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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Melody en arènes

Melody en arènes

J’écoute « Le grand studio » sur RTL.

Elle chante en direct « Ain’t no sunshine ».

Ca tombe bien, le soleil, lui, accompagne ses notes. Je ne suis pas certain qu’elle en profite encore, à cette heure-ci, de ce soleil azuréen.

Elle est peut-être déjà rentrée dans son sweet home philadelphien.

Là-bas, de l’autre coté des vagues.

La musique remplit mon salon ; et je suis ailleurs et ici.

Je repense à cette soirée. Hier. La veille. Pas si loin.

La tête dans des nuages de fumées odorantes et complètement enivrantes, mais de cette ivresse que je n’ai pas voulue. Des sons, des basses, des aigus et des graves et des voix, mais pas celles que j’aime.

Des gens, enjoués, remuant, chantant des airs que je n’ai pas partagés.

Au milieu d’une foule bigarrée, se dandinant sur des rythmes trop lents et trop répétitifs, des gobelets dansant au-dessus des têtes, remplis de liquide jaunâtre et mousseux dansant lui aussi, je me suis tenu, presque trop droit pour être honnête, presque trop indifférent pour être net.

J’écoutais sans entendre, mes pensées étaient ailleurs…

Ca y est, ça reprend. La pub est passée, elle chante à nouveau… Ses musiciens tapissent le studio d’une mélodie enjouée et sud-américaine, lui préparent le grand fauteuil musical où elle pourra poser sa voix… Cette voix a choisi le français pour me donner des regrets déjà insupportables.

Et je repars dans ma soirée.

Combien de fois mon esprit a voulu s’envoler, pas très loin, vers l’est, vers ce lieu chargé d’histoire et qui en voyait une nouvelle s’écrire dans ses pierres, sous les yeux d’un public charmé et pas sous les miens.

Parfois même, sa voix se faisait si forte dans mon âme qu’elle couvrait ces airs qui ne me plaisaient pas. Sa musique alors écrasait les dix musiciens sur la scène s’efforçant de distribuer du son violent et rythmé à ce public conquis. Et je ne n’entendais plus que les étoiles.

Je l’attendais, depuis le jour où j’ai su qu’elle passerait vers mes rives, je voulais la voir, la vivre.

Et j’étais là. Sur une estrade poussiéreuse, à tenter désespérément d’apprécier un rythme inconnu, alors qu’un autre rythme que je connais par cœur couvrait les collines de Nice.

Le chanteur se mettait parfois à crier, le son saturait horriblement, et je saturais dans mon émotion, et cela durait depuis trop longtemps sans que je ne cesse de penser à une douce trompette, un piano, une guitare, une présence, cette jeune femme blonde, du haut de ses 24 ans, derrière ses lunettes sombres…

En rentrant tard dans la nuit, j’ai regardé sur internet si ceux qui y étaient avaient déjà émis des commentaires. Je voulais même participer à cette vague de compliments, comme si… Mais c’était idiot, puéril. « Et alors ? me suis-je dit, puéril, gamin, je m’en fous ! ».

Histoire de dire aux autres, et surtout à moi-même, que oui, j’y étais. Enfin, pas vraiment, pas du tout en fait, mais comme je la connais par cœur, c’est comme si j’y étais un peu, loin, derrière quelque barrière musicale, au-delà d’une colline ou deux, c’est vrai, mais j’y étais quand même.

Non, bien sûr. Je ne m’en fous pas.

Je suis là, devant cet écran, et j’écoute Melody Gardot raconter quelques instants de sa vie. Ces instants que je connais déjà, parce qu’elle donne toujours, plus ou moins, les mêmes instants. Sauf peut-être quand on peut lui parler, en direct, comme je l’ai fait, une nuit, avec juste une grosse centaine d’autres internautes… Bien peu de monde, du coup, et un joli dialogue. Sweet memory…

Plus que quelques minutes d’émission radio.

Je vais enchaîner avec son dernier album, « My one and only thrill ».

Un bijou.

Banal de dire ça. Tant pis. Il n’empêche. C’est un bijou.

Le premier (deuxième pourrait-on dire…), celui qui la lança vraiment, « Worrisome heart », était un diamant brut, étincelant sans être aveuglant mais laissant deviner des éclats foudroyants et le désir fou de posséder quelques notes, quelques moments juste entre elle et vous… Vous voyez ce que je veux dire ?

