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Mercredi, Folle Journée

Mercredi, mais aussi les jours suivants, car depuis des années, La Folle Journée s’étire sur 5 jours pour se terminer le dimanche. Comme tous les ans dans les frimas de l’hiver en Pays de Loire, la ville de Nantes et la Cité des Congrès sont au cœur de l’actualité de la musique classique pour le plus grand plaisir des inconditionnels de ce rendez-vous original...

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Une chose est sûre, le batteur de rock René Martin n’imaginait pas à quel point son idée de Folle Journée deviendrait un rendez-vous incontournable pour de nombreux mélomanes du Grand Ouest. Le génial Mozart avait été le héros de la première édition, organisée à Nantes en 1995. Après les compositeurs russes en 2012, c’est, dans le cadre d’un évènement baptisé « L’heure exquise », la musique française et espagnole de 1850 à nos jours qui est mise à l’honneur en cette année 2013.

Nul doute qu’avec ses 309 concerts et ses 1800 musiciens au service d’une programmation soignée, cette 19e édition connaîtra le même succès* que les précédents opus, non seulement dans la capitale historique des Ducs de Bretagne, mais également dans les villes de l’Ouest qui prolongeront l’évènement dans le cadre d’une Folle Journée décentralisée**. Un succès avant tout populaire, conformément au pari qu’avait engagé naguère René Martin, lui-même issu d’un milieu modeste : amener à la musique classique des personnes peu habituées à la fréquentation des salles de concert, voire totalement béotiennes.

Disons-le tout net, la plupart des compositeurs concernés par cette édition de la Folle Journée sont peu connus du grand public. Certes, côté français, tout le monde a dans les oreilles le Boléro de Maurice Ravel, mais seuls les amateurs avertis connaissent son concerto pour la main gauche, écrit pour un pianiste manchot. De même, tout le monde a entendu L’apprenti sorcier de Paul Dukas ou la Danse macabre de Camille Saint-Saëns ; en revanche, peu de personnes dans le grand public ont eu accès à leur musique de chambre. Erik Satie également est méconnu, et cela même si sa 1ère gymnopédie est très populaire.

Côté espagnol, c’est la même chose : tout le monde connaît, au moins partiellement, les danses du Tricorne (ici la Jota), ou celles de L’amour sorcier (ici la Danse du feu) de Manuel De Falla. Et il en va de même pour le Concerto d’Aranjuez de Joaquín Rodrigo. Mais il faut bien avouer que le répertoire espagnol classique est fort méconnu, le nom d’Isaac Albéniz n’étant même le plus souvent cité qu’au titre de la parenté de Cécilia Attias ex-Sarkozy avec ce compositeur. Et que dire d’Antonio Soler dont l’œuvre, héritière du style de Domenico Scarlatti, mériterait incontestablement une plus grande notoriété ? Quant à Enrique Granados et Joaquín Turina, inutile de faire un micro-trottoir pour mesurer leur manque quasi-total de notoriété en deça des Pyrénées.

Impossible de citer tous les compositeurs dont les œuvres ont été inscrites au programme de cette Folle Journée 2013. Mais outre les compositeurs déjà mentionnés, il convient d’ajouter notamment les noms de César Franck, André Caplet, Emmanuel Chabrier, Claude Debussy, Vincent d’Indy, Francis Poulenc, Darius Milhaud, Henri Dutilleux, Olivier Messiaen ou Pierre Boulez. Sans oublier évidemment la « star » des scènes d’opéra : Georges Bizet à qui L’Arlésienne (ici la suite n°1) et surtout la très hispanisante Carmen (l’opéra le plus joué dans le monde !) ont apporté une consécration planétaire jamais démentie. Un regret toutefois : qu’une place plus importante n’ait pas été donné au plus espagnol de nos compositeurs, le nordiste Édouard Lalo dont la Symphonie espagnole (fort heureusement programmée à Nantes) est une pure merveille.

Comme l’ont voulu les organisateurs, cette édition de la Folle Journée se focalise particulièrement sur ce qu’ils ont appelé « l’âge d’or de la musique française, des années 1870 aux années 1940 ». Et de fait, jamais dans l’histoire de la musique classique française, il n’y avait eu une telle floraison de talents sur une aussi courte période. Ce rendez-vous nantais nous donne une belle occasion de réécouter ou de découvrir ces œuvres dont, malheureusement, bien peu sont interprétées en concert.

