• mercredi 8 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Maison de disque et artistes indépendants : une guerre ouverte
7%
D'accord avec l'article ?
 
93%
(73 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Maison de disque et artistes indépendants : une guerre ouverte

Radiohead, Manu Chao, Nine Ich Nails, Saul Williams, Jamiroquai ont ceci en commun qu’ils on quitté leur maison de disque. Ce choix de rupture est aujourd’hui partagé par des milliers d’artistes et devient de moins en moins marginal. La raison principale de ce déclin est que le modèle offert par les maisons de disque a fait son temps et que nous assistons à une redéfinition des rapports entre artistes, producteurs, et nous autres auditeurs.

Un modèle en déclin

Le rôle des maisons de disque s’estompe de jours en jours. Elle n’effectue plus la découverte des nouveaux artistes qui se font connaître directement sur le terrain ou sur internet. Internet a permis cette mini révolution dans la musique qui est la redécouverte de la promotion des artistes par un modèle purement méritocratique. Via Myspace, sellaband, ou encore jamendo, les artistes « méritants » se font repérer par des mélomanes en mal de matière première. Reste la distribution, emblème des maisons de disques, qu’elles font miroiter aux artistes comme le synonyme de la viabilité économique de leur art. Mais la encore le bat blesse, un artiste touche environ 30cts par album vendu, et 3cts par chanson sur les plateformes en ligne, quand on compare ces sommes à la récente réussite de Radiohead le paradoxe devient évident. Radiohead a récemment mis en ligne sur Internet son dernier album en téléchargement libre, la participation financière étant laissé à la libre appréciation du visiteur. Résultat des courses : 200 000 albums téléchargé, avec un prix de vente moyen de 4€.

Le réveil des artistes

Saul Williams a sorti son nouvel album sous un modèle à peu près similaire à celui de Radiohead : téléchargement gratuit ou à 5$ pour soutenir l’auteur. Cet exemple est également parlant car il s’agit presque d’un brûlot contre les maisons des disques et autres labels, je cite le monsieur : “La plupart des gens n’ont pas conscience du monde de l’art et du commerce où l’exploitation dépouille chaque artiste comme un nègre” explique-t-il. “Chaque label, à l’instar de l’apartheid, nous divise par nos différences et nous bat jusqu’à ce que nous acceptions les plus petits chiffres. Ce qui tombe entre les mailles du filet, c’est une pile de disques empilés sur la montagne de talents qui ne sont pas mis en lumière.”

Les démarches de ce genre se développent exponentiellement sur Internet aujourd’hui. Le home studio est devenu quelque chose d’abordable pour tous les jeunes groupes un peu sérieux, le boom de la musique sous licence « créative commons » est en marche (téléchargement gratuit mais pas d’utilisation commerciale) avec des plateformes telles que jamendo.com (10000 albums disponibles) ou Myspace et les plateformes de vente en ligne s’ouvrent au artistes indépendants.

De la nécessité d’une maison de disque

Bien entendu ce réveil n’est pas unilatéral et les maisons de disques bien conscientes de la situation font des efforts pour relancer leur « attractivité » : CD collector, interopérabilité, streaming gratuit de musique, et bien entendu toujours un réseau de distribution et de promotion monstrueux. Les événementiels physiques, les opérations de co-branding, les ventes de produits dérivés sont autant de moyens que l’artiste seul ne peut se permettre de réaliser ou tout du moins pas aussi bien, et cette distinction est très importante. Aujourd’hui avec Internet et un bon ordinateur je peux tout faire moi-même, un Home Studio pour enregistrer et mixer mon CD, un ami qui me développe mon site internet, je fais mon autopromo avec des sites web2.0 et j’attends que la mayonnaise prenne. Mais bien que je sois le plus grand de tous les artistes, rien ne dit que j’ai l’expérience ou encore le talent nécessaire pour réaliser toutes ces étapes correctement. C’est ici que réside la nécessité d’une maison de disque : le talent de centaines de personnes au service de mon petit talent artistique.

On peut imaginer que dans quelques années, si l’évolution continue dans le même sens, on ne trouvera plus beaucoup de grands groupes internationaux mais beaucoup plus de petits groupes pouvant vivre de leur musique. Via la suppression des intermédiaires entre eux et le public, se créerai une sorte de mécénat généralisé qui permettrait à tous d’accéder à la musique. Finalement les grands vainqueurs de cette guerre, c’est nous. Pendant que les artistes se débattent pour être sur de pouvoir vivre de leur art, et que les maisons de disques se démènent pour prouver qu’elles ont encore leur place dans l’écosystème musical, c’est la création artistique dans son ensemble qui est bousculée, motivée, excitée, et pour nous une qualité supérieure.

Muziko

par Cetras samedi 16 août 2008 - 23 réactions
7%
D'accord avec l'article ?
 
93%
(73 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 16 août 2008 18:08
    Forest Ent

    Il est difficile de vendre de la musique, si on a aucune visibiité , comme dans tout marché. Le bouche à oreille et la promo blog est quelque chose qui a une efficacité limitée. Par contre passez à la radio et à la télé , faites un clip et la vous serez connu. Pour ce faire il faut beaucoup d’argent, c’est ce à quoi servent les majors , il est normal qu’elles récupèrent leur billes dans le deal.

