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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Mars 2007 : le point sur nos vins et vignobles

Mars 2007 : le point sur nos vins et vignobles

Après un tour de 6 mois dans la plupart de nos vignobles,des centaines de dégustations, des rencontres, des interviews... voici ce que l’on doit retenir cette année.

ALSACE : les vins ont-ils évolué ?

L’Alsace est une région toujours aussi forte qui ne rencontre pas de difficulté particulière. Il faut quand même dire que, depuis quelques années, on dégustait des vins plus douceatres avec beaucoup moins d’acidité. Deux paramètres pour l’expliquer : soit c’est l’évolution climatique qui donne des vins plus doux et moins acides et là c’est logique dans des millésimes comme 2003 ou 2005, soit c’est une volonté délibérée ou une mode. Si c’est le cas, attention au risque de dépersonnaliser ces crus. Un Riesling ne doit pas être suave mais, au contraire, bien sec, et l’acidité est nécessaire pour l’équilibre et la typicité de ces vins. J’affectionne particulièrement l’Alsace (quelques origines d’Andlau), la bonne humeur des vignerons, le plaisir de pousser la porte d’un winstub, bref, celui de partager l’amour du vin. Je connais parfaitement le vignoble et il y a un bon nombre de producteurs que j’estime et soutiens depuis mon premier Guide, ce qui ne nous rajeunit pas (Gresser, Schléret, Hauller, Berger, Klein, Jung, Schaeffer-Woerly, Haegi, Rolli, Dussourt, Reinhart, Materne Haegelin...) et d’autres, découverts il y a une dizaine d’années comme Odile Weber, Ruhlmann, Beck, Engel, l’exemplaire Cave de Hunawihr... Et puis, comment résister à ces gouffres d’arômes que sont les Sélections de Grains Nobles et les Vendanges Tardives (issues particulièrement des Gewurztraminer Pinot Gris) ?

BEAUJOLAIS : les vins sont-ils reconnus comme ils le méritent ?

Paradoxalement, alors qu’un bon nombre critiquent cette région, c’est aussi celle qui fait beaucoup d’envieux avec cette extraordinaire réussite du Primeur, du vin nouveau, que, ni la Touraine, ni Gaillac ou les Côtes-du-Rhône n’ont pu contrarier. En Beaujolais, on parlait de crise mais ceux avec lesquels nous travaillons dans Millésimes ou qui nous envoient des échantillons pour le Guide s’en sortent bien, leurs prix sont très abordables, n’augmentent pas et cela prouve qu’ils conservent leur clientèle. C’est ce qui compte par dessus tout. Il me semble qu’enfin, en France, on a compris aussi que les Beaujolais pouvaient être des vins très charmeurs, très agréables mais aussi très typés et divers, des vins qui méritent d’être pris au sérieux, et pas uniquement des Primeurs à boire frais et jeunes. Là encore, il y a des incontournables : Franck et Georges Dubœuf, jalousés mais exemplaires, et un bon nombre de fidèles dont les vins, dans des appellations de Crus comme Juliénas, Moulin-à-Vent, Morgon ou Brouilly créeraient bien des surprises dans des dégustations “à l’aveugle”. On peut citer facilement Chavagnat, Mortet, Siffert, Miolane, Brisson, Chignard, Champagnon, Boisfranc, Lacarelle, Baronnat, Combe aux Loups, Clos du Fief, Pérelles, Py de Bulliat...

VAL DE LOIRE : la pérennité, sans péripéties.


Le vignoble de la Loire est très disparate car il est très étendu. Je connais bien, j’ai débuté ici.Pour les vins blancs, on retrouve les incidences de ces étés très caniculaires qui assouplissent les vins. Cela se ressent beaucoup moins à Sancerre, à Pouilly ou en Anjou, car le Sauvignon notamment sait conserver cettre fraîcheur qui fait sa spécificité. Un plaisir de dégustation que l’on ne retrouve jamais dans les vins étrangers souvent trop ronds et pas du tout rafraîchissants. Il y a bien sûr des différences qualitatives entre les différents vignobles. A Pouilly ou à Sancerre, ce sont des vignobles très intéressants mais qui doivent faire attention à ne pas galvauder leur notoriété, en produisant trop. Certains vins sont parfois surcôtés et il ne faudrait pas que la clientèle se demande, à un certain moment, si elle ne paye pas trop cher des vins qui ne le méritent pas. Je recherche toujours des bons rapports qualité-prix et vous trouverez les meilleures adresses dans les lignes qui suivent. Pour vous mettre en bouche, dans le Pays Nivernais, par exemple, on ne se trompe pas en poussant la porte de Thierry Redde, d’Henry Natter, des Pabiot, d’Alphonse Mellot, de Nicolas Brock, de Balland, Chevreau ou Pascal Gitton.

Toujours en blancs secs, quelques producteurs de Muscadet sortent toujours du lot, se refusant à trop arrondir leurs vins, respectant ainsi leur particularité (Dabin, Chéreau, Morilleau...), et un bon nombre d’autres élèvent de grands vins de Chenin ou de Sauvignon, aux environs de Tours, de Saumur et d’Angers (Brézé, Louet-Arcourt, Éternes, Chaise...). Ne pas oublier les Crémants et Saumur ou Vouvray, dont la locomotive incontournable est Patrice Monmousseau (Bouvet), suivi de quelques autres (Beauregard, Valmer...).

Dans le reste des appellations, par exemple, en Saumur-Champigny, Chinon... les vins restent à des prix très accessibles, ce sont des vins servis dans les restaurants grâce à leurs prix très attirants, leur qualité est certaine, les vignerons ont toujours fait des efforts, et ne sont pas rentrés dans l’engrenage de la surmaturation ou d’une surconcentration en barriques, restant fidèles à la typicité de leurs sols où se plaît parfaitement le Cabernet franc, et je les soutiens. Il suffit de citer Filliatreau, Pisani-Ferry, Buisse, Couly, Raffault, Jamet, Chaintres, Guilloterie... pour avoir des vins remarquables. Idem en Touraine (Marionnet, Mandard...), ou en Anjou-Saumur (Aupy, Paleine...).

L’autre grande force de la Loire (côté ouest), ce sont des moelleux et liquoreux de haute volée, qui, comme ceux d’Alsace, dament le pion aux “historiques” liquoreux bordelais qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Vouvray, Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon, autant de viviers pour exciter ses papilles avec des vins chaleureux, d’une très grande expression aromatique, de lente évolution, à des prix partticulièrement sages chez Chéné, au Clos de l’Epinay, à La Varière, L’Été, Aubert, Fardeau, Godineau...

BOURGOGNE : inattaquable pour ses vins blancs, mais on entend (et on lit) beaucoup moins d’amabilités sur les rouges. Qu’en-est-il ?

La Bourgogne est un cas à part car c’est un “petit” vignoble en France. Certes, la Bourgogne du sud dans le Mâconnais est une région assez grande mais quand on parle de la Bourgogne on fait plutôt référence à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Si l’on s’en tient donc à ces deux entités, je trouve que depuis 7 ou 8 ans les vins sont exceptionnels, que ce soit en blanc comme en rouge. On déguste des vins qui conservent cette puissance de rondeur, de souplesse et de suavité mais aussi cet équilibre avec l’acidité qui en fait des vins de longue garde.

Globalement les Bourguignons n’ont pas changé leur façon de faire le vin. Ils ont, bien sûr, évolué et se servent des techniques modernes, et c’est bien normal, mais les grands vins de Bourgogne sont quand même les mêmes que ceux que l’on goûtait il y a quelques années. Ils ont eu raison de ne pas se laisser tenter par les “sirènes” ou “confrères” qui leur demandaient de faire des vins avec plus de couleur, toujours plus concentrés... et on se rend compte que les clients acquiescent cette politique car les vins sont pré-vendus.

En blanc, c’est sûr, il n’y a aucune concurrence. Si besoin est, débouchez les flacons d’Ampeau, Antonin Guyon, Clos des Perrières, Prieur-Brunet, Carillon, Doudet-Naudin, Jaffelin, Darviot, Marey, Blondeau-Danne, Dubreuil-Fontaine, la majorité (vous lisez bien) à des prix particulièrement justifiés ou abordables. Idem à Chablis, avec des Grands et Premiers Crus très racés que l’on savoure chez Tremblay, Robin, Moreau, Geoffroy ou Laroche, toujours incontournables. Plus au sud, il y a la famille Vincent, à Fuissé ou Protheau à Mercurey, qui valent le détour. Beaucoup d’autres suivent, et sont retenus régulièrement dans mon Guide et Millésimes.

En rouge, certains pensent, en effet (et proclament, mais il faut pardonner l’ignorance), que les vins de Bourgogne ne font pas partie des plus grands vins du monde, ne parlant que de Bordeaux. Je suis intimement convaincu du contraire, quand on goûte des vins assez vieux (1976, 1989, 1996, 1997...) mais aussi les derniers millésimes, les vins sont très équilibrés, toujours assez légers en couleur mais c’est normal avec le Pinot noir. On ne plante pas du Grenache ou de la Syrah ici, et la couleur n’a rien à voir avec la qualité du vin, et encore moins avec son potentiel d’évolution. Franchement, n’y-a-t-il pas de quoi être heureux, dans toute la gamme, à tous les prix, avec les vins de Lamarche, Thomas-Moillard, Trapet, Rebourseau, d’Angerville, Clos des Lambrays, Esmonin, Monts-Luisants, Leclerc, Audoin, Prunier, Patriarche, Gerbet, Joliot... On se rend compte également que ceux qui commencent à boiser trop leur vin ne font que le dessécher, mais les cas sont minimes et proviennent surtout de quelques négociants beaunois, attirés par de bonnes notes de critiques, pour pouvoir exporter, comme les mouches par le miel.

VALLÉE DU RHÔNE : les vins sont bons et charnus.

C’est un grand vignoble, très étendu, et les vins sont très disparates. En crus comme à Châteauneuf-du-Pape par exemple, tout va bien, les vins sont cohérents quant au rapport qualité-prix qui est en accord avec la typicité et le potentiel d’évolution. Montredon, Quiot, Fortia, Mathieu... font des vins chaleureux, et, somme toute, très abordables quand on parvient à un tel niveau de qualité. Même si j’ai goûté ici de très bons vins depuis le premier Guide, les efforts se sont poursuivis également dans les appellations alentour, comme Gigondas, par exemple, où l’on se fait plaisir avec des vins à 10, 15 €, à Rasteau et à Visan, on trouve des vins formidables à des prix moindres. Vous remarquerez que ces appellations ont souvent pour fer de lance leur caves, ce qui en fait un bel exemple de solidarité qualitative et d’une motivation de toute la production.

Le Nord, avec Condrieu, Cornas, Saint-Joseph ou Côte-Rôtie, est également un vivier de beaux vins, bien que certains se soient orientés vers quelques cuvées trop puissantes ou trop marquées par le bois neuf, course à l’export oblige, encore hélas.

PROVENCE : vers une remontée forte du rosé ?

Ici, les vignerons ont la chance d’avoir un climat exceptionnel grâce au mistral. Ce qui a le plus évolué, c’est que l’on assiste à une belle remontée de la qualité du rosé. De gros efforts qualitatifs ont été fournis, et les rosés de Provence des propriétaires que nous connaissons (je ne parle pas de la “grande cavalerie”, toujours existante) sont redevenus des vins tout à fait intéressants avec une typicité en fonction de leurs cépages, de leurs appellations, et il y a une belle reprise de confiance des amateurs. Et là, en plus, il n’y a aucune concurrence au niveau mondial, car il n’y a rien de similaire ailleurs. L’appellation des Coteaux d’Aix en Provence va dans ce sens et l’on ne peut que l’encourager.

