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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Livre numérique : collision frontale !

Livre numérique : collision frontale !

Le 6e Symposium international sur le droit d’auteur de l’Union internationale des éditeurs s’est déroulé du 23 au 25 avril 2006 à Montréal. Quelque 325 professionnels se sont réunis pour partager leurs préoccupations quant à l’urgence de préparer l’écrit à la révolution numérique. Entre autres conférenciers de renom chargés d’ouvrir les discussions, le président de la Bibliothèque nationale de France (BNF), Jean-Noël Jeanneney.

Réveil en sursaut

Le livre numérique, ça vous décoiffe même les chauves ! Car depuis la fin de 1994, début 1995, la chose littéraire bat son plein sur le Web de langue française. Il était à peu près temps que quelques clignotants d’urgence s’allument dans le milieu de l’édition traditionnelle, assez réactionnaire, merci. Depuis le temps que les visionnaires des débuts si âpres et difficiles le souhaitent de tous leurs meilleurs vœux !

Car déjà, il y a onze ans, Pierre-François Gagnon, qui prit alors l’initiative de lancer dans la francophonie la toute première maison d’édition en ligne, la défunte Éditel faute de moyens financiers, fustigeait les capitalistes culturels. Ces « info-capitalistes » issus des grandes institutions comme des multinationales du livre, par opposition aux auteurs, ces « pronétaires » qui leur sont toujours assujettis. Parce qu’ils repoussaient le défi de l’édition numérique le plus loin possible, et rejetaient ces derniers, des précurseurs, dans les limbes atroces du Web.

Or aujourd’hui, la problématique éditoriale est en tout point semblable, face au géant américain Google qui numérise tout sur son passage. Mais elle est à peine moins attentiste et passive de la part des élites qu’à cette époque pionnière. Seule l’évidence de la nécessité d’agir en front commun est devenue consensuelle, puisqu’il n’y a désormais plus aucun moyen d’en détourner les yeux. C’est quand même trop peu, trop tard, pour vouloir gagner du temps sur tous les retards catastrophiques qui ont été accumulés depuis si longtemps.

Car problématique il y a, et très sévère à tout point de vue, à la fois culturel, d’affaires et législatif, selon les pays. Nécessité et urgence, par exemple, de mise à jour majeure du droit d’auteur au Canada. Incidemment, la philosophie juridique anglo-saxonne, qui s’applique malheureusement au Québec en matière de droit d’auteur, protège moins bien que le droit patrimonial français. Celui-ci n’a pas manqué de vision, il a mieux compris d’origine la nature intrinsèque du livre, telle qu’elle a été fixée par l’illustre Emmanuel Kant. En effet, le livre en tant que tel demeure égal à lui-même, il est indépendant de tout support matériel, moyen de diffusion ou de distribution.

Sur le plan culturel, des journalistes de grands quotidiens qui, ignorant que nous sommes arrivés à la deuxième génération de papier électronique, celle qui ne ressemble plus du tout à des écrans quelconques, se demandent encore ce qu’il se passera lorsque nous pourrons lire en toute convivialité sur des écrans portables. Il ne s’agit plus d’écrans, c’est bel et bien du papier imprimable en rouleau, il est fait de polymères au lieu de cellulose, voilà tout ! Quelle différence ? Mer et monde ! Il est intelligent et sensible ! La révolution de Gutenberg a tout simplement abouti, en apparence, à l’insu de tout le monde, y compris de ceux qui ont pour tâche de relayer l’information technique.

Côté affaires, il ne reste donc plus qu’à prier en choeur pour la venue rapide et efficace du gadget messie, au design à la iPod et relativement bon marché, qui, question marketing, fera faire à la mentalité stagnante du grand public lecteur un premier grand bond en avant spectaculaire, lequel ne sera que l’annonciateur de la vraie révolution entière et finale des livres de papier électronique conçus et réalisés dans tout format qu’on puisse feuilleter, au « look and feel » traditionnel tout à fait confondant. Sans quoi, le eReader de Sony au sortir de sa coquille, entre autres bidules de lecture qui auront été transitoires, connaîtra sans doute au premier trimestre de 2006 le mauvais sort du regrettable Cytale de monsieur Attali.


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4 réactions à cet article    


  • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 28 avril 2006 19:01

    Cher confrère, merci pour cet excellent papier qui obtient un réel succès. Comme disait Pierre Lazareff le « patron » devenu symbole de France-Soir, le quotidien parisien des années 50, « Coco, raconte leur une histoire. Ils adorent cela ». Et dans votre cas, parlez nous donc encore du Québec, « la belle province des siècles passés » qui fait encore réver.

    Bertrand C. Bellaigue


    • Jack Minier (---.---.80.91) 31 mai 2006 08:28

      Ce cher C. Bellaigue était sans doute optimiste en parlant de « réel succès » dans ce premier commentaire. Si le papier de Gary Gagnon est certes intéressant, il n’emporte pas le succès annoncé, et je le regrette !... 1 seul commentaire en un mois, et daté du même jour — sachant de plus que C. Bellaigue est une bonne connaissance de Gary ainsi qu’on peut s’en rendre compte en allant visiter son blog —, on ne peut pas dire que les foules se pressent sur cette page... A ce premier commentaire je vais donc ajouter le mien, à double titre :

      D’une part parce que je considère qu’effectivement c’est un sujet qui mériterait beaucoup plus d’attention, car il est au coeur des réalités du Net. Sans « contenus » culturels attractifs, les tuyaux les plus rapides ne servent de rien ! Et même si la technologie en rend l’oubli trop facile, au même titre que l’usage des tuyaux CES CONTENUS ONT UN COÛT !

      D’autre part parce que ce sujet me touche personnellement.

      Gary Gagnon met en avant l’audace et le courage de Pierre-François Gagnon — son pseudo ou son parent ? — qui a innové en créant le regretté site Editel première version 94/95. Il fait bien. Et je ne puis que confirmer la difficulté de la chose à l’époque. Déjà évidemment, se posait la question du Droit d’auteur.

      J’ai personnellement correspondu avec Pierre-François Gagnon aux tous débuts de l’Internet en France (1997) alors que j’installais moi-même sur le web français un autre site de littérature inédite, à l’époque le tout premier du genre en France : Diamedit. Nous avions échangé plusieurs emails de façon fort civile et intéressante sur nos manières respectives d’aborder la question. Dès l’abord, nous avions eu des divergences sur le mode de financement de nos sites. Gagnon demandant à ses auteurs une participation aux frais d’hébergement (frais très élevés à l’époque). Moi non. Je préférais envisager l’édition virtuelle sous un aspect plus traditionnel, mais extrêmement précis et ciblé numérique, en demandant aux auteurs présentés la cession d’un « droit numérique », notion de virtualité qui n’existait à l’époque dans aucun contrat d’édition classique. Il semble aujourd’hui que l’actualité ait rattrappé mon innovation, mais devant l’inconnu de la nouveauté en 97, les deux positions étaient légitimement envisageables.

      11 ans plus tard pour Gagnon, 9 ans plus tard pour moi, les réalités nous départagent. Le site de Pierre-François Gagnon (devenu Gary) existe toujours mais n’a plus rien à voir avec l’original. Faute de moyens, Editel première version a disparu. Le site Diamedit d’origine est toujours là. Même si, à l’instar de son illustre modèle québecquois, il a peiné durant des années, au moins les auteurs qui y sont virtuellement édités ont pu être lus tout ce temps et y sont encore aujourd’hui. Mais la problématique dénoncée par Gary reste la même : L’édition virtuelle est une affaire d’amoureux de la littérature, certainement pas un business. Si, en théorie, le Droit français est sensé mieux protéger les auteurs que le Copyright américain, les faits sont têtus et la pratique démontre que la différence est bien faible... Que dis-je faible ? Négligeable. Et même carrément gommée par le vote récent de la Loi DADvSI qui tend à protéger surtout les industriels de la Culture, beaucoup plus que les créateurs eux-mêmes.

      Je ne crois pas à l’avenir de cette loi DADvSI, usine à gaz inapplicable dans les faits, pas plus qu’aux systèmes de protection mis en place, DRM, MTI, ou quel que soit le nom qu’on leur donne. Ces nouvelles « lignes Maginot » du numérique auront tôt fait de se faire déborder par les armées d’assaillants du P2P, que l’on parle de musique, de films, ou de livres. Et ce n’est pas l’arrivée de nouveaux supports technologiques qui va résoudre le problème. Elle ne fera que le compliquer. On se rend bien compte de la difficulté à la lecture des diverses interventions du Symposium, certains défendent la position dure du copyright, d’autres envisagent des solutions plus collectives... Tous en tout cas affirment la nécessité d’une remise à plat du droit d’auteur en corrélation avec les Nouvelles Technologies.

