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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Les trois âges » de Duras célébrés par Bezace

« Les trois âges » de Duras célébrés par Bezace

Que Didier Bezace, après une quinzaine d’années passées à la direction du Théâtre de La Commune, s’attelle, en première instance, à célébrer Duras à l’Atelier, voilà qui est un signe fort de la pérennité du spectacle vivant.

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LE SQUARE
photo © Nathalie Hervieux

Que celui-ci est conçu cet hommage en forme de triptyque chronologique, voilà qui permet d’évoluer de l’art de la conversation à celui de l’abstraction, celui de la force du mot à celle de l’imaginaire… tout en passant par une phase de réflexion dialectique entre le monde à découvrir dans sa pluralité et celui de l’accomplissement dans sa profondeur.

Ainsi ces trois thèmes « La conversation avec le Président », « La rencontre du square » et « La mémoire en quête d’identité » se complètent-ils dans une intégrale cyclique de quelques heures en compagnie fictionnelle d’une Marguerite, enfant, jeune femme et aussi âgée, ainsi qu’au travers d’une distribution tout à fait remarquable qui, en soi, pourrait suffire à la satisfaction du spectateur, tant la direction d’acteurs est à la fois, subtile, distanciée et forcément humaine.

En effet, prendre un enfant par la main et lui faire jouer un rôle de grande personne s’interrogeant sur la gouvernance de ses semblables, voilà bien une idée audacieuse que le metteur en scène met à profit dans une relation de confiance réciproque où Jean-Marie Galey est en charge de laisser éclore la formidable intuition précoce de Loredana Spagnuolo.

En s’incluant, ensuite, dans la fonction du confident éclairant la marche à suivre lorsque les choix de vie s’interrogent entre se laisser happer par l’infinité des possibles face à la conscience du pragmatisme, le réalisateur tend à nouveau la main à une partenaire (Clotilde Mollet), cette fois-ci devenue adulte et relativement prête aux sortilèges de la séduction autant que contradictoirement disponible à l’attraction du Grand Amour !

Enfin, Didier Besaze a obtenu cet immense privilège de pouvoir faire se rencontrer sur les planches l’actrice Durassienne par excellence, ayant incarné « Hiroshima mon amour » avec une autre comédienne, sa cadette talentueusement rare :

Ainsi Emmauelle Riva, sanctuarisée par Alain Resnais, remet chaque soir en jeu son statut universellement culte en une relation miroir, à quelques années d’intervalle, avec son double venu d’affinités totalement troublantes qu’Anne Consigny lui renvoie avec charme, lucidité et complicité espiègle.

Bien entendu, ce crescendo organisé en une intégrale des trois pièces (Marguerite et le Président, Le Square & Savannah Bay), peut également se concevoir en autre ordonnancement, tout aussi légitime, voire même être subdivisé en entités autonomes à apprécier comme telles, reste que cette triple création de Didier Bezace fera date, d’abord pour la scène théâtrale ravie, en ce centenaire de la naissante de Marguerite, de célébrer les multiples retrouvailles avec cette auteure unique, mais en outre pour lui-même, en se replaçant immédiatement dans les rails de l’essentiel et bien au-delà des limites d’âge, de toute évidence,.. surannées !

photos © Nathalie Hervieux

LES TROIS ÂGES - **** Theothea.com - d'après Marguerite Duras - mise en scène Didier Bezace - avec Clotilde Mollet, Didier Bezace, Gaspard Deseauve ou Denis Pop, Loredana Spagnuolo, Jean-Marie Galey, Emmanuelle Riva & Anne Consigny - Théâtre de l'Atelier

 

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Savannah Bay
photo © Nathalie Hervieux

 


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1 réactions à cet article    


  • eric 19 février 2014 09:38

    On ne dira jamais assez le rôle de Duras dans l’enrichissement du vocabulaire de gauche.
    C’était je crois une sorte d’article ou d’éditorial dans Le Monde. Sans doute sous Mitterrand, elle donna leur lettres de noblesse aux termes du genre « ranci, nauséabond, archaïque and co ». Le signe d’une certaine modernisation du marxisme et la transformation du primitivisme socialisant en vraie modernité raciste.
    Avant en effet, ces gens utilisaient indifféremment, concernant leurs adversaires :

    des termes liés aux rapports de classe ( exploitation, exploiteurs, aliénés, etc...), assez inadaptés a la description d’une économie moderne ;

    les mots de tous les primitifs qui considèrent qu’en dehors d’eux, il n’y a pas d’êtres humains : chiens courants,(du capitalisme) vipères lubriques (révisionnistes de gauche), etc...On sait que tous les peuples premiers, se nomment « êtres humains » dans leur propre langue et considèrent tous les autres comme des animaux.

    Duras n’est ni la première, ni la seule, mais c’est aussi avec elle que l’on passe a ces problématiques d’odeurs, de dégouts instinctuel devant toute idée différente, de rejet proprement physique de l’autre. Avant, le militant était le plus souvent en colère, après, ce sont les vomissement a tout va. La gauche a perdu en estomac, ce qu’elle a gagné en humanité. Désormais, l’autre est répugnant, mais quelque part, on reconnait que c’est un être humain ! C’est un grand pas vers l’humanisme. Il est universel a gauche. A l’est, avant, on éliminait ( dekoulakisation), après,on soigne ces malades rebuts pour hôpitaux psychiatriques.
    Murray a tort dans sa « gauche 19 eme siècle, la gauche et l’ésotérisme ». Il en reste a ses tables qui tournent, ses voyantes et sa croyance dans « les forces de l’esprit ».
    Avec Duras, les gauches ont encore un pied dans le racisme primaire du 19 eme, mais entrent aussi de plein pied dans celui du 20 eme.

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