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Mais qui était Colbert ?

Il est noté textuellement au verso de la couverture de l’ouvrage : « Magistrat à la cour des Comptes, ancien élève d’HEC et de l’ENA, François d’Aubert est spécialiste de l’histoire financière française. Social libéral de conviction, il a été député de la Mayenne, Maire de Laval, Secrétaire d’Etat au Budget et Ministre de la Recherche, Responsable de commissions d’enquêtes parlementaires sur la criminalité organisée et sur le Crédit Lyonnais, il a publié l’Argent sale, Coup de Torchon sur Bruxelles et Main basse sur l’Europe. Il est aujourd’hui délégué général à la lutte contre les paradis fiscaux. »
 
(Ndl’A : Notons qu’en matière de paradis fiscaux, l’actualité doit lui fournir matière à occupation !) 
 
Pour compléter cette bio, j’ajoute que Wikipedia indique que François d’Aubert est né le 31 octobre 1943 à Boulogne-Billancourt.
 
Mais, suivons les traces de Colbert guidé par François d’Aubert :
Si ses contemporains l’avaient vite oublié et les mémorialistes de son temps un peu ignoré, une lente sortie de l’oubli s’effectua grâce à Voltaire qui vit en lui un serviteur dévoué du royaume. Vint ensuite Necker qui rendant hommage à l’esprit de sagesse et de modération de Colbert, cherchait ainsi à renvoyer pour lui-même une telle image vers la cour de Louis XVI en vue de s’imposer en tant qu’administrateur des finances.
 
Le XIXème siècle continua d’exalter l’image d’un bourgeois travailleur et désintéressé serviteur de l’Etat.
 
Puis, ce fut la IIIème République qui consacra la posture du grand ministre méritant, travailleur infatigable au service des Finances, du Commerce et de l’Industrie, restaurateur de la Marine.
 
Enfin Ernest Lavisse puis Mallet-Isaac, au XXème siècle gravèrent dans le marbre et dans les esprits des petits écoliers, l’image du grand commis, créateur des Manufactures, protecteur des Arts et des Lettres, installant leurs Académies, organisateur des Finances, travailleur inlassable sous la houlette duquel les grands travaux tels le Château de Versailles et le Canal du Midi furent réalisés, régisseur des Forêts et administrateur du (presque) tout Etat sans l’aide duquel le règne de Louis XIV eut été différent.
 
Aujourd’hui encore, telle est l’image de Colbert perçue dans la plupart des esprits.
Mais, reprenons le livre à ses débuts :
 
François d’Aubert nous présente une famille riche et puissante se chargeant d’aider un adolescent de seize ans qui a dû interrompre ses études du fait des mauvaises affaires de son père. Après quelques années de « petits boulots » et d’apprentissages dans divers établissements financiers, le clan familial finira par lui faire obtenir à 21 ans une modeste charge d’Agent civil de la Maison du Roi.
Après la mort de Richelieu, la plupart des gens de sa suite reprirent les mêmes fonctions auprès de Mazarin et parmi eux Michel Le Tellier, père du jeune Louvois mais en ce temps patron de Colbert, ainsi qu’un grand oncle du jeune homme (Particelli d’Emery). 
 
Cette équipe, autour de Mazarin, accompagnée de la Reine Mère et du jeune roi traversa alors les désordres de la Fronde, Colbert restant sous les ordres de Le Tellier.
 
Ce fut lors de cette angoissant période de la Fronde que de très solides liens de confiance s’établirent entre le futur grand ministre et le jeune Roi Louis XIV qui attendait son heure !
 
Le Tellier proposa les services du jeune homme à Mazarin qui les accepta d’abord avec réticence. Cependant Colbert sut gagner la confiance de ce dernier auprès duquel il s’initia aux arcanes de la finance et aux roueries des financiers, dont il utilisa plus tard les tours à son profit.
 
Le livre s’applique à nous montrer comment l’intimité grandissante entre les deux hommes fit que Colbert devienne gestionnaire en titre de la fortune (immense) de Mazarin.
 
Bien avant la mort de ce dernier, Colbert ayant acquis le domaine de Seignelay, terre « noble » lui permettant de lorgner un titre nobiliaire, commencèrent les premières escarmouches avec Fouquet en qui il voyait un rival gênant pour la suite de sa carrière.
 
Mazarin disparu, Colbert sut habilement susciter la jalousie de Louis XIV envers le trop brillant et trop richissime Surintendant des Finances et ourdir un complot qui aboutit au procès que l’on connaît : fausses accusations, témoins et juges sous influence avec pour résultats la confiscation de ses biens, dont Colbert sut capter la plus grande partie, et le bannissement de Fouquet. 
 
