• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Louise Farrenc : un grand nom de la musique classique
0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(8 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Louise Farrenc : un grand nom de la musique classique

Elle a sans doute été l'une des plus grandes musiciennes du 19e siècle avec les Allemandes Fanny Mendelssohn et Clara Schumann. Mais si l’on parle encore de la sœur du génial Félix Mendelssohn et de l’épouse du tourmenté Robert Schumann, la Française est, quant à elle, tombée dans un oubli presque total, y compris sur le territoire national. Une indéniable injustice...

 Jeanne-Louise Dumont naît le 31 mai 1804 dans une famille d’artistes : son père, Jacques-Edme Dumont est un sculpteur renommé, et sa mère, Marie-Élisabeth Courton, est apparentée à la famille Coypel dont plusieurs membres ont été des peintres célèbres. Tandis que son frère aîné, Auguste Dumont, suit la voie du père en devenant lui-même un talentueux sculpteur, c’est vers la musique, et plus particulièrement le piano, que se tourne Louise.

 Très vite, la jeune fille montre des dispositions pour l’instrument. Á tel point, si l’on en croit le redouté critique et musicologue belge François-Joseph Fétis, qu’après avoir reçu dans un premier temps l’enseignement d’une élève de l’Italien Muzio Clementi, elle bénéficie des conseils de deux autres grands pianistes et compositeurs : le Slovaque Johann Nepomuk Hummel et l’Allemand Ignaz Moscheles. Trois musiciens européens de renom qui, directement ou par personne interposée, contribuent à faire de Louise une pianiste tout à la fois virtuose et capable d’une très grande expressivité.

 Un quatrième grand nom de la musique se penche ensuite sur l’éducation de cette jeune fille, manifestement très douée : Antonin Reicha, professeur au Conservatoire national de Paris où Louise, alors âgée de 15 ans, entre en 1819. Sous la houlette du talentueux pédagogue bohémien, elle y apprend l’art du contrepoint et les techniques de composition.

 C’est dans cette vénérable institution qu’elle rencontre le flûtiste marseillais Aristide Farrenc, « monté » à Paris en 1815. Tombée amoureuse de cet érudit de culture italienne, Louise suspend ses études à 17 ans pour épouser Aristide en 1821. Un mari éclectique qui, au fil du temps, diversifiera son activité en se faisant éditeur de musique et en rédigeant une importante anthologie intitulée « Trésor des pianistes ». Séduit par le talent de son épouse, Aristide deviendra également son « imprésario ».

 Entretemps Louise complète sa formation auprès de Reicha puis compose ses premières œuvres. Il s’agit tout naturellement de pièces écrites pour son instrument de prédilection : le piano. Bien que classiques dans leur forme et leur inspiration, ces pièces démontrent déjà les qualités créatrices de la jeune femme. Il faut toutefois attendre 1840 pour que Louise aborde la musique de chambre, et l’année suivante pour qu’elle entreprenne la composition de sa première symphonie, après avoir pourtant écrit deux ouvertures pour orchestre dès 1834.

 Les années « quarante » forment d’ailleurs la clé de voûte de la carrière de Louise Farrenc. Outre le fait qu’elle succède en 1842 à Jean-Louis Adam comme professeur de piano au Conservatoire – un poste qu’elle occupera jusqu’en 1872 –, Louise Farrenc compose en une dizaine d’années : 2 quintettes avec piano, 3 symphonies, 2 trios pour piano, violon et violoncelle, 1 sextuor pour instruments à vents, et 1 nonette pour cordes et instruments à vents. Suivront durant les années suivantes quelques œuvres importantes, et notamment 2 autres trios, l’un pour piano, clarinette et violoncelle et l’autre pour piano, flûte et violoncelle.

 Hardiesse et chaleur

 Indiscutablement, ces œuvres sont empreintes d’indéniables qualités d’écriture qui placent sans contestation possible Louise Farrenc parmi les grands compositeurs français de l’époque. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter son superbe et très expressif nonette – créé en 1850 avec la participation du grand violoniste Joseph Joachim –, et surtout ses trois symphonies.

