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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Livre numérique : des perspectives mitigées

Livre numérique : des perspectives mitigées

Quand Bookeen, BeBook ou iRex (tous fabricants de lecteurs numériques) se disputent des parts de marché, ce sont de simples querelles de chapelles. De même, les divergences fondées sur les standards de composition, le débat des pro et des contre DRM, les préférences sur les tailles d’écran ou la capacité de stockage ne sont que des escarmouches dans la guerre du livre numérique. En revanche quand les géants de la distribution et de la production de contenus tentent d’engloutir le marché, les effets peuvent s’avérer dévastateurs... Pour les libraires, pour les imprimeurs, pour les distributeurs, pour les diffuseurs, pour les éditeurs et pour... les auteurs.

Les effets de cette campagne presque militaire ne sont pas immédiats. Ils seront perceptibles dès que les éditeurs, tels de gros taureaux reproducteurs, se mettront en mouvement pour aller faire leurs saillies sur les laitières qu’on voudra bien leur présenter dans le pré. Une fois l’affaire faite, les géants Google, Microsoft, Amazon, Barnes & Noble, Sony, mais aussi ceux qui attendent bien tranquillement et qui seront dans le sillage comme Dell, Fujistsu, Apple, RIM, HP-Compaq, Asus tech, eBay, Nokia, HTC Corp et même Wal•Mart ainsi que tous les compétiteurs de la grande distribution et de l’informatique grand public prendront le contrôle du secteur le plus important du millénaire, celui de l’information et du savoir. Les éditeurs, quelles que soient leurs tailles, n’auront plus leur mot à dire et les utilisateurs seront conquis de gré ou de force.

Culture poubelle
A la différence du secteur de la musique où l’ouverture à des standards multiples et accessibles de compression du son ont permis une authentique démocratisation de la technologie et des contenus, le secteur du livre et de la presse s’apparente à la vidéo. Des contenus riches et volumineux, gourmands en ressources et en moyens, emprisonnent les textes et leurs images dans des formats développés et restreints par les chaînes de production du livre, du magazine et du journal. Si on ajoute à cela la dématérialisation des supports et des canaux de distribution, alors, à l’instar du marché de la vidéo, les éditeurs seront tenus par des standards techniques imposés par des marchands de cartons et des circuits de distribution dominés par les poids lourds du Web.

Dès lors tout ce qui ne sera dévoré tout cru par les gros sera jeté en pâture aux marginaux, aux pirates et aux inconditionnels du gratuit. En d’autres termes, toutes les maisons d’édition qui accepteront le nouvel ordre du monde viendront déposer leurs catalogues aux pieds des vainqueurs. Les autres, ceux qui refuseront ou résisteront, sans DRM, sans accès aux codecs propriétaires, seront condamnés au téléchargement illégal, aux copies pirates ou pire, à la diffusion restreinte et anecdotique sur des sites périphériques en marge du « Core Web » avec l’obligation de pratiquer les mêmes prix que la grande distribution. Seuls les éditeurs de luxe et de prestige conserveront un volant de collectionneurs fortunés qui continueront d’acheter des ouvrages rares, chers et précieux sur des papiers spéciaux et en tirages très limités.

En adoptant, tant les éditeurs que les lecteurs, une attitude de consommateur en attente qu’on lui fasse une offre, nous manquons tous de discernement et de compréhension des forces qui sont en action actuellement. Les imprimeurs et les chaînes logistiques seront les premiers à être réduits à leur strict minimum, puis démantelés pour être, progressivement mais rapidement, remplacés par des professionnels hybrides de la « Supply Chain » comme UPS. Les diffuseurs et les libraires seront dans la charrette suivante, dès que la dématérialisation sera en mode marche forcée et non en mode expérimental comme c’est le cas pour l’instant. Et là, il sera trop tard pour faire machine arrière.

Faute de s’être convertis et d’avoir apprivoisé de nouveaux canaux de vente, de nouvelles techniques de marketing et surtout une relation clientèle dont ils n’ont aucune habitude, les diffuseurs disparaîtront purement et simplement, remplacés par des applications intelligentes B2B et des outils de relations sociales. Les libraires les plus en avance se convertiront, s’affranchiront de la boutique avec pignon sur rue et utiliseront les outils de communication pour fédérer des communautés autour de thématiques, de genres, d’auteurs. Les seules librairies qui survivront seront très spécialisées dans des ouvrages d’art, des pièces de collection comme le font les antiquaires et les brocanteurs. Enfin des boutiques de quartier vendront encore longtemps des livres en papier, à la manière des cinémas d’art et d’essai. Il n’est pas sûr que ces boutiques soient tenues par des libraires de métier. Le reste sera un vague souvenir que l’on classera avec les apothicaires, les quincailliers et les cordonniers...

Les grandes enseignes de type FNAC, Cultura ou Virgin resteront-elles sur la scène ? Certainement pas sous leurs formes actuelles. La diversité de leurs offres leur permettra de contenir la marée numérique et de continuer de jouer la carte de la pluralité de produits. Tout comme les multiplexes cinémas se sont transformées en services de restauration rapide autour de la projection d’un film, ces grandes enseignes sauront se transformer en espaces numériques de présentation des dernières innovations technologiques et en agences de recrutement de clientèle pour toutes sortes d’offres d’abonnements et de « packs » culturels.

Que restera-t-il aux éditeurs ? Le stock d’invendus, les droits littéraires et leurs carnets d’adresses d’auteurs. Mais de leur métier de lecteur ? Et de leur passion du texte ? Pour cela il faudra revenir à la source et redevenir libraire. La tâche leur sera facilitée par le déploiement des outils de communication actuels à toutes les étapes de la production d’un livre. Mais leur exposition sera moindre, réduite à la portion congrue et ce à condition que les auteur(e)s ne cèdent à la tentation des agents, ne s’unissent en syndicats indépendants, ne fassent front face aux nouveaux maîtres. Et même dans ce cas, les éditeurs oscilleront selon les caractères entre super-agents et super-libraires...

Il ne restera plus aux auteur(e)s (et à beaucoup de journalistes) qu’à se soumettre ou à s’unir. Isolés, ils seront plus que vulnérables. Regroupés, ils pourront faire corps et sens pour proposer des contenus à des libraires numériques, à des portails culturels thématiques, à des éditeurs-agents capables de les représenter auprès des géants du numérique. Syndiqués, ils se protégeront des contrats léonins et des conditions ridicules qui ont été les leurs pendant des siècles. Ils pourront s’affranchir des organismes collecteurs et des sociétés d’auteurs qui parasitent leurs recettes. Mais ils pourront aussi, individuellement, mener leur propre barque, s’ils acceptent la confidentialité, les expositions dans l’ombre et les cultures tribales qui accompagnent la démarche des francs-tireurs.

Je force volontiers le trait mais cela dans le but d’alimenter du débat et de faire réfléchir. Les géants se moquent complètement du format final du livre numérique, du succès ou de l’échec des lecteurs numériques ou encore de l’application ou non de DRM. Ce qui les préoccupent est de savoir qui va contrôler le marché des contenus. Qui dira la messe. Qui fera la pluie et le beau temps. Pour mémoire, Microsoft n’a pas commencé par construire des ordinateurs, ni des écrans, ni des téléphones. Ses logiciels n’ont jamais été les meilleurs, ni les moins chers. Et surtout, il aurait été possible de s’en passer ou de ne lui laisser qu’une faible part du secteur. Rien ne nous garantit que le même phénomène ne se reproduise de manière analogue dans le secteur du livre.

Amazon a fait la démonstration que le livre est accessible ailleurs qu’à la librairie et Sony a celle qu’un standard inférieur et plus coûteux, le Blu-Ray, pouvait s’imposer face à un standard meilleur marché et de meilleure qualité, le HD-DVD. Barnes & Noble a fait, depuis longtemps, la preuve que le concept d’espace culturel n’est pas synonyme de culture. Enfin Apple a fait date en prouvant qu’un gadget peut devenir incontournable en seulement deux ans... La ligne d’horizon du livre numérique n’est pas aussi nette que l’on pourrait le croire. Et les jalons posés par les défricheurs ne seront certainement pas les pistes que suivront les mastodontes mondiaux de l’économie numérique.

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29 réactions à cet article    


  • Halman Halman 11 août 2009 12:36

    Et bin voilà.

    Pile poil le genre d’article qui donne aux gens l’impression que le livre numérique c’est encore une histoire ultra compliquée qui ne leur donnera pas envie de s’y mettre.

    Au lieu d’en acheter un et de s’y mettre ils vont gamberger cet article parmi tant d’autres à mort, en discuter ad vitam eternam dans les discussions de restaurants et de fins de repas devant une pizza et la wiit et ne s’y mettront jamais.

    Quelques uns essaieront des modèles d’expos au salon du livre et en concluront ce qu’ils ont lu sur le net : une galère pas pratique. Ils ne l’auront essayé que quelques minutes et ça leur aura suffit. Mais quand ils l’auront utilisé quotidiennement, bien évidemment que leur opinion en sera toute différente. Mais le bobo il croit tout savoir au point qu’essayer quelque chose en deux minutes lui en donne la même expérience que des années de pratique.
    Grosse maladie de l’époque actuelle dont tout le monde en a les symptômes à longueur de journée.

    S’il avait fallu que je tienne compte de ce genre d’articles, jamais je ne me servirai du mien au quotidien dans le bus et en vacances depuis des années.

    "Et les jalons posés par les défricheurs ne seront certainement pas les pistes que suivront les mastodontes mondiaux de l’économie numérique."
    Cela veut dire que les utilisateurs doivent rester les moutons des mastodontes de l’économie et attendre benoitement ce que les industriels vont leurs proposer comme solutions technologiques propriétaires délirantes et décident à leur place ce qu’ils doivent utiliser ou pas.

    Alors que c’est au consommateur de faire sa loi et d’acheter ce dont il a besoin pour créer le marcher.

    C’est là l’erreur, que le consommateur attende ce qu’on lui propose au lieu de choisir lui même ce qu’il veut.

    On a déjà vu ça dans l’histoire de l’informatique, on en paie encore les dégats. Par exemple les médias qui nous gavent la cervelle que le cd rom était la merveille informatique de l’avenir alors que parmi les solutions proposées, c’était justement le cd rom qui avait les pires des défauts.

    Et le bobo d’acheter le cd rom...


    • morice morice 12 août 2009 09:32

      Mais quand ils l’auront utilisé quotidiennement, bien évidemment que leur opinion en sera toute différente.


      on voit bien que vous n’en n’avez jamais eu justement = c’est à l’usage qu’on découvre que ça ne peut pas marcher comme idée.

    • Halman Halman 11 août 2009 12:38

      Pensez par vous même, essayez par vous même au lieu de prendre ce que vous lisez sur le net comme vérité vraie.


      • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 12 août 2009 10:39

        Et vous énoncez une vérité vraie là ?


      • Asp Explorer Asp Explorer 11 août 2009 13:44

        J’avoue être perplexe devant cette avalanche d’articles prévoyant/vantant/déplorant l’émergence du livre numérique, gadget coûteux que personne n’a jamais réussi à vendre et dont les quelques exemplaires récemment écoulés par Amazon à grands renforts de publicité rejoindroit les placards poussiéreux des bobos san-franciscains qui les ont achetés avant trois mois. Le livre numérique n’apporte rien, et en tant que tel, il n’a aucun avenir, dieu merci.


        • Τυφῶν בעל Perkele Ahriman 11 août 2009 15:58

          Je me demande bien ce qui te rend perplexe. Si tu lis la bio du monsieur, tu verra qu’il est éditeur et qu’il s’intéresse à la n-ième « révolution numérique ». Tout ses articles récents portent sur les livres électroniques. J’en déduis que monsieur nous fait un mélange tout à fait touchant de publicité et de méthode Coué.

          Typhon


        • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 11 août 2009 16:40

          Moi aussi je suis perplexe devant les réactions de mes congénères...
          Oui, le livre numérique m’intéresse. Oui, je crois que l’édition numérique va supplanter complètement l’édition traditionnelle. Oui, je crois qu’il s’agit d’une avancée notable dans le domaine de la diffusion du savoir, du développement d’une conscience collective et d’un meilleur partage des connaissances.
          Je ne prêche ni pour, ni contre le livre numérique. J’essaye de susciter du débat sur un sujet que tout le monde croit marginal et périphérique, comme tout le monde croyait que Internet était une affaire d’initiés, que la téléphonie mobile mettrait 30 ans à se développer, que personne n’achèterais jamais quoique ce soit sur le web, que le climat ne changerait que lentement, que la guerre froide durerait éternellement, qu’il n’y aurait plus jamais de krach boursier comme celui de 1929, que la VHS ne serait jamais remplacée par le DVD et que ce dernier ne serait jamais remplacé par le Blu-Ray...
          Quand Sony fait le malin en essayant d’imposer un nouveau standard dans un segment de marché où il ne se passe rien comme avec la DCC (personne ne sait plus ce que c’est), cela n’attire pas mon attention. Mais quand les géants de l’industrie du divertissement et de la communication s’acharnent dans une guerre commerciale pour s’emparer d’un secteur, j’ai le droit de m’intéresser à la question et de me demander pourquoi tant de battage, tant de communications, tant de promesses... Et lorsque Google est prêt à de véritables campagnes juridiques contre les éditeurs, alors je m’inquiète...
          Moi aussi je suis fan de Dan Simmons et j’aimerais continuer à le lire. Peu m’importe le support, pourvu qu’il soit agréable et pratique. Mais si personne ne bouge, j’aurais peut-être du mal à trouver quelqu’un pour me trouver son prochain best-seller qui ne sera accessible que moyennant un abonnement de 24 mois minimum sur une standard informatique incompatible avec mon Mac portable ou mon vieux PC... Il me restera le piratage, mais là, pour le compte, cela deviendra dans un avenir proche, une affaire d’initiés et un marché noir à part entière...


        • morice morice 12 août 2009 09:32

          exactement


        • Asp Explorer Asp Explorer 12 août 2009 10:13

          tout le monde croyait que Internet était une affaire d’initiés, que la téléphonie mobile mettrait 30 ans à se développer, que personne n’achèterais jamais quoique ce soit sur le web, que le climat ne changerait que lentement, que la guerre froide durerait éternellement, qu’il n’y aurait plus jamais de krach boursier comme celui de 1929, que la VHS ne serait jamais remplacée par le DVD et que ce dernier ne serait jamais remplacé par le Blu-Ray

          Ce que vous oubliez de dire, c’est qu’à cette époque déjà, on prévoyait un grand avenir pour le livre électronique. On prévoyait aussi un grand avenir au visiophone qui, à l’instar du livre électronique, ne s’est jamais vendu, non pas faute de la technologie idoine, mais parce que ça n’intéresse pas les clients. Le blu-ray est loin d’avoir supplanté quoi que ce soit, et pour ce qui est du réchauffement climatique, j’attends toujours qu’il vienne à ma porte pour y croire.


        • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 12 août 2009 10:43

          Ce que j’oublie de dire c’est que l’Internet a permis à tous ceux qui sont en mesure de se connecter de donner leur opinion sur tous les sujets accessibles... Et ça j’attends encore qu’on me prouve que c’est un bien pour l’humanité...
          N.B. : quand vous aurez la preuve des bouleversements climatiques, tout ce qu’il vous restera c’est vos yeux pour pleurer... Si vous faites partie des survivants, bien sûr.


        • Τυφῶν בעל Perkele Ahriman 12 août 2009 12:37

          Notre planète va vers la surgélation, comme le veut la précession des équinoxes.

          Typhon


        • franck2010 11 août 2009 17:17

          Moi bêtement j’attends qu’un ebook puisse lire tous les formats avant de me jeter littéralement sur le premier que je verrais en boutique.

          Les questions soulevées par Pierre-Alexandre Xavier sont parfaitement le reflet de mes propres interrogations sur ce merveilleux instrument que serait l’Ebook sans l’habituelle stupidité des intervenants commerciaux.

          Le même procés à faire aux partisans d’Hadopi : Ils freinent les évenements mais ne les arrêteront pas !


          • ObjectifObjectif 11 août 2009 17:36

            Un article proche est passé hier, qui amène une autre piste : celle de « l’imprimante à livre ».

            Je crois qu’une telle machine, qui existe maintenant, pourrait bien mettre tout le monde d’accord, en permettant à tout libraire d’imprimer à la demande les livres célèbres ou rares demandés par ses clients, sans plus de problème de stock ou d’épuisement (du livre, pas du libraire smiley

            Encore faut-il que cette machine soit ouverte à tous les éditeurs, voire à tous les auteurs.

            Gutemberg arrive au coin de la rue smiley


            • hans 11 août 2009 18:31

              objectif, imprimante à livre chez le libraire cela n’existe pas, je rejoins l’auteur sur ce grand doute du ebook, pour un livre genre librairie rose ou romans à la christian jacques cela peux marcher ( quoi que à la plage je ne sais si on peut le lire....) mais pour un livre dense genre anna harendt ou julien gracq ou barthes à mon avis c’est impossible car il y a entre le lecteur et l’écrivain un lien charnel nécessaire qui passe par le livre lui même....


            • morice morice 12 août 2009 09:33

              une imprimante quoi : bravo quelle idée de génie...


            • ObjectifObjectif 13 août 2009 09:31

              @ Morice : l’expression « imprimante à livre » est trompeuse : l’impression des pages est la partie simple. La vraie difficulté est dans la mécanique pour la découpe et la reliure.

              Comme vous, je ne comprenais pas il y a 2 ans, pourquoi cela n’existait pas, car cela me paraissait simple. Et bien ça ne l’est pas...

              @Hans : mais maintenant cela existe :
              http://www.ondemandbooks.com/hardware.htm

              et cela donne déjà lieu à de l’édition à la demande :
              Northshire Bookstore Publisher Services

              donc l’idée de bibliothèques et de libraires qui fabriquent les livres à la demande existe et va pouvoir se développer.

              Je crois que c’est très important pour les petits libraires, qui vont pouvoir développer le marché des livres rares ou épuisés, et des lecteurs qui lisent peu mais qui ont une envie soudaine de leur livre.


            • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 11 août 2009 22:02

              Oui, j’ai lu et commenté l’article de Emmanuel Guillot, mentionné par ObjectifObjectif.
              Il évoque plusieurs pistes intéressantes et efficaces dont il se fait personnellement le cobaye. C’est une démarche courageuse et éminemment intéressante à laquelle ne se livrent que peu d’auteurs, et pratiquement pas d’éditeurs...
              Mais le problème qui se pose aujourd’hui est de savoir si nous pourrons lire gratuitement comme nous le faisons tous chaque fois qu’on nous prête un livre, qu’un journaliste reçoit un service presse, que quelqu’un vous offre un livre... Avec les tentatives liberticides actuelles, l’existence d’une imprimante adaptée est un problème périphérique et même le lecteur numérique idéal est une fausse bonne idée.
              L’autre face de cette même pièce est de savoir ce que seront les droits d’auteurs demain. Est-on encore propriétaire d’une œuvre quand elle ne peut être connue qu’avec l’aimable autorisation de Goggle, d’Apple ou d’Amazon. Les récentes censures et exclusions des catalogues effectués par ces derniers sont particulièrement alarmantes.
              Enfin, je crois que le livre n’est qu’une convention pratique et adaptée à un type d’acquisition du savoir malheureusement révolu. Quoiqu’on en dise, la lecture recule partout. Et avec elle, une certaine idée de la pensée, de la conscience et de la culture. Oui, je préfère lire Hannah Arendt, mais combien sommes nous dans le monde à la lire, et combien sont les lecteurs de Harry Potter... ? Pour le marchand, la différence entre les deux se situe seulement au nombre de titres vendus. Jamais en termes de contenus. Dès lors on peut concevoir que le numérique puisse signer la fin de la diffusion du savoir au profit de la diffusion du divertissement.


              • Emmanuel Guillot Emmanuel Guillot 11 août 2009 23:15

                Je réponds ici à votre dernier commentaire sur mon article.

                Il y a déjà eu une forte évolution avec l’émergence d’Internet, qu’à l’époque j’ai ressentie comme négative puisque cette émergence est venue concurrencer fortement le métier de journaliste dans la presse jeux vidéo que j’exerçais (à tel point qu’il m’a fallu opérer une reconversion).

                J’ai lu l’article ci-dessus et je comprends vos craintes concernant la puissance accrue des grands acteurs que sont Google ou Amazon, par exemple, qui vont bénéficier de l’inévitable émergence des lecteurs e-book (il faudra à mon avis attendre encore 4 ou 5 ans pour avoir du matériel vraiment abordable en France, le temps que la demande pour les écrans à base d’encre électronique ralentisse un peu et surtout, que l’offre et la production s’accroissent). On peut effectivement craindre un « totalitarisme technologique », de la même manière que l’on s’est aperçu qu’Amazon, par exemple, respectait très peu les éditeurs et les réglementations et tentait d’imposer ses propres règles, notamment concernant le prix du livre.

                Vous avez bien raison d’appeler les éditeurs et auteurs à préparer le futur et à s’organiser, la période est en effet cruciale. Néanmoins, on ne construit pas l’avenir sur des craintes, mais sur un projet. Quel qu’il soit, celui-ci devra bien sûr tenir compte des forces en présence et des rapports de force, mais il devra se fonder sur une vision et non sur de simples réactions à ce qui peut apparaître aujourd’hui comme une menace. Mais oui, pas mal de métiers risquent bien de devoir s’adapter ou disparaître. Il faudrait à mon avis tenir des sortes d’états généraux avec pour thème les évolutions du métier du livre, et qui réuniraient tous les acteurs en présence dans leur diversité.

                En espérant que les auteurs, perpétuellement fragilisés par leur individualisme, ne soient pas une nouvelle fois la dernière roue du carosse.


              • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 11 août 2009 23:39

                Je crois, au contraire, que les choses vont évoluer beaucoup plus vite et qu’une partie des transformations sont déjà en train de s’opérer sans pour autant qu’elles soient visibles. Et je crois également que les libraires, les auteurs et les éditeurs, sans compter une partie des journalistes spécialisés du secteur sont persuadés qu’il ne se passera rien. Et surtout que l’édition française est à l’abri de toutes ces manœuvres essentiellement anglo-saxonnes. Tout comme les mêmes étaient persuadés que jamais, au grand jamais, l’essentiel de l’édition française se retrouverait dans le giron de Hachette... Et il s’en est fallu de peu.
                Je suis tout à fait d’accord avec vous : il faut une vraie rencontre entre les acteurs du secteur. Mais qui va l’organiser au delà des clivages et des corporatismes si typiques de notre culture ?


