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Lisa Cat-Berro - Inside Air

La saxophoniste Lisa Cat-Berro, souvent sur scène mais, jusqu’à maintenant, peu en studio, a sorti son premier album en novembre 2012. Elle est accompagnée de son quartet sur une dizaine de titres et nous montre ses talents de musicienne et de compositrice.

Inside Air est le premier album de la saxophoniste Lisa Cat-Berro. Présente sur la scène jazz depuis quelques années déjà après avoir été diplômée du Conservatoire Nationale Supérieur de Musique de Paris en 2007, elle est membre du Lady Quartet de Rhoda Scott et participe à l’édition 2011 du festival Jazz à Vienne notamment.

Cet album est un premier essai en studio plutôt réussi. Pour l’occasion elle est accompagnée par son quartet composé du batteur Nicolas Larmignat, du guitariste Julien Omé et de Stéphane Decolly à la basse. Les dix morceaux, de sa composition pour la plupart, semblent sans cesse vouloir nous éloigner des routes bien tracées du jazz pour nous faire explorer des sentiers à peine débroussaillés et même un peu surprenants.

Comme va être fait à chaque fois que j’en verrai l’intérêt, l’étude comercialo-symbolico-poétique de la pochette, je vous conseille de vous y faire. On a ici affaire à une photo montrant Mme Cat-Berro de profil assise sur une caisse positionnée entre la lisière d’un bois très sombre et un espace verdoyant et lumineux que l’on nommera simplement une clairière. Le titre de l’album, est écrit très simplement, noir sur blanc, et marque donc un contraste voulu immédiatement à la vue de la jaquette. Celle-ci doit souligner l’aspect tantôt oppressant tantôt reposant des morceaux.

L’idée majeure réside dans ce contraste. Toutefois, s’il est très visible en photo, l’artiste le retranscrit avec son saxophone. Celui-ci est très clairement leader dans la formation hormis pour quelques passages ou il cède le premier rôle à la guitare (Old Man) par exemple. L’accompagnement, parfois très effacé, orienté folk, rock ou même afro, donne une couleur particulière à chaque morceaux. Finalement, la couleur jazz de l’album est souvent assurée par le saxophone tandis que les autres instruments digressent un peu plus.

Dès le premier titre C’eravamo tanto amati une ambiance de vieux films des années 70 se dégage. Une ambiance mélancolique, pas triste, mélancolique. On imagine un trentenaire rêveur marchant dans les rues d’un quartier morose d’une grande ville, de petits immeubles gris, un ou deux pots de fleurs fanée, un lampadaire et une vieille enseigne électrique violette clignotants, floues en arrière-plan ; rentrant soudainement dans un vieux bar enfumé plein de vie, de fumée, d’alcool, une danseuse faisant son numéro… Comme emporté par l’atmosphère du lieu, un sourire aux lèvres, il oublierait ses tracas. C’est à ce moment précis que le saxo de Lisa change de ton, devient plus enjoué, tout cela rythmé par une beat pétillant. Puis, le lendemain matin, le trentenaire prenant soudain conscience du décorum de la veille, redeviendrait morose jusqu’au soir. Un sentiment évoqué par la reprise des premières mesures du morceau pour le conclure.

Bien sûr j’ai pensé à tout ça avant que je ne m’aperçoive que C’eravamo tanto amati était effectivement une composition pour le film italien du même nom de 1974. A partir de là autant joué l’honnêteté : je n’étais pas né, je ne n’ai absolument pas vécu l’ambiance de ces années. Mon ressenti n’est donc basé que sur des idées préconçues et sans doute stéréotypées mais passons.

Les morceaux, tout en étant différent les uns des autres, restent basés sur le même principe. L’artiste va et vient dans les registres mélancoliques (voire angoissants avec l’intervention de violons dans La danse des perles) puis plus positifs. Impossible de savoir quand le changement aura lieu mais celui-ci n’est jamais brutal ou malvenu. On apprécie les deux de toute façon.

Les morceaux ne cherchent pas la modernité à tout prix. Parfois estampillés vieille-école par leurs sonorités, on entendrait presque le grésillement des vieux enregistrements sur vinyles, ils savent aussi mettre un pas dans des pratiques peu répandues en jazz. Ainsi, la voix de Churchill, ferme et appuyée, donne du caractère à l’Arme de l’ange.

Dans La Passerelle ou Last Chance Lost, Lisa Cat-Berro, de sa voix douce et claire, récite une poésie ou utilise les propos de Joni Mitchell dans une interview (à qui elle reprend aussi la chanson Green Ville). Elle fait un usage très réduit mais réfléchit de sa voix. Si elle semble assumer la composition instrumentale, elle laisse la composition vocale à d’autres.

Quand Lisa Cat-Berro chante « one step, two steps, three steps, four steps, five, six, seven, have a breath » dans La Passerelle, on prend conscience de la chape de plomb qui s’était formée autour de nous et on est presque soulagé d’arriver à la fin de l’album. Par des morceaux pesants même dans leurs phases plus légères, l’artiste nous a baladé entre l’ombre et la lumière l’air de rien et nous nous sommes volontiers laissés faire. Ce n’est que lorsqu’elle nous aura permis de respirer à nouveau que nous sortirons de cette rêverie. Un album prometteur.


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