 Composée en 1841, la symphonie n° 1 est caractérisée d’emblée par la sombre tonalité d’ut mineur, avant d’alterner ensuite, entrecoupés par un cantabile romantique, des thèmes dramatiques et vigoureux qui, mieux qu’un long discours, illustrent l’admiration que portait Louise Farrenc à Beethoven et Schubert. Créée à Bruxelles en février 1845 sous la direction de Fétis, cette symphonie soulève l’enthousiasme du public mais aussi des critiques comme le montre cette appréciation de La Belgique musicale : « ... il peut être donné à une femme de marcher avec succès dans l’épineuse voie des Haydn, des Mozart et des Beethoven. [...] L’œuvre de madame Farrenc dénote du caractère, de la hardiesse et de la chaleur, et les masses instrumentales y sont mises en mouvement avec une entente remarquable des effets. » Bien accueillie à Bruxelles, cette symphonie est également reçue quelques semaines plus tard très favorablement à Paris, dans la salle du Conservatoire, par un public pourtant très difficile. Louise Farrenc fait désormais partie du gotha de la musique, comme le confirmera plus tard Hector Berlioz dans le sillage de Robert et Clara Schumann, admiratifs du talent de la Française.

 Les symphonies en ré majeur n° 2 et en sol mineur n° 3, respectivement composées en 1845 et 1847, n’ont sans doute pas la même puissance et le même pouvoir de séduction que l’ut mineur, mais sans atteindre à la qualité des œuvres orchestrales de Berlioz, elles rivalisent sans aucun doute avec les symphonies de cet autre compositeur contemporain de Louise, tout aussi injustement méconnu : George Onslow.

 Dès les années 50 Louise Farrenc compose moins. Elle préfère désormais se consacrer à ses cours au Conservatoire et collaborer au prodigieux travail de compilation des œuvres pour clavier depuis le 16e siècle que réalise son époux, organisant même des concerts où elle joue certaines des pièces redécouvertes dans les manuscrits des compositeurs du passé. Aristide décédé le 31 mai 1865, Louise lui succède et publie les années suivantes les derniers volumes du « Trésor des pianistes », un ouvrage monumental qui fait encore référence de nos jours.

 Louise Farrenc meurt à Paris le 15 septembre 1875, trois ans seulement après son départ du Conservatoire. Elle laisse une œuvre encore trop méconnue. Certes, l’enregistrement en 2001 de l’intégrale des symphonies par l’Orchestre de Bretagne sous la direction de Stefan Sanderling, puis l’organisation par l’Auditorium du Louvre en 2005 d’un cycle de concerts Farrenc/Schumann ont contribué à sortir Louise de l’ombre. Mais de manière modeste, même si de nouveaux enregistrements sont apparus ici et là, et si le nom de Farrenc apparaît désormais dans des concerts de musique de chambre. Peut-être s’est-elle rendue fautive, comme on le lit parfois, de n’avoir pas composé pour l’opéra en un siècle ou ce genre était particulièrement prisé ? Un péché capital, semble-t-il, si l’on en juge par l’oubli qui a également frappé Onslow, coupable du même crime. Par chance, l’oubli n’est pas forcément définitif. Puisse cet article contribuer, même très modestement, à rendre à cette femme remarquable une part de la reconnaissance que mérite son grand talent.

 

Quelques œuvres de Louise Farrenc :

symphonie n° 1 en ut mineur op. 32 (Orchestre de Bretagne dirigé par Stefan Sanderling)

symphonie n° 2 en ré majeur op. 35 (Orchestre de Bretagne dirigé par Stefan Sanderling)

symphonie n° 3 en sol mineur op. 36 (Orchestre de Bretagne dirigé par Stefan Sanderling)

trio en mi bémol majeur pour clarinette, violoncelle et piano op. 44

trio en mi mineur pour flûte, violoncelle et piano op. 45 (allegro desico - piu moderato ed espressivo, andante - poco mosso, scherzo : vivace, finale : presto)

variations pour violon et piano sur un thème suisse op. 20

 

Précédents articles sur la musique classique :

Les grands concertos pour piano

« Eroica », ou la révolution symphonique

Les grands concertos pour violon

Sorciers, elfes, lutins, trolls et fées dans la musique classique

Musique : de Sones de Mariachis à Huapango

La musique classique dans la publicité

L’injuste destin de Fanny Mendelssohn

« Les Adieux » ou la musique au service des revendications

Élisabeth Jacquet de la Guerre, première femme compositeur

Musique : Herschel, la tête dans les étoiles

Padre Davide, rock-star du 19e siècle

Du tuba au bouzouki : des concertos... déconcertants

Les Folies d’Espagne : un thème intemporel

La symphonie concertante : de Stamitz à... Sarkozy

Le siècle d’or de la musique tchèque

Musique : le crescendo rossinien

Le Nègre des Lumières

par Fergus lundi 21 novembre 2011 - 11 réactions
yahoo
0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(8 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox