• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Les peintres au charbon » ou l’Art en question existentielle

« Les peintres au charbon » ou l’Art en question existentielle

Au début des années trente, dans le nord de l’Angleterre, dans la cité minière d’Ashington, une association est créée pour faire accéder les ouvriers à la culture, dans le cadre d’une initiative « d’éducation ouvrière ».

Cinq mineurs qui, le soir, après avoir avoir passé plus de dix heures au fond des mines et qui, harassés de fatigue, auront le courage et la volonté de suivre des cours du soir, pour combler des lacunes ; un cours d’économie leur est proposé mais c’est un professeur d’histoire de l’art de l’université de Newcastle qui va se présenter à leur comité.

Qu’est-ce que l’art, et plus exactement la peinture, peut leur apporter ? Peut-elle, dans ce contexte, avoir un sens ? Peut-elle traduire leurs difficultés, leur misère, leur vie tout simplement ? Cette théorie de l’art ne pourra leur convenir ; en effet, qu’y a-t-il de commun entre leur réalité vécue et cette abstraction « philosophique » des chefs d’œuvre de la Renaissance ?

Alors, ils vont se mettre à la pratique, s’essayer à la matière, voir si les matériaux picturaux leur permettront de s’exprimer et réussir à traduire leur ressenti, les émotions de leur dur labeur ; peu à peu, en peignant un chien devant sa niche, des fleurs sur une table, un mineur tirant son charbon ou la nature en proie aux éléments, ils éprouvent cet apprentissage comme nécessaire à leur propre vision et ils vont prendre possession des pigments, avec une remise en questionnement permanente d’eux-mêmes.

Ces hommes d’une grande sensibilité, sont remarquablement touchants, du fervent marxiste interrogateur (Eric Verdin, nominé aux Molières 2004) au plus rigoureux dans ses principes et le maintien des traditions (Jacques Michel), du bourru au cœur tendre (Bernard Ballet) au plus exalté et talentueux (Robert Bouvier déjà vu à l’Artistic Athévains dans St-François d’Assise), au p’tit gars chômeur (Arthur Vlad) qui, sceptique dans les possibilités de l’art face aux luttes sociales ou à la guerre qui se prépare, découvre en Picasso un maître qui lui parle de sa propre colère.

Leur professeur (Thomas Cousseau), sympathique, se révèle un élément essentiel à leur cheminement ; lui-même sera remis en question, son académisme et sa technique pure en prendront un coup. Une collectionneuse (Odile Roire) s’intéressera à eux et proposera de devenir la mécène de l’un d’entre eux qui, tiraillé, voudrait vivre sa nouvelle passion mais, finalement, restera fidèle au monde du travail et solidaire du groupe.

Justesse d’un parcours initiatique qui va changer la perspective des regards ; les mineurs comprendront l’abstraction, ou aimeront l’art chinois d’une confondante simplicité avec ses merveilleuses couleurs. Eux, qui connaissaient surtout le noir charbon, découvriront, en Van Gogh, le coloriste qui a su bouleverser leur âme, leur peintre de prédilection.

Cette pièce de Lee Hall est d’une grande tendresse humaniste, et Marion Bierry, qui avait déjà créé « la cuisine d’Elvis » écrite par cet auteur anglais, a su lui rendre le même esprit dans une grâcieuse mise en scène ; pas de conflit ouvert entre les détenteurs d’une culture classique et les besogneux marginaux ; au contraire, beaucoup de respect pour ces mineurs qui, modestement, et grâce à la conviction d’un jeune professeur, parviendront à transcender cette démarche de sensibilisation et à remettre en question celui qui croyait tout leur apprendre.

Un hommage rendu à l’art qui « rend possible des choses qui ne l’étaient pas », sous forme de comédie chorale pleine d’émotions et de drôleries, à l’art qui, malgré l’âpre réalité, a le pouvoir de changer les hommes.

Et si le spectateur ému les voyait aussi avec un autre œil, ces mineurs de fond ? Une belle leçon,en tout cas,de leur part !…

« On peint des moments. Ces petits moments minuscules qui fait qu’on est vivants ».

visuel affiche

LES PEINTRES AU CHARBON - ***. Cat.S / Theothea.com - de Lee Hall - mise en scène : Marion Bierry - avec Bernard Ballet, Robert Bouvier, Thomas Cousseau, Carine Martin, Jacques MIchel, Odile Roire, Eric Verdin & Arthur Vlad - Théâtre Artistic Athévains


Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • Theothea.com Theothea.com 14 décembre 2010 11:26

     La pièce « Les peintres au charbon » se joue au Théâtre Artistic Athévains
    jusqu’au 22 décembre.
     

     Théâtre Artistic AthévainsBienvenue sur le site officiel du Théâtre Artistic Athévains. THEATRE ...
    www.artistic-athevains.com/theatre/theatre.html -

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès