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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Liquidateur - Cabaret aux Assedic

Liquidateur - Cabaret aux Assedic

Pièce musicale librement inspirée du roman « Notre aimable clientèle » d’Emmanuelle Heidsieck. Ecriture : Olivier Desmaris, Reno Bistan. Mise en scène Olivier Desmaris, avec Frédéric Allérat, Reno Bistan, Olivier Desmaris, Julien Geskoff, Yonnel Perrier, Hélène Pierre, Nélène Piris, Musique : Frédéric Allérat, Reno Bistan, Clélia Bressat, Yves Perrin, Hélène Piris…

Il s'agit d'une sorte de comédie musicale sur la transformation du système ASSEDIC/ANPE en Pôle emploi avec les significations internes (pour les employés) et externes (pour les chômeurs). La scène présente, sur un plateau tournant, trois espaces de jeu qui alternent, et représentent des lieux plutôt divers... et deux espaces de jeu sur les côtés. Ce dispositif ingénieux fonctionne très bien et permet de situer l'action dans un bureau, un restaurant, dans le couloir et la machine à café...etc.

La musique jazzy plutôt vive et enlevée pourrait aisément être plus variée dans ses tempi. Cela tient peut-être à l'instrumentation basée sur un piano électrique et un violoncelle traité comme une contrebasse, droit sur sa pique, joué debout par une violoncelliste punchy, agrémenté de toute sorte d’autres instruments : parfois d’un trombone, d’une guitare, d’une batterie…

Les comédiens ont un costume presque normal, avec un pantalon d’Auguste (le clown), très élargi aux cuisses, et avec des palmes aux pieds.

Donc, le Pôle emploi impose aussi l'intégration des techniques managériales du privé dans le traitement social du manque de travail. On est passé de la notion de service public au « service client », il ne s'agit plus d'aider des citoyens dans la peine, mais de gérer un portefeuille de dossiers, le mot portefeuille étant apparemment le mot employé à Pôle emploi !

Côté chômeur, le parcours d’accès est un casse-tête. Les chausse-trappes sont partout, il lui faut passer par un serveur vocal, avec un logiciel magique Aladin, qui dysfonctionne gravement. Une scène hilarante de l'employé de Pôle emploi qui veut faire la preuve que tout va bien avec le téléphone et qui arrive au contraire. L’accueil individualisé n’est pas toujours possible. Les réunions se font en groupe. Les questionnaires préparés ne laissent pas de place à la singularité des personnes. « Il faut que je coche la case BTP : oui ou non ? L’organisation de l’événementiel, on n’a pas tellement d’offres ! »

Pendant ce temps-là, le patron de Pôle emploi, très sarcastique et grinçant, se comporte comme un tyran, met tout le monde d'accord en obligeant ses cadres à faire comme lui... Un jeune loup Martinez, vraiment très balèze... prend du galon en se montrant ainsi zélé serviteur copie conforme de son chef. Jusqu'au moment où ledit chef pouvant craindre de l'augmentation de son pouvoir, décidera de le casser pour rester chef... On voit très bien cette lutte des loups entre eux, qui est malheureusement si décisive et essentielle, partout. L'homme est un loup pour l'homme mais il oublie souvent qu'en fin de compte, il est un homme, comme faisait chanter Brecht. Le service public, avec à l'inverse, garantit l'emploi et un avancement faible, sauf faute vraiment lourde pose d'autres problèmes.

Le spectacle tient beaucoup par la présence d'un grand benêt, sorte de grand Duduche, qui ne saurait vivre sans tendresse, sans le soin que l'on devrait tous prendre les uns des autres et qui est pourtant si rare. Il veut du temps pour répondre au téléphone, il s'engage dans des relations d'amitié avec les chômeurs et finit par leur donner des conseils de bricolage au téléphone... il voudrait pouvoir distribuer des tickets de métro aux chômeurs, comme il le faisait avant... il est une sorte d'antithèse du développement en cours, de révélateur du fonctionnement général. C'est le personnage le plus étonnant, le plus inattendu du spectacle... Il finit par se retrouver en longue maladie. Puis en hôpital psychiatrique dont il ne souhaite plus sortir. Les médecins voient son discours comme répétitif et lié à un sentiment de persécution (pas spécialement tourné vers lui) persécution des chômeurs par les employés, les « liquidateurs  ». On voit bien la conversion de la politique en psychologie qui est une caractéristique de notre temps.

Une satire alerte de l’entreprise « Pôle emploi »… drolatique, enlevée, judicieusement pointée vers de réels problèmes. Léger et profond.

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1 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 5 mars 2015 14:32

    Ce spectacle a à voir avec Hold on, passé au centre culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin :http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/hold-on-ne-quittez-pas-ou-139008


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