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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les enfants du paradis

Les enfants du paradis

Une nouvelle sortie du film en salles et une exposition à la cinémathèque :

"Les Enfants du paradis, le chef-d’œuvre de Marcel Carné, d’après un scénario de Jacques Prévert, est l’un des films français les plus connus dans le monde, admiré depuis sa sortie en 1945.

En 1830, les rideaux s’ouvrent à Paris sur le boulevard du Crime, en pleine période du Romantisme. Merveilleux et fascinants, les personnages inventés par Prévert sont emportés dans un flux balzacien, une atmosphère fiévreuse qui oscille entre le rêve et la réalité. Les Enfants du paradis relate surtout l’histoire d’un amour fou impossible entre une fine fleur du pavé parisien nommée Garance (Arletty) et, le mime Baptiste Deburau (Jean-Louis Barrault) qui fait la gloire du théâtre des Funambules.

Répliques étincelantes, mouvements de foule, joie de vivre désespérée, sont portés par l’interprétation des plus talentueux acteurs de l’époque : Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casarès, Pierre Renoir, Louis Salou et Marcel Herrand. La mise en scène de Marcel Carné impressionne par sa fluidité et son sens de l’équilibre.

La réalisation de cette œuvre majeure s’est faite sous l’Occupation, à une période noire de l’Histoire de France. Des débuts du tournage, en 1943, aux studios de la Victorine à Nice, puis aux studios Francoeur à Paris, jusqu’à la sortie du film le 15 mars 1945, le tournage des Enfants du paradis connaîtra de nombreuses vicissitudes liées à la situation politique que traversait la France à cette période.

Commissariat : Laurent Mannoni et Marianne de Fleury (La Cinémathèque française)

Une exposition produite par La Cinémathèque française réalisée en partenariat avec la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, grâce au mécénat de Pathé, avec le concours de Madame Tania Lesaffre / Succession Marcel Carné et de Fatras / Succession Jacques Prévert."

http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/exposition-enfants-paradis.html

Quand j’étais enfant, j’aimais aller dans un magasin de jouets et je me souviens qu’il s’appelait le Paradis des enfants. J’y achetais des petites voitures et des petits soldats.

Plus tard, j’ai découvert Les enfants du paradis. C’est un film de cinéma, en noir et blanc, réalisé par Marcel Carné en 1943 et 1944, sur un scénario et des dialogues de Jacques Prévert, sorti en salles en 1945.

Les enfants d’aujourd’hui se souviennent peut-être que ces années font partie de la Deuxième Guerre mondiale, et les années du tournage font même partie des années dites de « l’occupation ». Ils se rappellent que le 11 novembre 1942 a vu les Allemands envahir la « Zone dite libre » (pour répondre au débarquement des forces alliées en Afrique du Nord) ; que l’année 1943 a débuté en février par la capitulation d’une armée allemande à Stalingrad et s’est poursuivie par la « reconquête de l’Italie. Et ils savent tous que le 6 juin 1944, les forces alliées débarquaient en Normandie.

Et pendant ce temps, le film avait été tourné à Nice, puis à Paris après le débarquement. Il était le fruit d’une nouvelle collaboration de Marcel Carné et de Jacques Prévert, mais aussi de Vladimir Cosma et d’Alexandre Trauner. Les rôles principaux étaient tenus par Jean-Louis Barrault ; Pierre Brasseur, Marcel Herrand et Arletty (qui, de son propre aveu, n’avait pas été très résistante). Un rôle secondaire (Jéricho) avait d’abord été tenu par Robert le Vigan (collaborationniste notoire) avant d’être confié à Pierre Renoir.

Jacques Prévert avait été passagèrement surréaliste et communiste, mais est resté durablement plutôt anarchiste. L’idée du film vient d’abord de Jean Louis Barrault qui avait envie d’incarner le mime Jean-Gaspard-Baptiste Deburau. Il proposa cette idée à Prévert, lui rappelant qu’à la même époque vivaient aussi Frédérick Lemaître et Pierre François Lacenaire.

 Je ne sais pas pourquoi dans les premiers écrits Prévert les a rebaptisés Tabureau, Leprince et Mécenaire. Mécenaire ? Serait-ce une prémonition de Mesrine, l’assassin lettré du siècle suivant ? Non, évidemment, puisque ce patronyme sera prononcé Mérine par celui qui le portera et finira sa vie porte de Clignancourt.

Dans le film, l’action se déroule principalement Boulevard du Temple, que la langue populaire avait rebaptisé (avant sa transformation par le Préfet Haussmann, le grand urbaniste du Second Empire) Boulevard du Crime, non pas en raison des nombreux crimes de sang qui y auraient été commis, mais en « en raison des nombreux crimes qui étaient représentés chaque soir dans les mélodrames de ses théâtres » (Wikiped).

Le film se compose de deux époques : Le Boulevard du crime et L'Homme blanc. Mais, selon certains témoins, c’est une troisième époque, restée à l’état l’ébauche, que Jean Louis Barrault avait d’abord soumis à son ami Prévert. Baptiste Deburau n’était pas dans le civil le clown blanc qu’il était sur scène. Il avait tué dans la rue (à coup de canne, semble-t-il) un ouvrier qui avait manqué de respect à sa femme. S’en était suivi un procès où la foule se pressa pour entendre la voix du mime, procès à l’issue duquel il fut acquitté.

 Mais c’est autre tueur qui avait les faveurs de Prévert. Lacenaire se revendiquait assassin et réussit, lui, à se faire guillotiner. Il était donc dans le « panthéon surréaliste » et, sur ce point, Jacques Prévert rejoignait André Breton qui avait consacré quelques pages au dandy tueur dans son Anthologie de l’humour noir. Il y a donc deux histoires dans le film : celle rêvée par Barrault consacrée à Deburau ; et celle gambergée par Prévert et hantée à Lacenaire. C’est dans sa bouche qu’il met les paroles les plus fortes et les plus désespérées et, souvent, elles sont empruntées aux Mémoires qu’a laissés le tueur solitaire. Et les répliques qu’il met dans la bouche de Garance sont les plus astucieuses et les plus désarmantes.

 Prévert se déchaîne aussi dans le personnage de Frédérick Lemaître et on apprend que la scène du « détournement » de L’auberge des Adrets est historique.

« Comment, sans faire rire, rendre ce personnage grossièrement cynique, cet assassin de grand chemin,… poussant l’impudence jusqu’à se friser les favoris avec un poignard, tout en mangeant un morceau de fromage de gruyère !... Un soir, en tournant et retournant les pages de mon manuscrit, je me mis à trouver excessivement bouffonnes toutes les situations et toutes les phrases des rôles de Robert Macaire et de Bertrand, si elles étaient prises au comique.

Je fis part à Firmin, garçon d’esprit, et qui comme moi se trouvait mal à son aise dans un Bertrand sérieux, de l’idée bizarre, folle, qui m’avait traversé l’imagination.
Il la trouva sublime
 ! »

(Frédérick Lemaître, Souvenirs cité par Wikiped)

 

Quelques répliques pour finir :

 

Garance à Lacenaire :

« Vous avez la tête trop chaude pour moi, Pierre François, et le cœur trop froid. Je crains les courants d’air. »

 

Frédérick Lemaître au comte de Montray :

« Croyez, Monsieur, que je suis sensible à l’honneur que vous me ferez en envoyant dans l’autre monde un homme qui n’est pas du vôtre ! »

 

Garance au comte de Montray :

« Vous êtes extraordinaire, Edouard. Non seulement vous êtes riche, mais encore vous voulez qu’on vous aime comme si vous étiez pauvre ! Et les pauvres, alors ! Soyez raisonnable, mon ami, on ne peut tout de même pas tout leur prendre, aux pauvres !

 

Guy Debord, qui a longtemps joué aux petits soldats (mais jamais, peut-être, aux petites voitures) et qui s’est manifestement identifié à Lacenaire, en reprend quelques-unes dans son film In girum imus nocte et consumimur igni (1978).

D’autres films, avant celui-là, avaient déjà « revisité » Les enfants du paradis. L’exposition en donne un aperçu. On peut s’y attarder avant de revoir le film, ou après l’avoir revu.

J’y ai même rencontré un visiteur qui n’avait pas encore vu le film.

 

http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/exposition-enfants-paradis.html

 

http://www.youtube.com/watch?v=TvzN3a2-Z6A

http://www.youtube.com/watch?v=wqE2kGUd_Z8

http://www.youtube.com/watch?v=2onK1xvRvls

http://www.youtube.com/watch?v=zXCZhJIid30


Moyenne des avis sur cet article :  3.29/5   (7 votes)




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3 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 6 novembre 2012 09:59

    Bonjour, Jules.

    Un film formidable, à voir et à revoir. Pas étonnant qu’il figure au top du panthéon personnel de Woody Allen.

    Lorsque j’étais gamin, quelques personnages de cinéma m’ont fasciné : parmi eux, celui de Lacenaire, à côté de la petite Paulette de « Jeux interdits » et du flic de « Quai des orfèvres » incarné par Jouvet. Ces films-là sont de purs joyaux.


    • Taverne Taverne 6 novembre 2012 12:27

      Excellent film en effet, que j’ai eu plaisir à redécouvrir hier soir sur Arte. Noël avant l’heure !

      Heureusement que Robert le Vigan a été remplacé par Pierre Renoir parce que Le Vigan était un collabo de premier ordre. En regardant la distribution sur Wikipedia, on découvre un tas de grands acteurs dans de petits rôles. je vous laisse découvrir...

      Le langage de Prévert est très caractéristique, notamment dans sa manière particulière de jouer avec les mots. Du grand Pierre Brasseur aussi. Juste retour après la gifle magistrale qu’il reçoit de Gabin dans Le Quai des brumes.

      Un film inoubliable.


      • Jules Elysard Jules Elysard 16 novembre 2012 11:35

        Elève Elysard,

        Ce n’est pas parce que vous digressez sur le temps que vous pouvez confondre ainsi les Kosma et les Cosma. Non, ce n’est pas une erreur cosmétique. Une lectrice attentive qui vous est chère vous en d’ailleurs fait la remarque.

         

        Vladimir Cosma est né à Bucarest en 1940. Il lui était difficile de participer à la fabrication d’un film de cinéma entre 1943 et 1944.

         

        József Kozma (Joseph Kosma en français), lui, est né en 1905 à Budapest.

        « En 1933, Kosma doit fuir devant le danger nazi. Il est à Paris sans un sou et ne parlant pas sun mot de français. Lilli donne des leçons de piano, Kosma accompagne des cours de danse.

        Et c’est la rencontre avec Jacques Prévert, puis le cinéaste Jean Renoir. Mais c’est la guerre puis l’occupation, il lui est interdit de travailler, il est assigné à résidence dans les Alpes-Maritimes. »

        http://www.musicologie.org/Biographies/k/kosma_joseph.html

         

        Il allait allait entrer donc dans la quarantaine quand il entra dans la clandestinité.

         

        Kosma était donc d’origine hongroise ; Cosma, d’origine roumaine. Tous les deux ont collaboré avec Jean Pierre Mocky (qui est d’origine polonaise). Et Debureau était Tchèque par sa mère.

         

        L’Europe était déjà en construction, et les situations aussi.

         

         

        Joseph Kosma (en hongrois Kozma József), né le 22 octobre 1905 à Budapest et mort le 7 août 1969 à La Roche-Guyon, est un compositeur français d’origine hongroise (naturalisé français en 1949). Il a écrit pour Mocky les musiques de Snobs (1962) et d’Un drôle de paroissien (1963).

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