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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Levinas ou l’autre plus que soi-même

Levinas ou l’autre plus que soi-même

Levinas naquit en Lituanie en 1906. En 1923, il arrive en France et se fixe à Strasbourg. Il découvre alors la philosophie allemande et se rend à Fribourg pour suivre, durant un an, les cours de Husserl. Passe sa thèse de doctorat sur l’oeuvre du philosophe allemand : Théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl, dirigée par Maurice Pradines. Il traduira d’ailleurs en français plusieurs des ouvrages de ce maître et restera fidèle à la rigueur de la phénoménologie.

Mais qu’est-ce que la phénoménologie ? Une rupture dans la relation entre le sujet et l’objet à propos de ce qu’avait dit Descartes. Ce dernier considérait que nous ne pouvions en aucune manière faire confiance à nos sens et aux raisonnements de notre cerveau. Doutant de tout, Descartes ne reconnaissait qu’une chose : qu’il ne pouvait douter qu’il était en train de douter. Or pour douter, il faut exister. En effet, je puis douter de tout, sauf douter que j’existe. Cette constatation fait acte d’une vérité première. Deuxième question : mais qu’est-ce que je suis ? Je suis forcément une chose qui pense puisqu’elle doute ? Je suis un sujet, une chose pensante. Et tout ce qui se trouve en face de moi est objet. Le monde est de ce fait un objet de ma conscience. La philosophie cartésienne se fonde sur le rapport au sujet. Si bien que le sujet, séparé de la nature, peut désormais envisager de l’aménager comme bon lui semble. A partir de là, la nature sera appréhendée différemment. On peut dire que Descartes a été à l’origine de la naissance des techniques.

Avec la phénoménologie, l’être devient une personne en relation, car toute pensée est pensée de quelque chose. Une conscience sans objet n’existe pas. C’est un mouvement constant. Il faut aller "aux choses mêmes" disait Husserl, établir un rapport direct avec elles et ne pas se contenter de représentations abstraites. Il n’y a pas de conscience pure de tout objet. Dorénavant la conscience n’est plus repliée sur elle-même, comme elle l’était du temps de Descartes, elle se tourne vers autre chose, elle est une tension et il faut la percevoir dans sa tension vers l’objet, dans sa relation d’intentionnalité du sujet à l’objet. Chacun se pense dans un monde qui lui est propre. Ainsi il y a la forêt du forestier, celle du botaniste, celle du simple promeneur et chacune est différente...

Levinas sera également influencé par Heidegger, dont il a suivi les cours en Allemagne, et pour qui l’objet, quel qu’il soit, ne pouvait être pensé selon la conscience que nous en avions. A partir de ces thèses, Lévinas élabore la sienne et donne la priorité à la question de l’autre, car il est impossible d’échapper à l’être. Il faut que l’être apprenne à sortir de lui. La terrible expérience des camps nazis, où il passera quatre années en tant que prisonnier juif, va élargir, bouleverser sa vision de l’être. La haine de l’autre qu’il découvre dans les camps, cette sorte d’allergie à la proximité l’incite à croire que la responsabilité personnelle de l’homme, à l’égard de l’autre, est telle que Dieu ne peut l’annuler. La relation à autrui se transmet en un accroissement continu des obligations à son égard. Le rapport au divin coïncide alors avec la réalisation de la justice sociale. C’est un autre homme qui revient en France en 1945, y retrouve sa femme et sa fille qui avaient pu trouver asile à Orléans auprès des religieuses de Saint-Vincent de Paul, alors que les membres de la famille, restés à Lituanie, ont été massacrés.

En 1966, il écrit un article où il déclare : "Quand on a cette tumeur dans la mémoire, on ne peut rien y changer." D’où l’importance de sa philosophie de l’autre. Il pose cette question : "Quel est le statut d’un sujet mutilé, tué par l’histoire, dont l’humanité a été démentie ?" L’existant doit provoquer une rupture en se posant comme responsable de l’autre. C’est un nouvel humanisme qui est proposé à nos sociétés modernes. La parole biblique parle de la proximité du prochain. Il faut la reprendre et la réactualiser. D’ailleurs Levinas s’initiera au Talmud.

