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Masturbons notre intellect

Non, la culture ne crée pas le buzz sur internet. Oui, les internautes cliqueront plus volontiers dans la rubrique politique ou écolo du journal, et navigueront sur le web avec beaucoup plus d’entrain à la recherche de bons plans du genre : Où manger une bonne bouillabaisse sans se faire avoir ?

Où partir en vacances pas cher ? Mais, j’ai décidé de prendre le pari de provoquer au moins 150 clics avec un article culturel. Hou ça fait peur ! De la culture, de l’art contemporain incompréhensible et prise de tête que beaucoup qualifieront comme étant de la masturbation intellectuelle ! Mais la masturbation, c’est bon, alors pourquoi s’en priver ? (Note pour plus tard : écrire un dossier célébrant le dieu Onan, incarnation purement imaginaire de l’onanisme, une des plus grandes causes de culpabilité judéo-chrétienne).

Louez-moi
Coralie de Gonzaga, magnifique trentenaire, franco-vietnamienne, née à Toulon, diplômée des Beaux-Arts de Marseille, vit et travaille aujourd’hui à Vienne en Autriche dans son atelier, mais aussi en tant que DJ dans un pub irlandais. Elle s’est illustrée récemment lors d’une foire d’art contemporain, où les artistes disposaient d’un mur de 70 cm de large et de 4 m de long, pour vendre directement au public, leurs créations exposées.

La plasticienne, adepte du « je me joue des règles et je fais la nique à la monotonie », a décidé de s’exposer elle-même, et de se louer 80 euros pour 2h, avec contrat, termes et conditions. Moyen pour elle d’expérimenter une nouvelle perception de l’art, où l’on partage concrètement, quelque chose ensemble.

Sa série d’autoportraits en pyjama dans son salon où elle passe l’aspirateur et s’accorde une pause beauté, cheveux aux vents grâce à la soufflerie de son vaccumer, met en évidence sa féminité, sa grâce, mais aussi son humour. Un peu du genre : parce que je le vaux bien, même en jogging informe.

Attention, c’est là que l’article pourrait devenir ennuyeux, tenez bon, je vais faire une critique d’art. Une de ses anciennes créations Sunday afternoon after Saturday night and before Monday morning *, a été sujet à débat il y a peu dans mon entourage. Laissant certains insensibles, elle a néanmoins provoqué le dialogue et construit ces deux interprétations :

L’assassinat du trône
C’est un fauteuil tout droit sorti d’une brocante, planté d’aiguilles à tricoter, voire lâchement assassiné par derrière. Nous sommes face à un objet propice à la détente, qui n’a rien à faire dans un musée. Et c’est ça qui est jubilatoire. Désacraliser le statut même du musée, ça me fait toujours du bien. Revendiquer que l’art est partout, ça aussi, ça me fait du bien. Ce cocon invite les êtres épuisés que nous sommes à nous blottir. Mais les aiguilles à tricoter sont là pour mettre en évidence les douleurs du corps après une belle gueule de bois, ou une nuit à bouger son corps sur le dancefloor, ou après une grosse semaine de travail, car tout le monde ne se saoule pas en boîte le samedi soir, ou encore, après une grosse journée de glande devant la télé parce que ça aussi, c’est épuisant.

L’artiste suggère un état de souffrance avec des objets du quotidien, et nous permet de nous créer notre propre histoire. Elle cultive notre imaginaire, que nous faisons germer par le biais de son art. Nous sommes des spectateurs en liberté !

Des grand-mères serial killer
On peut y voir également toute la violence qui se cache derrière une grand-mère bienveillante qui tricote. Enfant, je me demandais si je devais vouvoyer ou tutoyer cette femme, assise au coin du feu dans la maison de famille où nous nous retrouvions chaque hiver pour Noël, et que ma propre grand-mère appelait : Maman. C’est intriguant une vieille dame à l’ouvrage des heures durant et qui manipule des aiguilles particulièrement longues et pointues. De véritables outils de torture pour peu qu’on ait l’idée de les planter dans l’œil de quelqu’un. Une pulsion est si vite arrivée. Étonnant qu’il n’y ait pas encore de films d’horreur sur le sujet : une grand-mère serial killer qui se baladerait impunément avec les armes du crime, des aiguilles de 20 centimètres et une pelote de laine pour étouffer les cris des victimes.

Après ce voyage dans les méandres de l’esprit et de nos sensations, il est temps de dire que l’art contemporain peut ennuyer, c’est vrai, déstabiliser, sûrement, mais aussi cultiver ce droit fondamental à la liberté d’expression. Nous sommes tous critiques d’art, dès que nous ouvrons les yeux sur le monde et nos émotions.

Laure Quenin - NewsofMarseille

Site : www.coraliedegonzaga.com

Dimanche après-midi après samedi soir et avant lundi matin *


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