• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ludwig II ou le mythe du roi fou

Ludwig II ou le mythe du roi fou

louis ii.jpgIl y a 165 ans, Louis de Wittelsbach naquit près de Munich, en Bavière. 41 ans plus tard, il meurt dans sa prison de Berg. Le mythe du roi fou commence. Qui était vraiment Ludwig II, roi de Bavière, plus grand admirateur de Richard Wagner et inépuisable source d’inspiration. Visconti en a fait un film et de nombreux biographes ont tenté de comprendre un des personnes les plus mystérieux de l’histoire. Celui qui a bâti le château de Neuschwanstein dont s’est inspiré Disney pour son logo n’a pas fini de livrer tous les mystères qui l’entoure.

1 - Qui était-il ?

Louis de Bavière est né le 25 août 1845. Il est le fils du dauphin Maximilien (futur Maximilien II) et de la princesse Marie : le fruit de l’union d’un Wittelsbach (famille régnante en Bavière depuis 1180) et d’une Hohenzollern (famille régnante de Prusse). Il est le fils aîné du couple et est donc appelé à régner. Tout au long de son histoire, la famille Wittelsbach a cultivé un goût prononcé pour les arts en plus de fournir au Saint Empire un empereur, Louis, au XIVème siècle. Le petit fils de ce dernier Jean, est un mécène reconnu en Europe. A la renaissance, Albert diffuse le mouvement en Bavière. Au XVIIIème, Charles Théodore est un passionné d’opéra. C’est son fils, Maximilien, qui permit (non sans l’aide de Napoléon) d’élever la Bavière au rang de royaumme, lors du traité de Presburg.

Le troisième roi de Bavière, Louis Ier, qui fit de Munich une des capitales culturelles du continent abdique en 1846 à l’âge de 60 ans et va donc accélérer l’arrivée sur le trône de son petit fils Louis. Il paie de sa couronne sa liaison avec la sulfureuse Lola Montès, une séductrice hors pair qui provoquait scandale sur scandale dans toutes les villes d’Europe où elle passait, une femme à homme, une Marie Duplessis du XIXème. Son train de vie aux frais de la couronne scandalise et pousse les munichois dans la rue : Lola verse une tasse de chocolat chaud sur les manifestants venus à sa porte. Louis Ier est sommé de choisir entre son titre et Lola : un dilemme cornélien. Son choix se porte néanmoins sur la belle irlandaise, qui se disait espagnole.

En 1864, Louis II devient roi après la mort de son père, un érudit austère peu enclin à laisser libre cours à son imagination, peu intéressé par son fils aîné avec qui il n’a guère de points communs. Lors de son accession au trône le 14 Mars, Louis fait forte impression : les Munichois sont enthousiastes d’avoir pour souverain cet élégant jeune homme, au charme certain, le regard magnétique, considéré comme "le plus beau roi d’Europe".

2 - Était-il fou ?

De_20_jarige_Ludwig_II_in_kroningsmantel_door_Ferdinand_von_Piloty_1865.jpgEn 1886, Louis II est destitué par un rapport très contestable (voir plus bas) qui conclut à son internement dans le château de Berg : le souverain est déclaré fou. Mais le plus célèbre des souverains bavarois l’était-il vraiment ? Le terme de passionné conviendrait peut-être mieux. Il vivait à travers ses passions. Habité par l’univers chevaleresque des légendes allemandes dans son enfance, cela le conduit naturellement à épouser l’univers des opéras Wagnériens : sa première décision en tant que roi fut d’amener le compositeur à Munich, tâche loin d’être aisée car Wagner, considéré comme un anarchiste après qu’il ait mené les révoltes de Dresde, se cache à Stuttgart. Le roi voue dès lors une admiration mystique à Richard Wagner.