Sa thèse est celle-ci : Nous n’existons jamais au singulier. Quelle que soit la perception que j’aie, autrui est toujours là. On ne peut se définir sans lui. C’est le lien avec autrui qui me permet ma relation avec moi-même. Mon je n’existe que par rapport à son tu. L’autre ne se réduit pas à l’image que nous nous en faisons. A preuve son visage. Ce visage est trace de l’infini. Il exprime l’altérité. C’est à partir de ce lieu privilégié, le visage de l’autre, que Lévinas fixe son exigence éthique et sa morale.

Cette signifiance du visage excède de beaucoup sa représentation. N’est-ce pas lui qui fait sens et me tourne vers l’infini ? Alors que le concept me ramène au même, le visage m’ouvre à l’infini de l’autre. Néanmoins autrui n’est jamais donné complètement dans ce visage qui est censé l’exprimer. Comme l’infini, autrui ne cesse de nous échapper. Il faut le reconnaître en tant qu’indéfinissable. Personne ne sera jamais quitte vis-à-vis de son proche.

Nous serons éternellement l’obligé de l’autre, car cet autre me regarde et me prend en otage, il m’investit de responsabilité, responsabilité qui n’atteint jamais son terme et ne peut être déléguée. Qu’on le veuille ou non, nous avons tous été élus pour être responsables. On devient ainsi le gardien de son frère, on a envers lui une responsabilité morale. L’idéal de Levinas pourrait se résumer ainsi : le moi ne devient humain que lorsqu’il déserte son être.

Désintéressement, allégeance à autrui. Heidegger écrivait que l’être est le garant de l’être. Lévinas va plus loin : il faut être plus que soi-même et se débarrasser de soi, sacrifier son ego au bénéfice d’autrui.

Professeur à la Sorbonne de 1973 à 1976, il prend sa retraite en 1979, retraite féconde. Il écrira alors : Ethique et infini - Transcendance et intelligibilité - Entre nous. Il part rejoindre ses frères dans l’infini le 24 décembre 1995.

Autres textes importants : Totalité et infini - Autrement qu’être ou au-delà de l’essence.


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23 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 11 mars 2008 11:12

    Madame,

    C’est un plaisir de relire Heidegger avec vous.

    J’y aurais ajouté Merleau-Ponty , et sa phénoménologie de la perception . Car celle de l’esprit ne vient, à mon sens, qu’à travers le prisme de la perception , laquelle, chacun le sait, met souvent des masques et nous trompe parfois.


    • Alain Michel Robert Alain Michel Robert 11 mars 2008 11:44

      Bon jour Armelle,

      "L’idéal de Levinas pourrait se résumer ainsi : le moi ne devient humain que lorsqu’il déserte son être."

      Rimbaud, dans une lettre à son ami Paul Demeny du 15 mai 1871, écrit : « Je est un autre ». Plus tard, Lacan fera sienne cette phrase, pressentant combien l’Homme n’est prisonnier que de lui-même. C’est une vieille intuition de l’humanité (de La caverne de Platon au film contemporain de science-fiction Matrix) que de pressentir, ontologiquement, que nous sommes prisonniers de quelque chose qui nous cerne de toutes parts... jusque dans notre peau.

      Levinas, comme philosophe, mais aussi comme juif, cherche une sortie. Il fait, relativement tôt dans son existence, cette expérience du visage autour de laquelle va graviter toute sa vie et toute sa recherche philosophique. Comme tout philosophe il nous montre un chemin qui mène au Chemin comme disait Graf Durckheim, il nous montre une porte, un accès à plus que nous-mêmes non pas par l’autre (qui n’est en fait qu’un concept virtuel, car rien ne sera jamais plus réel que moi-même) mais par le visage de l’autre. C’est là qu’il touche juste parce qu’un visage ne peut pas être idéalisé : face au visage de quelqu’un toute philosophie s’arrête, toutes les manières discursives d’aller à la rencontre de Dieu s’estompent par obligation de noblesse pourrait-on dire... on s’arrête...

      Et alors, on voit et on entend quelque chose, derrière, plus loin, plus profond, plus concentré, quelque chose qui chante dans et surtout par ce que Teilhard de Chardin appelait Le dedans des choses, cette face "renversée" de la matière qui chante depuis le commencement du Monde un éternel chant d’amour : "Au commencement était la parole est la parole était tournée vers l’autre avec élan." Prologue de l’Évangile de Jean dans sa traduction exacte du grec.

      alors, oui, cela ne fait nul doute : le moi ne devient humain que lorsqu’il déserte son être... mais pour aller où ? C’est ici que tout commence... on est tous nostalgique de l’infini... parce qu’on en vient .


      Levinas pour terminer :

       

      " Le visage, ce n’est pas du vu, ce n’est pas un objet (…) Il est aussi un appel -ou un impératif donné à votre responsabilité. Rencontrer un visage c’est d’emblée entendre une demande et un ordre.

      Le visage, derrière la contenance qu’il se donne, est comme exposition d’un être à sa mort, le sans défense, la nudité et la misère d’autrui. Il est aussi commandement de prendre en charge autrui, de ne pas le laisser seul : vous entendez la parole de Dieu.

      Si vous concevez le visage comme l’objet du photographe, bien entendu, vous avez affaire à un objet comme un autre objet. Mais si vous rencontrez le visage, cette responsabilité est dans cette étrangeté d’autrui et dans sa misère. Le visage s’offre à votre miséricorde et à votre obligation."

       

      Merci Armelle pour votre article, ça fait toujours du bien de retourner de temps en temps aux fondamentaux... comme une petite piqûre de rappel.

       


      • Alain Michel Robert Alain Michel Robert 11 mars 2008 11:48

        Rectificatif : "Au commencement était la parole et la parole était tournée vers l’autre avec élan."

         


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 11 mars 2008 11:56

        Bonjour Armelle et merci pour ce billet qui nous ramène vers quelques hauteurs philosophiques

        Par conte, je n’aurais pas formulé l’idéal de Lévinas comme vous

        J’aurais dit qu’on devient homme lorsque l’être déborde l’ego au point de l’éteindre, et dans l’être, il y a l’autre


        • Emile Mourey Emile Mourey 11 mars 2008 12:30

          J’aime bien votre article mais je suis très sceptique.

          Je pense, bien évidemment, qu’il ne s’agit pas du visage apparent mais du visage intérieur, autrement dit de la chaleur humaine qu’on peut découvrir dans l’autre tout en restant soi-même. Le problème est que lorsqu’on ne trouve pas cette chaleur, on se replie sur la personne où on la trouve, c’est-à-dire sur l’être aimé, et que lorsqu’on perd cette personne, comme le dit le poète, un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Alors, le monde et ceux qui l’habitent révèlent leur vrai visage : une espèce animale qui s’est crue intelligente et qui, malheureusement, ne l’est pas.


          • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 11 mars 2008 15:30

            Le visage de l’autre est l’icône du divin pour Lévinas dès lors que cet auteur élève la relation à l’autre par chacun à une rencontre ineffable au delà de son être propre et de tout être empirique, en une extase vécue comme un absolu moral inconditionnel qui nous délivre, sans sacrifice, de tout souci de soi et nous enjoint d’aimer infiniment . En cela sa position est mystique et non pas conceptuelle et rationnelle , à savoir relative à quelques désirs ou besoins que ce soient, déterminés par des fins particulières. Nous trouvons appliquée au visage "du tout autre" la dimension religieuse de l’agapé ou amour sans désir, délivré de toute recherche de possession par l’effet de dépossession de soi ou d’aliénation (au sens propre) qu’il provoque.

            Mais alors qu’en est-il de cette délivrance extatique dès lors qu’elle est dépossession de soi et donc présente peu ou prou le risque irrésistible de la soumission au désir de l’autre élevé à l’absolu, qu’en est-il de ce devoir d’aimer absolument de point de vue de la réciprocité du désir ? Qu’en est-il de l’amour humain dans le partage des plaisirs et des peines ? Qu’en est-il de la dimension érotique de la vie. N’y a-t-il pas dans cette attitude mystique un angélisme mortifère qui nous fait voir l’autre en son corps comme ni désirable ni désirant, et nous fait l’aimer comme s’il devait toujours être déjà mort ?

            Qui veut faire l’ange fait la bête et qui veut le paradis sur terre gagne une mort anticipée certaine en réduisant l’autre à n’être qu’un fantasme de pureté proprement inhumain. Un tel fantasme est pervers en cela qu’il valorise l’amour de l’autre en tant qu’être destiné à souffrir. Il privilégie, comme condition de l’amour purifié de tout désir, la souffrance au plaisir.

             

            Autour de Levinas : de la religiosité à la réciprocité


            • Emile Mourey Emile Mourey 11 mars 2008 17:38

              Après avoir lu le commentaire de Sylvain Reboul et les liens qu’il indique, je me sens conforté dans l’idée que la relation harmonieuse avec l’autre ne peut se trouver que dans la réciprocité et non dans le dépouillement de soi comme on peut le penser en lisant cet article. En revanche, je pense que tenter d’expliquer le sens de cette relation par un désir sexuel plus ou moins centré sur l’égo n’est pas satisfaisant et me semble beaucoup trop simpliste et réducteur.

              J’aimerais que l’auteur intervienne par un commentaire.


            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 11 mars 2008 19:08

              Le désir sexuel n’est pas uniquement centré sur l’égo sauf à confondre faire l’amour avec qui on aime et (se) payer un service sexuel. Le désir amoureux est toujours désir du désir de l’autre comme condition de l’amour de soi, qui est, en tant que tel, altruiste (aimer aussi nécessairement c’est désirer être aimé). De plus le désir érotique ou sexuel ne se réduit pas au désir génital , car il met en jeu l’imaginaire et la sensibilité corporelle dans son ensemble.

              Pour ma part je ne sépare pas mon corps et ses plaisirs de la relation au corps sensible et désirant d’autrui et la sensibilité corporelle de l’imagination donc de l’esprit. Or la réciprocité des désirs implique toujours des règles du jeu, donc aussi ce que l’on appelle la raison (des limites raisonnées pour faire que le jeu soit possible et des règles de dialogue verbal et corporel pour faire place au désir d’autrui), ne serait-que pour renoncer à prétendre soumettre l’autre au seul pouvoir de ses propres fantasmes (ce qui est une tentation de tout désir spontané déréglé ou sauvage). Bref, pour éviter de faire de l’autre l’objet passif de son délire, c’est à dire pour renoncer à le dominer unilatéralement.


            • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 11 mars 2008 19:19

              Je me contenterai de citer Lévinas pour répondre à la demande de Monsieur Emile Mourey : " Les personnes ne sont pas l’une devant l’autre, simplement elles sont les unes avec les autres autour de quelque chose. Le prochain, c’est le complice ". ( De l’existence de l’existant - 1978 )

              Comment mieux exprimer l’importance de la relation et de l’altérité. Lévinas entend par dépouillement de soi, le recul de l’égo au profit de l’altruisme. Mais il voyait également dans le visage de l’autre le prolongement de l’humain dans le divin, étant donné qu’il faisait de l’humanisme le lieu éthique de la transcendance. ARMELLE


              • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 11 mars 2008 20:22

                La question que je désire  vous posez :

                seriez-vous d’’accord pour que votre amant vous aime sans désir de jouir de vous et sans que vous ayez quelque désir de jouir de lui ?

                Diviniser la relation à l’autre me semble condamner toute possibilité humaine d’aimer, en toute autonomie, dans l’échange et la partage de plaisirs ; l’autre comme absolu est un fantasme qui conduit tout droit soit à la solitude, soit à faire de l’autre l’objet d’un fantasme insupportable de pureté mortelle et/ou, par un retournement bien connu en faire un débiteur du sacrifice de soi. Dès lors que je me dois à autrui, celui-ci ne peut pas ne pas se sentir coupable de ce sacrifice qu’il n’a pourtant pas demandé .

                Une dernière chose : l’amour n’est pas un état de la conscience, une essence eidétique pure qui s’exprimerait dans la contemplation extatique, il est un faire, il est puissance d’’action en relation avec la puissance ou désir d’être et d’agir de qui on aime.

                 


              • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 11 mars 2008 20:47

                La question que j’aimerais "Vous" poser, avec mes excuses ; sans...posture transcendante.

                 

                 


              • Djanel 11 mars 2008 21:22

                 

                Reboul

                 

                 

                 

                Expliquez moi l’expression « posture transcendante. » En philosophie transcendant veut dire au-delà de l’expérience ou de la sensibilité, autrement dit qui n’appartient pas à l’entendement. Une posture sexuelle ne peut donc être qualifiée « transcendante » parce qu’elle n’est qu’une une expérience ou idée ou une représentation conçue par l’imagination ou votre pouvoir de penser quelque chose. Pour quoi n’avez-vous pas employé le mot sublime à la place ?

