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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les souterrains annulaires de la montagne bourbonnaise, mystère (...)

Les souterrains annulaires de la montagne bourbonnaise, mystère archéologique en plein cœur de la France

Les mots « mystère archéologique » évoquent dans l’imaginaire de la plupart d’entre nous les pyramides d’Egypte, les statues de l’Ile de Pâques ou les forteresses des Andes d’Amérique centrale et du sud. Pourtant, pas très loin de chez nous, à 2h30 de route de Lyon, ou 4 heures de Paris, on trouve des constructions humaines souterraines dont le rôle n’est toujours pas compris. Tour d’horizon de ce mystère archéologique en plein cœur de la France.

Au nord du Massif central, et premier contrefort de cette vieille montagne, la montagne bourbonnaise se situe à l’écart des grandes routes de communication. Culminant autour de 1100 m d’altitude, marquée par un hiver froid et des demi-saisons pluvieuses, la montagne bourbonnaise n’est a priori pas une destination de vacances très fréquentée. Les touristes flâneront dans la partie basse de la montagne, dans le vignoble de la côte roannaise, les curistes iront à l’ouest, à Vichy, et les voyageurs pressés poursuivront leur chemin sur l’autoroute A71 vers le Berry ou vers l’Auvergne sans s’arrêter. Pourtant, le pays mérite l’attention de ceux qui fuient les sentiers battus et s’intéressent à l’inhabituel.

La montagne bourbonnaise abrite en effet des vestiges étonnants appelés souterrains annulaires. La découverte de ces souterrains remonte au XIXe siècle. Les descriptions plus précises proviennent en revanche d’amateurs éclairés du XXe siècle, des médecins, des instituteurs, des hommes d’Eglise.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit donc de souterrains, de longueur modeste (entre 20 et 60 mètres), creusés souvent selon un schéma récurrent, ressemblant à la lettre grecque Φ (phi) avec un vestibule d’entrée, se prolongeant plus ou moins dans l’axe par une galerie, coupant en deux endroits une structure en anneau. Il s’agit là d’une description simplifiée, certains souterrains possédant une structure différente, en huit, ou en double anneau. On trouve souvent, en bout de galerie, des conduits verticaux de faible diamètre en communication avec l’extérieur, des alcôves adjacentes ou des niches. On accède à ces souterrains par un dénivelé, une pente, parfois par un semblant de marches. Ils se situent donc à une faible profondeur. La plupart des ces souterrains ont d’ailleurs été découverts par hasard, lors de travaux de construction, ou de labour, et leur intégrité s’en est souvent trouvée affectée.

A l’intérieur de ces souterrains ont parfois été retrouvés des fragments de poterie ou tout au moins de terre cuite qui ont pu être datés par la technique de la thermoluminescence. Cette technique met à profit l’irradiation naturelle qu’ont subie les terres depuis leur cuisson, due aux éléments naturels radioactifs qu’elles contiennent, et qui se traduit lors d’un chauffage par une émission de lumière mesurable, permettant de dater l’âge de la terre cuite. Dans le cas des souterrains de la montagne bourbonnaise, les plus anciennes poteries remonteraient autour de l’an 400, les plus récentes avant l’an 1000, donc dans une période allant de la chute de l’empire romain au milieu du Moyen Age. La montagne bourbonnaise est « riche » de ces souterrains. Sur la seule commune d’Arfeuille, 25 souterrains sont connus, ce qui laisse supposer, vu le nombre et leur proximité, qu’à l’origine ces souterrains n’étaient pas cachés comme ils l’ont été par la suite.

La question-clef, non résolue aujourd’hui, est : « A quoi et à qui pouvaient servir ces souterrains ? » Plusieurs hypothèses ont été proposées. La première est celle d’un rôle de type « garde-manger » géant. Cette hypothèse n’a que peu les faveurs des spécialistes, compte tenu de la forte humidité qui pouvait régner dans certains, du très faible nombre de poteries retrouvées et de l’absence de tout indice matériel de type grains de céréales, ou équivalent.

Une seconde hypothèse fait de ces souterrains un lieu de dépôt d’urnes funéraires. Avec la montée en puissance de l’Eglise catholique, la pratique de la crémation a été interdite puis fortement combattue, jusqu’à récemment. Les urnes ont donc été déplacées et un éventuel rite lié au dépôt des urnes a donc peut-être disparu au profit des enterrements dans les cimetières.

Une troisième hypothèse attribue aussi un rôle rituel à ces souterrains en en faisant des lieux de circulation de l’âme des morts, permettant également la communication des vivants avec ceux-ci. Une tradition d’une autre montagne, la montagne noire, calquant la tradition romaine, voulait que l’on creuse des fosses pour apaiser les divinités de la terre, et permettre la libération des âmes des morts. La présence très fréquente, au fond des souterrains annulaires bourbonnais, de conduits verticaux permettant la communication avec l’extérieur est d’ailleurs assez évocatrice de ce que certains appellent des « trous à âmes ». D’autres structures païennes ou associées au culte chrétien ont la forme de souterrains circulaires, telles des chapelles troglodytes découvertes dans les Deux-Sèvres, ou des souterrains associés à de très vieilles églises en Allemagne et en Autriche, ainsi qu’en Kabylie. Le rite chrétien aurait-il « récupéré » un culte païen pour mieux s’implanter ? Cela est fort possible et s’est d’ailleurs produit au moins une fois, la fête de Noël étant fortement associée au solstice d’hiver.

Pour le moment, aucun élément ne permet de trancher la question du rôle de ces souterrains, qui ne sont pas spécifiques de la montagne bourbonnaise, comme on le voit au travers de cet article. Leur densité dans cette région sauvage et sombre reste néanmoins remarquable, tout autant que le sont les points d’interrogation qui les entourent et qui font de ces souterrains annulaires, un véritable mystère archéologique en plein cœur de la France.

__________

Crédit photo : http://prilep.club.fr/galerie2/souterraincultuel/galerie.htm


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17 réactions à cet article    


  • Antenor Antenor 18 décembre 2007 13:42

    Un des plus beaux endroits du monde et chargé d’Histoire !

    Le château de Montgilbert, Glozel, l’ancienne chapelle de la Madeleine, l’oppidum de Laprugne et ses sources de Saint-Jean, décrit par le Docteur Noelas et l’Abbée Bletterie et jamais refouillé depuis... Des Burgondes défaits à Ambierle auraient été rattrappés et massacrés par les Francs sur le Plateau des Tombérimeaux.

    Se pourrait-il que ces souterrains soient d’anciennes galleries de mine ? Le docteur Noelas pensait que La Prugne était un important centre sidérurgique.

    http://pagesperso-orange.fr/r.saintaubin/NOELAS.htm

    http://pagesperso-orange.fr/r.saintaubin/bletterie1.htm

    http://www.montsmadeleine.fr/monts-madeleine-histoire-massif.php?massif=25


    • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 18 décembre 2007 19:50

      Salut Antgenor,

      Ca fait plaisir de voir une personne qui connaît ces lieux : le château de Montgilbert, le musée du Père Fradin à Glozel né en 1906, et qui à ma connaissance est toujours en vie, il est pensionnaire de la maison de retraite au Mayet de Montagne ( 03 ), ou je lui ai rendu visite l’an dernier.bon pied bon œil l’Emile ! Il y à 8 à 10 ans environ , un après midi, c’était ma deuxième visite, j’ai discuté plus d’une heure avec le Père Fradin, à l’époque ça lui faisait au moins 90 balais et il faisait toujours visité son musée, je crois qu’il faisait visité son musée encore 3 ans avant son entré à la maison de retraite.

      Le petit musée d’Ambierle ( à 10 bornes d’où j’habitais )

      J’ai plein de photos de cette région,.. et c’est prévu depuis pas mal de temps que je fasse un article un de ces jours !

      @+ P@py


    • Redj Redj 18 décembre 2007 15:56

      Merci pour cette découverte, je ne connaissais pas...


      • JoëlP JoëlP 18 décembre 2007 16:02

        Merci pour cette « découverte ». Cela fait un peu penser aux villes souterraines de Cappadoce. Quelle est la nature de la roche ?


        • neuilly 18 décembre 2007 16:32

          Merci pour cet article qui décrit bien les souterrains mais ne lève pas pour autant le « mystère ». Il est regrettable que ces lieux soient aussi secrets et peu accessibles. Cela motiverait peut être un plus grand public à venir dans ces lieux superbes en toute saison.


          • Romain Baudry 18 décembre 2007 17:20

            Très intéressant. J’aime beaucoup entendre parler de ce genre de vestiges peu connus.


            • adeline 18 décembre 2007 18:44

              Super Interessant, j’ai trouvé cela aussi au sud de Brives , curieux que Mr Mourey ne vienne pas partager sur cet article ? merci à l’auteur


              • Emile Mourey Emile Mourey 19 décembre 2007 18:17

                @ Adeline et @ l’auteur

                Bien sûr que cet article est intéressant. Bien que mon territoire de prédilection soit la Bourgogne, j’ai eu l’occasion de passer par le Bourbonnais, vieille province française dont l’histoire des origines recèle encore bien des mystères cachés ; celui de Glozel n’en étant pas le moindre. Il y a déjà un certain nombre d’années, j’ai eu une relation épistolaire avec Emile Fradin dont je salue, en passant, le courage dont il a fait preuve face à aux représentants de la communauté dite scientifique.


              • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 18 décembre 2007 19:20

                Salut Ronny,

                Le bras m’en tombent, en effet j’ai longtemps demeuré en bordure de la Montagne Bourbonnaise au « fouet bas » ( le point jaune ) sur la commune de Saint-Rirand, cette dernière est limitrophe avec le département de l’Allier, et Arfeuilles est à 16 kms d’ou j’habitais !

                http://apu.mabul.org/up/apu/2007/12/18/img-wwxc9ygsxi8.jpg.html

                ... en je n’ai jamais écouté parlé de ces fameux souterrains, comme quoi !

                Pour en avoir le cœur net, je viens de téléphoner au « fouet bas » à mes anciens voisins, le fils qui vit ( 60 ans ) avec sa mère et son oncle, ne connais pas l’existence de ses souterrains , même sa mère qui avec son père à vécue quelques années sur la commune d’Arfeuilles n’a jamais entedu parler de ses souterrains !

                Je parts quelques mois en Corse, et au printemps à mon retour, j’irais voir sur place, car cela m’intéresse !

                @+ P@py


                • Ronny Ronny 18 décembre 2007 19:50

                  Bonsoir et merci de vos commentaires.

                  Réponses rapides :

                  @ Antenor : je n’ai pas parlé de Glozel en raison de la controverse « animée » qui concerne ce site, et parce que personnellement je ne connais pas assez le sujet. Mais si vous vous sentez de pondre un article sur le sujet, cela peut valoir le coup.

                  @ JoëlP : la nature des terrains dans lesquels se trouvent ces souterrains est en général du gore, un granit en décomposition (sous l’action de l’eau) qui se prete bien au creusement et qui reste assez solide pour supporter une galerie non etayée de faibles dimensions.

                  @ neuilly : peut être que oui et peut être que non smiley ! Une visite fréquetne par des personnes peu soigneuses pourrait conduire à une dégradation des lieux...

                  @ adeline : effectivement, on trouve d’autres souterrains dans la région que vous mentionnez mais aussi comme je l’indiquais en Allemagne et en Autriche. En France, plus au sud de la montagne bourbonnaise mais en relation avec celle-ci la montagne de Thiers est aussi riche de ces souterrains. On en trouverait aussi en Tourraine...

                  @ Gilbert Spagnolo dit P@py : he he smiley ... Comme quoi ! Contactez moi sur ma BAL ronny_agoravox@yahoo.fr avant de partir, et je vous donnerai l’adresse d’un spécialiste local de la question. Pour ma part, je passe souvent quelques jours de vacances pas loin de la Croix du Sud, St Nicolas des Biefs si cela vous dit quelque chose...

                  Encore merci à tous pour votre intérêt.

                  Ronny.


