Un livre intitulé Joseph sous la pluie. Roman, poèmes, dessins vient de sortir aux Editions Points. Il est signé Mano Solo et regroupe un roman et un recueil de poèmes déjà édités de son vivant, ainsi que des textes et des dessins inédits.

L’expression « artiste complet » n’est pas suffisante pour parler de Mano Solo, « artiste total » lui va mieux, ou alors « homme-artiste ». D’abord le dessin, puis la peinture, l’écriture, la musique, le chant, il s’est emparé de tout ce qu’il pouvait, poussé par un irrépressible besoin de dire. Si Mano Solo avait été comptable, ou garagiste, ou vendeur de chaussettes, il serait devenu fou. Mais ceci est une fiction, car c’est avec des crayons, des fusains, des pinceaux, des stylos et des guitares qu’il a traversé la vie.
Il apparait sur les écrans radars en 1993 avec son premier album, La Marmaille nue. Paf, une immense claque, pleine de fureur et de tendresse à la fois, sortie des tripes et s’adressant directement à d’autres tripes sans passer par les cases inutiles, et accessoirement, boum, disque d’or. Mais surtout le début d’une grande histoire d’amour, le genre à la vie à la mort et plus, entre son public, même rudoyé, et lui, le genre d’histoire qui n’est possible qu’avec les seuls et véritables artistes, ceux qui mettent tout sur la table, et non ceux qui jouent du bout des doigts et chantent du bout des lèvres, tranquillement assis à côté d’eux-mêmes en train de faire autre chose. Ceux-là, on sifflote en les entendant et on attend gentiment qu’ils aient fini. Mano Solo ne s’est pas privé de dire ce qu’il pensait d’eux, il ne se privait d’ailleurs pas de dire ce qu’il pensait en général. La presse « spécialisée » en a fait les frais et, avec lui, en a pris pour son grade et pour longtemps. Toute sa vie il aura rué dans les brancards. Quand le coup de massue arrive un peu tôt : « A 24 ans du matin / La mort m’a serré la main / Et en me tapant un coup dans le dos / Elle m’a dit Salut et à bientôt ! », il rue encore plus fort, car « plutôt crever que de crever ». Il y aura neuf albums en tout, plus de cent chansons, des concerts, des dizaines et des dizaines de dessins, des projets solitaires ou collectifs. Jusqu’au bout, Mano Solo aura chanté sur sa musique métissée son attachement à la vie, rejetant les qualificatifs dont on l’avait très vite affublé. « On a fait tellement de pathos sur Mano Solo, ce type soi-disant désespéré » dira-t-il. Par un mystère, ses chansons les plus tristes ne sont même pas tristes, ou pas que. Une énergie vitale les porte.
Le livre qui vient de paraître contient : le roman Joseph sous la pluie, édité par Mano Solo en 1997, histoire de Joseph qui vit sur une péniche, habite mentalement dans le tréfonds du fond, mais peint, preuve qu’il existe ou a existé. Je me dois d’un poème, six textes inédits dont « Un coin de rue », qui raconte un moment d’enfance heureux, des gamins qui jouent au foot. De nombreux dessins, certains illustrant des chansons ou une histoire, et des mini-bandes dessinées, le tout parfois plein d’humour.
Le recueil de poèmes Je suis là a été édité par son auteur en 1995. Il est composé de textes en prose ou en vers, de quelques lignes à deux ou trois pages, qui n’ont ni titre ni ponctuation, sauf le point final. Ils racontent un moment précis, une anecdote, ou sont juste une pensée qui passe, un désir, un état. Ici comme ailleurs, c’est du Mano Solo tout craché, de l’autobiographique comme on dit, direct, cash et parfois sordide, impudique, instinctif et sincère. En 1995 ou peu avant, le virus a fait son œuvre et la guerre est déclarée. Les poèmes de Je suis là parlent de cette guerre, car il y a une énorme différence entre savoir, comme ça, vaguement, qu’on va mourir un jour, et savoir qu’on porte la mort en soi et qu’elle a un nom. Dans ces textes simples, le désir de vivre bouillonne, la rage, la révolte aussi. Des histoires d’amour sans amour, glauques, crues, côtoient la perte d’un amour disparu, le manque, le souvenir. Le corps souffre, sent mauvais, lutte et encaisse. Les femmes ont peur de ce corps qui peut donner amour et mort en même temps. Celui qui écrit est prisonnier de cette impasse, il tourne comme un fauve dans sa cage et rugit, il boufferait bien le monde entier, et à défaut pleure. La solitude est comme une seconde peau impossible à arracher. Paris est indifférent. Il reste les chiens, les derniers à aimer sans rien demander. Noir c’est noir. Mais, « je suis là », dit Mano Solo.
Extraits :
« Je me réveille
Tout habillé
J’ai dormi quinze heures
Il fait vraiment chaud
Et j’ai envie de rien
Je pense un peu à toi
Mais tout s’estompe
J’ai pas besoin d’amour
Ce matin
Je ferais mieux d’aimer la vie. »
« Je marche la nuit
Je monte des escaliers
Je sonne aux portes
Derrière il y a des gens
Je leur dis la vie c’est comme la peinture
C’est beau mais c’est chiant
Tout ça tout ça. »
Ecouter Mano : « A quinze ans du matin » (guitare en intro…) et « Quand tu dors » (live)
Voir ses dessins et ses peintures : à partir de cette page

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Ouais il était assez caractériel le gars, assez vivant pour un type qu’on ne présentait (...)
03/05 11:40 - Sat is Fay... et chantés par lui bien sûr, inutile de préciser.
02/05 10:07 - SabineFergus, oui je pense qu’on peut considérer les poèmes de Mano Solo comme « quelconques » (...)
02/05 09:40 - SabineBonjour, Sabine. Je me joins au message de Richard, à cette différence près que je ne connais (...)
02/05 09:12 - Fergus@ Sat is Fay Je crois qu’il aurait assez apprécié que la maladie ne soit pas nommée ; (...)
02/05 08:16 - SabineMerci Sabine pour cet article qui nous connecte avec la poésie et ce qui est beau en (...)
01/05 22:26 - kali
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