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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les mondes du jazz

Les mondes du jazz

Les mondes du jazz ne cessent de s’ouvrir à d’autres cultures musicales, un musicien venu de l’autre rive de la méditerranée vient nous révéler sa magie métissée...

Qui aurait pu imaginer, lorsqu’en 1917 débarquent, parmi les contingents armés américains, quelques musiciens noirs qui, dans leurs bagages, avaient amené leurs instruments, que la musique qu’ils firent alors découvrir aux Français, allait constituer le point de départ d’une heureuse épopée culturelle ?

Cette épopée fit passer le jazz du statut de « méprisable divertissement » à celui d’art parfaitement intégré au patrimoine européen et mondial.

Ce phénomène progressif d’acculturation, et d’infiltration du jazz dans le paysage artistique se voit symboliquement consacré par la rencontre inopinée, au Club Saint-Germain, en mai 1949, du légendaire saxophoniste américain Charlie Parker et du philosophe français Jean-Paul Sartre. Le quartier latin et Montmartre deviennent, au fil des décennies, des territoires propices à l’éclosion des jazz-clubs. Originellement des restaurants typiques, les lieux se virent rapidement envahis, à la fin de la deuxième guerre mondiale, par la scène et le public d’une nouvelle musique venue d’Amérique et engendrée par l’histoire de ces esclaves africains, à peine émancipés mais pas encore libres... Les afro-américains venaient d’imposer leur génie musical à l’Europe, grâce au jazz.

Depuis plus de vingt ans, la rue des Lombards, située en plein cœur de Paris, est considérée comme l’un des lieux-dits du jazz en France, particulièrement grâce à l’apparition de quelques salles consacrées à cette musique, où un public désireux de vivre la culture jazz, trouve son bonheur.

Ces clubs de jazz, parmi lesquels nous citerons : « Le duc des lombards », « Le Sunset-Sunside » et « Le baiser salé », ont programmé, durant les vingt dernière années, les plus grands jazzmen américains dont : Dee Dee Bridgewater, Benny Golson, Miles Davis, Herbie Hancock, Lee Konitz et Steve Lacy.

Mardi 17 Janvier 2006, 22h00 - PARIS

Cette semaine, « Le baiser salé » accueille le pianiste tunisien Wadji Cherif, qui entre ainsi dans la légende de la rue des Lombards, et se voit consacré, au panthéon du jazz parisien.

A 30 ans, Wajdi Cherif s’affirme, avec assurance, comme un musicien des rencontres, d’abord par sa musique, qui cherche à mettre d’accord le jazz et la musique tunisienne, ensuite par le choix de ses accompagnateurs et leurs instruments réunis en une même époque, mais n’appartenant pas encore à une même histoire : Hamdi MAKHLOUF au luth, Yoni ZELNIK à la contrebasse et Philippe Foche à la batterie et au percussions.

Un accueil enthousiaste a été réservé, mardi soir, à Wajdi Cherif, par le public du « Baiser salé », le mythique club de jazz parisien. Wajdi, qui dirigeait pour l’occasion deux des quatre musiciens du quintet officiel de son nouvel album « Jasmine ».

Au fur et à mesure du concert, une alchimie se produit entre les quatre musiciens ; accompagné par ses trois comparses, le pianiste dévoile son art et fait subtilement disparaître la frontière entre le jazz et la musique tunisienne. On ne sait plus si on écoute l’une ou l’autre, ou encore une nouvelle musique, révélée par le syncrétisme des deux premières.

Le spectateur est enchanté, la salle est envoûtée, la magie opère sur un public enthousiaste où les plus jeunes comme les connaisseurs sont réceptifs à la musique du maître de cérémonie, qui finit par dévoiler son incantation par un hommage à la grande Saliha, et on cède finalement à l’illusion, se laissant ravir par l’air d’un jazz métissé, sinon, incontestablement, d’un métis jazzifié.

Symptôme d’une soirée réussie, le concert s’achève sur une « standing ovation », le public, debout, acclame Wajdi Cherif et ses musiciens. Le pianiste tunisien a su mettre ce qu’il faut de passion, de nuances et d’humour dans ses interprétations, pour conquérir un public parfois blasé, souvent en quête d’originalité, et toujours exigeant.

