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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les écosystèmes de la création : comment ça marche ?

Les écosystèmes de la création : comment ça marche ?

Rien n’est plus aléatoire et mystérieux que le mécanisme de la création, surtout dans les domaines artistiques. Qu'est-ce qui fait qu’une musique sera un succès commercial et planétaire, ou qu’un livre sera un best-seller traduit dans de nombreux pays ? L'auteur, en amont du processus, est en fait le tout premier maillon d'une très longue chaîne, celle de la valorisation des idées. Y participent interprètes, éditeurs, distributeurs et diffuseurs... C'est pourquoi l'on parle d’écosystèmes de la création.

A qui appartient une œuvre ?
 
Le débat fait rage actuellement sur les conditions de rémunération des « œuvres de l’esprit » dans un monde où tout semble gratuit et disponible. L’arrivée d’Internet a bouleversé l’accès à des biens culturels qui auparavant avait des modes d’existence bien établis : l’auteur créait, l’éditeur éditait musique ou livres, le public achetait, et chacun avait droit à la rémunération correspondant à la quote-part de son travail. Avec l’arrivée du numérique, y compris dans les industries du cinéma, le circuit a été affecté. L’accès aux créations est passé du statut matériel à celui du virtuel, et la dématérialisation des œuvres et leur accessibilité immédiate et gratuite ont occulté, au moins dans un premier temps, la question des droits des créateurs.
 
Un problème qu’a tenté de régler la fameuse loi Hadopi (Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet), une législation mise en place par le gouvernement mais contestée par nombre d’Internautes. Celle-ci vise principalement à mettre un terme aux partages de fichiers lorsque ces partages se font en infraction avec les droits d’auteur et, si elle propose une amélioration de l'offre légale, force est de constater qu'elle prône avant tout des sanctions contre les utilisateurs. Aux Etats-Unis, la fermeture en janvier 2012 par la justice du site Megaupload, accusé d'avoir violé les lois sur le copyright en diffusant des films et des vidéos gratuitement a conduit à l'arrêt de centaines de sites considérés comme illégaux qui craignaient de subir le même sort.La conséquence principale de cette opération, menée dans le cadre d’une vaste campagne anti-piratage, a été de voir nombre d’Internautes, en mal de téléchargements, revenir sur des sites de téléchargement légaux.
 
De quoi vit un artiste ?
 
Un auteur, un artiste, devrait pouvoir vivre du fruit de son travail. Si dans l’édition, nombre d’écrivains ont un emploi qui leur permet de pratiquer en parallèle leur passion, il n’en va pas de même dans d’autres domaines. Dans une série de témoignages consacrés à la vie d’artistes, le site Rue 89 Eco constatait qu’il est difficile d’établir le profil financier de l’artiste-type et indiquait « En 2009, les plasticiens ne disposant pas des revenus nécessaires pour être affiliés à la Maison des artistes (sécurité sociale des artistes) – ou assujettis – tiraient en moyenne 1 934 euros annuels de leurs créations, alors que les plasticiens affiliés recevaient en moyenne 20 038 euros... En ce qui concerne les écrivains, en 2008, ceux qui ne disposaient pas des revenus nécessaires pour être affiliés à l’Agessa (sécurité sociale des auteurs) et gagnaient pour la majorité d’entre eux moins de 4 000 euros par an, contre 33 810 euros annuels pour les affiliés. »
 
Une législation unique dans le monde
 
En France, les œuvres de l’esprit sont définies et protégées par le Code de la propriété intellectuelle. Ce texte mis à jour en permanence par le législateur définit le cadre, les conditions de rémunération et d’exploitation d’une création, et ses premiers paragraphes sont explicites : « L'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. » (ArticleL111-1) et « L'œuvre est réputée créée, indépendamment de toute divulgation publique, du seul fait de la réalisation, même inachevée, de la conception de l'auteur. » (ArticleL111-2). L’hexagone compte de nombreuses sociétés de gestion chargées de la collecte et de la répartition des droits aux artistes, parmi celles-ci on peut citer la Société des Gens de Lettres, la Sacem pour la musique, l’Adami pour les comédiens et les musiciens, l’ADAGP pour les arts visuels, la SCAM pour les auteurs multimédias, toutes représentent et défendent les intérêts de leurs adhérents.
 
La vie du livre : un écosystème-type
 
En 2010, selon le Syndicat National de l’Edition, 435 M€ de droits d’auteurs ont été versés aux auteurs. Si l’auteur du plus gros succès de l’année 2011, à savoir Stéphane Hessel avec « Indignez-vous ! », a cédé ou donné à des associations humanitaires les droits de ses 1 368 900 exemplaires vendus, un auteur comme Katherine Pancol, qui figure pour la même année trois fois dans la liste des 30 livres les plus vendus, peut, quant à elle, assurer les conditions matérielles nécessaires à l’exercice de son travail d’écrivain. Le succès d’un livre et les droits qu’il génère sont la garantie que l’auteur pourra créer dans les meilleures conditions possibles. C’est aussi dans ce cas que le binôme formé par l’éditeur et l’auteur prend tout son sens. Car pour quelques réussites, combien de livres finiront au pilon ou, au mieux, chez les soldeurs ? L’éditeur doit donc (s')investir, et parier sur l’accueil favorable des lecteurs pour viabiliser le cycle de vie du livre. Une situation que l’avocat Antoine Gitton, spécialiste du droit d’auteur, résume ainsi « Le propre de la création, peut-être d’ailleurs ce qui fait l’œuvre, c’est d’être le fruit d’un esprit libre, entier, sans aliénation, telle l’appât du gain. Voici qui n’est pas rentable, a priori. D’où l’économie spécifique du droit d’auteur, pour conserver le fragile « écosystème » de la création. » Une posture confortée à travers la politique d'Arnaud Nourry, PDG d’Hachette, deuxième groupe d’édition mondial, qui déclarait en 2010 à la Foire internationale du livre à Francfort : « En tant qu’éditeurs, reconnaître, accompagner et faire réussir nos auteurs restent les maillons essentiels. Tant que nous saurons faire ces choses-là mieux que nos concurrents, les contenus conserveront leur rôle primordial, quelle que soit leur forme, et nous pourrons continuer à faire ce que nous aimons et savons faire, si bien. »
 
Dans l’écosystème de la création, on trouve aussi les libraires. Contrairement au monde de la musique où la profession de disquaire a été décimée par l’arrivée du numérique, la librairie, lieu culturel de proximité présent au cœur des villes, se maintient en bonne place dans l'écosystème de la création grâce au lien particulier qui l'unit au lecteur ; lequel est aussi un client qui contribue à faire vivre les auteurs. Arnaud Nourry, à ce propos, précise que « Les libraires sont un autre maillon essentiel de cette chaîne, et nous ferons tout pour qu’ils puissent continuer à exercer leur métier, un métier qu’ils font eux aussi avec passion. C’est notre avenir à tous qui en dépend. Car de la diversité de la Librairie dépend la vie de beaucoup de vos livres. »
 
La défense des droits
 
Les combats pour la reconnaissance des droits sont souvent payants. Ainsi un accord est intervenu récemment entre Google et le Syndicat national de l’édition qui reprochait au géant américain de s’être lancé dans la numérisation de milliers de livres sans demander l'autorisation de leurs éditeurs ou de leurs auteurs. Un autre accord signé avec la Société des Gens de Lettres (SGDL), qui représente 6 000 auteurs français ou francophones publiés aux termes d'un contrat d'édition ou de diffusion, doit lui permettre, selon Le Monde, « d' encourager les initiatives pour la diffusion du livre numérique et la diversité de la création dans le respect du droit d'auteur », en particulier à travers « le soutien financier de Google au développement du fichier SGDL des auteurs de l'écrit et de leurs ayants droit ».
L'avènement du numérique, ainsi, ne change rien au fait que les créateurs ont besoin de pouvoir vivre de leur métier. L’organisation des nouveaux réseaux de distribution doit en tenir compte avec l’appui des producteurs et des consommateurs, au risque de mettre à mal l’ensemble de l'écosystème de la création. 

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6 réactions à cet article    


  • Deneb Deneb 1er septembre 2012 11:04

    J’ai une question :
    Combien avez-vous touché du SACEM, HADOPI & co., pour leur faire de la pub ? Le plus révoltant est que l’argent de nos impôts sert à financer des torchons pareils.
    Tous ces gens qui parasitent la création sous un mensonger prétexte de la « valoriser(!) », les gens qui tentent de nous imposer leur sémantique de « consommation culturelle » (on consomme quoi, en fait, quand on profite d’une oeuvre ?), des gens qui ont dressé une monstrueuse « industrie culturelle » contre la véritable création artistique, ces gens la que vous portez au nu dans votre minable discours, sont des nuisibles et responsables, ensemble avec les banques, du déclin de l’économie planétaire.
    Du balai !


    • JL JL 1er septembre 2012 12:03

      Comme d’habitude, dès qu’on parle de droits d’auteur, Deneb sort sa Kalachnikov ! Pourtant, depuis le temps que c’est un sujet, il aurait pus se renseigner un peu.

      Ceci dit, l’auteur citant Rue89, écrit : « En 2009, les plasticiens ne disposant pas des revenus nécessaires pour être affiliés à la Maison des artistes tiraient en moyenne 1 934 euros annuels de leurs créations, alors que les plasticiens affiliés recevaient en moyenne 20 038 euros"

      C’est peut-être cette formulation qui a suscité le commentaire de Deneb ? Pour ma part, e comprends que les plasticiens qui tirent de faibles revenus de leur production, n’estiment pas utile de s’affilier à la maison des artistes ; et non pas , bien entendu, que ce serait le fait d’être affiliés qui leur procure ces confortables revenus ! Hein, Deneb ? De fait, il existe probablement beaucoup d’artistes percevant moins de 1934 € qui y sont affiliés.

      Et peut-être même, d’autres, à l’opposé, qui perçoivent des revenus confortables et qui n’y sont pas inscrits ?


      • Deneb Deneb 1er septembre 2012 14:05

        Comme d’habitude, JL confond la création et la comptabilité.
        C’est normal, à notre époque les créations comptables ont le vent en poupe.


      • JL JL 1er septembre 2012 14:11

        cette comparaison entre création et comptabilité est doublement si stupide que je considère ce commentaire de Deneb comme un compliment à mon égard.


      • Anaxandre Anaxandre 1er septembre 2012 16:15

         "Qu’est-ce qui fait qu’une musique sera un succès commercial et planétaire, ou qu’un livre sera un best-seller traduit dans de nombreux pays ?"

         Indubitablement la sacro-sainte niaiserie régnante, le tout-puissant marketing et un certain lobbying bien visible à qui veut seulement voir.


        • Giordano Bruno 2 septembre 2012 00:20

          Vous utilisez à plusieurs reprises le terme « écosystème ». Vous insistez dessus. J’ai beau chercher. Je ne vois pas ce que ce terme vient faire dans votre article.

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