                 

                Il n’y a que les concepts qui peuvent être qualifiés de transcendant pour signifier qu’ils surpasse l’expérience et qu’ils appartiennent à la raison et non pas à l’entendement avec ses représentations empiriques comme le coït en équilibre sur une chaise bancale qui n’est qu’un phantasme. Dure, dure la philosophie transcendantale avec son vocabulaire qui impressionne les ignorants.

                 

                Bonne drague tout de même. Ayez bonne espoir. Persistez.

                 

                Djanel avocat du diable


              • Emile Mourey Emile Mourey 11 mars 2008 21:25

                Merci de votre réponse, je vais y réfléchir.

                Exemple de dépouillement : Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage… Pour toute nourriture il apporte son cœur…

                Les poètes maudits, Gérard de Nerval, Baudelaire, Edgar Poe et autres qui ont cherché l’autre mais qui n’ont trouvé que la solitude, que faut-il en penser ?


              • Emile Mourey Emile Mourey 11 mars 2008 21:27

                @ l’auteur(e)


              • Djanel 11 mars 2008 21:36

                Evidemment, monsieur Mourey.


              • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 12 mars 2008 08:41

                Est transcendante toute posture philosophique qui se réclame d’une vérité supérieure au pouvoir humain de connaissance (expérience rationalisée) et, en l’occurrence d’une vérité divine révélée ou vérité de foi.

                Un concept de la connaissance n’est pas transcendant mais transcendantal en cela qu’il permet de mettre en forme rationnelle le contenu de l’expérience ; il participe, en tant qu’il est susceptible d’ être validé par l’expérience de la démarche rationnelle immanente de la connaissance, ce qui veut dire qui relève du pouvoir de la connaître immanent au sujet humain )

                Voir à ce sujet la conception de Kant ("Critique de la raison pure") que j’analyse dans mon cours :

                Vérité et vraissemblance


              • Alain Michel Robert Alain Michel Robert 12 mars 2008 09:58

                Armelle,

                Je vous trouve un peu absente du débat !

                Vous faites un article... et on ne vous voit plus ! Alors pourquoi écrire sur Agoravox si ce n’est pas pour discuter ensuite avec vos lecteurs ? Ca fait un peu : "Je balance ma science... et ensuite démerdez-vous avec." Par exemple : les commentaires de Sylvain sur le rapport entre la dimension du corps, de la chair (et donc de l’érotisme) et celle de l’idéalisation de la relation à l’autre ne peut pas se balayer d’une phrase : " Pour répondre, je me contenterai de citer Lévinas..." c’est un peu juste.

                Je pense (mais je peux me tromper), qu’écrire un article sur Agoravox implique aussi une certaine responsabilité d’être modérateur du débat qui s’en suivra inélectublement. Mais, je peux aussi comprendre que vous ayez d’autres choses à faire de votre journée que de répondre à des rédacteurs (la majorité des commentaires sont en bleu) d’un certain âge ayant, eux, peut-être plus de temps libre que vous.

                Bonne journée.

                Alain

                 


                • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 12 mars 2008 10:41

                  Je ne souhaite aucunement me tenir en dehors du débat, mais je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux car, sur un tel sujet, on peut vite partir dans toutes les directions. Le monde dans lequel je suis est toujours un monde que je constitue avec l’autre de la façon la plus effective, un monde partagé. Celui-ci est composé d’un ensemble de références où les personnes s’affirment tour à tour dans l’acte et la durée de la communication. Le monde compatible avec le mien le dispute avec le monde compatible avec le sien dès la première parole échangée. Comme le visage est la relation de réciprocité faite chair, la parole est la relation de réciprocité faite langage. Mieux encore que l’expression du visage, la parole est le prélude à la relation en tant que créatrice d’une sémantique nouvelle. Chacun se fait acteur dans le projet de l’autre pour que l’autre se fasse acteur dans le sien, chacun se découvre alors comme objet et instrument des fins de l’autre, enfin chacun prévoit le mouvement du partenaire en vue d’un projet d’unification, si bien que le dire avec autrui, non seulement précède mais accomplit le sens. Lévinas remarquait combien le dialogue résiste aux conceptualisations classiques. La raison est que, dans son souci de compréhension mutuelle, il initie souvent un sens neuf. S’il est vrai que je ne parle pas seulement à autrui mais que je parle avec lui, il faut bien que les paroles que je prononce cessent de m’exprimer seul, que le discours, l’échange ne se contentent pas d’être des signes donnés à autrui, mais des signes entretenus avec lui. La parole et la pensée ne sont pas faites pour vivre en vase clos, en circuit fermé. Elles ont pour vocation d’évoluer, de se renforcer, de se polir, de se parfaire. C’est ainsi que se forgent les civilisations, par la confrontation charnelle, affective, intellectuelle du soi avec l’autre.
                  Mais il est bien évident que l’amour est, par excellence, la relation de prédilection, celle de la parole heureuse, de la compréhension spontanée. Il est l’hommage empressé et tendre de celui qui aime à celle ou celui qui est aimé. Alors aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement aimer ce qu’il est, c’est aimer qu’il soit tel qu’il est. Et le plus merveilleux de l’amour est que si je veux que l’autre existe avec moi par la relation, c’est alors que je ne le prends pas seulement comme il est, je le veux comme il est. Ainsi l’amour fait être ceux qui s’aiment.
                  Cependant ne soyons pas dupes, nous savons trop bien que l’échange, la communication, le dialogue, le relationnel, si en vogue aujourd’hui, débouchent trop souvent sur une communication à l’état sauvage qui sombre vite dans l’affrontement, le bavardage stérile, le dialogue de sourd. Car, pour que la relation soit harmonieuse, encore faut-il que la parole proposée soit reçue, tour à tour donnée et accueillie, et non une tension entre l’apport de l’un et l’apport de l’autre. Seulement et idéalement une élaboration fraternelle dans une quête active vers plus d’humanité. ARMELLE


                  • Emile Mourey Emile Mourey 12 mars 2008 11:50

                     

                    @ Sylvain Reboul et @ Armelle Barguillet Hauteloire

                     Votre réponse, Armelle, me plait beaucoup mais le réalisme de Sylvain Reboul également.

                    Sans vouloir me lancer dans un débat où je ne me sens pas suffisamment compétent et après avoir parcouru vos deux sites que j’ai bien l’intention de lire plus en profondeur, je voudrais  revenir à la réalité d’Agoravox.

                    Agoravox est-il un lieu qui permet le débat d’idées ? Pensons-nous avec les autres ou contre les autres ? Dans la chaleur humaine – je préfère cette expression au mot people "amour" – ou dans une compétition où les "ego" s’opposent ? Peu importe le chemin, me direz-vous, l’important n’est-il pas de faire avancer la connaissance ?

                     Sylvain Reboul, pourquoi la recherche historique ne permettrait-elle pas une toujours meilleure approche de la connaissance des événements qui se sont déroulés au début de notre ère ? Pourquoi refuser à cette recherche historique la possibilité d’expliquer rationnellement la naissance ou l’évolution d’une pensée centrée sur une idée de Dieu qui a profondément marqué notre culture et notre civilisation ? André Comte-Sponville écrit ceci (page 547 de la Sagesse des Modernes) : « On ne philosophe pas à partir de rien. Il faut d’abord connaître pour philosopher ensuite. La philosophie n’est pas un savoir de plus ; c’est une réflexion sur les savoirs disponibles. Ce n’est qu’à partir de ce qu’on sait, ou de ce qu’on croit savoir, que des questions philosophiques se posent et qu’elles prennent sens. »

                     Dans un récent article, un rédacteur a fait la promotion du livre et de la thèse "laïque" de Frédéric Lenoir, à savoir l’irruption dans l’Histoire d’un homme nommé Jésus toujours porteur d’une "révélation ex cathedra". J’essaie, pour ma part, d’expliquer qu’il s’agit de l’évolution d’une pensée, ce qui est beaucoup plus intéressant et porteur de débat.

                     Encore faudrait-il que l’équipe de rédaction qui sélectionne les articles ne se laisse pas influencer par les votes des rédacteurs que mes articles dérangent. Pour le moment, force est de constater mon peu d’écoute. Qu’en pensez-vous ?