C’est donc un bon créneau, s’il tire vers le haut, mais qui ne doit surtout pas masquer pour autant les vins exceptionnels que l’on trouve (plus rarement) en rouge et en blanc. Passez à Bormes-les-Mimosas (Malherbe), à Taradeau (Rasque), à Bandol évidemment (Bronzo, Bunan, Olivette, Lafran-Veyrolles, Suffrene...), revenez en Côtes-de-Provence (Brégançon, Élie Sumeire, Jas d’Esclans, Sauveuse...) et vous aurez de quoi faire avec des vins complexes et charnus en rouges, suaves et vifs en blancs, qui demandent tous une cuisine raffinée et riche. Tous les vins de mes Classements sont à un beau niveau.

LANGUEDOC : est-ce toujours l’avenir ?

En Languedoc, on se cherche, et depuis bien longtemps. Faut-il faire du vin de table, du vin de qualité, planter, arracher, créer des micro vins, faire des vins de cépages, vendre de la marque Merlot ou Chardonnay (qui n’a pas grand chose à faire dans le coin) selon la cible potentielle, faire des produits pour les jeunes, pour les femmes, pour le 3e âge... La politique, les pouvoirs publics se mêlent et s’emmêlent depuis quarante ans, sans trouver de solution.

Ici, il y a également une crise sociale injustifiée à résoudre (comme à Bordeaux, on le verra plus loin) et il n’est pas excusable que le travail de centaines de producteurs ne soit pas rémunéré décemment. Ce n’est pas normal, et encore moins de dire que c’est de la faute des vins du “nouveau monde”.

Je ne soutiens pas non plus les regroupements massifs tentés ici ou là, à Bordeaux comme à Narbonne, qui vont sûrement profiter aux “gros” distributeurs, même si, et j’en suis conscient, on a également besoin des meilleurs d’entre eux pour écouler la production. Mais on peut vendre sans perdre son identité d’appellations ou de territoires. La nouvelle mention “Sud de France”, par exemple, si elle apporte peut-être un éclaircissement sur l’ensemble de la région, va à l’encontre de ce que je crois : développer les niches plutôt que d’amalgamer les appellations, en perdant ainsi le peu de lisibillité que l’on a, en gommant encore plus l’identité...

Le Languedoc, ce Sud de la France, ce n’est quand même pas une marque de négociant !

Sur un autre plan, je ne suis pas certain que l’on ait découvert l’eldorado, même si l’arrivée massive d’investisseurs et de bordelais a permis d’acheter des terres à bon prix et d’avoir quelques coupures de presse. De nombreuses cuvées spéciales sont trop “spéciales” justement, et cela engendre une dénaturation des vins, on goûte beaucoup de vins assez écoeurants, surboisés avec des micro-cuvées trop chères. Ce problème s’étend aux vins de cépages. Ne fait pas Daumas-Gassac qui veut.

Il n’y a donc pas de mystères dans la région, et les territoires sont connus. Les meilleurs producteurs élèvent des vins racés et typés, qui ont su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Vous les trouverez en Corbières (Grand-Caumont, Vaugelas, Simone Martinolle, Étang des Colombes...), en Minervois (Fabas, Blomac, Villerambert-Moureau, Barroubio...), en Coteaux du Languedoc (Cave de Roquebrun, Mire-l’Étang, Saint-Martin des Champs...) et en (rares) vins de pays.

SUD-OUEST : calme plat.

J’aime bien ces vins.Ils sont bons, abordables (pas tous, il y a des cuvées à prix vraiment déments, je les oublie dans mes écrits). Par contre, on sent une sorte d’inertie parmi les viticulteurs ou la profession, on ne sait pas si c’est passager mais on n’entend pas beaucoup parler de Fronton, de Cahors, de Bergerac, de Gaillac, de Jurançon ou de Madiran, qui manquent de visibilité. On voit de temps en temps de grandes affiches dans les rues des vins de Bergerac, un dossier de presse sur Gaillac, un autre sur le Cahors “primeur”...

