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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les Histoires de la Malnoue

Les Histoires de la Malnoue

Comment faire tomber un aquadieau ?

Dans ce village de Sologne, il y avait longtemps qu’il n’avait pas plu. L’eau venait à manquer dans les puits comme dans les fontaines. L’eau des étangs n’était pas consommable. Les gens du pays étaient fort ennuyés et se rendirent en délégation auprès de La Malnoue, une birette redoutée, perdue dans sa masure au fond des bois.

La vieille, heureuse qu’on vienne enfin quérir un service qui ne nuirait à personne, rit dans sa barbe avant de réclamer une grande bassine d’eau fraîche. Il fallut courir par monts et par vaux pour trouver ce qu’elle réclamait. La sorcière alors de retirer son inséparable blouse et de la laver dans le baquet sous le regard horrifié des villageois. « Nous manquons cruellement d’eau et la sorcière lave son linge au lieu de nous aider ! » hurlèrent les plus virulents.

La Malnoue sourit, demanda de l’aide pour essorer son vêtement puis l’accrocha à un fil à linge. Aussitôt le ciel s’obscurcit et une belle arnapée tomba du ciel. Les Solognots de se signer et d’évoquer un miracle du très haut quand La Malnoue leur demanda de se taire et proféra ses paroles blasphématoires.

« C’est toujours la même chose avec ce mécréant du ciel. Chaque fois que j’étends mon linge, il fait pleuvoir… »

 

La luciole

La Malnoue flânait dans la forêt à la cueillette de quelques champignons quand elle aperçut une luciole sous un bosquet. La petite bête brillait d’une faible lumière et la bonne sorcière lui posa alors une question qui lui brûlait les lèvres depuis toujours : « Pourquoi diable, petite luciole, ne brilles-tu que la nuit ? »

La luciole répondit alors à La Malnoue dans une langue que celle-ci pouvait comprendre :

« Quand le soleil est dans le ciel, qui d’autre que toi chercherait à trouver ma lumière ? Face à ce monstre lumineux, je suis si peu de chose ! »

 

Le crapaud

La Malnoue se promenait au bord d’un étang quand un héron attrapa dans son bec un petit crapaud qui passait à proximité de l’oiseau aux aguets. Le pauvre batracien se trouva pris au piège de l’oiseau qui, importuné par la présence de la sorcière, s’envola pour déguster sa prise plus loin. Le héron trouva sur son chemin une corneille agressive qui l’attaqua en plein vol. Pour se défendre, il lâcha le crapaud qui tomba au pied de La Malnoue.

Comme toute bonne sorcière de Sologne, La Malnoue croyait aux signes du destin. Elle prit le crapaud dans sa main, l’observa attentivement. Elle savait qu’elle était trop vieille pour profiter d’un époux ; le temps était passé de batifoler dans la forêt et de mener grand sabbat. Mais elle se sentait seule et eut envie d’avoir un fils à chérir qui s’occuperait d’elle. Elle embrassa le crapaud qui se transforma sur-le-champ en un jeune berger.

Durant deux années, La Malnoue et son fils adoptif vécurent heureux. La vieille avait cessé de jeter des sorts ; les gens du voisinage s’en trouvaient fort bien. Elle passait son temps à raconter des histoires à dormir debout à ce fils qui lui était tombé du ciel. Le pauvre diable commençait à trouver le temps fort long, d’autant que sa vieille mère radotait de plus en plus sérieusement. De son côté, La birette s’ennuyait de s’être montrée si gentille depuis tout ce temps. Ce fils finissait par lui peser grandement.

Un jour, elle lui demanda ce qui lui ferait plaisir et le jeune ingrat de réclamer une jeune bergère pour unir sa destinée à la sienne. La Malnoue se gratta la verrue qu’elle avait sur le bout d’un nez aussi aquilin que possible et constatant que la région était infestée de caquésiaux, décida sur le champ de satisfaire son rejeton. Elle fit deux ou trois prières à sa façon, cracha par terre et le berger redevint crapaud. Une petite femelle crapaud passa justement par là et les deux animaux se plurent dans l’instant. Ils eurent beaucoup de petits crapauds qui mangèrent énormément de maragouins. La Malnoue en fut satisfaite et retrouva dans l’instant son humeur belliqueuse ….

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11 réactions à cet article    


  • juluch juluch 16 janvier 13:27

    Une vrais carabosse !


    une petit recueil de nouvelles ?

    merci Nabum

    • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 17:14

      @juluch

      Non pas de recueil

      Je ne suis pas grand chose au royaume de l’édition


    • Sergio Sergio57 16 janvier 16:10

      Bonjour Nabum



      Serait-elle la maman de la Vouivre à qui elle donna quelques rubis, pour ne pas lui avoir demandé un amant ?

      • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 17:15

        @Sergio57

        Bonjour l’ami

        Voulez vous que j’ai des ennuis avec le père local de la Vouivre ?

        Jean Pierre Simon est le spécialiste des histoires de la Vouivre je la lui laisse


      • Le421 Le421 16 janvier 17:54

        Voilà bien longtemps que je n’ai plus entendu parler d’aquadieau...
        Je me rappelles que ma belle-mère disait que quand le temps s’aberrachit...  smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 18:35

          @Le421

          Chez nous on dit qu’il s’abeurnaudit
          mais on se comprend

          Merci


        • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 19:33

          @Shawford

          C’est le même esprit

          L’essentiel est de le dire comme che nous


        • Sergio Sergio57 16 janvier 20:52

          Bonsoir Nabum


          Ce fils qui lui était tombé du ciel

          C’est gentil à vous de reconnaître ce pauvre crapaud et de lui rendre l’hommage qui lui est dû, et quelle transition avec ce mécréant de ciel qui fait pleuvoir des crapauds quand la Malnoue étend son linge, et pour le coup le laid est beau !

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