    Tout cela décrit ce qui se passait au 20ème siècle. Ca ne fonctionnera plus ainsi au 21ème. En tant que consommateur, je peux vous assurer que je n’ai pas besoin de tout cela pour faire mes choix. Ca fonctionnera autrement. La promo coûte effectivement très cher, mais n’apporte plus grand chose. Le net, les forums, youtube, tout ça ... Il y avait un système industriel cohérent. Il n’existera plus.

    Aujourd’hui les plateformes comme Itunes prennent entre 40 et 70% des ventes sur un titre suivant l’artiste, qui est l’intermédiaire avide alors ?

    Faux. La marge brute de itunes est de 15% et Apple ne gagne pas de sous avec itunes seul.

    A court terme, ils sont perdant, car les majors ne leur payent pas les ventes sur internet (voir en particulier le procès Allman Bros Vs Universal Music Group).

    Oui, idem pour les ventes de sonneries et autres produits dérivés. C’est scandaleux en effets surtout pour les sonneries qui est un business monstre.

    Le marché sur le net n’est pas très développé, mais il n’y en aura plus d’autre, d’où l’importance de la répartition des droits. C’est ce point qui explique, comme décrit dans l’article, que des artistes préfèrent vendre directement.

    C’est ce même sujet qui a motivé la grève des scénaristes, puis des acteurs de Hollywood.

    Ils ont accès à une musique de moindre qualité sonore que le CD.

    Faux. C’est la même. Un CD, c’est du numérique. On peut diffuser du .wav si l’on veut sur le net. Et il y a des formats lossless comme le FLAC.

    C’est un peu le même problème que la conduite sur les autoroutes. On aura beau mettre des panneaux de vitesse , tant qu’il n’y aura pas de radars et de controles par les flics , les gens ne respecterons pas les indications. Laissez de la liberté au gens et ils en abusent de manière irresponsable malheureusement.

    Amusant. Et tout à fait dans l’esprit de la RIAA.

  • Par Marc Bruxman (xxx.xxx.xxx.233) 17 août 2008 01:59

    Oui internet est en train d’oblitérer le commerce des maisons de disques. Les artistes commencent à le comprendre et le business model des majors va petit à petit devoir s’adapter ou il s’effondrera.

    Les artistes risquent par contre de passer sous la tutelle des organisateurs de concerts tant il est clair qu’organiser des festivals ou des concerts est aujourd’hui un boulot de pro. Le monde de la techno est déja précurseur en ce domaine. Les gros organisateurs de festivals comme ID&T ou QDance y ont un grand pouvoir notamment sur les pays ou s’étendent leurs festivals (Belgique, Pays-Bas, Allemagne). Cela sera d’autant plus vrai en France que à cause de cette loi inique qui réglemente les établissements de nuit, il est très difficile pour un petit groupe de se produire. (Inversement à Rotterdam c’est assez simple d’avoir une chance de jouer et donc de se faire repérer du public).

    Mais ce qui est intéréssant aujourd’hui n’est plus tant le sort des maisons de disques qui est déja scéllé mais tout ce qui vient. Le papier électronique (grosso modo un iPod du livre) arrivera en 2009 pour les grandes séries (mais déja 240 000 unités vendues pour le Kindle d’Amazon rien qu’aux USA). La presse et l’édition vont donc a court terme subir le même sort que le monde de la musique.

    Si le cinéma est protégé par les très gros couts de réalisation d’un film, on commence aussi a voir arriver des inovations intéressantes comme les caméras "RedOne" ainsi que des logiciels de montage "abordables" par rapport à ce qui se fesait avant. Le tout se couple avec l’arrivée du projecteur numérique (sans projectioniste et sans bobines) et quand on sait que la bobine coutait très cher dans la distribution d’un film on voit que le cinéma risque de devenir à la portée d’acteurs beaucoup plus petits.
    Cela ce n’est que pour l’art. On va assister dans les prochaines années à un vrai clash entre les techniques numériques et le vieux monde. De très mauvaises lois sont à attendre tant nos amis politiques risquent d’être désagréablement surpris de ce tsunami qui va déferler.


  • Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 17 août 2008 08:35
    Deneb

    "le talent de centaines de personnes au service de mon petit talent artistique"
    Mais ces centaines de personnes, améliorent-ils l’oeuvre ou le rendent-ils juste plus vendeur ?
    Si l’on investit plus d’argent dans une oeuvre, sera-t-elle plus créative, ou juste plus vendable ? Le marketing ainsi contenu ne l’est-il pas au détriment du coté créatif de l’oeuvre ? Mélanger le marketing et la culture est-ce vraiment très sain pour la culture, et à long terme, pour la société en général ?

    Sans vouloir être complotiste, l’"industrie culturelle" peut très vite, si "par malheur" la situation l’exige, devenir l’industrie de la manipulation, si elle ne l’est pas déjà.

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 16 août 2008 16:56
    Forest Ent

    Très bon article. A long terme, les artistes seront gagnant en se débarrassant d’un intermédiaire avide et envahissant. A court terme, ils sont perdant, car les majors ne leur payent pas les ventes sur internet (voir en particulier le procès Allman Bros Vs Universal Music Group). A long terme les consommateurs seront gagnant car ils payeront moins cher et auront plus de choix. Mais à court terme, c’est un prétexte pour restreindre les libertés sur internet.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox