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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les fleurs du mal pour tenir en éveil

Les fleurs du mal pour tenir en éveil

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.


Charles Baudelaire - L'Albatros - Les Fleurs du mal

 

 

Hors du milieu d'élection, règne la confrontation dramatique des mondes et des éléments. Les manifestations de la vie s'en trouvent bouleversées. S'entrechoquent à dessein les mots, les phrases, les rimes et les actes. Il suffit d'apprendre ce poème, l'incorporer, onirisme et réalité confondus, le restituer en pleine lumière, à voix haute, pour en goûter la richesse métaphorique et mesurer la fragilité, la complexité, les travers et la beauté de la vie.

 

Au premier degré, on est saisi par la bêtise et le sadisme des hommes d'équipage. Albatros, « alba » les aspirations à l'infini, la plénitude de l'azur, la pureté et la blancheur lumineuse du plumage, la verticalité. (Vastes oiseaux des mers, compagnons de voyage, rois de l'azur, voyageur ailé, prince des nuées, ses ailes de géant.)

« atro » les quelques touches intensément noires du plumage de l'oiseau, l'ombre, le rapt, la torture, les violences, le jeu insolite, la brutalité des hommes, l'horizontalité plombée, impitoyable, perverse, gratuite.

Tous les éléments de l'harmonie dégénèrent en une ambiance de crucifixion aux conséquences pitoyables. (maladroits et honteux, laissent piteusement leurs grandes ailes blanches, comme des avirons traîner à côté d'eux, gauche et veule, comique et laid, l'infirme qui volait, ses ailes de géant l'empêche de marcher. )

 

Un regard en arrière pour retrouver l'oiseau et sa nature joyeuse, voire angélique . Dans l'océan, son milieu de vie d'empathie naturelle, l'albatros majestueux, près de 4 mètres d'envergure, développe, « indolent, compagnon de voyage, » un vol plané dynamique, s'abandonnant aux courants marins, évoluant avec eux entre la surface des flots et l'altitude, sans pratiquement battre des ailes. Il peut parcourir plus de 500 milles d'une seule traite.

 

Mais le but que je poursuis dans ce petit papier est une transposition allégorique, elle se révèle bien amère. Aidé dans cette démarche, par la chute du dernier quatrain de « l'Albatros ». Après ce déroulement narratif en plusieurs étapes, le quatrième quatrain précise que les destinées de l'albatros, du poète et des hommes de bonne volonté sont semblables. Moins abandonniques, peu confiants et amicaux, nous humains, généralement en perte de vitesse, connaissons la disgrâce, les distorsions culturelles, et les erreurs stratégiques...c'est à dire le sort que nous infligeons « au roi de l'azur » l'ombre misérable de nos actes.

 

 

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

La poésie, intuition créative, incorpore et dynamise le réel harmonieusement. C'est ici, quant au fond, la condition humaine spiritualisée mais scrutée et conditionnée par l'écriture. « Le prince des nuées » nous révèle l'illusion qui en résulte. Par l'adjonction des deux vocables, comparable à la caricature de « l'infirme qui volait » hanter la tempête et se rire de l'archer, même avec panache et bravoure, c'est revêtir le flottement et l'inconsistance de l'ectoplasme qui peut dans le même temps se rire de l'archer. L'exil terrestre au milieu des huées, met en scène la chimère affublée d'ailes gigantesques mais empêchée de se mouvoir gracieusement et dignement.

Dans une démarche inductive empirique, l'intuition voguant librement, il est aisé d'établir un lien étroit entre la poésie et la philosophie. Voir se présenter dans le désordre des sens, les poètes et chercheurs maudits et doctes de la fin du XIXe siècle, passionnés et curieux pour tout ce qui rebute la majorité du monde. Inadaptés et princes des nuées en quête de l’inaccessible étoile...qui hantent la tempête et se rient de l'archer.

Ainsi, Friedrich Nietzsche, au premier quatrain de l'Albatros, m'apparut dans sa lumière éblouissante. Ce faustien imprévisible, cet acteur souverain, pénétra la flamme, fasciné par sa lumière et sa chaleur, à l'instar de la phalène, il disparut...sans doute, pour mieux nous tenir en éveil.

