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Limite théâtre

Compagnie Elapse

Cercle miroir transformation de Annie Baker mise en scène Nick Millett, avec Basile-Bernard De Bodt, Françoise Huguet, Lucy Millett, Pierre-Olivier Mornas, Théâtre du Centre 17h30

Ark Tatoo de W. David Hancock avec Nick Millett, adaptation de Nick Millett et Chris Mark, scénographie Patricia Morejon et Nick Millett au garage de la Providence à 14h00

L'Amérique chez nous ou les souvenirs d'un américain. Nick Millett est Anglais, les auteurs Etatsuniens.

L'elapse, aux USA, est un médicalmant pour les enfants agités, peut-être l'équivalent de notre ritaline. Un des effets secondaires indésirables est la perte de mémoire. C'est sans doute parce qu'on lui a administré cet elapse, quand il était enfant que Nick Millett a fondé une compagnie du même nom et qu'il tient à évoquer ses souvenirs au milieu d'un capharnaüm d'objets hétéroclites, qu'il nous vend aussi à la fin du spectacle.

Ark Tatoo  :

Nous entrons dans un garage, un vrai garage à voiture, transformé en bric-à-brac où les présentoirs de toutes formes sont partout. Nous sommes invités à les observer à notre guise avant de nous asseoir pour le spectacle. Car, comme chacun sait, les objets ne sont que des objets, c'est-à-dire qu'ils accompagnent nos vies, serviteurs muets et toujours disponibles, et qu'ils sont plein d'histoires, des vraies, des fausses, des arrangées, des rêvées. Il faut savoir les faire parler. Et c'est ce à quoi va s'employer Nick Millett. Il dispose d'une sorte de sac en bandoulière qui figure un bus et contient les objets du spectacle. Bien des objets sont des fragments d'objet parfois indifférenciés, sauf pour Foster, le personnage (un bout de tuyau tordu semblable à tant d'autres, mais lui le connaît). Les spectateurs sont invités à tour de rôle à piocher dans ce sac-bus en fermant les yeux.

Ainsi le spectacle n'est jamais le même, ou du moins ses éléments ne passent jamais dans le même ordre. Nick Millett a deux voix, la sienne pour surtout des moments de sa vie passée, et une rocailleuse pour ce que les objets lui disent ou ce qu'il a à nous dire à propos des objets, on ne sait pas, un peu des deux très certainement. Les odeurs comptent beaucoup et sont sollicitées par Foster.

De sa vie déglinguée, beaucoup de choses passent, les familles d'accueil, la déshérence, le centre qui se dit l'agence, si j'ai bien compris, de petites histoires sordides de petits sous cachés dans la mousse de la banquette arrière de la camionnette.

On ne sait pas toujours si Nick Millett joue ou s'il nous parle d'homme à homme. Au passage, il attrape un objet de son fouillis et il commence une autre histoire. Si bien qu'il ne sait plus où il en est. On a vraiment l'impression qu'il est perdu, lui, Nick Millett. Chaque objet a un numéro qui renvoie à un document, un carton collé de mille photos en tous sens et superposées parfois, créations de Nick Millett et de Patricia Morejon ; avec un texte agrafé. Un spectateur a été invité à en lire un, et ma foi, a lu. Les objets circulent ensuite de spectateur en spectateur.

C'est une sorte de théâtre anti-théâtre poussé très loin. Pas de sono, pas de musique, pas de projos. Les lumières sont celles du lieu, plus de grosses lampes de bureau, sans doute à vendre. La musique qui nous accueille et clôt le spectacle vient d'un poste ancien posé sur la table...

D'objet en objet, se dessine le personnage de Foster et un peu des USA. Un spectacle des plus étonnants.

 

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Cercle miroir transformation  : Cinq personnes s'enferment dans un studio de danse pendant six semaines pour un stage de théâtre créatif. Ils vont s'adonner à des exercices de dévoilement discret de soi, et de constitution d'un groupe. Chacun fait son travail sur soi à sa convenance et selon ses capacités. Marty, l'animatrice du stage, les mène, nous dit Nick Millett, à l'organique, comme il fait lui-même avec ses comédiens, en créant les conditions qui permettent à chacun de changer et de constituer ainsi un groupe.

Le texte est léger et profond. On a les mêmes exercices et leurs infimes variations qui sont porteuses de l'évolution de chacun. De fait, le spectacle suit une forme précise et quasi immuable, de « semaine en semaine » : un exercice couché de comptage collectif ; des présentations plus ou moins inventées où l'on se met dans la peau des autres participants... On a aussi ce qui se passe dans des pauses... La plus jeune, Lauren, se montre coincée, gênée de ces exercices de confidences plus ou moins fausses, plus ou moins vraies. Une brève histoire d'amour se noue entre Schultz et Theresa. Schultz se présente au début dans une forme de non-jeu particulièrement troublante. Le texte est très minimal, le jeu est très minimal ; on ne joue pas à jouer. Marty est d'une humeur égale que rien ne peut altérer. Quand Lauren « fait sa crise » et demande à jouer vraiment, des scènes, des répliques, des personnages, pour apprendre, Marty lui réponde sans faillir qu'apprendre à jouer, c'est ce qu'ils font. Et après, Lauren va mieux, elle est plus détendue et participante. Des exercices paraissent terrifiants : écrire « anonymement » une chose qu'on n'aime pas en soi, par exemple, une chose qu'on fait et qu'on se reproche de faire. Les mots sont jetés dans un chapeau et dits par chacun après tirage au sort (tiens ! Un autre tirage au sort  !). A chaque lecture, tout le monde a une idée de l'auteur(e) et les visages se tournent presqu'à chaque fois unanimement vers un des participants.

Nick Millett a vraiment laissé le texte se dire par les acteur(e)s. Ses objectifs de mise en scène tournent beaucoup autour de ça. Il veut trouer le voile de la représentation et créer une communauté participative du public. Pari gagné ! Largement gagné !


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