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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les Fourberies de Scapin « chic & choc » au Théâtre Douze

Les Fourberies de Scapin « chic & choc » au Théâtre Douze

Si, effectivement, la fourberie relève d’une disposition à savoir tromper autrui par des ruses perfides et odieuses, il est manifeste que le Scapin de Molière s’entend à parvenir à ses fins en faisant preuve d’un tel talent… que le public est disposé à en rire.

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LES FOURBERIES DE SCAPIN
photo © Eliya Sto

En effet, cette pièce patrimoniale française se présente, avant tout, comme une comédie qui, au demeurant, est censée bien se terminer dans une absoute générale aux défauts des uns et des autres, eu égard à l’enjeu heureux des unions amoureuses pourtant bien contrariées dans un premier temps.

Imad Assaf, jeune metteur en scène citoyen du monde, se permet d’aller au-delà des simples éventuelles apparences de paix domestique recouvrée à terme, en décelant une violence symbolique latente dans ce système relationnel masquant mal des conflits générationnels et idéologiques dont Scapin pourrait être le véritable révélateur.

Faudrait-il à terme se débarrasser de cet empêcheur de tourner en rond qui, en quelque sorte, aurait réussi à pervertir deux dynasties familiales sous prétexte de rendre service aux plus jeunes alors même qu’il entraînait ceux-ci délibérément vers un conflit généralisé avec leurs ascendants ?

Telle pourrait être la problématique mise en exergue, au vue de la mise en scène « chic et choc » créée au Théâtre Douze, ayant l’immense mérite de prendre à contre-pied la bien-pensance traditionnelle se réfugiant dans un rire complice avec la malignité alors même que les tensions existentielles seraient à leur comble.

En effet, Imad Assaf préfère laisser surgir sur scène et faire ainsi éclater la violence des protagonistes qui n’en peuvent plus, chacun selon son point de vue, d’être déniés dans leurs aspirations à un monde mieux ordonné selon l’entendement respectif.

En prise, de fait, avec une actualité déstabilisante pour tous, cette démarche artistique transgressive des codes classiques vient interpeller la noirceur du rire dans une sorte de punk attitude s’épanouissant au sein d’un hangar aussi improbable que sordide, au travers de containers pneumatiques en place de sacs en jute.

Dans cette perspective de thriller, les coups de bâton s’apparentent plus aisément aux coups de massue que le film de Stanley Kubrick « Orange mécanique » a stylisé jadis dans une esthétique confondante de réalisme, ô combien prédictif !

En contrepartie, pour maintenir un lien indispensable avec l’humour prévalant selon l’intention originelle de Molière, attirons d’autant plus l’attention, au sein d’une équipe masculine motivée et performante issue de « La tribu des Pendards », sur le jeu empli d’espièglerie dont fait preuve Florence Fauquet dans le rôle de Zerbinette.

Avec ses Fourberies revisitées, Imad Assaf a pleinement réussi à créer un électrochoc, fort apprécié notamment des jeunes générations de spectateurs ! Celui-ci a désormais le projet d’un diptyque sur la guerre au Moyen-Orient ; nous le suivrons avec grand intérêt.

photos © Eliya Sto

LES FOURBERIES DE SCAPIN - **.. Theothea.com - de Molière - mise en scène Imad Assaf - avec Brice Borg, Azad Boutella, Florence Fauquet, Elise Fourneau, Angeli Hucher de Barros, Olivier Kuhn, Vivien Niderkorn, Emmanuel Rehbinder et Paul-Henri Véchambre - Théâtre Douze

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LES FOURBERIES DE SCAPIN
photo © Eliya Sto

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1 réactions à cet article    


  • docdory docdory 22 janvier 2016 19:11

    @Théothéa

    Si j’en juge par les photos, cette pièce de Molière, donc du XVIIème siècle, est jouée dans des costumes du XXIème siècle ( on ne peut même plus parler de costumes, puisque ce genre d’habits est disponible dans n’importe quel magasin de prêt-à-porter ). 
    Il n’y a rien de plus énervant et insupportable pour le spectateur que de voir des pièces de théâtre ou des opéras anciens joués dans des costumes modernes ! Cela introduit une distorsion esthétique et cognitive grotesque entre un texte évoquant les mœurs caractéristiques d’une époque révolue et des costumes d’une autre époque, la nôtre, dans laquelle les mœurs sont totalement différentes.
    Le seul avantage que l’on pourrait voir à cette détestable façon de mettre en scène des pièces, c’est de faire l’économie d’une costumière, ce qui fait baisser le prix de la place ! 
    Pour le reste, on a l’impression que ça veut « faire jeune », mais de toutes façons, ça ne le fera jamais, ne serait-ce que du fait que l’immense majorité de la jeunesse actuelle est incapable de comprendre la langue française telle qu’elle était utilisée par Molière !!!


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