Non ? C’est dommage.

Alors qu’elle chante les dernières notes dans l’émission, je repense à « Rio », l’album du trompettiste Till Brönner, où elle y interprète « Hight night »…

Ce moment incroyable et inoubliable où je l’ai entendue la toute première fois. Ces moments où votre âme bascule, où vos sens s’affolent, où vos pensées se taisent et laissent place à la magie d’une Melody…

Elle était là hier soir, vendredi 24 juillet, à Nice.

Melody Gardot a imprégné de sa sensibilité les murs des arènes de Cimiez.

Elle était là.

Pas moi.

On dit souvent qu’on ne doit pas vivre avec des regrets ; mais parfois, ce sont eux qui vivent avec vous…

Je voulais la voir avant qu’elle ne devienne « trop » connue, qu’elle passe de l’autre coté, ce coté si abjecte des artistes intouchables qui ne savent même plus qu’un simple admirateur et connaisseur de leur musique n’est pas forcément un fan fanatique et hystérique. Je ne sais si elle basculera mais je voulais la voir avant, au cas où.

Bientôt, ce sera l’Olympia.

Est-ce déjà trop tard ?

 

L’émission est terminée, et ce texte se termine aussi. Et la douceur continue.

Ecoutez-la.

Aimez ou pas. Mais écoutez-la.

 

 www.melodygardot.com

 http://www-v3.deezer.com/fr/#music/result/all/melody%20gardot

 http://www.myspace.com/melody

 http://www.dailymotion.com/Melody-Gardot


Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (7 votes)




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8 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 27 juillet 2009 15:36

    Well done.
    +1.


    • armand 27 juillet 2009 18:22

      Bel article , seule question son collants n’est pas trop court ?????


      • SANDRO FERRETTI SANDRO 27 juillet 2009 20:59

        @l’auteur

        Ah, j’oubliais. Si vous persistez à écrire en français, et que vous ne causez si Sarko ni cardio ni Modem, ni cul ni juif ni arabe, ici, c’est 5/ 10 réactions. 30/40 pour les plus expérimentés.
        Autant le savoir.
        Buona serra.


        • Stéphane Antonini Stéphane Antonini 27 juillet 2009 21:14

          @ SANDRO

          C’est exactement ce que je me disais, en comparant les réactions aux divers articles du jour.
          Mais bêtement peut-être, je préfère 10 réactions intelligentes et constructives de la part de lecteurs qui savent lire que 200 de la part de pseudo-détenteurs de la Vérité Absolue (pas tous sont ainsi, heureusement !!).
          Je crois que je vais persister. On verra bien.
          Et puis il n’y a pas qu’ici.
          La vérité est ailleurs ?

          PS : Prudon ! Une gifle toutes les deux lignes.... Et j’en redemande....


        • Gül 27 juillet 2009 21:18

          Fort jolie voix, mélodieuse à souhait, j’aime beaucoup.

          Merci de me la faire découvrir, je ne connaissais pas du tout.


          • Stéphane Antonini Stéphane Antonini 27 juillet 2009 21:26

            Et voilà...
            Pour revenir sur le précédent message de SANDRO et réagir à ton commentaire, Gül, cet article a atteint son objectif : partager.
            Et même une seule personne, forcément de qualité ;) en arrive à découvrir et apprécier Miss Melody, c’est une douce victoire pour mon petit texte...
            Merci, Gül, d’avoir pris le temps...

            Bon, on va arrêter les « mercis », ça commence à sentir l’oscarisation.

            Je vais mettre le blanc et le rosé au frais.......


          • Olga Olga 27 juillet 2009 23:05

            Alors là, j’avoue qu’elle mérite le détour. Je m’attendais à du Stacey Kent, du Madeleine Peyroux, voire du Norah Jones. Mais c’est bien autre chose. Elle passe naturellement d’une voix douce, sensuelle, à une voix à la fois puissante et plaintive... qui swingue aussi : 


            • Olga Olga 28 juillet 2009 00:24

              Stéphane, 
              Vous craignez de la voir basculer (vers le côté obscur de la force) ? 
              J’espère que non... (Du bon côté de la force, rester elle doit)
              Une autre perle, dans un style tout à fait différent (folk-country...) qui pourrait basculer elle aussi : Alela Diane





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