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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les tribulations de l’amour courtois

Les tribulations de l’amour courtois

Il est mille manière de parler d'amour, mais dans la courtoisie de la fin du moyen âge, à l'orée de la renaissance, cela prit la forme d'une constellation qui enchanta l'âme. La pléiade en fut une délicate et savante illustration.

« Seigneurs, c'est une histoire vraie que je vous conte, l'histoire de Tristan et Iseut, de leur amour qui fut si grand, dont ils eurent mainte douleur, et comment ils en moururent »

Ainsi débute la version d'un conte nordique fondateur. Il deviendra l'un des Mythes les plus fascinants du monde occidental.

A la source de la vie, idéalement, dans les bras d'une mère et sous le regard et la protection d'un père nous nous sommes nourri et avons grandi. Dans le secret de nos entrailles et de nos neurones, cette empreinte indélébile demeure. Pourtant, à la surface de notre mémoire, il n'est rien de clair qui vaille.

Cependant, nos sentiments, pensées et actions sont portés dans un élan qui ne prend pas ses marques dans un espace contenu, visible et lisible...l'amour naît d'un imbroglio d'humanité. Né à l'aveugle dans une cécité qu'accompagnent surdité et aphasie en un temps qui ne se conjugue pas ou plus.

En effet les auteurs de cette implosion de vie ne sont plus. Parents et lointains ancêtres devenus ? Alors c'est magie, car présentement, nous voici ignorant la dette et la reconnaissance. C'est désintéressés, que nous accomplissons un geste généreux sans puiser dans la mémoire. Mieux, nous n'avons même plus besoin d'en chasser le souvenir, c'est accompli. C'est comme un acte de sublimation génitale. une mère qui accouche, acte d'amour, c'est donné. Et pourtant nous sommes en dette d'une vie. Enclins que nous sommes à suivre le courant de cette énergie qui nous précède, nous submerge et nous dépasse naturellement. Si nous nous sentons concernés, ce n'est pas par devoir ou justice, mais parce que l'interruption de cette animation serait fatale. L'antonymie la plus radicale de l'amour, c'est la mort...et personne ne se résigne à mourir de bonne foi...à moins qu'il fut malade d'une manière ou d'une autre. Alors nous aimons, parce que nous avons commencé.

Cependant, il faut un peu de temps et beaucoup de caractère pour aller vers quelqu'un qui n'évoque rien pour nous. On prétend ne pas l'aimer. Il n'est pas comme nous, il vient d'ailleurs, il parle un autre langage. Même s'il s'agit de la même langue que la notre, nous le rejetons. Le prendre en charge, le porter, peut être est-il blessé, le materner, peut être est il en manque d'amour, le paterner, peut être est il pauvre ou ruiné.

Alors, néophytes, nous entrons passionnément dans le premier piège tendu par notre naïveté et jeunesse de cœur, l'amour idéal, l'amour fusionnel, l'amour fou.

Cet amour a la particularité première, il est l'amour de nous même. Alors, si jeune homme je suis, je serais un héros, peut être infortuné et malheureux, ce qui ajoutera à ma noblesse d'âme. Si ma sensibilité guide mes pas, alors je serais troubadour et entrerai enthousiaste dans la métaphore. Aux amours d'Antan de mon ami Georges, Fanchon deviendra Margot, la reine. Aux grâces roturières, aux nymphes de ruisseau, aux Vénus de barrière et aux plus humbles bergères, je troquerai la dame du temps jadis, Tristan je serai et Iseut j'invoquerai.

Je prendrai un risque inouï, celui de mêler la finitude à ma soif d'éternité, et cela, malgré le conseil du conteur : l'histoire de Tristan et Iseut, de leur amour qui fut si grand, dont ils eurent mainte douleur, et comment ils en moururent »

De cet amour courtois, fondateur de noblesse et de chevalerie, que reste-t-il ? Une littérature porteuse de rêve et de créativité. Une inspiration nomade qui investit l'esprit de celui ou de celle en attente de mots. Pour dire ou vivre l'exclusive émotion dans l'intimité de son histoire.

Mais l'abstraction ou la sublimation n'ont pas le privilège de la palette subtile et complexe de nos émotions et de nos sentiments. Georges tonitruant nous chante

 

Les copains d'abord,

...C'étaient pas des amis de luxe
Des petits Castor et Pollux
Des gens de Sodome et Gomorrhe
Sodome et Gomorrhe
C'étaient pas des amis choisis
Par Montaigne et La Boetie
Sur le ventre ils se tapaient fort
Les copains d'abord...

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Georges Brassens

 

Amours galactiques, Castor et Pollux, dans la constellation des Gémeaux.

Amités et amours courtoises et compliquées, en opposition à l'amitié spontanée, virile, chaleureuse et gauloise qu'il prône gaillardement.

 

Amitié et amour d'esthètes et d'intellectuels, Michel de Montaigne attristé par la disparition de son ami et confident La Boétie : « Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : Parce que c'était lui, parce que c'était moi » (les Essais)

 

Nous évoquions l'émotion d'empathie qui permet la communication inter-psychique entre les humains. Offrir une aide, une écoute, du temps, et poursuivre son chemin comme un frère d'humanité, sans distinction d'origine, de race, de religion, ni de classe en oubliant notre action. Mais celui qui fut secouru accroche une dette à sa mémoire. Il porte un acquis au fond de lui, aussi précieux que fatal, qu'il lui faut redonner pour ne pas interrompre le mouvement de la vie.

Connaissez-vous une maman qui au moment de l'accouchement se refuse à libérer son enfant ?

Le désintéressement n'existe pas dans cette humanité. La maman, elle même, soigne et nourrit son enfant pour qu'il vive. Aimer son enfant, c'est lutter contre sa propre mort. Les âmes pieuses ou militantes de protester. Vous vous leurrez. Il ne s'agit pas de contester l'authenticité de votre amour, mais d'en révéler la profondeur. Pour la même raison, nous avons beaucoup de mal a cheminer vers un dissemblable, un « étranger »,car à ce moment là, la projection et l'identification positives sont rendues difficiles. Pour rencontrer l'autre et pour lui dire les sentiments qu'il nous inspire, il faut se sentir proche de lui, se reconnaître dans ses yeux, se sentir exister à travers lui. Quand on lui dit je t'aime, cela veut dire, je m'aime chez toi. J'aime l'image de moi, que tu me renvoies en miroir. Par la même occasion, et c'est assez subtil, quand on lui dit je ne t'aime pas, avec une certaine passion, nous projetons aussi, mais négativement. A ce moment là, tous les défauts ou travers qu'il ou qu'elle suscite en nous, sont à noter, car ils représentent tous les travers et défauts que nous portons en nous, que nous refusons de voir, mais reconnaissons et condamnons chez elle ou lui.

Entrevoir une vie interactive plus clairvoyante est un défi incommensurable à notre époque. Et pourtant c'est la meilleure thérapie que l'on puisse souhaiter à cette humanité bringuebalante qui chemine à vau-l'eau.

En attendant nous pouvons rêver sur le couple d'amants le plus célèbre de la fin du moyen âge,

 

« ...Tristan mourut pour son désir,

Iseut d'être trop tard venue ;

Tristan mourut pour son amour

et la belle Iseut de douleur... »

 

Le conteur finit ici ce conte.

 

A tous les amants,

il dit salut : aux pensifs et aux heureux,

aux envieux, aux désireux, au réjouis, aux éperdus,

à tous ceux qui m'ont écouté.

J'ai dit le mieux que j'ai su ;

j'ai dit toute la vérité.

Puissent les amants y trouver réconfort

encontre change, encontre tort

encontre peine, encontre pleur

encontre tous les maux

d'amour

 

Roman de Tristan et Iseut-Amd-France.eu (Joseph Bédier)

Le Mythe de Tristan et Iseut est l'un des plus fascinants du monde occidental.

 

 


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30 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 22 octobre 2013 19:23

    Mais où est donc la ceinture de chasteté ?

     smiley

    • jack mandon jack mandon 23 octobre 2013 00:31

      Bonjour l’enfoiré,

      Eh oui, la partie cachée et monstrueuse, d’une partie visible plus lumineuse


    • L'enfoiré L’enfoiré 23 octobre 2013 09:38

      Bonjour Jack,


       « la partie cachée et monstrueuse »

      Ce sont les instincts et les religions qui font partie du sacré.
      Remonter aux sources de tout cela.
      Occupé à voir ce documentaire d’ARTE (dont j’ignore l’histoire) qui montre la flamme initiale à cette partie cachée.

    • Christian Labrune Christian Labrune 22 octobre 2013 22:54

      " mais dans la courtoisie de la fin du moyen âge, à l’orée de la renaissance, cela prit la forme d’une constellation qui enchanta l’âme. La pléiade en fut une délicate et savante illustration.« 

      à l’auteur
      Je suis un peu désolé de devoir vous contredire, mais ce qu’on appelle l’amour courtois, cela commence à la fin du XIe siècle et cela se développe surtout au siècle suivant, à la cour des Plantagenêt, dans l’entourage d’Aliénor d’Aquitaine. A l’époque de du Bellay et de Ronsard, cette mode est bien passée, on se soucie surtout d’une certaine forme de préciosité venue d’Italie. On imite Pétrarque, et les grands cycles romanesques médiévaux inspirés par l’amour courtois paraissent déjà tout à fait »gothiques", au sens le plus péjoratif du terme.


      • jack mandon jack mandon 23 octobre 2013 00:57

        Bonjour Christian,

        Oui, vous apportez une précision historique, ne soyez pas désolé.

        La pléiade, avec Du Bellay et Ronsart, développe une poésie courtoise (1546-47)
        et comme vous le soulignez, les meurs sont en décalage.
        Rabelais, sa manière gauloise, est alors à l’apogée de sa gloire et de sa vie.

        J’ai choisi cette toile de fond mouvante et transitoire, pour évoquer
        l’amour et ses revers qui eux sont intemporels.
        L’histoire introduit la chronologie, mais la nature humaine distille sa complexité
        et ses décalages. Je veux dire que la gauloiserie et la courtoisie habitent toutes
        les époques. La gauloiserie est bien implantée chez nos pamphlétaires et
        comiques modernes. La femme est toujours sensible au mode courtois.
        Quoi que, femme varie . C’est aussi une question culturelle

        Merci de votre éclairage.


      • jack mandon jack mandon 27 octobre 2013 11:38

        Ronsard...tout de même,
        la grippe sans doute et ce n’est pas une plaisanterie.
        Dommage que je ne puisse la communiquer à tous ceux qui
        dans l’ombre rejettent sans se questionner.
        La culture de la négation, la haine stupide...pléonasme.


      • bert bert 23 octobre 2013 00:03

        à la fin de l’histoire y’a Iseult qui revient pour décapiter d’un coup de sabre le trouvert

        & enfermer Iseult dans les caves d’un donjon smiley

        • jack mandon jack mandon 23 octobre 2013 01:04

          Bonjour Bert,

          Le roman de Tristan et Iseut a fait l’objet de nombreuses variations.
          La votre en est peut être une supplémentaire.
          L’art fait des petits dans tous les coins, c’est une de ses principales qualité.
          Comme nous en parlions avec Christian, l’art et l’histoire, celle officielle,
          se développent sur deux plans assez différents.


          • Fergus Fergus 23 octobre 2013 10:26

            Bonjour, Jack.

            Il est bien joli, cet amour courtois si bien mis en scène sur les estampes et les tapisseries, quand il n’est pas chanté par les trouvères et les troubadours, dont cette fameuse comtesse Beatrice de Die, auteure de vers enflammés pour Raimbaut d’Orange, par elle-même mis en musique. 

            Au risque de jeter une ombre sur le tableau, je crains toutefois que ces belles amours du temps jadis n’aient été également caractérisées par des redoutables effluves, eu égard à la rareté des bains que prenaient ces gentes dames et plus encore ces beaux damoiseaux.

            Cordialement.


            • Rounga Roungalashinga 23 octobre 2013 10:42

              Au risque de jeter une ombre sur le tableau, je crains toutefois que ces belles amours du temps jadis n’aient été également caractérisées par des redoutables effluves, eu égard à la rareté des bains que prenaient ces gentes dames et plus encore ces beaux damoiseaux.

              Il ne me semble pas que les gens étaient si sales que cela au Moyen-Age. C’est surtout au XVIIIème siècle que « l’hydrothérapie » était suspecte, et que l’hygiène était lamentable. Au Moyen-Age, les gens se rendaient régulièrement aux bains publics. Il est tout de même probable que les gens de cette époque ne furent pas aussi pointilleux que nous sur la propreté, dont nous avons les moyens grâce à l’eau courante, mais il faut aussi penser qu’ils étaient moins chochottes et avaient le nez moins délicat, ce qui est tout à leur avantage, tant l’odeur a la propriété d’attiser les sens.


            • Christian Labrune Christian Labrune 23 octobre 2013 11:18

              @Roungalashinga
              Vous avez raison, et les vieilles légendes colportées par l’histoire populaire ont la vie dure. Le moyen-âge aimait l’hygiène, et les établissements de bain seront nombreux à Paris jusqu’au XVe siècle. Ils furent finalement fermés parce qu’ils étaient aussi des lieux de prostitution. C’est à partir de la renaissance que les choses commencent à se dégrader, et quand on lit le « journal » d’Héroard, médecin de Louis XIII, où sont minutieusement consignées toutes les observations relatives à l’enfance du jeune roi, on est saisi d’horreur : les nouveaux-nés restent saucissonnés pendant des mois dans des sortes de bandages qu’on change évidemment, mais l’usage de l’eau et les lavages sont assez mal vus, on préfère se contenter d’essuyer. Le bouquin de Stani Pérez « La santé de Louis XIV » comporte aussi toute sorte de renseignements très intéressant sur ce qu’était l’hygiène au XVIIe siècle.
              Pour ceux que ces question intéressent, il faut lire l’excellent ouvrage d’Alain Corbin « Le miasme et la jonquille », consacré surtout au XIXe siècle, où on apprend des choses assez surprenantes. Je viens de trouver sur l’internet un article dont je n’ai lu que le début, et qui semble faire assez bien le point sur la question. C’est ici :

              http://medieval.mrugala.net/Bains/Bains.htm


            • Fergus Fergus 23 octobre 2013 11:31

              Bonjour, Rougalashinga.

              Vous avez entièrement raison, les bains publics étaient assez nombreux au Moyen Age, et notamment dans une ville comme Paris où l’on comptait, à la fin du 13e siècle, près d’une trenatine d’« étuves » où les Parisiens venaient se laver, en optant soit pour l’étuve proprement dite (bain de vapeur), soit pour le baquet d’eau chaude qui coûtait deux fois plus cher. Mais cela ne concernait pas la population la plus pauvre qui, soit ne se lavait pas, soit se baignait dans les eaux de la Seine. Quant aux étuves, elles ont très largement disparu par la suite, victimes de la mixité qui les transformaient en « bordeaux » combattus par la prévôté. La saleté s’est de fait installé de manière plus évidente dès le règne de Louis XIII et il faudra attendre fort longtemps pour voir le retour en nombre des bains publics.


            • Fergus Fergus 23 octobre 2013 11:33

              Bonjour, Christian.

              J’ai rédige mon commentaire en réponse à Rougalashinga avant d’avoir pris connaissance du vôtre. Je constate que nous nous rejoignons sur le sujet.


            • Gollum Gollum 23 octobre 2013 10:45

              Bonjour Jack. L’amour courtois fut un épisode majeur de notre histoire. 


              À mon sens cela ne pouvait que se développer sur une terre celte, les celtes ayant depuis toujours le culte de la femme. Du féminin. À rebours de la culture ecclésiastique. On dit souvent d’ailleurs qu’au Moyen-Âge la femme avait un statut potable grâce à l’Église. J’avoue être sceptique là-dessus et pense plutôt que c’est le vieil esprit celte qui en est la cause.. C’est pas pour rien que malicieusement les troubadours (ceux qui ont trouvé) opposaient Amor à Roma..

              Mais l’amour courtois est surtout d’esprit tantrique. Et comme dans le tantrisme c’est la femme qui est première, qui est reine. C’est l’époque où dans le catholicisme se développe le culte de la Vierge, grâce à St Bernard, notamment, et au Temple qui en fit sa patronne.

              Comment ne pas citer Dante là aussi, La Vie nouvelle, Le Banquet (en référence à Platon) dont le culte de la Femme transparaît à chaque page avec des vers d’une poésie et d’une délicatesse infinie...

              Comment ne pas songer au contraste que cela fait avec notre triste époque où la féminité est bafouée, violentée, utilisée, manipulée...

              L’amour courtois à travers l’amour de la Femme est en fait l’amour de l’Amour, donc l’amour de la Mort, car seule la Mort révèle pleinement l’Amour au sens absolu et vrai du terme.

              • Gollum Gollum 23 octobre 2013 10:52

                Je rajoute ceci où l’on voit un pin’s de l’époque avec 3 phallus portant en procession une vulve couronnée en forme de mandorle..


                Les historiens de l’article trouve la chose grivoise. On peut sérieusement se demander si de tels objets ne sont pas d’esprit courtois et tantrique. On remarquera que l’idée n’effleure même pas nos braves historiens qui restent dans un trivialisme de pacotille... Comme toujours on ramène tout à ras de terre..

              • jack mandon jack mandon 23 octobre 2013 11:27

                Bonjour Gollum,

                Merci pour cet apport nuancé qui mêle amour et mort.
                La chevalerie celte, élève la femme au rang d’idole, mais
                elle est spartiate et guerrière et déifie aussi le trépas.
                L’amour courtois n’est ni libertinage, ni passion brutale,
                il est presque une ascèse pour le chevalier, qui doit, pour mériter la femme
                qu’il aime, se soumettre entièrement à elle. La dame est suzeraine,
                le chevalier est son vassal. Afin que l’amant ne puisse pas user
                de son pouvoir pour soumettre sa belle, celle-ci est souvent
                d’un rang social supérieur à celui du chevalier.
                Une fois de plus, nous sommes au sommet de la culture.
                On peut se demander la place qu’occupait la femme
                chez les paysans qui vivait au pied d’un château, comme dans le nom de la rose.
                C’était tout simplement horrifiant, mais une fois de plus,
                ce dernier exemple est corrompu par Rome.
                Il échappe complètement à l’amour courtois celte.


              • Christian Labrune Christian Labrune 23 octobre 2013 11:27

                @Gollum
                Si vous voulez plus de lumières sur l’utilisation du sex-toy au XVIe siècle, lisez donc « La vie des nonnes » de l’Arétin. Avant de devenir cul-béni, ce brave citoyen d’Arezzo a publié un certain nombre d’ouvrages pornographiques des plus agréables. Inutile de souligner qu’on est ici fort loin de l’amour « courtois ».


              • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 23 octobre 2013 11:31

                Merci Gollum d’attirer l’attention vers les probables origines tantriques de l’amour courtois dont Denis de Rougemont s’était fait l’écho dans son beau livre « L’amour et l’Occident » qui est à recommander à tous ceux qui sont intéressés par la signification de ce rapport nouveau et tellement ancien à la femme.

                Bien d’accord avec vous sur la situation actuelle qui durent depuis 2500 ans en somme pourrait-on dire. Depuis que, pourrait-on penser, les religions sont dominées par le masculin.

                Pour le lien à la mort, là aussi je suis complètement d’accord, c’est pourquoi j’aime (à l’imitation de Rougemont imitant le roman Tristan & Iseult) ouvrir la question de l’Amour avec cette phrase : « Sire, vous plairait-il que je vous compte une histoire d’amour et de mort » ?

                Tant que ce lien n’est pas compris, rien n’est compris.

                Pour qui s’y intéresserait, mes réflexions (encore bien frustres et conjecturelles) sur la question se trouvent dans une série d’articles accessibles ici (le dernier de la série avec les liens vers les précédents).


              • jack mandon jack mandon 23 octobre 2013 11:32

                Gollum,

                le contrepoids à la courtoisie et la trivialité.
                Tout à fait nécessaire pour donner du relief...si j’ose dire
                à la chose qui stimule les régions les plus contradictoires
                et complémentaires de notre anatomie.


              • jack mandon jack mandon 23 octobre 2013 10:59

                Bonjour Fergus,

                On se méprend peut être,

                A paris, sous Philippe Auguste, il existait 26 bains publics,

                compartimentés, comme chez les Romains, avec piscine pour barboter,

                une autre pièce utilisant la vapeur et une pour l’épilation

                Chaque matin, au lever du soleil, un crieur de rue :

                « Seigneur qu’or vous allez baigner

                Et étuver sans délayer ;

                Les bains sont chauds, c’est sans mentir… »

                La motivation relative au bain est plus une question de nature et caractère. Pour un sportif comme vous, un sensitif, ce besoin est naturel, la solution s’inscrit dans une trouvaille adaptée.

                Au moyen âge, les humains, plus proches de leurs corps, s’activaient physiquement dans le plaisir sensoriel en répondant en même temps inconsciemment au besoin d’hygiène

                A la campagne, dans une France bien irriguée, en ruisseaux, rivières et fleuves, sans compter les petits lacs, les gens se baignaient ensemble...à la belle saison.

                Nous devons mésestimer ce qui était simplement un réflexe naturel.


                • Fergus Fergus 23 octobre 2013 11:40

                  @ Jack Mandon.

                  Concernant l’hygiène, il existait une très grande disparité au Moyen Age entre les classes sociales. D’un côté la noblesse et la bourgeoisie qui disposaient du confort d’un baquet et d’eau chaude apportée par des servantes, de l’autre les classes populaires dont une partie seulement fréquentait les « étuves ».

                  Qui plus est, avoir accès aux bains pour les classes aisées n’était pas synonyme d’un usage fréquent, même en périodes de fortes chaleurs ou d’activités propres (si j’ose dire) à la transpiration. C’est du moins ce que j’ai cru comprendre naguère en lisant des ouvrages sur la vie quotidienne au Moyen Age et durant la Renaissance.

                  Bonne journée. 


                • Jason Jason 23 octobre 2013 19:10

                  Fergus,

                  Rappelons que Louis XIV n’a pris que deux bains dans sa vie, et sur recommandation de ses médecins.


                • Jason Jason 23 octobre 2013 18:45

                  Il en est des historiens du Moyen-Âge comme des archéologues ; ils ne peuvent parler que de ce qu’ils trouvent lors de leurs fouilles. Idem avec les textes médiévaux. Ces derniers ne concernant qu’une infime partie des populations, il est tout à fait erroné d’attribuer à toute une époque les canons de l’amour courtois. Tout au plus cela concernait 3 à 5% des populations.

                  Mais, c’est distrayant, et ça fait briller dans les salons.

                  Quant à : « De cet amour courtois, fondateur de noblesse et de chevalerie, » désolé, les moeurs de nos si réputés chevaliers étaient d’une brutalité rare. Tout au plus l’amour courtois se voulait une tentative d’idéaliser ce qui n’existait pas dans la pratique. C’est peut-être en cela que ces théories sont intéressantes. Pour évoquer un manque. C’est là qu’elles prennent tout leur relief.

                  Qant à gloser sur la psychologie des modèles amoureux que ces textes évoquent, libre à chacun d’aiguiser ses fantasmes.

                  Pour finir : « Connaissez-vous une maman qui au moment de l’accouchement se refuse à libérer son enfant ? », non, mais il y en a qui les tuent.

                  Et puis, l’altruisme, offert en tartines, c’est vraiment très fatigant !


                  • jack mandon jack mandon 23 octobre 2013 20:38

                    Jason, bonsoir,

                    A l’instant, avec mon fils nous étions sur votre commentaire.
                    Excellent contrepoids à ce qui appartient en grande partie à la chimère.
                    Faire parler les morts comme les archéologues, les historiens et autres chercheurs
                    savent le faire, peut faire s’interroger un bon nombre de gens.

                    il est tout à fait erroné d’attribuer à toute une époque les canons
                    de l’amour courtois. Tout au plus cela concernait 3 à 5% des populations.

                    Et pourtant c’est hélas ce qui se passe...avec un esprit scientifique en plus.
                    C’est un peu consternant vu sous cet angle, vous avez raison.

                    Mais, c’est distrayant, et ça fait briller dans les salons.

                    La caricature culturelle, le paraitre, l’apparence.
                    Si c’est distrayant, c’est acceptable, tout au plus.

                    les moeurs de nos si réputés chevaliers étaient d’une brutalité rare.

                    C’est tellement vrai que l’on ne peut qu’en être désolé.
                    On faisait de la guerre un art, elle était déifiée, Athéna, Jason connait bien.
                    D’autant qu’un homme qui accepte d’être le vassal d’une femme
                    refoule une somme d’énergie, qu’il va libérer sur des innocents.
                    De ce point de vue là, on comprend mieux le rôle inconscient de la dame
                    qui fait monter la pression pour façonner une véritable bombe humaine.
                    C’est tellement vrai que s’en est d’autant plus navrant.
                    Votre intervention est très enrichissante, l’esprit critique me change de ces
                    attaques personnelles qui soulignent son contraire.
                    En même temps, cela montre la dualité amour-mort, Eros-Thanatos.
                    Vous parlez de tentative d’idéalisation, peut être, je crois que la mise en
                    scène des antagonismes créait l’état paroxysmique et lyrique.
                    Dans la même ligne, plus tard Wagner dans sa tétralogie en est une
                    forme de résurgence moderne, hommes-dieux.

                    Nous en arrivons au culturel qui porte les idées, les espoirs, les sentiments,
                    qui porte la vie, la vie que l’homme ne maitrise pas, qu’il réinvente désespérément.
                    inlassablement avec plus ou moins de bonheur.
                    Et voici le besoin abstrait de la création artistique, de la poésie, de la philosophie.
                    A quoi cela sert il ? A rien, à tout. L’occasion de se sentir exister.
                    C’est évidemment plus créatif que la drogue ou tout autre moyens aliénants.
                    Seulement, pour le comprendre il faut aussi l’esprit critique dont vous êtes
                    largement pourvu.

                    Quant à gloser sur la psychologie des modèles amoureux

                    Un besoin d’exprimer, une manière de dire parmi d’autres.
                    Bien sur c’est heureux, chacun son modèle.

                    « Connaissez-vous une maman qui au moment de l’accouchement
                    se refuse à libérer son enfant ? », non, mais il y en a qui les tuent.

                    Là, il s’agit de montrer que la vie s’inscrit dans une continuité que
                    l’on ne peut rompre au risque de s’autodétruire, c’est précisément
                    la réponse qui vous vient.
                    La mère peut être aussi désespérée
                    ou simplement malade. La vie en elle ne circule plus ou mal.
                    En somme la vie est une épreuve de passage de relais.
                    Je parle à un homme d’action. Avez vous trouvé la toison d’or ?

                    Votre passage à été pour moi très intéressant .

                    Merci Jason, et bonne nuit.


                    La poésie, la philosophie, au fond ça ne sert à rien, à tout


                    • Jason Jason 24 octobre 2013 09:33

                      Bonjour Jack Mandon, et merci pour votre long commentaire.

                      « La poésie, la philosophie, au fond ça ne sert à rien, à tout »

                      Elles offrent souventt des modèles, des pistes de réflexion. Je m’intéresse surtout à ce dont on ne parle pas ordinairement, à l’évitement des contrastes, des contraires. Non parce que nous sommes tentés par le nouveau à tout prix, mais pour cerner un ensemble avec ses reliefs et ses manques. Une sorte d’équilibre, en somme.

                      Je m’insurge souvent contre les émissions de télé montrant le côté doré, presque incantatoire, l’adulation, envers une histoire béate montrant les vieilles pierres de « notre patrimoine ». jamais on ne montre les conditions sociales et économiques d’élaboration de ces monuments. L’histoire est confinée dans une série d’images d’Epinal consternantes. Le « comme c’est beau » évacue complètement le contexte historique. Il y a création de récits idylliques appauvrissants. Il y a création de mythes, et ceux-ci ne sont jamais neutres.

                      C’est cet équilibre que j’aimerais voir paraître lorsqu’on évoque l’amour courtois. Une méthode d’investigation plus équilibrée. La question finale : pourquoi tel regard plutôt que tel autre ? Et comment les messages lénifiants émoussent tout sens critique.

                      Cordialement


                      • jack mandon jack mandon 24 octobre 2013 12:25

                        Jason,

                        Comme ça, spontanément, votre réponse est la plus belle récompense
                        que je veux volontairement partager avec tous ceux qui aimablement
                        ont placé un commentaire au bas de ce papier.
                        Mon rôle, fondamentalement n’est pas d’exprimer des choses originales,
                        je ne suis pas artiste, ni même intellectuel...peu de chose, mais moi.
                        je suis heureux d’entendre ou de voir des camarades d’infortune,
                        s’illuminer intelligemment dans la mesure et la justesse.
                        C’était le but de mon article.

                        Merci Jason.


                        • jack mandon jack mandon 25 octobre 2013 05:09

                          le schmilblick,

                          Bon. Alors voilà, je voudrais dire à Zézette
                          qu’elle aille directement chez René parce que comme j’ai paumé
                          les clés du camion, on va être emmerdés pour lui livrer l’armoire.


                          • jack mandon jack mandon 25 octobre 2013 14:44

                            Celle ci aussi, plus chronologique

                            Deuxième candidat - Bonjour, Je me présente :
                            Emile Duboudin compagnon de la Libération de passage à Carjac.
                            Est-ce que le Schmilblick a fait 39-40 ?

                            Guy Lux - Non, monsieur...

                            - Ça m’étonne pas. c’est tous des planqués à la télévision !

                            Mais enfin, quel est le lien avec le sujet ?

                            Aucun, c’était juste pour faire avancer le chmilblick !


                            • Agonymous23 25 octobre 2013 15:10

                              Alors, pour le chmschmichmilblick (c’est dur à dire), smiley

                              Tristan et Iseult c’est aussi un film de Yvan Lagrange, dont la musica fut composée par Magma (volcanique sous les baguettes de Christian vander). smiley

                              L’albuuüum s’appelle Ẁurdah Ïtah, oune merveille pour les noreilles naverties. smiley

                              Full version : ’tension, c’est spé... smiley

                              Nextrait choisit : Number one (tout en nharmonie)
                               smiley
                              Numer two : Anthologie mouzicale : 6:25, ze coule, ze fond, sublimation chmilblickienne totale. smiley

                              Mais enfin, quel est le lien avec el sujetto ?

                              Aucun, c’était zuste pour faire avancer le chmschmichmilblick  ! smiley


                            • jack mandon jack mandon 25 octobre 2013 14:48

                              En fait, il s’agit d’une transition en introspection,
                              pour retrouver l’humour gaulois, dans l’esprit général qui sied mieux aux francs.

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