecs précoces comme toi et moi. Cette jolie petite, est à l’âge de l’oralité, la pomme....bouou !

          En revanche, la sorcière c’est la femme fatale, la séductrice, la dominatrice, la maîtresse, ( sado-maso) c’est un autre registre dans lequel l’homme s’engouffre comme un gros bourdon qu’il est, la tête au fond du calice, la croupe à l’air...bzzziii...

          L’amour est un merveilleux spectacle dans lequel il est bon d’être l’acteur, le spectateur et le metteur en scène.

          Merci Maxim pour ce rappel esssentttielll

          Si les femmes savaient, elles en profiteraient, et toi et moi serions perdus, en fait nous connaissons la musique, les femmes aussi...mais elles ont besoin d’aimer aussi autrement, c’est bien là un aspect du dilemme.

          Jack

           


        • maxim maxim 19 juin 2008 21:20

          salut Yohan ....

          eh oui , on a les fantasmes qu’on peut ..

          n’empêche ,une première vraie érection à 7 ans ,c’est pas le pied ça ?

          au fait ,il ne te resterait pas un Blanche Neige dans ta vidéothèque ?


          • rocla (haddock) rocla (haddock) 20 juin 2008 09:44

            Encore une fois merci Jack pour tous ces mots ,

             

            Les contes de fées , les contes des Mille et une nuits , toutes ces histoires inventées pour arracher nos yeux regardant vers le bas et les diriger vers les étoiles filantes , les bulles de savon multicolores dans lequelles notre âme reprend un peu de légèreté ....

             

            Nestor ....


            • jack mandon jack mandon 20 juin 2008 09:59

               

              @ Nestor...

              Toi aussi, comme moi, tu es tombé dans la marmite de potion magique à la naissance. Nous sommes condamnés à l’abstinence druidique jusqu’à la fin des lunes. Cela n’a pas d’importance, nous avons des réserves.

              Merci...Nestor

              Jack


            • SANDRO FERRETTI SANDRO 20 juin 2008 10:22

              Jack,

              Attention tout de méme.

              Un conte de fée peut vite, avec la dame en noir, devenir un un conte de faits, voire méme de faits divers ( voire méme, un fait divers d’hiver, ce sont les plus déprimants, y compris pour les médecins légistes..).

              "I had a dream...."

              I got a nightmare....


            • jack mandon jack mandon 20 juin 2008 10:48

               

              @ Sandro

              La diversité langagière, diversement jouée, est propice aux errements fantasmatiques...bien entendu, tu connais toi aussi la longue dame brune.

              Merci Sandro

              Jack


              • SANDRO FERRETTI SANDRO 20 juin 2008 11:39

                Oui, il y a du Barbara dans cette "sorccière".

                Pour le reste, comme on ne peut pas jouer avec la vie ( du moins pas longtemps), je pense qu’il faut jouer avec les mots qui parlent de la vie. J’essaie.

                Mais je n’en dirais pas plus. Par respect pour mon pict-CV, et aussi parce que, comme disait Camus, "il est parfois bon de coucher avec le mystère".

                A bientot sur un de vos artciles, ou un des miens, écrits-vains que nous sommes.

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