                  • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 18 décembre 2007 20:00

                    Ronny re,

                    Tu parles si je connais, le plateau de la verrerie ski de fond l’hiver , myrtilles l’été, depuis que je suis dans le Sud de temps en temps j’ai loué un petit chalet au camping des myrtilles,.. et à Saint Nicolas des Biefs, le pain du boulanger cuit au feu de bois, tout à disparu comme la scierie etc,

                    Je garde ton adrese mail, plus tard je te recontacterais, je quite Saint-Aygulf le 30/12, et en ce moment, je prépare mon séjour pour la Corse

                    @+ P@py


                  • HELIOS HELIOS 18 décembre 2007 22:19

                    Le problème spécifique à Glozel est la polémique liée à la datation des terres cuites et os gravés découverts.

                    En effet, selon la methode utilisée (luminescence) on arrive a des date variants entre -800 et -300 avant JC et avec le carbone 14 on remonte a -17 000 ans. Les echantillons ayant été longuements manipulés et exposés rendent la mesure incertaine.

                    En fonction de ces dates, les gravures ornant les vases et os, montrent également des « textes » (suite de signes) qu’on a vainement tenter de déchiffrer au debut du 20ème siècle.

                    Diverses personnes ont tenté d’imposer des vues les plus extraordinaires dont celles qui sont sujet à polémiques c’est à dire l’ecriture. Il y avait-il chez nos ancètres d’il y a 17 000 ans une ecriture ?

                    La science fiction s’est emparée du sujet et depuis les polémiques sont passées sur un autre plan, irrationel qu’il est trés difficile de ramener dans le giron du raisonnable.

                    Merci pour votre article.


                    • Proudhon Proudhon 19 décembre 2007 18:11

                      Merci pour cet article très intéressant. Je ne connaissais pas l’existence de ses souterrains. Par contre lors de notre périple en auvergne ma femme et moi, il y a plus de 20 ans, nous sommes allé visiter le musée de Glozel ou une charmante mamie faisait office de guide.

                      J’avais poussé notre périple près de Vichy justement pour visiter ce musée dont je connaissais l’existence suite à la lecture d’un livre de Robert Charroux « Histoire inconnue des hommes depuis 100 000 ans ».

                      J’apprend que le découvreur est encore vivant. Incroyable !! Sans doute l’effet Glozel !!!

                      Quelqu’un sait-il où en sont les recherches sur l’écriture de Glozel ???


                      • jmarcusse 28 avril 2008 21:15

                        Bonsoir à tous,

                        J’ai prévu une rando de 95kms entre Le Crozet, StNicolas des Biefs, Lavoine, Arfeuilles, retour à Crozet pour une 12aines de personnes.

                        Je fais découverte sur ce site des souterrains d’Arfeuilles, je n’en avais jamais entendu parler non plus (souche familiale à StHaon le Vieux, Ambierle), c’est fou.

                        Qui peut me guider vers quelques entrées mystérieuses pour montrer cela à mon groupe ? Nous n’entrerons pas car pas équipés pour cela.

                        Nous serons sur place les 1, 2, 3, 4 mai 2008.

                        Merci d’avance de vos réponses, bien cordialement, Jean Marc SOUCHON


                        • Óðinn-Hermoðr de W. 25 août 2008 14:53

                          Je suis un des "traducteurs" de l’écriture de Glozel, et sans fausses modesties, celui qui a traduit le plus de textes glozéliens, avec traductions juxtalinéaires et relevés linguistiques. Je suis O.-H. de Warenghien, auteur de : GLOZEL Clef de l’ésotérisme occidental (en CD, auteur/éditeur, Rouen 1989), livre déposé à la BNF. Lisez aussi l’article sur Glozel de Wikipédia, où je suis intervenu, pour couper court à certaines idées reçues (et autres faux arguments, revenant sans cesse dans la bouche des anti-glozéliens, qui ne savent malheureusement pas se renouveler). Bien à vous !



                            • Kong 6 juillet 2015 14:36
                              Bouteille à la mer :
                              Un ancien instituteur - 90 ans ces jours ci ( bon pied et bon œil) qui a exercé à Chalmazel en 1945 m’a rappelé qu’il avait visité à l’époque en compagnie du notaire du lieu (Jacques Ferrier), un souterrain circulaire d’une quarantaine de mètres situé au lieu-dit Nermont , près du calvaire. qui domine le village.
                              Il y avait « plein de poteries noires avec des inscriptions ».
                              Malheureusement ça n’intéressait personne à l’époque et le souterrain a été détruit lors de travaux de terrassement.

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