Il est bouleversé par la représentation de Lohengrin le jour de ses seize ans. Il est même victime de spasmes lorsqu’il assiste à Tannhäuser. Dans son château de Linderhof, il fait construire une grotte souterraine reproduisant l’univers de Tannhäuser avec un jeu de "son et lumières" incroyablement moderne pour l’époque. Pour Louis, Wagner est au-dessus de tout, il fait office d’ami, de guide spirituel, de mage : les lettres enflammées qu’ils s’envoient en sont la meilleure des preuves. Louis II n’en était pas pour autant mélomane, il ne disposait pas d’une oreille de qualité : c’était un "spectateur adolescent" selon les mots de l’historien Jacques Bainville.

Néanmoins, cette passion enflammée tend à s’estomper quelque peu vers 1866-1867. Dès lors, Louis II se passionne pour la monarchie absolue française, il s’incline devant des bustes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, organise des dîners avec Marie-Antoinette et des voyages à Versailles et à Reims. Il s’offre une reproduction de Versailles et de la galerie des glaces : le château de Herrenchiemsee. Louis II est en permanence plongé dans son imagination et les deniers de la couronne lui en donnent la possibilité. C’est un éternel rêveur même si la question de sa folie n’a jamais été tranchée : les deux biographes références en la matière divergent : paranoïaque pour Jean Des Cars, il ne l’est en aucun cas pour Jacques Bainville. Torturé, passionné, misanthrope, homosexuel refoulé mais pas fou.

3 - Fut-il un bon roi ?

ludwig.jpgA cette question, répond celle, qui ne connaît de réponse à valeur d’axiome, qu’est-ce qu’un bon roi ? Louis II était aimé des Bavarois (même si le misanthrope qu’il était ne les aimait pas) mais la popularité suffit-elle à faire d’un souverain un bon roi ? Lorsqu’une commission gouvernementale vient arrêter le roi à Neuschwanstein, elle dut faire face à l’hostilité des villageois bavarois venus défendre le roi. Et durent s’y répondre à deux fois pour arrêter le monarque.

Désintéressé par les questions politiques, il tenta tant bien que mal au début de son règne de peser sur les affaires du royaume mais très vite fut gagné par l’ennui. En 1886, la bataille de Sadowa (Prusse contre coalition des états du sud) et ce malgré la défaite des bavarois, retarde l’absorption de la Bavière dans le futur Reich allemand car l’inaction de Louis II dans le conflit joua en la faveur de son royaume, qui conserve son indépendance. Tout d’abord, il ne voit pas d’une mauvais oeil l’hégémonie prussienne qui se profile sur les états allemands mais sa position évolue progressivement : il peste dès lors contre les prussiens qui ont sapé son indépendance (guerre de 1870, création du Reich allemand) mais là encore, ce discours n’est-il pas dicté non par son opinion politique mais par sa passion de la monarchie absolue française : le roi Soleil aurait-il laissé empiéter ses voisins sur l’autonomie de la France ?

Enfin, son obstination à conserver Hohenloe en tant que chef de cabinet alors même que les élections avaient discréditées les libéraux, peut-elle être considérée comme un signe de bonne gestion du royaume, de respect des volontés bavaroises ?

4 - Qu’a-t-il laissé en héritage ?

neush.jpgPolitiquement parlant, l’héritage de Louis II est celui de la disparition progressive de la Bavière en tant que telle. C’est sous son règne qu’elle est intégrée à l’empire allemand naissant et faute de descendance directe, l’internement de Louis II propulse sur le trône son frère fou Othon et la régence est assurée par leur oncle Luitpold. Le fils de ce dernier, Louis III, sera le sixième et dernier roi bavarois. Louis II dernier véritable "roi" de Bavière donc. Cependant, il aura eu le mérite de conserver au sein du Reich une singularité et une certaine importance bavaroises, qui consistera par exemple en le maintien d’ambassades bavaroises à l’étranger jusqu’en 1918.

Mais l’héritage que laisse avant tout Louis II et qui lui vaut sa célébrité, ce sont ses châteaux bien sur ! Le plus imposant tout d’abord : Neuschwanstein (voir photo) à la frontière autrichienne, au milieu des Alpes, bâti sur les ruines d’un château du moyen-âge qui surplombe Hohenschwangau, le château d’enfance du roi. Neuschwanstein est un des monuments les plus visités d’Allemagne, un château extravagant imprégné des légendes germaniques qui n’est pas sans rappeler le château de Pena, près de Lisbonne. Le magnifique pavillon de Linderhof ensuite et Herrenchiemsee reproduction de Versailles, voilà les héritages de Louis II.

Mais pour eux, Louis II dépense des sommes astronomiques : 20 millions pour Herrenchiemsee, la Bavière est au bord de la faillite si bien que le cabinet commence à ne plus octroyer de crédits au roi qui doit faire face aux plaintes de ses créanciers et le cabinet saisit la plus belle occasion qui lui ait été donnée pour renverser le roi : le gouffre financier de ses trois châteaux. Neuschwanstein, Herrenchiemsee et Linderhof auront donc condamné le roi tout en bâtissant sa légende : drôle de paradoxe.

5 - Comment est-il mort ?

mort.jpgLa mort de Louis II reste une énigme. Le 13 Juin 1886, Louis, emprisonné au château de Berg demande à son médecin Von Gudden (l’auteur du rapport statuant de la folie du roi) de faire une promenade au bord du lac de Starnberg. Étrangement, Von Gudden indique aux deux escortes habituels de se retirer et de les attendre pour huit heures. A dix heures, les deux hommes ne sont toujours pas là, et on commence (enfin) à s’activer. Premier élément mettant en cause la théorie officielle, pourquoi n’avoir commencé à les chercher que deux heures après l’heure où ils auraient dus revenir ? Durant tout ce temps, un assassinat aurait bien pu être maquillé... Ce n’est qu’une heure plus tard que les corps des deux hommes sont retrouvés sans vie. Officiellement, Louis II a d’abord assassiné son médecin puis est mort noyé après avoir été victime de congestion du fait de l’eau glaciale.

Néanmoins, cette explication est discutable : pourquoi Louis II se serait-il lancé dans pareille entreprise ? L’hydrocution était quasiment assurée, il ne pouvait l’ignorer : un suicide ? Envisageable d’autant plus que Louis se savait condamné à rester reclus à Berg jusqu’à sa mort : impensable pour l’homme de Neuschwanstein et des opéras wagnériens.

Autre théorie, la tentative d’évasion. Profitant de l’absence d’escorte, Louis II aurait assassiné son médecin pour tenter de rallier l’autre côte du lac. Plausible mais était-ce une tentative d’évasion inconsidérée où Ludwig se retrouvait seul, errant on ne sait où ; ou bien une évasion préméditée et organisée sachant qu’un partisan l’attendait. Un partisan ? Et pourquoi pas unE partisane comme sa cousine Sissi, l’impératrice d’Autriche, seule femme quoi soit parvenue à le comprendre et qui bénéficiait de son affection. Cette théorie fait en tout cas son bout de chemin.

Enfin, certains assurent que le roi a été assassiné, car il gênait Luitpold le prince-régent, sa popularité représentant un danger. Deux arguments pour étayer cette thèse : comment des gendarmes, des domestiques, des soldats ont-il pu découvrir le corps du roi après plus d’une heure de recherche alors que le parc de Berg n’a rien d’un gigantesque domaine ? Pendant tout ce temps là, en plus des deux heures d’attente, on a bien eu le temps de déguiser un meurtre en noyade. Ensuite, deux éléments "à charge", qui ont malencontreusement disparu dans un incendie dans les années 70. Un manteau troué de balles qui aurait appartenu au roi et un tableau représentant le roi agonisant, le corps ensanglanté. Faibles comme preuves, mais suffisantes pour alimenter la théorie du complot...
 
 
Vous pouvez retrouvez ce texte dans son contexte original sur mon blog 
Le site francophone dédié au souverain est complet et sa galerie photos mérite le détour 
Impossible de ne pas évoquer le film "Le Crépuscule des Dieux" de Luchino Visconti
La biographie de Jacques Bainville et celle de Jean Des Cars sont incontournables 

Moyenne des avis sur cet article :  4.67/5   (12 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

AJ


Voir ses articles







Palmarès



Partenaires