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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Les Deux Canards » de Tristan Bernard au Théâtre Antoine

« Les Deux Canards » de Tristan Bernard au Théâtre Antoine

Si effectivement un "canard" pourrait fort bien en cacher un autre, Tristan Bernard se plaît à opposer les couacs d’une gazette locale à son alter ego de sensibilité diamétralement opposée.

Ainsi de gauche à droite, le cœur de Gelidon (Yvan Le Bolloc’h) penchera autant que ses convictions politiques ne l’amèneront à rédiger son éditorial du matin pour La Torche et celui du soir pour Le Phare dans un chassé-croisé entre Léontine (Isabelle Nanty) et Madeleine (Cassandre Vittu de Kerroul), ses deux amours concomitants, mais dont il va mal mesurer les conséquences induites entre les deux clans rivaux.

Ses frasques irresponsables, mais surtout candides, vont le conduire malencontreusement vers un duel d’honneur dont il devrait assumer à lui seul le rôle schizophrénique des deux adversaires.

Charge à l’égard d’un journalisme capable de substituer une idéologie politique à une autre, en retournant habilement les mots et les phrases selon leur contraire, l’auteur apprécie que la légèreté des mœurs se traduisent en répliques pétillantes et en mots d’esprit.

Alain Sachs, maître en fantaisie et autres situations fantasques, possède jusqu’au bout de la direction d’acteurs l’art subtil de mettre ceux-ci en confiance, là où précisément leurs personnages s’emmêlent les pinceaux du savoir-vivre et de la bienséance.

C’est ainsi qu’Isabelle Nanty fera un tel profit de l’ingénuité semblant l’envahir qu’elle va totalement désinhiber son amant versatile, emporté, lui, par un surf délicieux sur les vagues des contradictions inéluctables, là où, de toute évidence, Yvan Le Bolloc’h excelle au plus haut point.

Les spectateurs, séduits par le charme désuet des sentiments bon enfant, acceptent avec gratitude le parti pris des invraisemblances poétiques et observent, après l’entracte, avec délectation le jeu du chat et la souris qui, par masques interposés, n’identifie qu’un seul escamoteur jonglant davantage avec l’énorme paire de lunettes d’automobiliste pionnier qu’avec l’épée.

Désormais convaincu qu’elle constitue un pur chef-d’œuvre, Alain Sachs, qui a découvert récemment par hasard cette pièce Les Deux Canards restée en sommeil après sa création au Théâtre du Palais-Royal en 1913, donne, ici, à cette troupe du Théâtre Antoine composée également d’Urbain Cancelier, Pierre-Olivier Mornas, Gérard Chaillou, Jean-Marie Lecoq, Jean-Pierre Lazzerini, Jean-Louis Barcelona, Michel Lagueyrie et Catherine Chevallier, tous en phase avec le joyeux décor de Stéphanie Jarre et les fringants costumes d’Emmanuel Peduzzi, l’opportunité d’un état de grâce sans cesse renouvelé en se fondant d’empathie à la verve, ô combien malicieuse, de Tristan Bernard.

Visuel dossier de presse / Théâtre Antoine

LES DEUX CANARDS - *** Theothea.com - de Tristan Bernard - mise en scène : Alain Sachs - avec Yvan Le Bolloc’h, Isabelle Nanty, Urbain Cancelier, Pierre-Olivier Mornas, Gérard Chaillou, Jean-Marie Lecoq, Catherine Chevallier, Jean-Pierre Lazzerini, Jean-Louis Barcelona, Lichel Lagueyrie & Cassandre Vittu de Kerraoul - Théâtre Antoine


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