      Pour ma part, j’ai déjà donné mon avis sur agoravox, je ne le redonnerai donc pas ici. Mais en ce qui concerne la France le lien avec la loi DADvSI est évident. Que ce soit pour les livres, la musique ou le cinéma, ou toute autre création numérisable, il est indispensable de trouver des solutions dignes, consensuelles, et respectueuses - et non tueuses - des droits des uns et des libertés des autres.


    • Gary Gaignon Gary Gaignon 31 mai 2006 16:26

      Bonjour, monsieur Minier !

      Merci de votre réaction amicale de la part d’un vieux de la vieille.

      En effet, je ne m’en suis jamais caché, bien au contraire, mon pseudo d’auteur est Gary Gaignon, et cela depuis 95. Il a d’ailleurs été révélé tout de suite dans Le Devoir. Pierre François Gagnon était l’éditeur en ligne, il s’agissait de distinguer son rôle spécifique.

      Petite précision, le site d’editel.com a toujours été gratuit et désintéressé à l’égard des auteurs. Il n’a jamais été question d’autre chose que d’une licence d’édition annuelle, à but non lucratif, afin de protéger le caractère exclusif de notre contenu et de l’achalandage qu’il générait. Les auteurs pouvaient aussi y lier leur site Web personnel, en toute exclusivité mutuelle (selon les termes de cette entente contractuelle de gré à gré), ou alors je leur en fournissais un sous Éditel.

      Toutefois, en 97, il n’y eut qu’une seule et unique souscription. Une vingtaine d’auteurs sur plus de 90 que le site comptaient alors, ont contribué. Il en coûtait plus de 800 $ par année, à l’époque, pour louer aux États-Unis un serveur virtuel. Je tenais le fort depuis plus de 2 ans, déjà, à mes frais, à titre de webmestre éditorial par-dessus le marché. Voilà à quoi cette souscription unique a servi : à tenir le coup le plus longtemps possible.

      De nos jours, c’est devenu facile, il suffit de lier un nom de domaine, même aussi original qu’editel.com, en toute transparence, avec un hébergement gratuit tel que chez blogger.com ! Il ne m’en coûte plus que 20 $ par année pour couvrir les frais d’enregistrement annuel de editel.com et editel.ca !

      Et puis, comme j’ai abandonné entre-temps mon rôle d’éditeur, faute de plate-forme de lecture crédible, usé par la venue toujours repoussée du papier électronique en quoi je continue de croire mordicus, force étant de constater que l’édition, c’est de l’édition pure et simple, de toute manière, indépendamment du support de diffusion et de distribution, l’édition en ligne s’est évanouie d’elle-même en tant que telle. Il n’y reste plus, sur editel.com que l’auteur du Poète éléphant, Gary Gaignon. Voilà tout !

      Et ça s’explique aisément.Je n’avais pas constitué de fonds d’édition littéraire propre puisque je n’ai jamais exigé aucune espèce de cession des droits d’auteurs. Les auteurs se sont tous dispersés au gré de leurs intérêts qui ont beaucoup évolué depuis ces 11 ans passés. C’est la logique de prolifération du Web qui y conduit tout naturellement.

      Et c’est ce qui tôt ou tard attends aussi AgoraVox quand le Web sémantique va finir par s’imposer. Tous les moyens logiciels sont d’ores déjà disponibles à cet effet. Il n’y aura plus aucun besoin de site fédérateur du moment que la problématique des moteurs de recherche qui croulent sous les requêtes bidons et publicisées, sera dépassée définitivement.

      Nous vivons une époque charnière à tout point de vue ! Et dire que j’ai passé pour à moitié fou dans mon milieu... et là, je n’exagère pas ! J’ai même été diagnostiqué officiellement, ah ! ah ! N’empêche, ils y sont tous venus, hi ! hi !... Et encore, ils n’ont rien voulu voir venir, même de près... À part quand la bulle boursière de l’an 2000 leur a éclaté à la figure, les cons !


    • jeanhardy (---.---.28.189) 11 juin 2006 22:17

      bonjour à vous !

      je viens de créer mon blog. Je propose d’y découvrir cinq récits et une pièce de théâtre ; six inédits dont je suis l’auteur.

      Merci de vous rendre à l’adresse suivante :

      http://littérature-inedits.over-blog.com

      cordialement

      jeanhardy versailles france

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