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Lumière distante

Différentes lumières s’offrent à nous. Tantôt spirituelles, tantôt hargneuses. C’est la misère de son peuple, oppressé pendant des siècles, qui reste la clé de voute de son oeuvre. Pēteris Vasks, né en Lettonie en 1946, ressent dès son plus jeune âge les représailles perpétrées par la force d’occupation de son pays, systématiquement russifiée par Moscou après la seconde guerre mondiale. Sa musique est accessible, chose rare dans le milieu contemporain, tant structurellement qu’émotionnellement. Grâce à des techniques d’écritures simples. Il se fait le chantre de l’échelle diatonique, au contraire du chromatisme, à peine employé. "Je joue avec l’échelle diatonique la beauté de ce qui nous reste de la nature et qui doit être protégée, les arbres, le rivage, le chant des oiseaux." C’est ainsi qu’on se prend de passion pour le Concerto pour violon « Tāla Gaisma », composé en 1996/97, commande du festival de Salzbourg créée le 10 août 1997 par le soliste Gidon Kremer. "Lumière distante" en français se dévoile peu à peu. Mélancolique, dramatique, idéaliste, intense, tendue, ténue, méditative, autant de lumières à sublimer, autant d’espaces à chanter. Car il est bien question d’un chant. "Qui vient du silence et qui flotte au-dessus de ce silence, plein d’idéalisme et d’amour", pour reprendre les mots de Vasks lui-même.
 
Commençant sur un mi épuré, invitant à tendre une oreille précise, Tāla Gaisma est un concerto de forme unipartite, avec des épisodes contrastés et trois cadences pour le soliste. Il y a quelque chose de religieux dans ce thème des premières minutes, l’influence de la musique orthodoxe sans doute. C’est une prière venue de nulle part. Vasks décrit l’oeuvre comme ceci : "Les premières notes s’élèvent lentement, sans hâte, puis la cantilène lumineuse et en même temps triste se fait finalement entendre. Après la cadenza I, un chant ample commence avec des accords dans le registre grave, et gagne progressivement en intensité. Avec un changement soudain de tempo et de caractère, l’épisode suivant commence. J’y ai utilisé un langage musical qui se rapproche de la musique traditionnelle lettonne. La cadenza II amène dans la musique agitée un caractère différent qui se perd cependant dans le tutti du soliste et de l’orchestre. Après l’éruption soudaine, la voix du silence revient. Le violon continue de chanter et, dans une intensification continuelle parvient au second épisode dramatique. La cadenza III et la section aléatoire suivante constituent le sommet de tout le concerto. Le chaos aléatoire est interrompu par un rythme robuste, agressif même, de valse. A la reprise, la conception musicale du début revient. Bien qu’il semble un instant triste, le concerto est empreint de tristesse lumineuse. La valse se fait encore entendre, cette fois comme le reflet de souvenirs lointains."
 
Amoureux du glissando qu’il distille avec parcimonie dans ses oeuvres, Vasks contribue à un sentiment de bien-être et d’audace à la fois. L’orchestre nous rassure, tandis que le violon nous conte ses sentiments les plus intimes, ce que l’on veut taire. On ne décroche pas de la première à la dernière note. Deux versions sublimes ont été enregistrées. Celle de Gidon Kremer bien sûr, disponible en écoute gratuite sur Musicme.com. Et celle pour laquelle j’ai une affection particulière, tant pour la sonorité de la violoniste que l’interprétation elle-même - enregistrement auquel le compositeur a d’ailleurs collaboré - éditée chez Bis, en écoute libre la moitié seulement sur le site du label, celle de Katarina Andreasson avec le Swedish Chamber Orchestra. Une intensité bien plus forte que la première version avec Gidon Kremer.
 
 
Pēteris Vasks a toujours rêvé que sa musique console et interroge, notamment là où se trouve les malheureux. Une partie est déjà réussie. Et les dernières notes du concerto se sont évaporées depuis longtemps déjà.
 
 
par Frédéric Degroote (son site) jeudi 17 décembre 2009 - 0 réaction
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