Se rendre à Nantes pour la Folle Journée est de surcroît toujours un plaisir, ne serait-ce que pour partir sur les traces de Lola (Anouk Aimé) en se promenant du côté du théâtre Graslin, en descendant les marches du célèbre passage Pommeraye, ou en allant dîner dans le superbe décor de céramique modern-style de la brasserie La Cigale. Cela dit, l'on peut préférer admirer les façades blanches du château des duc de Bretagne avant d’opter pour un brunch au Lieu Unique, l'ancienne manufacture des célèbres petits-beurre LU devenue un centre culturel branché. Question de goût, comme en musique !

 

En 2012, 152 000 billets ont été vendus, et le taux de remplissage des 284 concerts a atteint 97,2 %

** En 2012, 11 villes du Grand Ouest ont prolongé la Folle Journée, avec au programme 160 concerts pour lesquels 65 000 billets ont été vendus.

 

Accès au site de la Folle Journée 2013


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14 réactions à cet article    


  • ARMINIUS ARMINIUS 30 janvier 2013 09:32

    Merci pour l’info. Petite critique : Isaac Albeniz tout le monde connait ! surtout son célèbre« Asturias » . Avec Granados et De Falla ils sont les trois incontournables maitres espagnols...
    Il est vrai qu’il y a d’autres Albeniz beaucoup moins connus : Pedro mais surtout Mateo dont la sonate interprétée par Narciso Yepes est un régal pour les amateurs...


    • Fergus Fergus 30 janvier 2013 09:41

      Bonjour, Arminius.

      Vous avez raison, j’avais poublié « Asturias ». Mais cette oeuvre rejoint la « Danse du feu » ou la « Jota » citées dans l’article : elles occultent totalement le reste du répertoire de ces compositeurs, et cela même auprès d’un public relativement informé du répertoire classique

      Très méconnus, Pedro et Mateo Albeniz sont des compositeurs antérieurs à l’époque de référence de cette Folle Journée. J’avoue n’avoir jamais rien entendu du premier et seulement la (relativement) célèbre sonate en ré du second.


    • Taverne Taverne 30 janvier 2013 11:09

      Bonjour Fergus,

      Je vais devoir crier au scandale. En effet, cette journée semble avoir écarté le grand compositeur espagnol Francisco Tárrega. Rappelons que ce dernier, en transcrivant pour la guitare un grand nombre des pièces de son ami Isaac Albéniz, a fait la notoriété de ce dernier. Rappelons qu’il a composé par exemple le célébrissime et magnifique « Recuerdos de la Alhambra ». Rappelons qu’il est le père de la guitare classique moderne. Mais j’ai bien peur qu’une fois encore la guitare soit méprisée par les pédants classiqueux.


      • Taverne Taverne 30 janvier 2013 11:17

        Je viens de lire le programme détaillé, on ne trouve Tarrega que le 31 janvier à 21 h 30. Deux morceaux seulement. En revanche, beaucoup de Rameau et de Couperin : que viennent-ils faire dans ce programme du XIXè - XXèmes siècles ? Un peu plus de Tarrega aurait permis d’éviter cet anachronisme.

        Et éventuellement un peu de Primitivo Lazaro (1909 – 1997)


      • Taverne Taverne 30 janvier 2013 11:29

        Ah, je vois que Tarrega apparaît aussi au programme du 1er février mais de façon très dispersée. Son nom aurait dû figurer dans la présentation générale et son oeuvre aurait due être présentée de manière plus cohérente. Enfin, c’est mon opinion.

        Sinon je complète un peu (attention, voici le quart d’heure culturele de Taverne smiley) ou rubrique « le saviez-vous ? »

        A propos de « sur les traces de Lola » (Anouk Aimé) : Lola a été inspirée à Demy par le film « Lola Montez » de Max Ophüls ( le film est dédié à celui que Demy considérait comme son maître)..

        Lola Montez fut une des liaisons intimes de Franz Liszt. Ainsi, on reste dans la musique...


      • Fergus Fergus 30 janvier 2013 12:10

        Bonjour, Paul.

        Effectivement, Tarrega est très peu présent dans le programme de cette Folle Journée. Il est vrai qu’il n’a quasiment rien composé de réellement intéressant, mais surtout transcrit des oeuvres pour son instrument, la guitare, dont il a été l’un des plus grands virtuoses, au point que certains l’on comparé à Sarasate, le digne successeur de Paganini au violon.

        A propos de compositeurs mal servis cette année, il y a précisément Sarasate dont les Airs bohémiens (Zigeunerweisen) ne sont pas programmés. A la décharge des organisateurs, reconnaissons qu’ils ne peuvent être exhaustifs et doivent, de surcroît, négocier le programme avec les formations invitées. En revanche, la Fantaisie sur le Carmen de Bizet de Sarasate sera donnée lors des deux concerts retransmis en direct sur Arte le samedi à 22 h 15 et le dimanche à 19 h 00 (concert qui comportera également, entre autres, le Boléro de Ravel).