Il a répondu avec un grand sourire à toutes nos questions :

Dans quel état d’esprit appréhendiez-vous ce concert au baiser salé ?
C’est la deuxième fois que je joue au Baiser Salé. J’étais très impatient de jouer mardi soir car maintenant je commence à m’amuser et à prendre plus de liberté dans l’interprétation de mes morceaux.

De nouveaux musiciens, un nouvel album « Jasmine », qu’y a-t-il de nouveau dans votre musique ?
Je pense qu’il y’a eu une évolution dans ma musique depuis mon premier disque "Phrygian Istikhbar" enregistré en 2002... Au niveau du choix des instruments, j’ai inclus cette fois le oud, la flûte et les saxophones (ténor et soprano) et je suis satisfait du résultat car je trouve que cette instrumentation a très bien fonctionné sur le disque. Au niveau des arrangements, j’ai essayé de sortir du schéma type thème-improvisation et d’établir un dialogue entre les instruments.
J’ai essayé par ailleurs d’aller plus loin dans l’exploration plus du phrasé jazz et de chercher de nouvelles couleurs harmoniques.

Comment arrivez-vous à créer cette ambiance si proche du son tunisien ?
La musique tunisienne et la musique arabe font partie de mes racines, elles ont bercé mon enfance, je les ai en moi. Quand je compose, le son tunisien émane spontanément.
Je suis tombé amoureux du jazz un peut tard. Quand on essaye de comprendre comment les deux musiques sont construites, c’est plus facile de les faire se rencontrer. Pour mes compositions, je pense toujours en terme de mélodie, j’essaye de partir d’une mélodie et l’harmonise par la suite.

L’harmonie doit être au service de cette dernière d’une manière subtile. Il suffit parfois de quelques notes pour obtenir une couleur intéressante.
J’essaye également de chercher des mélodies organiques que les gens peuvent fredonner facilement.

Quels sont vos projets ?
L’évènement principal est sans doute la sortie en France courant février 2006 de mon nouveau disque « Jasmine ».
Ensuite, j’entamerai une série de concerts pour le promouvoir. Je pars également jouer en Afrique en mai au Festival de jazz de Guinée et au Festival de Jazz du Burkina Faso, et en attendant la sortie du DVD live, je prendrai du temps pour revoir des choses et travailler sur de nouveaux morceaux.

Quels conseils donneriez-vous aux musiciens souhaitant vivre de leur art ?
Une carrière musicale n’est pas un choix facile surtout quand on fait du jazz... Il faut persister, être tenace, et surtout être ouvert, humble, se remettre en question tout le temps et prendre la musique au sérieux, car comme l’a dis le pianiste de jazz Michel Petrucciani : si tu prends pas la musique au sérieux, elle se retourne contre toi. »


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5 réactions à cet article    


  • mac sellers (---.---.168.184) 6 mars 2006 00:05

    Très bel article, je me suis sentie transpoté. Beau Style, bravo


    • Mich (---.---.207.152) 6 avril 2006 09:16

      Très bel article bien rédigé qui nous plonge dans la douce athmosphère de la musique de Wajdi Cherif... L’album Jasmine de Wajdi est magnifique ! Je vous le conseille vivement. Voici le liens vers le site de l’artiste : http://www.wajdicherif.com


      • clarabelle (---.---.168.184) 9 mai 2006 02:15

        ça me donne envie de voir cer artiste, le texte est très poètique, un exemple pour les journalistes


        • Arianna (---.---.168.184) 8 octobre 2006 03:53

          j’aime vraiment votre style, est-ce que vous écrivez pour un autre journal ? je travaille pour une maison d’édition et mes collègues sont unanimes concertnant votre talent, mais personellement je vous trouce plus écrivain que journaliste. Encore merci pour ce beau texte.


          • Kerim BOUZOUITA Kerim BOUZOUITA 1er novembre 2008 04:52

            Merci beaucoup pour votre commentaire !
             Effectivement, vous ave vu juste ! J’ai arrêté le journalisme depuis un moment pour me consacrer à l’écriture d’un recueil de nouvelles. Le journalisme fut une formidable aventure de rodage de plume :)

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