Radiohead, Manu Chao, Nine Ich Nails, Saul Williams, Jamiroquai ont ceci en commun qu’ils on quitté leur maison de disque. Ce choix de rupture est aujourd’hui partagé par des milliers d’artistes et devient de moins en moins marginal. La raison principale de ce déclin est que le modèle offert par les maisons de disque a fait son temps et que nous assistons à une redéfinition des rapports entre artistes, producteurs, et nous autres auditeurs.
Un modèle en déclin
Le rôle des maisons de disque s’estompe de jours en jours. Elle n’effectue plus la découverte des nouveaux artistes qui se font connaître directement sur le terrain ou sur internet. Internet a permis cette mini révolution dans la musique qui est la redécouverte de la promotion des artistes par un modèle purement méritocratique. Via Myspace, sellaband, ou encore jamendo, les artistes « méritants » se font repérer par des mélomanes en mal de matière première. Reste la distribution, emblème des maisons de disques, qu’elles font miroiter aux artistes comme le synonyme de la viabilité économique de leur art. Mais la encore le bat blesse, un artiste touche environ 30cts par album vendu, et 3cts par chanson sur les plateformes en ligne, quand on compare ces sommes à la récente réussite de Radiohead le paradoxe devient évident. Radiohead a récemment mis en ligne sur Internet son dernier album en téléchargement libre, la participation financière étant laissé à la libre appréciation du visiteur. Résultat des courses : 200 000 albums téléchargé, avec un prix de vente moyen de 4€.
Le réveil des artistes
Saul Williams a sorti son nouvel album sous un modèle à peu près similaire à celui de Radiohead : téléchargement gratuit ou à 5$ pour soutenir l’auteur. Cet exemple est également parlant car il s’agit presque d’un brûlot contre les maisons des disques et autres labels, je cite le monsieur : “La plupart des gens n’ont pas conscience du monde de l’art et du commerce où l’exploitation dépouille chaque artiste comme un nègre” explique-t-il. “Chaque label, à l’instar de l’apartheid, nous divise par nos différences et nous bat jusqu’à ce que nous acceptions les plus petits chiffres. Ce qui tombe entre les mailles du filet, c’est une pile de disques empilés sur la montagne de talents qui ne sont pas mis en lumière.”
Les démarches de ce genre se développent exponentiellement sur Internet aujourd’hui. Le home studio est devenu quelque chose d’abordable pour tous les jeunes groupes un peu sérieux, le boom de la musique sous licence « créative commons » est en marche (téléchargement gratuit mais pas d’utilisation commerciale) avec des plateformes telles que jamendo.com (10000 albums disponibles) ou Myspace et les plateformes de vente en ligne s’ouvrent au artistes indépendants.
De la nécessité d’une maison de disque
Bien entendu ce réveil n’est pas unilatéral et les maisons de disques bien conscientes de la situation font des efforts pour relancer leur « attractivité » : CD collector, interopérabilité, streaming gratuit de musique, et bien entendu toujours un réseau de distribution et de promotion monstrueux. Les événementiels physiques, les opérations de co-branding, les ventes de produits dérivés sont autant de moyens que l’artiste seul ne peut se permettre de réaliser ou tout du moins pas aussi bien, et cette distinction est très importante. Aujourd’hui avec Internet et un bon ordinateur je peux tout faire moi-même, un Home Studio pour enregistrer et mixer mon CD, un ami qui me développe mon site internet, je fais mon autopromo avec des sites web2.0 et j’attends que la mayonnaise prenne. Mais bien que je sois le plus grand de tous les artistes, rien ne dit que j’ai l’expérience ou encore le talent nécessaire pour réaliser toutes ces étapes correctement. C’est ici que réside la nécessité d’une maison de disque : le talent de centaines de personnes au service de mon petit talent artistique.
On peut imaginer que dans quelques années, si l’évolution continue dans le même sens, on ne trouvera plus beaucoup de grands groupes internationaux mais beaucoup plus de petits groupes pouvant vivre de leur musique. Via la suppression des intermédiaires entre eux et le public, se créerai une sorte de mécénat généralisé qui permettrait à tous d’accéder à la musique. Finalement les grands vainqueurs de cette guerre, c’est nous. Pendant que les artistes se débattent pour être sur de pouvoir vivre de leur art, et que les maisons de disques se démènent pour prouver qu’elles ont encore leur place dans l’écosystème musical, c’est la création artistique dans son ensemble qui est bousculée, motivée, excitée, et pour nous une qualité supérieure.
Muziko

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