Sa grande originalité et l'extrême puissance de sa pensée lui offrirent, à la manière de Moïse, l'honneur de contester le créateur dans les nuées. Ce qui participa à son succès médiatique planétaire. Sa proclamation philosophique appuyée, de « la mort de Dieu » fit de lui, le roi de l'azur. Comme il pratiquait l'empathie du voyage, à l'instar de ses amis d'en bas, piégés sur les planches du « navire glissant sur les gouffres amers » il avait, d'évidence, l'image de Dieu gravée en lui mais clamait fortement son athéisme. (j'allais dire son innocence, ce qui revient au même). D'ailleurs cette image puissante ne tarda pas a émerger sous la forme d'un Zarathoustra. Pas simplement poétique, elle fut la représentation de l'archétype divin. Déconstruire l'humain, il s'y employa ardemment au marteau, mais balancer les tables de la loi et anéantir les valeurs génésiaques, il ne le put. Tel ses coreligionnaires il fut suspendu dans le vide et le fit savoir bruyamment mais avec lyrisme et beaucoup de courage.

Dans un texte très explicite de « Psychologie et religion » (p.169,170) Carl Gustave Jung émet une hypothèse ou l'expérience empirique et le regard spirituel se conjuguent avec bonheur.

« Nietzsche n'était pas athée, mais son Dieu était mort. La conséquence de cette mort de Dieu fut que Nietzsche lui même se dissocia en deux identités, projetant sur son double, selon les époques, Zarathoustra ou Dionysos. Au cœur de sa tourmente, il signa ses lettres du nom de Zagreus, le Dionysos démembré des Thraces. Dans « Ainsi parlait Zarathoustra », son Dieu anéanti, il devint lui même un Dieu. » Une croyance en un créateur, verrouillée dans son inconscient, lui permettait la métamorphose. Nietzsche construisit Dionysos sur le mode d’une image figurée comme substitution à celle, paternelle manquante. La structure bipolaire de l’humeur imprima sa marque sur l’ensemble des créations du philosophe. Le scénario de l'Albatros avec l'affrontement et l'incompatibilité entre le roi de l'azur, dans sa grâce, son naïf abandon et les marins à l'appendice caudal de sauriens, rustres, sadiques et stupides. La décompensation maniaque dépressive est chargée de contrastes et d'énergies contrariées et dispersées à l'image du drame qui se joue « sur les planches... du navire glissant sur les gouffres amers. » Baudelaire est un visionnaire qui souligne un contexte réel et poétique à la Francisco Goya, représentatif de la puissance hallucinante et « créatrice » de l'affection imprévisible du Prince des nuées.

Bien heureusement, les périodes hypomaniaques, mieux canalisées, furent fertiles en inspiration. Elles s’accompagnèrent d’une fuite contrôlée des idées. Durant ses « excentricités » Nietzsche s’observait lui-même en pleine exubérance créatrice et affirmait « avoir la tête pleine de poésie la plus effrénée qui soit jamais venue à l’esprit d’un poète. » Son rapport au langage se plaçait alors sur le versant de l’automatisme. La manie contrôlée peut être à l'origine d'une grande inspiration.

Immense interrogation que la vie de Nietzsche, Dionysos ouvre la voie, hait l'état, déteste des philistins ou religieux. Dans les brumes de sa nuit mystérieuse, les plus superbes têtes, penseurs, chercheurs, écrivains, artistes, de tous les horizons de la rose des vents, fascinés par ce personnage somptueux. Le pire, mais cela prouve déjà que tout est confusion et dénégation, les suivants, socialistes, anarchistes, nationalistes, fascistes, nazis croiront s'inspirer de sa pensée. Nietzsche, néo-chrétien, Siegfried wagnérien, épicurien néo-christique. Composite innocence, Éden terrestre, éternel présent « Ses ailes de géant, l'empêche de marcher »
 


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16 réactions à cet article    


  • juluch juluch 23 mai 2015 13:56

    Les Fleurs du mal ont été mon livre de chevet et je faisais des dissertation du tonnerre avec....


    Merci pour le partage , il y a de très bon poème dans ce bouquin..... 

