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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Les grandes Personnes » de Marie NDiaye à la Colline

« Les grandes Personnes » de Marie NDiaye à la Colline

Trois enfants devenus adultes se trouvent confrontés au déni parental d’accepter leur statut d’êtres à part entière, c’est-à-dire autonomes dans leur amour filial comme dans leurs points de vue sur la famille socioculturelle.

Dire que l’incompréhension est au cœur du malentendu régissant le malaise respectif, le mal de vivre, l’inadaptation renvoyés comme un boomerang culpabilisant d’une génération à l’autre, et réciproquement, ne pourrait guère s’apparenter à une posture défensive mais bel et bien à une autodestruction collective.

En effet, chacun, en tentant de sauvegarder ses convictions affectives et morales, scie le socle généalogique reliant ascendance et descendance en une même entité protectrice.

Voilà donc des parents totalement désarmés face à la perte de la meilleure partie d’eux-mêmes ; voici la géniture étouffée dans l’œuf avant que de voler de ses propres ailes.

Le temps ne fera rien à l’affaire, car la souffrance de l’inconscient martèle hic et nunc, aujourd’hui comme autrefois, que le paradis perdu n’a jamais existé et que dans le meilleur des cas, il ne s’agissait que d’un mirage, que d’une perspective fallacieuse destinée à nuire à l’enfant et à aveugler les grandes personnes.

A partir de ce constat amère, Marie NDiaye transpose sur le plan littéraire, poétique et désormais théâtral, le cortège de déviances issues directement du conflit psychique, en puissance intransgressible.

Que l’une se suicide, que l’autre devienne violeur pédophile, que le troisième renie son adoption déracinante, tous seront les porte-parole significatifs d’une incommunication inéluctable.

Il ne leur restera que le come-back symbolique sous l’apparence de spectres pour tenter de faire bonne figure auprès de parents figés à jamais dans leur projet de progéniture idéalisée.

Pas de happy-end dans cet univers où des vautours empaillés menacent le décor quotidien misérabiliste au point de rendre inquiétante la mise en scène lorsque celle-ci décide de lâcher dans la salle un oiseau de proie vivant… certes bien apprivoisé, lui !

photo © Elizabeth Carrechio

LES GRANDES PERSONNES - **.. Theothea.com - de Marie NDiaye - mise en scène : Christophe Perton - avec Stéphanie Béghain, Christiane Cohendy, Roland Depauw, Evelyne Didi, Adama Diop, Vincent Dissez, Aïssa Maïga & Jean-Pierre Malo - Théâtre de la Colline

 


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