        Lola Montez a, comme Carla Bruni, « rôti le balai » et connu de nombreux amants. En effet, il y a eu Liszt dans le palmarès, ainsi que d’autres compositeurs, dont Wagner.


      • Taverne Taverne 30 janvier 2013 13:13

        "Il est vrai qu’il n’a quasiment rien composé de réellement intéressant« Faux ! Il a composé des oeuvres superbes pour la guitare, que tous les guitaristes classiques connaissent. Dont le mondialement connu »Recuerdos de la Alhambra« , le magnifique »Capricho Árabe« . Sans oublier le célèbre »Danza Mora« 

        et - anecdote ! - la musique au monde probablement la plus écoutée : la sonnerie de Nokia, aussi utilisée dans des spots publicitaires, basée sur l’œuvre »Gran Vals" de Tárrega.


      • Fergus Fergus 30 janvier 2013 13:40

        @ Taverne.

        Question de goût, comme je l’ai écrit en fin d’article : sur ce plan-là, les tiens ne sont pas les miens. Je n’en reconnais pas moins que Tarrega a enrichi le répertoire des guitaristes.

        Bonne journée.


      • Taverne Taverne 30 janvier 2013 14:37

        Certes. En même temps, c’était aussi pour animer un peu le forum sous ton article. smiley

        Entre nous, Tarrega vaut mieux comme compositeur que certains grands noms cités. Avec notamment sa « touche » subtile de compositeur et ses glissés romantiques (qu’on ne peut faire qu’à la guitare, pas au piano). Et j’oserai même dire que sa transcription pour la guitare de « Asturias » d’Albeniz dépasse d’une certaine façon l’original composé au piano.Seulement voilà, Tarrega composait à la guitare (même s’il savait aussi jouer du piano) et donc il souffre d’un a priori défavorable comme cet instrument.

        Ecoute une bonne interprétation d« Asturias » d’Albeniz (1) à la guitare et Recuerdos de la Alhambra et tes goûts vont certainement évoluer...

        (1) Je conseille la version de Lagoya (par exemple) pour la première partie et de Rossfelder pour la seconde partie (je m’explique : je trouve que Rossfelder joue trop rapidement la 1ère partie).


      • Fergus Fergus 30 janvier 2013 16:32

        @ Taverne.

        Je connais bien (et depuis fort longtemps) ces deux oeuvres, notamment interprétées par Yepès ou Williams. Mais si j’ai toujours apprécié « Asturias », je n’ai jamais été séduit par les « Recuerdos de la Alhambra ». Désolé.

        Bonne fin d’après-midi.


      • voxagora voxagora 30 janvier 2013 15:38

        Je demande le nom de la femme qui est sur l’affiche, 

        parce qu’à part elle, dans la musique française et espagnole de 1850 à nos jours,
        il semble qu’il n’y en ait pas d’autre,
        pas plus dans l’article que dans les commentaires.
        Tiens, je m’en vais écouter Julio Iglesias et « Vous les femmes »,
        ça me consolera.

        • Fergus Fergus 30 janvier 2013 16:25

          Bonjour, Voxagora.

          Il s’agit de la pianiste Marie Godebska alias « Misia », nom sous lequel elle a été connue du Tout-Paris de la Belle Epoque. Amie de nombreux artistes, elle a été une proche de Satie et surtout l’égérie de Ravel. Le compositeur lui a d’ailleurs dédié plusieurs oeuvres. On dit même qu’il a transposé en deux groupes de notes les noms « Godebska » et « Misia », groupes de notes que l’on retrouverait dans un grand nombre de ses oeuvres.

          Misia est également présente dans les musées : elle a en effet servi de modèle à de nombreux peintres, et notamment à Toulouse-Lautrec et Renoir. Au sommet de sa gloire, Misia était surnommée « la Reine de Paris ».


        • Taverne Taverne 31 janvier 2013 00:02

          « sur les traces de Lola », dis-tu Fergus et sur celles d’Edouard Lalo : de Lalo à Lola donc ! Et de conclure par les petits Lu, j’ai bien lu, j’ai pas la berlue !

          On peut aussi aller Pont Aven : à la chapelle de Tremalo faire des tremolos...


          • Fergus Fergus 31 janvier 2013 09:05

            Salut, Taverne.

            Et encore n’a-t-on pas parlé de Lulu d’Alban Berg. Normal, ce compositeur n’est ni français ni espagnol.

            Très jolie, la chapelle de Tremalo. Et il y a des chambres d’hôtes très sympathiques à proximité.

            Bonne journée.

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