Là encore, on s’est “regroupé”, soi-disant pour avoir les moyens de sa promotion. ?On attend de voir, et chaque syndicat fait ce qu’il veut. ?Ce qui compte, c’est de frapper à la bonne porte, ceux que nous soutenons depuis longtemps sont toujours à la tête de leur appellation, ont confiance dans leur gamme, et nos Classements sont assez parlants.

CHAMPAGNE : tout va très bien !

C’est la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Il existe une vraie entente cohérente entre grande maisons et viticulteurs, même s’il y a des jalousies, ils savent se respecter, négocient, régulent le marché...

Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne.

Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important.

Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table. Nous, cela fait des années, que nous le savions, nous avons suivi et soutenu l’évolution des vignerons champenois bien avant que leurs ventes ne se soient autant développées. Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier.

Tout a changé ici.

En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles (Roederer, Pol Roger, Taittinger, Gosset, Thiénot...), d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (Philipponnat, Piper et Charles Heidsieck, Krug, Ruinart, Laurent-Perrier...), des coopératives de premier plan (Devaux, Vincent d’Astrée, Collin, De Castelnau...) et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété (De Sousa, Peters, Ellner, De Telmont, Mignon, Bara, Geoffroy... et beaucoup d’autres).

BORDEAUX : la crise, les classements et la frime...

À Bordeaux, il faut faire des distinctions.

Il y a d’abord une dizaine de vins mythiques d’un niveau qualitatif exceptionnel mais très chers. Il est difficile d’en parler comme d’autres vins, car on entre dans le monde du luxe où l’image et la rareté comptent beaucoup.

Il y a ensuite la masse des grands crus classés, dont certains, beaucoup moins prestigieux, plus à la mode (pas mal de vins surbarriqués sont dans le lot), ont atteint des prix incautionnables, car, pour ceux-là, il est toujours question de rapport qualité-prix, ne leur en déplaise. Force est de constater que l’on retrouve ces bouteilles de moins en moins dans la restauration française et dans nos caves, leur prix devenant un frein réel. Ces vins-là, à forte valeur ajoutée, sont vendus majoritairement à l’export, délaissant, à tort, le marché français. Je me demande quelle serait la réaction du Japonais qui a sa cave remplie de ces vins-là, et ne les verrait pas en France.Il pourrait se demander s’il ne s’est pas fait avoir ?

Heureusement, il y a les très grands vins, très classiques, où l’élégance prédomine (Léoville-Barton, Montrose, Calon-Ségur, Lynch-Bages, Brane-Cantenac, Rauzan-Segla, Rauzan-Gassies, Desmirail...).

Dans le Libournais, on est toujours dans l’expectative. D’un côté les vrais grands vins marqués par des territoires que personne ne peut nier, de Petrus à de nombreux autres crus d’une typicité exceptionnelle, dans une gamme large, où l’élégance s’allie à la structure, selon les sols et rien d’autre, sans artifices (Magdelaine, Bélair, Certan de May, Lamarzelle, Beauregard, La Croix, Laroque, Guadet, Balestard...).

En face, il y a des vins bien différents (particulièrement à Saint-Émilion ou en Côtes-de-Castillon), beaucoup trop boisés, trop concentrés, desséchés, qui n’ont aucun intérêt mais nous ne parlerons pas d’eux, tant ils sont encensés de facon indécente par des “gourous” français ou étrangers.

À quoi bon créer des vins écœurants comme de l’encre, faire des “produits” à 15° quand la région bordelaise a, depuis toujours, su faire primer la distinction.

J’ai débuté avec des “pointures” mondiales comme Jacques de Loustaunau, Émile Peynaud, Ribéreau-Gayon, ils s’attachaient tous à défendre cet atout essentiel de Bordeaux : élever de grands vins capables d’associer la puissance et l’élégance, et la durée dans le temps. Jean-Claude Berrouet (œnologue de Petrus, entre autres) est dans la lignée.Il signe quelques-uns des plus grands vins du monde et sait que la (grande) qualité n’a rien à voir avec un élevage outrancier en bois neuf, ni à des artifices techniques.

Le marché intermédiaire (8 à 20 €) est un formidable vivier, qui fait la force de Bordeaux, dans toutes les appellations, aussi bien dans le Médoc, à Saint-Émilion, ses satellites, que dans les Graves ou les Côtes... On a plaisir à déguster des vins typés, très bien faits, qui bénéficient d’une belle série de millésimes grâce aux étés chauds, donnant des vins savoureux plus faciles à boire rapidement mais aussi d’un beau potentiel de garde.

Les 2004 et 2001 sont des millésimes que j’affectionne particulièrement, un peu à l’ombre des grands millésimes médiatiques et c’est dommage, car ils sont l’archétype classique du bordelais, où la finesse prédomine, des vins très prometteurs. Les viticulteurs font des efforts de qualité, sont efficaces, travaillent bien dans leur chai mais aussi à la promotion de leurs vins, car il ne s’agit pas de ne faire que bon, il faut le faire savoir.

La majorité élève ces vins dans la grande tradition bordelaise.

Il y a également une région où les vins sont exceptionnels, Pessac-Léognan, avec des crus envoûtants, en blanc comme en rouge. À Pomerol, les vins sont restés très typés, cela correspond aussi à la mentalité des propriétaires qui respectent leur terroir et ne se complaisent pas dans l’esbroufe. Saint-Émilion est une appellation qui fait encore parler d’elle avec un classement qui fait sourire (pour ne pas dire plus), tant des déclassements restent incompréhensibles, c’est navrant.

Cela amène le consommateur à penser qu’à Bordeaux on parle trop de classements, de jalousie, de prix, de frime et pas assez de qualité intrinsèque du vin et cela porte tort à toute la région, même aux Bordeaux les plus modestes.

Ajoutez à cela une vraie crise sociale snobée par quelques propriétaires et négociants qui préfèrent aller chercher ailleurs ce qu’ils devraient promouvoir venant de leur région.

En fin de compte, on se moque de savoir si un cru est classé ou non, que les Côtes soient réunies ou pas, ce qui importe, c’est ce qu’il y a dans la bouteille et le rapport qualité-prix-plaisir ! Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir.


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18 réactions à cet article    


  • tchoo (---.---.229.84) 22 mars 2007 18:03

    Belle revue des vins de France smiley

    Je partage votre avis sur les Alsaces, devenu trop doux à mon gout. j’ai malheureusement pour eux une hypersensibilité au sucre. Le Beaujolais, formidable réussite commerciale avec le Primeur, mais que de découverte à faire avec les crus.

    Le Sud Ouest passablement sonné par la crise, pour certains semble-t-il.

    Et puis Bordeaux, où vous passez sous silence près de 50% de la production, mais peut-être n’en vaut-elle pas la peine.


    • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 23 mars 2007 09:58

      J’ai répondu plus loin sur les Bordeaux. On est d’accord sur le fait que ceux que nous buvon s tous se situent surtout dans une fourchette de 8 à 12 €. Voir www.guidedesvins.com


    • rocla (haddock) rocla 22 mars 2007 18:33

      Encore une fois un bon billet de Patrick , où l’ on peut percevoir les évolutions des différentes régions viticoles . Heagelin et ses filles à Orschwihr OK , mais passer sous silence Burn à Gueberschwihr est presque punissable de l’ article 712 du code oenologique .

      Cordialement .

      Rocla


      • maxim maxim 22 mars 2007 23:55

        l’année derniere ,nous avons debouché des vieux Gewutztraminer imbuvables ,madérisés ,pourtant gardés en cave à temperature idéale ....par contre j’ai eu un carton de Tokay pinot gris qui n’a pas duré longtemps ,delicieux ,un gout de fruits secs ,avec une minuscule pointe d’acidité ...

        dommage l’appellation est interdite maintenant.....

        pour les côtes du Rhone une côte rotie ou un ST Joseph ou meme un Gigondas avec un gout poivré .....

        les Bordeaux....il y a eu tellement de polemiques sur certains coupages douteux que l’on hesite ,ou alors aller directement en proprietés mais tant que le doute subsiste.....

        les grands Bourgognes ont pris le vertige en ce qui concerne les prix ...dire qu’au debut des années 60 j’avais bu de la Romanée st Vivant , maintenant ,ce ne serait plus possible ,que dire du prix de la Romanée Conti ? une bouteille vaut le prix d’une bagnole d’occasion ....sinon un Nuits st Georges ,un Griottes Chambertin ,un Clos Vougeot .....

        les Champagnes .... Salon , De Venoges , Besserat de Bellefont , Roederer Cristal ,Comtes de Champagne de Taittinger ,Lanson ,Pol Roger ,Dom Perignon ( tres cher ),Perrier Jouet cuvée du Grand Siecle .....

        vins de Loire ...Savennieres La roche aux moines , la Coulée de Serrant .....

        Provence ....Bandol ,coteaux d’Aix ,Palette .....

        et tellement d’autres d’ailleurs.....


        • rocla (haddock) rocla 23 mars 2007 09:19

          Ben Maxim ,

          Si un jour je suis malade je viendrai me faire soigner chez toi. Rien que la vue des étiquettes , et le bruit du bouchon favoriseraient un prompt rétablissement . Plus sérieusement , j’ achète toujours mon champagne directement chez le vigneron aux environs de 13 euros la bouteille et suis très content .

          Bachussement .

          Rocla


        • maxim maxim 23 mars 2007 10:21

          Dionysosement à toi Rocla ......

          en fait chez nous toute la famille se regroupe pour commander une certaine quantité à des petits producteurs ,ce qui permet d’obtenir de prix interessants et une fidelisation à ces fournisseurs .....

          etant consommateur occasionnel ,je prefere le bon ,voire le très bon ,et lors des reunions de famille ,c’est la degustation generale .... avec un bon repas à la clé ,il ny a pas de mal à se faire du bien de temps en temps .....

          je ne suis pas trop champagne ,mais mon preferé c’est le Besserat de Bellefont brut sans année ...il y a le Roederer cristal ,mais mes moyens ne sont plus ce qu’ils etaient .....

          sinon pour les rouges ,je suis plutot Côtes du Rhone.....

          au plaisir , et portes toi bien ......

          Maxim.


        • ZEN zen 23 mars 2007 11:10

          @ Maxim

          Est-ce bien raisonnable de faire du vélo et d’avoir une telle passion du vin ? Mets-tu du Gigondas dans ton bidon ? smiley

          Et dire que l’auteur ne parle pas des grands crus des côtes d’Artois ! smiley


        • maxim maxim 23 mars 2007 11:56

          bonjour Zen .....ou du champagne comme Anquetil avant d’attaquer les Pyrenées ..... ah ben de temps en temps ,il faut bien vivre ..... mais as tu voulu dire Artois ou Arbois pour les vins ????

          en Arbois il y a le vin de paille de Poligny qui est un must .....

          dans mes bidons en ce moment ,thé au miel ,je fais de toutes petites sorties en ce moment ,on se les gele actuellement en Seine et Marne .......

          amicalement......

          Maxim.


        • ZEN zen 23 mars 2007 12:05

          @ Maxim

          Non, l’Artois ! prés de chez moi.Il reste bien quelques vignes dans le Kent. Ah ! les Romains...


        • maxim maxim 23 mars 2007 12:35

          Zen....

          tu m’apprends quelque chose , il doit etre vachement sec ... tu sais qu’à Paris ,sur la colline de Montmartre ,il y a un vignoble aussi ..... pour revenir au vignoble d’Artois , çe doit etre sur les collines ????

          à Fontainebleau où je reside ,nous avons du raisin de table ,le Chasselas ,mais je ne crois pas que l’on en ait fait du vin .....

          bien à toi....

          Maxim


        • (---.---.21.216) 25 mars 2007 19:05

          Le célèbre Gino Bartali y mettait du Chianti mais c’était une autre époque, maintenant c’est plutôt le « pot belge » ou l’EPO.


        • Rocla (---.---.130.154) 25 mars 2007 20:34

          Les grands crus d’ Artois , c’ est pas les endives et la chicorée ?

          Rocla


        • (---.---.244.84) 22 mars 2007 23:56

          article tres interessant. ca fait voyager.

          C dommage par contre que vous ne parliez que des gros de Bordeaux. Ya pleins de ptits producteurs, comme ds d’autres regions, avec des noms que vous citez, qui sont tres valables et qui font des vins typés et a un tres bon rapport qualite-prix (blayais-bourgeais, bx superieur ou encore entre deux mers...)

          en tout cas, j’ai bien aimé votre article. Ca fait decouvrir des noms, pas mal d’appellations


          • jeremy (---.---.244.84) 22 mars 2007 23:58

            Autre chose, j’ai l’impression a Bordeaux que de plus en plus de vignes, parcelles, sont achetees par des entreprises pour faire des vins « privés », qui sont a priori pas tres bons.

            Qu’en pensez-vous ? que pouvez-vous nous dire a ce sujet ? Peut-etre un état des lieux a faire pour sauvegarder un patrimoine national

            merci


          • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 23 mars 2007 09:55

            Bien sûr, vous avez raison. On trouve des vins à Bordeaux qui bénéficient d’un exceptionnel rappoort qualité-prix, dans un bon nombre d’appellations. Pour vous le confirmer :

            En Graves : Château de Mauves, Château Brondelle, Château Le Tuquet, Château Tourteau-Chollet, Château Haut-Calens, Château Chantegrive...

            En Côtes : Château Moulin-Vieux, Château Haut-Maco, Le Clos du Notaire, Château Jourdan, Château Laroche...

            En Médoc : Château Taffard de Blaignan, Château Hanteillan, Château Roquegrave, Château Muret...

            En Bx Sup : Château de Lugagnac, Château Maison Noble, Château Sénailhac...

            Vous les trouverez dans mon site : www.guidedesvins.com, rubrique Classements, dont la sélection est, faut-il le rappeler, gratuite.

            Amicalement.


          • tchoo (---.---.132.176) 25 mars 2007 15:09

            merci PDG (tiens !) de rétablir l’équilibre envers les « petits » Bordeaux.....


            • Albert (---.---.102.41) 25 mars 2007 18:05

              Votre étude bien documentée, amène de ma part cette réflexion dominicale.

              Les Lyonnais sont chauvins c’est bien connu, aussi vous ferais-je, l’amical reproche d’une grave (pardon très grave) omission

              Oublier ,entre autres Chirouble, Régnier dans l’énumération des crus du Beaujolais est impardonnable(au Moyen Âge dit-on ,on brûlait les gens pour moins que ça)

              D’accord, en cette époque médiévale ,Régnier (petit dernier)n’était pas encore crus du Beaujolais

              Je ne résiste pas au délicat plaisir de vous bâiller un plein verre d’une culture déjà lointaine, tellement votre article gouleyant y a mis le feu

              « Quid voluisti ?Bibere !Clamaverunt hommes »

              A votre santé !et à la santé de tous les participants à agoravox


              • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 25 mars 2007 20:17

                Mea culpa. Quelques (très) bonnes adresses pour me faire pardonner :
                - En Régnié : Py de Bulliat de Martin
                - En Chiroubles : Combe aux Loups ou Javernand ou Cheysson. Au fait, pas bon Lyon pour le régime. C’est là que l’on partage les plus beaux plaisirs de la table et c’est une vrai leçon de (bonne) bouffe que se pousser la porte d’un « bouchon ». Bon we.

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