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« Les émotifs anonymes » - Jean-Pierre Améris

Qu'est-ce qu'un émotif, une émotive ?

Dans ce film réalisé par un cinéaste qui s'avoue lui-même émotif, qui répond en grande partie à la question ci-dessus, joué par Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde pour les rôles principaux, n'importe quel émotif allant voir ce film se reconnaîtra dans toutes les situations décrites.

Fait remarquable, on ne trouve dans ce long métrage aucune prétention intellectuelle, sociale et aucune blague en-dessous de la ceinture.

Seulement les tribulations de deux personnes cabossées par la vie et leurs sentiments...

L'histoire de cette fantaisie, qui n'est ni pour les aigris ou les amateurs de grosse farce, est toute simple : une jeune femme, chocolatière, très émotive, est engagée par erreur comme vendeuse dans une maison presque en faillite tenue par un autre grand émotif qui tombe tout de suite amoureux d'elle. Tous les deux essaient pourtant de se soigner de leur émotivité, l'un en voyant un psychiatre, l'autre en assistant aux réunions d'une association d'ailleurs réelles, « les émotifs anonymes ». Mais ce n'est pas très probant, il n'arrive pas à lui dire ses sentiments, elle ne sait comment faire pour lui avouer sa véritable profession, ce qui pourtant sauverait leur avenir à tous les deux.

Bien sûr, je ne vais pas raconter la suite, et encore moins la fin...

Ce n'est pas pour autant un traité de psychologie avec des gros sabots mais une comédie fine et spirituelle également sur la difficulté d'exprimer des sentiments, ses sentiments, et de le faire de manière authentique.

Un émotif ressent ses émotions, petites et grandes, dans sa vie, dix fois plus fortement que les autres, si ce n'est vingt fois plus. Il est blessé de partout, et ses blessures guérissent très difficilement. Un émotif, une émotive, n'a aucune confiance en lui, en elle et si il est trop vulnérable, vous n'en ferez qu'une bouchée.

C'est un handicap lourd d'être émotif, car on se fait une montagne d'un rien, le moindre petit conflit prend des proportions cataclysmiques, la moindre petite phrase est une fin du monde. L'émotif a trop de sensibilité en lui, contrairement à la plupart des gens qui souffre d'un manque de celle-ci. Ce n'est pas une affection dont on guérit, l'émotif peut cependant surmonter sa peur, ou plutôt ses peurs. C'est le plus dur, car la plupart du temps, son entourage ne comprend pas un émotif comme certains spectateurs ne comprendront pas le film, de temps à autres il se peut que le rire lors de certaines scènes soit de « mauvaise qualité ». Dans notre monde extrêmement dur, on n'aime ni les timides, ni les sensibles, qui ne sont pas performants, qui sont plus libres, (mais qui ne le savent pas).

Ou bien on le prend pour un type méprisant, méchant, caustique et peu liant quand celui-ci se construit une cuirasse pour se protéger du monde extérieur et de ses agressions, ou bien on le prend pour une pauvre cruche incapable de se débrouiller dans la vie.

Au lieu que de l'aider ou de le soutenir.

Ce n'est pas un hasard également si les personnes émotives sont souvent extrêmement créatives, elles ont besoin d'extérioriser ce qu'elles ne peuvent exprimer qu'avec difficulté ayant peur de manquer là encore d'authenticité.

Il n'y a pas que des défauts à être émotif, il n'y a pas que des obstacles, un émotif est aussi un fin psychologue : étant un grand sensible il remarque immédiatement les faux-semblants ou les failles chez les gens qu'il rencontre. C'est cela qu'on lui reproche, peut-on supposer, de voir les autres tels qu'ils sont, avec leurs qualités, et leurs défauts. Et on peut se demander en quoi c'est une qualité de se « blinder » de trop contre les autres car on risque alors de se fermer complètement aux autres.

Et en amour il est à la recherche de sentiments vrais, un émotif ne tombera pas amoureux d'une belle image, d'un statut social, d'un diplôme ou d'un compte en banque bien garni, il veut un amour véritable, ce qui n'est pas évident, on en convient, à trouver. Les émotifs sont encore des romantiques.

Et parfois, si en plus, il, elle, tombe amoureux, amoureuse, d'une autre émotive, d'un autre émotif, il, elle peut laisser passer et partir la femme, ou l'homme, de sa vie.

C'est le risque.

Comme tout un chacun, car finalement, de nombreuses personnes, par bêtise, par lâcheté, par peur, le font aussi.

Ce que l'on peut retenir de ce film, c'est aussi de ne pas avoir peur de sa sensibilité, mais aussi de ne pas avoir peur d'épanouir les dons que l'on a en soi. Ils finissent toujours par être reconnus. Et enfin, qu'il faut pas avoir peur d'un émotif, d'une émotive, si on leur fait confiance, ils finissent toujours par faire des merveilles.

Il ne faut pas se fier à l'affiche un peu "rose bonbon", ou amélipoulinesque un brin, il faut aller voir le film...

par Amaury Watremez (son site) vendredi 24 décembre 2010 - 17 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Halman (xxx.xxx.xxx.78) 24 décembre 2010 11:09
    Halman

    Bel article, on croirait aussi une description de quelques facettes du comportement des dépressifs.

    Il n’y a rien de plus difficile pour un émotif que de ne pas être compris par un non émotif.

    Il faut du temps pour accepter l’idée qu’un émotif ressent et se rend compte de considérablement plus de choses que quelqu’un qui se croit plus performant parce que plus dans le contrôle de soi.

    Gare au retour du bâton de celui qui se contrôle, quand les émotions s’accumulent et le jour où la soupape, à force d’accumuler la pression éclate, alors c’est l’enfer. Une vrai grenade qui détruit le cerveau mieux qu’un bain d’acide.

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