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Les jolis bras blancs d’Agnès Jaoui

Jaoui, Bacri et Debbouze s’en vont faire leur film-documentaire. Ils grimpent les Alpilles en ronchonnant, contournent les fourrés, évitent les épineux. Bacri insiste pour persuader les deux autres qu’il y a là-haut « un endroit d’où l’on peut voir toute la France ». Walpole s’interroge alors dans son fauteuil et sort de son ennui : « Existerait-il un point de vue d’où l’on peut tout voir ? » Walpole se dit que ça part mal cette histoire de prévoyance. Et en effet, ça s’arrête en chemin. Le trio se pose un peu là, pas forcément où le désir commande. Walpole se dit qu’il va y avoir un moment de vérité qui va donner toute sa grandeur à ce petit film. Et voilà que, derrière ce trio, par dizaines, viennent bêler des moutons. A ce moment du film, ils ne sont pas invités, ils s’invitent. A une autre époque, Charles de Gaulle vociférait que « Les Français étaient des veaux », voilà que le troupeau avait changé : les Français seraient-ils devenus des moutons ?

Walpole se dit qu’il a mal compris, que le trio Agnès Jaoui-Jean-Pierre Bacri-Jamel Debbouze ne peut pas penser ça. Ils ont dû lire La Misère du monde de Bourdieu avant de se lancer dans cette aventure. Ils ont sûrement compris qu’on pouvait très bien montrer et analyser, jouir et être Jaoui, crier et être Bacri en même temps.
Et puis vient la scène des deux pèquenots du Lubéron. Walpole se souvient que dans Les Bronzés, il y avait une scène similaire, très réussie, avec les bouseux qui sortaient un alcool bien de chez eux et qui l’offraient à des Parigots-têtes-de-veaux. Walpole se souvient, tordu de rire qu’il était, devant Michel Blanc et Josiane Balasko irrésistibles (et leur tord-boyau). Mais jeunesse se passe. Walpole a vingt ans de plus et il regarde Jaoui-Bacri-Debbouze autour de la table. Que va-t-il voir ? Deux moutons haineux (pas laineux). Lorsque le premier des deux bouseux crie sa hargne contre Bruxelles, Walpole sent le cliché Front national. Et en effet, ça ne rate pas : Jaoui répond que « quand même, faut pas exagérer, y a des subventions ». Rien à dire, c’est politiquement très très correct. Plus loin, le même bouseux pousse un peu et dit assez justement son réel : « Je travaille quinze heures par jour et je suis de plus en plus pauvre »…

Et c’est ici, c’est ici, hélas, que Jaoui gomme toute la complexité du monde et étouffe toute la richesse possible de ce personnage… auquel elle ne va donner aucune chance. Là, Jaoui aurait pu faire un cinéma qui cherche, qui prospecte, soulève les contradictions, de celles qui font que les dominés participent hélas à leur propre domination. Ou encore filmer quelque chose d’approchant qui dit cela… Mais non : Jaoui squizze ce paysan tendance FN qui pourrait dire des choses intéressantes sur sa condition. Mieux même : pour se venger, Jaoui fait intervenir le second mouton, obsédé sexuel, deuxième bouc émissaire. Pourtant ce paysan préhistorique va dire une des répliques les plus poétiques du film. Yeux rivés sur Agnès Jaoui, il lui lance : « Vous avez de jolis bras blancs ».
C’est juste avant la pluie… que le film prend l’eau. Il prend eau de tous côtés à partir de la réaction de Jaoui qui prend son chandail et s’en couvre les bras et le resserre sur ses épaules.
Jaoui se couvre et, à cet instant-là, elle rate le coche, elle rate l’avion, elle rate son film qui ne décollera plus, toute à son incapacité à voir autrement ces bouseux. Pour elle, ce ne seront que deux moutons haineux, deux boucs en rut devant elle.
Jaoui ne voit pas que c’est dans ses bras couverts que réside l’humiliation ordinaire qu’elle dénonce par ailleurs – via le couplet plus noble de Debbouze sur le tutoiement du pharmacien à sa mère. Dur évidemment de filmer des personnages qui résistent au stéréotype : ils peuvent se venger.
Walpole trouve que c’est dans ce geste de tirer la couverture à soi (aux préjugés de sa couche sociale) que le film devient frileux et sent le renfermé. Une fois ces paysans hors-champ, chacun peut se bercer de douces illusions sur ses petits bonheurs, sur ses petits malheurs. La pluie – comme dirait une jeune hippie dans le film Woodstock – lave de tout. Dans le film de Jaoui, cette pluie, filmée de façon catastrophique, effacera tout : le personnage de Jaoui retrouvera sa passion politique et son homme, Djamel sa femme qu’il a failli tr(e)omper, JP Bacri rejoindra son fils qui aime son papa sous le parapluie d’une jolie rouquine et Mimouna partira vivre chez sa sœur bien-aimée, à distance de son méchant mari.
Pourtant, Dieu - et Walpole avec - sait que le mouton disait vrai : Agnès a de bien jolis bras blancs.

Walpole (http://www.pensezbibi.com)

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2 réactions à cet article    


  • jakback jakback 29 septembre 2008 18:40

    @ Walpole,
    pourquoi payer pour voir ce film, Jaoui/Bacri sont deux paranos qui ne font du cinéma que pour dénoncer dans un amalgame haineux, le français de droite, plus surement d’extrême droite, raciste,antisémite, collaborateur vichyste.
    Bajoui/Jacri, sont deux petites choses mégalo, a l’égo surdimensionné, âpre au gain et aux louanges, rien d’étonnant que Djamel 2 bouzes soit leur ami.
    La bonne nouvelle, parait être qu’ils soient passés de mode.


    • walpole walpole 29 septembre 2008 20:33

      Euh...excuse moi, Jackbak, mais là je ne te suis pas. Je parlais d’une situation dans ce film du Trio Agnes Jaoui, Jael Debouze, JP Bacri (enfin les personnages qu’ils incarnent), situation qui me parait etre une scène-pivot. Quant à ne plus aller voir un film de Jaoui, ça non car comment pourrai-je alors en parler ? J’avais bien aimé par ex "Un air de Famille"...
      Walpole (http://www.pensezbibi.com)

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