              • morice morice 12 août 2009 09:34

                baratin complet ; vous ne dites RIEN.


              • morice morice 12 août 2009 09:35

                c’est adressé à Guillot


              • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 12 août 2009 10:34

                Morice, vous êtes sourd et myope. Ou bien vous ne comprenez pas le français... Mais c’est toujours sympathique de vous lire.


              • morice morice 12 août 2009 09:30

                le livre vnumérique est un échec depuis 15 ans, faudra bien arrêter l’idée un jour.., il n’y a que les geek comme Pisani pour y croire encore.


                • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 12 août 2009 10:37

                  C’est un peu comme l’Eglise qui disait que l’idée d’une planète ronde était un échec. Ou bien que l’évolution n’existe pas... Mais plus près de nous, il y a eu des imbéciles pour dire que la télé ne marcherait jamais...


                • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 12 août 2009 10:45

                  J’oubliai, il y a eu aussi ceux qui nous ont promis qu’après la Première Guerre mondiale, il n’y aurait plus jamais de guerres... Conclusion : De Gaulle être un Geek... smiley


                • Vilain petit canard Vilain petit canard 12 août 2009 10:06

                  Je pense qu’avec le livre numérique, il y a un véritable problème d’analyse de la demande, je m’explique. On sait très bien qu’environ 90% des gens ouvrent moins d’un demi-livre par an, pour eux, aucun intérêt. Reste encore 9% de gens qui n’ouvrent qu’un livre et demi par an, en y incluant les encyclopédies, dictionnaires, et livres de recettes de cuisine. Là encore, pas de marché pour un e-book réutilisable. Le 1% qui reste, lui, ouvre plus de deux livres par an, et il faut aller extraire dedans le 1 pour mille qui dépasse cinq livres par an, on se rapproche du marché du livre numérique.

                  Dans ce micro-marché, on a deux types de lecteurs : le professionnel, et l’amateur. Pour le professionnel (universitaire, chercheur, enseignant, etc.), on peut envisager qu’il investisse, mais si on lui vend la version électronique au prix du produit papier, il va préférer la version papier, sauf arguments qui restent à trouver. L’amateur, lui, peut envisager, mais il lit parce que ça lui plaît, qu’il aime tripoter un bouquin, qu’il prend plaisir à feuilleter le spages, qu’il aime l’odeur du livre.

                  Et dans les deux cas, les livres lus ont toutes sortes de tailles, de formats, d’illustrations. Hier par exemple, j’ai lu une BD, un poche et un grand livre illustré 21x30. Devant l’écran minuscule du e-book je reste dubitatif.

                  Pour moi, l’e-book ou équivalents, c’est la super fausse bonne idée. A partir de ce qui devrait rester un produit hyper-ciblé su rune population à besoins sépcifiques, on essaie d’en faire un produit tout public. Un peu comme si on essayait de vendre à tout le monde du matériel de coelioscopie en disant que c’est utile pour aller regarder dans les coins.


                  • Pierre-Alexandre Xavier Pierre-Alexandre Xavier 12 août 2009 10:52

                    Votre réaction est juste. Mais elle ne couvre qu’une partie du problème. Vous oubliez que cela fait vingt ans que les fabricants d’ordinateurs essayent de pénétrer les salles de classe et pas seulement celles des universitaires. Et là où ils se sont plantés, les marchands de téléphones portables ont réussi. D’où les efforts considérables que font les marchands de soupe de pénétrer les téléphones mobiles et de les inonder de publicités...
                    Pour ce qui est des lecteurs, il en existe des grands formats, en couleur. Et pour la BD à l’occidentale, c’est beaucoup plus spectaculaire que pour les mangas asiatiques souvent de piètre qualité graphique.
                    Enfin, je vous rejoins sur la cible initiale des lecteurs numériques. Mais aujourd’hui ce n’est plus l’enjeu principal. En contrôlant les livres, on contrôle la culture et par extension l’instruction, la diffusion du savoir, le partage des connaissances et du savoir-faire...


                  • Vilain petit canard Vilain petit canard 13 août 2009 09:34

                    Ouais, oh, je crois que l’enjeu n’est pas tant de contrôler les connaissances que de faire du fric. N’oubliez pas que les décideurs de ces gros machins sont en général des brutes incultes qui ne lisent pas, et qui réfléchissent sur des graphiques et des études de marché rédigées par de sois-disant experts tout aussi incultes. Pénétrer les écoles avec le matos, c’est facile pour eux : les élèves doivent lire, et l’Education Nationale a montré en France qu’elle savait cracher au bassinet (rappelez-vous les T800). Mais intéresser les gros lecteurs, le contenu, etc, ça, ça leur échappe complètement, d’où cet aspect brouillon et idiot de leurs stratégies en gros sabots. Ils menacent incidemment la liberté de reproduire et de diffuser des textes, c’est sûr, mais ce n’est pas leur but premier.


                  • Emmanuel Guillot Emmanuel Guillot 12 août 2009 13:15

                    @Morice : détrompez-vous, Monsieur, le livre numérique n’est plus un échec. Le Kindle se vend bien. Si ce n’avait pas été le cas, si le livre numérique n’avait eu aucun avenir comme vous en êtes convaincu, Amazon n’aurait pas développé à coups de millions de dollars le Kindle 2, ni Sony son lecteur PRS. M. Morice, vous avez vu la taille du stand Sony au dernier salon du livre de Paris ? Vous avez vu les mises en place dans les Fnac ? Des sociétés comme Plastic Logic ne se seraient pas créées. La société française Bookeen n’aurait pas mis au point le Cybook Opus (d’ailleurs déjà en rupture de stock) après avoir sorti le Cybook. Du baratin ? Je ne dis rien ? Allez visiter les sites, M. Morice : http://www.bookeen.com/ebook/ebook-reading-device.aspx Ce sont des faits. C’est la réalité, que vous le vouliez ou non.

                    Par ailleurs, les statistiques sont souvent trompeuses. 90% des gens ouvrent moins d’un demi-livre par an, certes, mais quel est le pourcentage de ceux qui allument leur lecteur MP3 ? Ne sous-estimons pas les geeks. Le jour où vous aurez un lecteur d’e-book à une soixantaine d’euros, la plupart des geeks voudront l’acquérir, et ils entraîneront avec eux tous ceux qui savent faire un petit calcul mental : avec 10 livres libres de droit et donc gratuits, lisibles dans des conditions de confort équivalente à celle du papier, si on met en moyenne le livre papier à 6 euros, ils auront déjà remboursé leur lecteur. Et ils pourront aussi accéder aux livres audio et écouter de la musique. C’est pourquoi il est si important que le prix des lecteurs, actuellement élevé, baisse, et cela prendra encore un peu de temps. Mais cela arrivera, c’est inéluctable.

                    Autre public touché, les amoureux de littérature ou de romans, ceux qui existent et ceux qui le deviendront. Les anglophones, ceux qui trouvent que les éditeurs français ont parfois tendance à mal traduire les livres anglo-saxons, ou à tronçonner les gros pavés, ceux qui explosent leur budget à chaque salon du livre. Il y en a, j’en ai rencontrés. Ceux qui veulent lire les dernières sorties avant tout le monde. Regardez les chiffres de vente en France des versions anglaises d’Harry Potter sorties avant leur traduction, vous aurez une idée du marché.

                    Mais ce qui me conforte le plus quant à l’avenir de l’e-book et à la crainte qu’il fait peser sur les grands éditeurs, c’est encore les réactions très tranchées de certaines personnes dès qu’il en est question. Si le livre électronique n’avait rencontré que l’indifférence, là je me serais posé des questions sur son avenir.

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