A la conclusion de ce jugement, outre son installation à la charge de Contrôleur Général des Finances, en remplacement de celui qu’il venait de faire condamner, les nominations aux plus hautes fonctions de l’Etat lui furent accordées : Secrétaire de la Maison du Roi, Surintendant et ordonnateur général des bâtiments, arts, tapisseries et manufactures de France, directeur de la Compagnie des Indes Orientales et de la Compagnie des Indes Occidentales, secrétaire d’Etat à le Marine… Avec les émoluments correspondants, sans compter les « cadeaux » royaux distribués ponctuellement à lui-même ou aux membres de sa famille. 
 
 Nous faisant suivre pas à pas l’évolution de la carrière de ce ministre, François d’Aubert souligne ce qu’il y avait de rouerie, mais aussi de brutalité dans la conduite de Colbert, le service des intérêts de la couronne servant souvent d’alibi à ses exigeantes demandes de rétribution. Autocrate, atrabilaire, exigeant, méprisant avec les subordonnés et les petites gens, obséquieux devant son maître et les favorites, « maquereau royal », mille anecdotes nous le présentent aux prises avec ses concurrents qu’il tenta d’écraser par tous les moyens. Notamment, sa rivalité avec Louvois exacerba ses rancoeurs, ce qui finalement exaspèrera le Roi. 
 
Au passage, nous revivons ses plus belles réussites : l’essor des Arts et Belles Lettres, la création d’une nouvelle Marine, la maîtrise d’œuvre de la construction de Versailles, la mise en place d’une Administration centrale, le percement du Canal du Midi… 
 
La lecture nous entraîne à la suite du ministre et sa quête sans cesse plus pressante d’argent public, afin de satisfaire la mégalomanie de son Roi avide de fastes somptueux, d’armées puissantes et de victoires guerrières…Mais aussi soucieux de sécurité, organisateur de la sûreté intérieure, n’hésitant pas à faire la chasse aux Bohémiens (déjà !), quitte à pourvoir de rameurs ses galères de Méditerranée… 
 
En un style sec mais précis l’auteur n’élude pas les questions (qui fâchent) trop souvent oubliées par les historiens : Les revenus sa vie durant et l’état de la fortune de Colbert après sa disparition. Un chapitre nanti de sérieuses références bibliographiques y est consacré. On y constate qu’à l’exemple de ses prédécesseurs, Sully, Richelieu, Mazarin… Colbert a amassé au cours de ses vingt trois années de bons et presque loyaux services une fortune colossale, ainsi qu’un patrimoine foncier remarquable (Domaine de Seignelay, château et parc de Sceaux, domaines berrichons et normands totalisant plus de 5.000 hectares ! 
Que reste-t-il aujourd’hui de l’œuvre de ce ministre ? Sans doute une méthode : Un état centralisateur, certainement, et le « colbertisme », dont aujourd’hui encore l’idée que l’Etat intervienne hors du champs régalien est partagée par nombre de nos concitoyens bien que la plupart des sociétés crées par Colbert, qui déjà pesaient lourdement sur le denier public, n’aient perdurées au-delà de son règne ministériel. Sa propension à utiliser la chose publique à fin d’enrichissement personnel a-t-elle inspiré certains de ses successeurs ? Allez savoir, car depuis Cincinnatus, trop peu nombreux ont été les ministres exempts de tout soupçon… Tandis que de nos jours les affaires publiques plus exposées que naguère aux regards des citoyens ne permettraient plus les mêmes manipulations, quoique… 
Des « affaires » de copinages, de cadeaux entre amis, de rivalités au sein d’une même équipe au pouvoir sous l’autorité d’un monarque, tandis que l’argent reste le point de mire de tous les protagonistes : voilà un livre qui peut nous inciter a oser quelques rapprochements avec l’actualité… 
 
Un bon livre d’Histoire, pour les amateurs, aux éditions Perrins, ISBN
978-2-262-03211-1, 23€ 
 



par alberto jeudi 5 août 2010 - 19 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Lisa SION 2 (---.---.82.224) 5 août 2010 11:23
    Lisa SION 2

    Bonjour,

    « Que reste-t-il aujourd’hui de l’œuvre de ce ministre ? » La forêt de Tronçais, tracée par ses soins et destinée à assurer la plus belle plantation de chênes ( 12.000 hectares ) susceptibles de constituer la matière première base de la flotte dont espérait la France. Et puisqu’il faut deux cent vingt ans pour que ceux-ci arrivent à maturité, ce n’est pas le terme d’une telle entreprise qui faisait peur aux autorités de l’époque. Ce n’est plus le cas aujourd« hui...

    Malheureusement, tout a changé depuis et notamment la marine et le pouvoir, et sur une simple signature du président de l’onf locale, qui sous prétexte d’une éventuelle maladie déclara passer de 220 à 180 la date d’exploitation, autour d’un million d’abres furent mis en vente à la va vite. http://www.liberation.fr/vous/01011... en un rien de temps. 

    Francois d’Aubert, monsieur lutte contre la corruption aux côtés d’Eva Joly, le pouvoir n’a qu’à bien se tenir... »

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