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 12 mars 2008 12:26

                    Je prends acte du fait que l’auteur de l’article refuse le débat avec moi sous le motif que je ne suis pas d’accord avec sa position à propos de Lévinas ; motif qui en effet condamne tout espèce de dialogue dialogique. Cela confirme que cet article relève d’un culte en forme de sermon qui ne s’adresse qu’aux croyants et que je n’ai rien à y faire ou à en dire. Ce n’est pas ma conception de la philosophie et pas non plus celle de Lévinas qui n’a jamais écarté la nécessité de l’argumentation critique, y compris vis-à-vis de ses positions ; j’en veux pour preuve son échange avec Paul Ricoeur. je trouve cette position de l’auteur dommageable pour elle, c’est à dire pour sa propre réflexion, mais c’est son droit.

                    Quant à la question que vous soulevez de savoir si l’on doit ou non se référer à l’historicité chrétienne (ou histoire du Dieu chrétien, parce qu’il a une histoire, à la mesure de l’historicité du christianisme) ) pour saisir notre propre histoire culturelle, ma réponse est claire : assurément, mais cela n’implique pas qu’il faille adhérer à la morale ou à la vision chrétiennes du monde et de l’existence , dès lors que celles-ci n’en sont qu’une des sources, du reste elle-même divisée sur des points fondamentaux (ex : la prédestination, la transubstanciation réelle, le sens de la trinité pour les orthodoxes, l’immaculée conception pour les catholiques le sacrement du mariage pour ces derniers) , source dont la critique philosophique fait tout autant partie intégrante de notre culture, sans compter les sources antiques grecques et latines.

                    (je refuse pour ma part l’immobilisme du terme de racine, cf : mon article sur AV : Refusons tout enracinement religieux)


                  • Emile Mourey Emile Mourey 12 mars 2008 14:07

                    @ Sylvain Reboul

                    Acceptez-vous qu’on puisse penser que les évangiles sont "enracinés" dans l’Histoire ?

                    Pensez-vous que les philosophes ont eu raison de ne pas répondre à l’invitation au débat que le pape leur a pourtant adressée dans son encyclique "La foi et la raison" ?

                    Que pensez-vous des philosophes qui tentent une réflexion sur les questions de Dieu (Régis Debray) ou de transcendance (Luc Ferry) ?


                  • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 12 mars 2008 13:05

                    REPONSE AU PROFESSEUR REBOUL :

                    Je ne vois pas quel est le motif qui vous fait croire que je refuse le débat avec vous ? Oui, pourquoi le refuserais-je ? Mon texte précédent répondait à celui de Monsieur Alain Michel Robert qui ne me trouvait pas assez présente dans cet échange de propos. Il est vrai que je dispose d’assez peu de temps et que, parfois, je trouve inutile de ré-exposer ce que j’ai déjà exposé. Mais, pour répondre très directement à votre question, il est évident que le désir est à l’origine de l’attirance amoureuse, il en est le moteur, l’attraction primordiale, surtout s’il s’agit d’un homme et d’une femme. Bien entendu, l’amour repose sur ce partage du désir et du plaisir : plaisir dans toute sa plénitude.
                    Je comprends aussi parfaitement qu’un philosophe ne soit pas en plein accord avec un autre philosophe ; c’est ce qui permet à la philosophie d’ouvrir sans cesse de nouvelles pistes. Donc ne voyez de ma part aucune intention suspecte. J’aime proposer des sujets mais je ne suis sans doute pas une polémiste... il faut me pardonner. Je suis allée sur votre site qui a l’air passionnant et j’y retournerai pour lire des articles qui m’interpellent. En toute sympathie. ARMELLE B.


                    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 12 mars 2008 13:37

                      Il s’agit donc d’un malentendu, désormais dissipé, et j’en suis très heureux ; J’attends donc vos réflexions et nous pourrions mettre notre dialogue en ligne sur nos sites respectifs. Pourquoi pas sur l’amour qui me semble être pour vous et pour moi un thème de prédilection ?

                      Vous pouvez me contacter sur l’adresse mail qui se trouve sur mon site, Le rasoir philosophique

                      Très cordialement

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