    • jack mandon jack mandon 23 mai 2015 23:35

      @juluch

      Le florilège de Baudelaire, vous a sans doute appris à vous défendre. Impressionné que je suis, par la cavalerie lourde qui vous sert d’icône aujourd’hui.

      Merci de votre visite.


    • juluch juluch 23 mai 2015 23:41

      @jack mandon
      Lol !! C’est pas mal....


    • coinfinger 23 mai 2015 20:08

      Là je vous prie de m’excuser mais je vais casser la poésie . Des albatros je connaissai Beaudelaire et quelques autres . J’avais une belle image des albatros . Jusqu’à ce que je découvre par inadvertance des cris lugubres d’oiseaux , trés haut dans le ciel , le soir , dans un pays de l’Est ( de l’Europe) à 200km de la mer .
      On m’a expliqué que c’étaient des Albatros . Et qu’ils étaient là parce que la mer noire était trés polluée , parait il . Mais en plus que c’étaient des oiseaux trés agressifs , qui attaquaient les enfants ou autres , et qu’on s’en méfiaient et les craignaient ...Depuis çà a cassé l’image , à tord ou à raison , je ne sais ... 


      • Vipère Vipère 23 mai 2015 21:05

        @coinfinger


        Il y a oiseaux et oiseaux ... https://www.youtube.com/watch?v=mPtAe4RIFsw

      • jack mandon jack mandon 23 mai 2015 22:47

        @coinfinger

        Bonsoir, la poésie se porte bien, elle est hors d’atteinte.

        Votre information sur les albatros est erronée, globalement, ce sont les albatros qui sont en danger.

        Un siècle après le poème de Baudelaire, la situation se confirme et s’amplifie.

        Dans la région du monde que vous évoquez, la barbarie écologique est fort avancée, les esprits sont sans doute un peu contaminés. Heureusement l’être humain a des ressources.

        Merci de votre visite.

         


      • Vipère Vipère 23 mai 2015 22:55

        @coinfinger (erreur de lien)

        Il y a oiseaux et oiseaux  https://www.youtube.com/watch?v=Ca7AOlDTYdg


      • jack mandon jack mandon 23 mai 2015 23:59

        @Vipère

        Belle fraîcheur où l’enfant et l’oiseau partage la grâce.

        Merci pour ce voyage.


      • Rétif 23 mai 2015 22:30

        Pour lui,ce sont ses ailes de géant qui le firent tomber !
        (en se raccrochant au cou d’un cheval...)
        Interprétation tendancieuse. Enfin ...


        • jack mandon jack mandon 23 mai 2015 23:29

          @Rétif

          Interprétation tendancieuse...si vous le dites.

          Vous me faites penser au complexe de l’albatros, ou l’on compare celui évoqué par le poète emprunté dans ses disproportions, et l’enfant surdoué qui doit se placer au niveau des cancres.
          C’est d’ailleurs le but recherché par le papier, pour aller dans le sens de C. Baudelaire.

          Pour l’événement que vous relatez, qui se déroulait à Turin, Nietzsche prend au col un cheval maltraité reconnaissant en lui un frère de rude condition, événement troublant.
          Après quoi, le philosophe s’effondrera pour entrer définitivement dans une période mutique de prostration qui durera 10 ans, jusqu’à sa mort.

          Merci de votre visite


        • rocla+ rocla+ 27 mai 2015 19:04

          L’ albatros nous emmène loin très loin du charivari quotidien . 


          Il a le choix entre 150 vents pour se faire porter au dessus des continents .

          Là il prend un Knick de Patagonie  pour descendre aux Terres de Feu . 

          Quelques jours après il prend le train d’ un Matanuska ou d’ un Turnagain 
          pour revenir sur ses ailes . 

          Au dessus des pays communistes  il s’ assoit sur l’ enclume d’ un Sirococco .

          Il évite Léveché  ,  un sans papier qui traine en Espagne . 

          Celui qu’ il préfère s’ appelle le tourbillon , il se met dedans  et en ressort 
          chancelant . 

          Il en reste 140 . 


          • jack mandon jack mandon 29 mai 2015 12:04

            @rocla+

            Bonjour Capitaine

            La fantaisie et l’humour légendaires d’un grand loup de mer.
            Vents réels ? vents de l’imaginaire, sans doute partiellement l’un l’autre.

            Vous évoquiez le charivari quotidien, conflits divers.
            Le papier, au choix plus intimiste, met en présence les deux modes.
            A travers la métaphore, associant le poète Nietzsche au prince des nuées
            et la violence du monde qui ne respecte la différence.
            Oui bien sur, dans la forme, les confrères parlent de philosophie.

            Le choix central d’une espèce de poète, quant au fond, dont la maladie
            est peut être, en partie, la résultante d’un décalage intérieur à l’être,
            c’est à dire d’une distorsion entre la vision intuitive, voire prophétique
            et les manifestations archaïques animales. Les psychiatres ne savent pas grand chose là-dessus.
            Sinon qu’ils préconisent, impuissants, la camisole traditionnelle ou médicamenteuse.

            La psychose engendrée en est la composition douloureuse visible.
            Les faits culturels sont criants. Mais les névrosés que nous sommes en partie, souffrent aussi.

            Charles Baudelaire atteignit difficilement la quarantaine.

            Merci mon ami.


          • jack mandon jack mandon 21 juin 2015 12:13

            C’est à partir du poème de Baudelaire qu’intuitivement je suis arrivé à Nietzsche.

            C’est naturel, ils sont l’un et l’autre bipolaires...chacun à leur manière.

            Voici un exemple de l’atmosphère poétique qui anime la bipolarité.

            La servante au grand coeur

            La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse
            Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse
            Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs
            Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs
            Et quand octobre souffle, émondeur des vieux arbres
            Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres

            Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats
            À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps
            Tandis que, dévorés de noires songeries
            Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries
            Vieux squelettes gelés travaillés par le ver
            Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
            Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
            Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille

            Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir
            Calme, dans le fauteuil je la voyais s’asseoir
            Si, par une nuit bleue et froide de décembre
            Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre
            Grave, et venant du fond de son lit éternel
            Couver l’enfant grandi de son œil maternel
            Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse
            Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

            Extrait des fleurs du mal, le titre lui même est parlant.

            S’entrechoquent en fait les résultantes d’excitation et d’inhibition, la vie et la mort en deux mots.
            L’univers psychique atteint des cimes de créativité et connaît les abysses.
            L’être et le néant.


            • jack mandon jack mandon 10 juillet 2015 10:36

              Entre réel et imaginaire, ce papier rappelle les observations jungiennes suivantes :

              "L’inconscient est à la fois un élément perturbateur et un moteur de transformation et d’évolution de la personnalité. Le travail analytique tend à éclairer et à intégrer les éléments psychiques inconscients qui se manifestent, en particulier dans les rêves. Dans ce travail de réflexion et de reconstruction, l’Ego se subordonne consciemment et volontairement à l’inconscient. L’analyste veille à la stabilité de l’Ego et participe à ce travail d’intégration.
              Dans les cas où l’analyste rencontre un moi conscient très fragile et un inconscient destructeur (noyau psychotique), l’analyse cherche à fortifier l’Ego et à le protéger contre l’inconscient."

              Nietzsche, Baudelaire sont traversés par toutes les perturbations et les transformations de l’âme.

              C’est le défi de chacun de nous, nous sommes majoritairement anonymes mais pouvons écouter et entendre ceux qui surent traduire, au prix de leur vie, les richesses de la vie intemporelle.


              • LionBlanc LionBlanc 12 juin 13:24

                Vous dîtes que Jung analyse le cas de Nietzsche dans « psychologie et religion », son analyse m’intéresse.

                L’impression (ce n’est pas une analyse, je sais) qui ressort des lectures de Nietzsche et ce que je perçois du « psychologie et alchimie » de Jung, c’est que Nietzsche s’est confronté à l’infini (le gouffre de Durkheim, l’inconscient qui siège dans cette part de psychologie à la fois individuelle et collective).

                Pas plus le cerveau humain dans son fonctionnement, que le système conceptuel au sein duquel l’humain s’élabore, se construit, ne sont conçus pour se confronter à l’infini, cet absolu, l’inaccessible étoile de J.Brel, est...bel et bien inaccessible.
                Jung le dit bien que la confrontation avec sa part d’ombre, sa part opposée, l’inconscient, l’infini est dangereux. Oui, le sujet se retrouve confronté à une instance où même un orteil de Dieu représente l’immensité pour l’homme.
                De plus, il n’y a pas que des entités lumineuses, il y a les « ombrageuses » aussi.....qui errent très probablement.

                Il s’est dilué dans l’infini, cette angoisse de morcellement, de dilution contre laquelle les schizophrènes se battent, développent leurs symptômes d’angoisse, lui y est carrément allé. Finalement cette angoisse est à juste titre, et n’est pas vécu par la plupart des gens « dans la norme » qui ignorent tout simplement l’immensité environnante (de toute façon, ils ne s’intéressent pas à ça).

                J’ai perçu ce profond malaise lors des lectures de Nietzsche, cette proximité avec l’incommensurable et l’effet glacé que procure sa perception.
                Il s’est affranchi de tout (règles, dogmes, rites....) et s’est retrouvé en des lieux où un esprit humain n’a pas sa place.

                Un artiste, se sentant sombrer dans la folie, a réussi la prouesse (il était Russe, ils réussissent souvent des tours de force de cette taille), de consigner tous les moments où il parvenait à « surnager » et ceux où il sombrait.

                Et à travers ce livre, on suit, ces naufrages dans l’infini, ces retours sur la terre plus ou moins ferme, ce livre est très déroutant et vraiment à ne lire que si on se sent entouré de jalons, à défaut d’un « moi » solide ou d’une proximité spirituelle.
                Les rites religieux n’étant pas là que pour assommer le croyant, mais aussi pour permettre le retour sur « la terre ferme » (les rites sont des jalons qui permettent de « monter », mais surtout de « redescendre » ou « sortir » -des concepts à échelle humaine- mais surtout « rerentrer » dans ces concepts avec en tête la matérialité).
                « le journal de Nijinski ». Ce livre est très troublant, on pénètre au coeur de « sa folie ».

                https://www.biblioblog.fr/post/2010/03/12/Journal-de-Nijinsky

                Vais continuer Jung (vaste programme) et chercher ses analyses, ses « visions » du cas de Nietzsche (qui m’évoque plus une étoile qu’un humain).

                Pour résumer : Nietzsche = Icare.

                Il n’était pas adapté à la terre ferme, et d’ailleurs, vers la fin, ne pouvait plus se « poser » nulle part (perte dangereuse de « densité » ?), le seul échappatoire : voler toujours plus haut.....plus loin.


                • LionBlanc LionBlanc 26 juin 20:04

                  Finalement, j’ai trouvé d’autres ouvrages où Jung parle de Nietzsche, à vrai dire, il en parle assez souvent (dans « psychologie et alchimie », dans « psychologie de l’inconscient » et celui que vous citez), même si dans certains, il ne fait que l’évoquer.
                  Ce personnage devait fasciner le psychiatre Suisse et il est vrai, qu’il y a quelque chose de fascinant chez Nietzsche.

                  Une telle fascination réside t elle uniquement dans la curiosité du psychologue ? Ou quelque chose de plus personnel..comme, le fait de se sentir attiré vers les mêmes contrées d’absolu que Nietzsche ?
                  Cette attirance doublée de la leçon qu’à laissé derrière lui, le célèbre philosophe, et qui est, en résumé : de toujours veiller à rester ancré à la terre (terre à terre, matière) pourrait expliquer cette omniprésence de Nietzsche chez Jung.

                  Une remarque qui va sembler banale (étant donné que ce qualificatif est utilisé souvent de façon abusive), ses analyses (celles de Jung) reflètent une intelligence éblouissante, hors du commun à l’observation de ses interrogations, des outils qu’il utilise (recoupement, lien, test de solidité d’une assertion ou d’un argument...), bémol sur les découvertes (il relativise, même ce qui semble couler de source).

                  Vraiment, et contrairement à une idée bien trop répandue, il est si rare d’observer un tel niveau d’intelligence, que ce constat procure une sorte d’apaisement (rassure), puisque ces personnes tendent à remettre le concept à son juste niveau et restaurent tout son attrait.

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