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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les images de plomb de Tatiana Trouvé au Centre Pompidou

Les images de plomb de Tatiana Trouvé au Centre Pompidou

Les images mentales de Tatiana Trouvé occupent l’Espace 315 du Centre Pompidou. L’artiste est la lauréate du prix Marcel Duchamp, décerné chaque année par l’Adiaf, association de collectionneurs amoureux et défenseurs de l’art français. Elle présente, jusqu’au 29 septembre 2008, un florilège d’œuvres récentes, sculptures, dessins, et installations, dont la plupart conçues spécialement pour cet espace.

Il y a toujours quelque chose d’inquiétant chez Tatiana Trouvé. Ses installations sont composées de sculptures qui nous rappellent quelque chose, sans jamais le nommer ni le décrire.

Dans l’Espace 315, c’est une mise en espace de la quatrième dimension que propose Tatiana Trouvé : intitulé 4 between 3 and 2, cet ensemble d’œuvres vise à insérer du temps entre la surface (dimension 2) et le volume (dimension 3).

De chaque côté de la salle, un tas de poudre noire moirée grossit peu à peu sous un écoulement discret, mais continu. La fuite du temps, inéluctable, devient l’objet d’une sculpture épaisse, exponentiellement mouvante. Elle renvoie directement à des dessins aux composants hétérogènes : divers types de métaux, fibres, plastiques se mêlent au crayon sur papier, créant des effets de lumière et ainsi, un jeu avec l’espace.

Les volumes s’entrechoquent dans les dessins de Tatiana Trouvé, tout comme les sculptures monochromes créent la confusion, d’une distorsion à l’autre.

Les sculptures évoquent des formes que l’on connaît, avec une netteté qui fait penser à des productions industrielles, mais aucun objet n’est identifiable. Ainsi l’une d’elles, en bronze patiné, pourrait être aussi bien un écran à diapositives, un bazooka sur trépied ou un carquois condamné à la pesanteur du bronze. Les installations de Tatiana Trouvé sont sur cette brèche, entre connu et inconnu, comme des rêves qui flottent sans contradiction entre absurdité et logique.

Le flottement est relatif : à chaque extrémité de l’espace, un dédale de couloirs visuellement « piégés » nous désoriente, mais l’impossibilité de circuler dans ces espaces en miniature nous protège de l’égarement effectif. Nous ne serons déstabilisés que mentalement.

Car c’est finalement là qu’opère le travail de Tatiana Trouvé : la part d’ombre qui plane sur ses sculptures laisse toujours le doute, entre la représentation du monde extérieur et celle de notre monde intérieur. Jouer sur la perception du spectateur, un enjeu artistique ô combien éculé, n’est pas simple lorsqu’on s’appuie à ce point sur des objets du monde réel. Chez Tatiana Trouvé, l’enjeu est honoré.

On s’étonne alors de la redondance centrale : une immense grille déstructurée coupe l’espace en deux. Prison mentale, limites imposantes mais franchissables, dissymétrie apparente, lourdeur orthogonale... le sous-titre est clair.

La matérialisation l’est peut-être trop, claire, dans une mise en espace plutôt noire, et cela nous fait relativiser les productions d’artistes conçues pour un espace en particulier (appelées souvent – à tort car elles sont tout à fait décontextualisables – in situ).

L’Espace 315, comme la plupart des salles du Centre Pompidou, est très haute de plafond – et d’ailleurs, elle n’a pas vraiment de plafond : juste un labyrinthe de tuyaux et de câbles, caractéristique du lieu. Une caractéristique qui imprime l’identité du Centre Pompidou, le transformant en un objet d’art en lui-même, mais qu’il est parfois difficile de dépasser, en tant qu’artiste.

Dans ce cas, souvent, les artistes transforment cette difficulté en un défi ou un jeu. Les propositions s’adaptent, les moyens de production suivent, le communiqué de presse prend le relais et parfois, effectivement, le défi est relevé.

Ici, il semble que ce soit ce fameux défi qui ait inspiré cette super-porte mentale à Tatiana Trouvé. Mais elle semble grossière chez une artiste qui, pourtant, manie la petite échelle avec une délicate violence psychique.

Tatiana Trouvé, née à Cosenza (Italie) en 1968, vit et travaille en France.


Légende de l’image :
Tatiana Trouvé, Sans titre (de la série « Remanences »), 2008
Crayon sur papier, plomb, étain – 76 x 113 cm –
Courtesy Almine Rech Gallery, Bruxelles
Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin, Miami & Paris
Courtesy Galerie Johann König, Berlin.

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3 réactions à cet article    


  • maggie maggie 14 août 2008 23:41

    Mouais... Je dois être trop terre à terre, mais ce type de sculptures ou "d’oeuvre" mais rappelle surtout que dans l’art contemporain, la frontière entre l’art et la charlatanerie est bien mince. Qu’un type comme Marcel Duchamp se prétende artiste parce qu’il arrive à exposer un labavo, j’appelle ça tout simplement du foutage de gueule. Ce qui me sidère encore plus c’est qu’on croit déceler un sens ou un idéal dans ses ammoncellements de métal ou de carton. Qu’on trouve cela joli, tant mieux, mais de là à théoriser et à croire avoir affaire à de l’art. J’admire moi ces peintres ou ses sculpteurs qui ont fait un long apprentissage et qui se sont pleinement investis dans leur oeuvre au point que leurs tableaux ou leurs sculptures parlent à ceux qui les contemplent. Pas besoin de blabla ou de références obscures pour profiter d’une oeuvre de Rodin.


    • WOMBAT 15 août 2008 08:14

      Quel courage, madame, ou mademoiselle, parler d’art contemporain sur ce forum équivaut en général à discuter des mérites de l’andouillette au sein d’une yeshiva (ou madrassa, pour d’autres sensibilités). J’admets que je demeure perplexe face à Tatiana Trouvé, estimant son travail assez surfait, voire ressassé et pour tout dire, plutôt ringard et que les moyens mis en oeuvre sont assez emphatiques par rapport au fond d’un message couru, voire anecdotique. Ce sont les signes d’un moment de crise générale, il en est, et en fut ainsi dans tous les domaines artistiques et aujourd’hui l’architecture, par exemple, est bien plus intéressante que les arts plastiques. Pour revenir à notre sujet, feu Joseph Beuys aurait obtenu le même résultat avec un seul objet planté dans un coin de l’espace d’exposition. Mais bon, continuez, votre prose a le mérite de l’enthousiasme et de la clarté et c’est un professeur des Beaux Arts, défroqué par lassitude de devoir, au fil des années académiques, accoucher toujours les mêmes sottises, qui vous l’affirme.


      • vieuxconCGT vieuxconCGT 15 août 2008 11:48

        Son travail s’inscrit parait-il dans une quatrième dimension (’4 between 2 and 3). Tous ces discours pseudo-mathématiques, théories Einsteiniennes mal digérées, sont un peu fumeux : j’ai toujours été étonné par l’enthousiasme des diplômés des beaux-arts (et des critiques) pour les discours scientifiques un peu abscons (comme la lune)

        Si on cite l’artiste cela donne : « Je parle un peu (du Bureau des activités implicites) comme si c’était lui le cerveau et moi l’ouvrier. Ou l’employée. J’ai sans cesse des réglages à opérer sur lui, pour que son mécanisme fonctionne. Peut-être qu’un jour il y aura une panne centrale ou un accident et alors le BAI sera fini. »

        Ou encore « Je pense que mon œuvre n’est pas réalisée. Je produis des formes suffisamment inachevées pour croire qu’elles ne sont jamais finies. ».

        On est bien proche du « foutage de gueule absolu » ! Effectivement, son « oeuvre » ne paraît pas finie, est-elle d’ailleurs seulement commencée ? Il ne faut pas 20 ans de tâtonnements pour" monter" une installation.

        Avoir l’Etat comme public subventionneur et un public véritable d’amateurs ce n’est pas exactement la même chose et je m’étonne de la dithyrambie de certain sur le sujet car j’y vois pour ma part un vide absolu où rien ne me parle.

        Sans doute suis-je hermétique à l’abstraction dont on ne peut évidemment critiquer la technique puisque tout se situe dans le concept et l’interprétation qu’en fait le spectateur (une fois le concept expliqué) ce qui est bien pratique , convenons en, pour son auteur !

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