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Les mordus de la Taranta

Mélodie parcourt le monde et comme première destination musicale, elle choisit le Salento, la pointe Sud-Est de l'Italie. Elle y découvre une danse, la Pizzica, dansée par des milliers de touristes qui viennent gonfler les places des villages lors du festival "La Notte della Taranta". Elle raconte son expérience et ses points de vue.

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Pizzica
Photo prise lors du concert du groupe « Il Canzoniere Grecanico Salentino » pendant le festival itinérant de « La Notte della Taranta » 18-08-2014

Août 2014, je pars pour la première étape d’un voyage qui devra durer deux ans, autour du monde et à travers 24 pays choisis pour leur musique, pour l’intérêt qu’ils suscitent en moi ou simplement pour leur diversité. Deux ans à m’occuper des musiques traditionnelles, de leur évolution face à la mondialisation culturelle et à leur place dans les sociétés actuelles. Je suis donc bien contente d’avoir choisi le Salento comme première destination, il y a beaucoup à dire ici sur le sujet !

La Puglia est une région historiquement pauvre de l’Italie, et le tourisme effréné qu’elle connaît aujourd’hui est en fait bien récent. Qu’il soit directement lié à la musique, c’est dur à affirmer – une mer magnifique, des pâtisseries à vous couper le souffle et une sympathie sanguine des habitants, tout cela contribue à promouvoir le lieu – mais il y a beaucoup d’éléments pour y croire. Et en ce qui concerne le Salento, il y a un phénomène assez incroyable, celui de la Taranta.

Qu’est-ce que la Taranta ? Avant toute chose, c’est un animal, un type d’araignée, qui autrefois mordait les femmes, et parfois aussi les hommes, jusqu’à les rendre fous. Le seul moyen de s’en sauver était de faire appel à des musiciens pour qu’ils jouent une nuit entière jusqu’à ce que le malade, pris par le rythme effréné de la musique et ayant dansé comme un fou -au sens littéral du terme, se soit épuisé et ait éradiqué le mal. De savoir si la source de la folie venait vraiment d’une araignée ou s’il s’agit d’un mal social –toutefois bien réel, il revient à chacun de trouver sa vérité.

Désormais le mal de la morsure a disparu mais la danse a survécu. Ou du moins, si elle a été presque oubliée et tombée en désuétude, quelques intelectuels, ethnologues ou cinémastes, ont remit au goût du jour l’intérêt pour cette tradition en refaisant vivre le mythe de la Taranta. Aujourd’hui la pizzica est revenue à la mode grace à la fameuse pizzica tarantata, qui était une de celles utilisée contre le mal ; et ainsi la pizzica pizzica, dance de bal et de divertissement qui se base sur les mêmes musiques, a revu le jour au long des longues nuits salentines.

Le plus gros, l’épiphénomène qui représente cette mode s’appelle La Nuit de la Taranta (La Notte Della Taranta pour les intimes) et a rassemblé pas moins de 150.000 personnes cette année. Non négligeable, surtout pour une région qui s’est toujours trouvée en peu en périphérie de l’Italie, voir de l’Europe Occidentale. Maintenant ce festival est le plus gros d’Italie en terme d’audience, tous styles confondus. Et on y dance ? la pizzica ! C’est assez fous, quand on y pense, que deux harmonies sur l’accordéon et un rythme répétitif sur le tambourin réussissent à réunir tant de peuple. Il doit bien y avoir des raisons, observons-les !

Tout d’abord, est-ce qu’on y dance vraiment la pizzica ? Philologiquement parlant, la pizzica pizzica est –était- dansée par un couple, au centre d’une ronde formée par les tamburinistes qui délimitaient l’espace entre le public et les danseurs. Les couples s’alternaient, un à la fois. Ce qui veut dire que tout le monde vous regardait, que les hommes (nous parlons d’une société farouchement patriarcale) observaient tous les mouvements de la sœur, fille, fiancée, et que celle-ci ne pouvait pas se permettre de gestes trop osés. Aujourd’hui ? Pensez-vous que ce soient des circonstances qui permettent d’accueillir des milliers de personnes ? Bien sûr que non ! Tout le monde danse en même temps, et de façon continue. Quelques couples se forment ici ou là mais quoi qu’il en soit, tous regardent du même côté, vers la scène. Et donc, puisque personne ne vous observe, puisque notre société d’aujourd’hui se veut libre, chacun fait ce qu’il lui plait. La danse se crée en tout un chacun, adaptant des gestes d’antan à un rapport au corps bien plus moderne. Les femmes sont plus séductrices, les hommes imitent les femmes… En fin de compte, tout est comme dans la vraie société d’aujourd’hui !

Mais d’un autre côté, ce qui attire ces quantités incroyables de touristes spectateurs, c’est que derrière ce festival il y a un nom, et derrière ce nom il y a un mythe. L’idée d’authentique, de traditionnel, la folie des campagne, tout cela attire car c’est plein de mystère et de la connection avec la terre dont manquent les jeunes citadins d’aujourd’hui. Tous ces éléments réunis, mais fait sur mesure pour leur plaire. Ainsi, en vendant de la tradition… on trahit la tradition ? Est-ce un hasard si ces deux mots (trahison et tradition) ont la même racine, ou cela veut-il dire que pour la porter plus avant, il faut la transformer, l’adapter, au risque de la dénaturer pour la rendre plus accessible ?

Grande question, et je ne vais pas y répondre maintenant. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’il me reste 23 pays à parcourir ! Il faudra bien que je parle de quelque chose, non ?

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2 réactions à cet article    


  • Surya Surya 18 octobre 2014 14:35

    Bonjour Mélodie


    Un tour du monde à thème de 24 pays en deux ans, voilà un projet très intéressant que je vais suivre régulièrement. Un article par mois, donc ? Je ne mettrai pas forcément de commentaire à chaque article, mais je le lirai avec beaucoup d’intérêt. smiley


    • L'invité mystère L’invité mystère 19 octobre 2014 12:24

      Belle aventure (humaine)…


      Merci du partage.


      Bon voyage Mélodie…

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