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Maurice Agulhon, la République chevillée au corps

Le PRCF tenait à rendre hommage au grand historien Maurice Aghulon décédé il y a quelques jours.
La pensée critique et l’honnêteté intellectuelle de l’historien et de l’homme, au-delà des différences et des divergences, nous semble imposer cet hommage que notre ami Stéphane Sirot a bien voulu exprimer. Qu’il en soit ici remercié.

Maurice Agulhon, la République chevillée au corps

 Injustement méconnu du grand public, largement ignoré par les médias, l’historien Maurice Agulhon, décédé le 28 mai 2014, laisse pourtant une œuvre considérable où la rigueur scientifique n’exclut pas l’engagement citoyen.

Militant communiste pendant une quinzaine d’années, anticolonialiste, il est aussi syndicaliste au SNESUP. A partir des années 1960, il se consacre en priorité à son travail d’historien, où transparaît en permanence son attachement aux valeurs républicaines. Il renouvelle l’historiographie en plongeant l’histoire politique dans le bain de l’histoire des mentalités et en proposant des approches et des thèmes novateurs, fondés sur l’analyse du champ politique pré-démocratique, des processus de sociabilité et des symboles politiques. Ses deux célèbres trilogies, la première tirée de sa thèse principale (La République au village, Une ville ouvrière au temps du socialisme utopique. Toulon de 1815 à 1851 et La Vie sociale en Provence intérieure au lendemain de la Révolution) et la seconde, issue d’une longue enquête sur les Marianne, rassemblent la substance de ses nombreuses publications. Celles-ci prennent à bras le corps de grandes questions sensibles, qu’il s’agisse du rôle de l’Etat et de la place du politique, ou encore du sens de la République.

La conjoncture du tournant des années 1980-1990, avec son cortège de déconstruction du pacte républicain de l’après-guerre, de remise en cause de la laïcité, de montée en puissance de l’extrême droite et du racisme, de conversion d’une partie de la gauche au social-libéralisme et au dénigrement de l’Etat-nation, l’amène d’ailleurs à intervenir à sa manière dans quelques débats intenses du moment. Lors de la célébration du bicentenaire de la Révolution française, il penche bien davantage du côté de Soboul que du libéral anticommuniste François Furet. Il signe un peu plus tard l’appel de l’Association « 17 octobre 1961 : contre l’oubli » et se prononce par ailleurs contre le port du « foulard islamique ». Ce républicain intransigeant qui observe la déliquescence des valeurs républicaines, se dit déçu par une certaine « Gauche (qui) n’est plus républicaine, elle est anarchiste, anarchiste façon Foucault plutôt que Louise Michel ».

Beaucoup de nos politiques seraient bien inspirés de relire les leçons d’histoire et de morale civique, au sens le plus noble du terme, de Maurice Agulhon. Aux historiens, outre une œuvre majeure, il lègue une approche qui ne tait pas les liens unissant le chercheur du contemporain aux débats du temps présent : « Mon usage de la politique sera (ou plutôt il est déjà) un usage assez classique en histoire : emprunter au présent la perception ou la formulation d’un problème, et voir si ce problème peut relancer sous une forme inédite et féconde la réflexion sur le passé. » Une bonne partie de la jeune génération des praticiens de l’histoire politique et sociale, qui se prétend à l’envi dégagée des enjeux idéologiques pour mieux se rallier au consensus imposé par le monde dominant, pourrait s’inspirer avec profit de cette démarche d’histoire critique.

 

Retrouvez le PRCF Pôle de Renaissance Communiste en France sur le web et les réseaux sociaux :


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1 réactions à cet article    


  • eric 15 juin 2014 10:28

    Très marqué par sa culture protestante, Maurice Agulhon a tenté sans aucun doute, d’instiller les valeurs du protestantisme au sein du PCF.

    La vrai laïcité : la religion ne s’insère pas dans l’état, l’état ne se mêle pas de religion. Le vrai féminisme : les femmes pouvaient être pasteur, a une époque ou le PC, comme toute la gauche, et même au moment du Front populaire, ne se résignait pas a leur donner le droite de vote : « les idiotes risquaient d’être trop influencées par leur cure... » (bonjour le mépris !).

    On voit très bien ses interrogations autour du personnage du Général de Gaulle.

    Il était issu de nos montagnes cévenoles. Celles des camisards qui se dressèrent contre l’absolutisme royal et catholique. Celles qui votèrent non au référendum de Napoleon III. Celles de Nîmes ou les patrons protestant votent communistes et les ouvrier catholiques a droite...Celles ou trois fidèles, cela donne 2 églises et un athée, faute de centralisme démocratique et dans la tradition de république autogérée si bien décrite par Michelet.
    Bref, contrairement a ce que dit Vals ( voir les vidéo de Dieudonne), la vraie avant garde de la république. Il suffit pour s’en convaincre, de savoir que ses parents étaient instits, et de relire les bio des tous les acteurs majeurs de la création de l’école républicaine ( Ferdinand Buisson par exemple).

    Dans ses recherches sur le Général, on devine sa fascination pour la facilité avec laquelle la base communiste a adhéré aux projet de ce maurassien aristocratique et de sensibilité monarchiste. Voir mon commentaire sur les Glieres : http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-prcf-aux-glieres-invite-du-153262?debut_forums=0#forum4051036

    La "république monarchique s’est faite avec le renfort massif des voix de la base communiste, et pas seulement en souvenir de l’appel du 18 Juin.

    J’imagine que comme moi, a un certain stade, il a compris qu’on ne referait pas les français. La France, Catholique et Royale, aime les vérités entières voir uniques, les grands chefs charismatiques, l’unité, la centralisation, et le régime républicain né a Genève avec Calvin ne lui est pas adapté. Les communistes ont reconnu de Gaulle et il les a reconnu. Le protestant en France est toujours un peu l’ambassadeur de Sparte a Byzance avec toutes frustrations politiques que cela peut entrainer, mais aussi tous les charmes en terme de vie quotidienne.

    Agulhon a d’abord été un grand protestant qui au long d’une vie, a appris a aimer la France telle qu’elle est est non telle qu’il l’aurait peut être voulue...

    Avec ses gaullistes, ses communistes, etc...

    C’est pourquoi, et même si il a dit avoir été manipule dans sa jeunesse par les histoires de résistance qui le conduisirent, avec la mode dans son milieu professionnel, a être un temps proche du PCF, il n’ a jamais pu se résoudre a bruler ni les uns ni les autres, même une fois qu’il eut pris conscience...

    Hommage a un grand Protestant !

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