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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Marché de la poésie : usage du mirage pour masquer l’indigence

Marché de la poésie : usage du mirage pour masquer l’indigence

La poésie en France (je ne parle que de ce que je connais) se porte plutôt mal. Ou disons le, elle fait semblant de se porter plutôt bien : il faut croire que la méthode Coué est un sport d’usage courant dans le microcosme des poètes et de leurs éditeurs.

Il n’est pas besoin d’aller au marché de la poésie pour découvrir une partie des motifs d’un tel comportement : la poésie aujourd’hui en France est sous perfusion ; aucune des maisons d’éditions présentes à Saint Germain n’éditerait de poésie sans mânes du prestigieux CNL qui, lui-même, ne vient en aide que très ponctuellement aux auteurs en déroute, et ne subventionne que ce qu’il veut bien subventionner.

Que reste-t-il de la liberté de parole quand les mots du poète ne peuvent être publiés qu’avec l’aide du pouvoir ; pouvoir qui nous montre son inculture avec une arrogance toujours plus cynique...

Or, la poésie veut absolument montrer un visage dynamique quand son public est absent. Il n’y a plus que les poètes impubliés et impubliables pour lire de la poésie. Les livres ne sont plus achetés que par les poètes eux-mêmes, à de très rares exceptions près. De publications confidentielles en copinages éditoriaux, seuls les poètes intronisés voient s’ouvrir sous leur pas les collections et les critiques, les escabeaux et les encensoirs. Ne vivant qu’au sein de ce microcosme, c’est à dire coupés de tout lien avec la réalité socioculturelle de leur temps, seuls les poètes intronisés croient encore que la poésie pourraient bien se porter : de scènes slam en performances sans public, de salons du livres en salons de lecture, ils déambulent hors du monde réel, convaincus que leurs mots sont entendus et compris. Ils pratiquent avec délectation le narcissisme exacerbé et l’auto satisfaction permanente, sûrs que leurs poèmes sont voués à une postérité richissime quand elle s’en moque...

L’école de la République a depuis longtemps déserté le terrain, et les enfants qui sortent avec diplômes en poche sont férus d’économie et de business, et ignorent même le nom des poètes : comment pourraient-ils s’intéresser à un art relégué aux oubliettes d’une histoire dont ils ignorent tout ?

Etre poète aujourd’hui, sauf à être issu des rangs de l’éducation nationale, d’avoir comme copain l’éditeur muni du sésame labellisé CNL est une absurdité. On se prend à rêver qu’enfin un gouvernement de la République invente le diplôme ès po&sie qui serait le sésame de l’édition, les autodidactes et autres chercheurs de vers n’ayant plus aucune chance : enfin nous pourrions voir éditer une littérature propre et qui satisfasse les besoins d’un monde « nettoyé » de ses scories. Mais que seraient Aragon, Eluard, Prévert, etc... dans ce monde : des poètes inédits ? Ecrire de la poésie c’est déconstruire la langue et s’en repaître ou mourir dans le silence pesant de l’ignorance commerciale. Lire de la poésie c’est la beugler avec les bœufs du système, la vociférer en flots de vomissures ou la déclamer sur des scènes de désespoir vidées de tout public autre que ses propres congénères.

La poésie se meurt sacrifiée sur l’autel du commerce inéquitable. Il reste à l’écrire encore afin de remplir des tiroirs secrets que les générations futures devront redécouvrir quand ce monde affligeant de bêtise et de médiocrité aura enfin laissé la place à autre chose encore à construire.

Et en attendant observer d’un œil goguenard les soubresauts de ceux qui croient fermement que leur verbiage peut encore ré-enchanter le monde quand ce ne sont que spasmes de la dernière agonie.

Ecrivez donc, il en restera bien toujours quelque chose...


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