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Meurtres ?

C’est une femme toute simple ; une femme sans histoire, et qui a peur du gendarme… comme tous les gens très simples et sans histoire… on lui a appris à l’école que la prison était un endroit où on enfermait les voleurs et les malfaiteurs et elle l’a crue ! Et elle le croit encore…elle croit d’ailleurs à des tas de choses ; tiens elle croit que la justice est encore de ce monde ; elle croit que les bons sont récompensés et les mauvais punis ; elle croit que les chevaliers de la légion d’honneur savent monter à cheval ; que les avocats sont les défenseurs de la veuve et de l’orphelin ; que pauvreté n’est pas vice, et que tous les hommes sont égaux devant la loi. Il y a une autre chose qu’elle croit et qui celle-là est vraie, c’est que je suis quelqu’un de pas trop mal et je veux lui laisser ses illusions. Extrait du dialogue sorti du film Meurtres ?

La bourgeoisie ou les sentiments, il faut choisir !

Une fratrie d’origine modeste, composée de trois frères, Blaise, l’ainé, devenu avocat, espérant devenir Bâtonnier ; Hervé, le deuxième, devenu chirurgien, sur le point d’obtenir sa chaire, et Noël, le troisième, devenu viticulteur. Blaise et Hervé dont les familles nouvellement bourgeoises, bourgeoisie chèrement acquise au prix de beaucoup de sacrifices, sont prêts à tout, au point de perdre toute empathie et humanité envers leur frère Noël, pour sauvegarder leur réputation. Jusqu’où vont-ils aller quand leur avenir et celui de leurs rejetons José Annequin et Martine Annequin, cousins germains, dont le mariage entre eux est même prévu, comment faire quand tout est sur le point d’être, à leurs yeux, gravement compromis à cause de Noël le viticulteur déjà mis au ban de la famille par les deux frères, car il a décidé de se marier par amour à une femme dit trop modeste.

Deux frères prêts à tout et diaboliques.

Isabelle la femme de Noël Annequin, atteinte d’un cancer en phase terminale, supplie son mari désespérément de mettre fin à ses souffrances ; Noël accepte en désespoir de cause à l’aide d’une overdose médicamenteuse et décide de se livrer à la police pour ce geste. Mais ses deux frères en ont décidé autrement et vont saisir l’occasion de lettres anonymes envoyées à la justice et qui accusent la garde-malade une femme modeste et sans histoire ; profitant de la simplicité et de la peur du gendarme de celle-ci, dont Blaise l’avocat, le regard noir et plein de mépris s’agissant de la garde-malade, déclare avec une morgue absolue « le régime préventif n’est pas tellement désagréable […] elle ne sera pas plus malheureuse en prison qu’en liberté, quelle différence pour elle ! aucune ! sa liberté ! elle ne s’en sert jamais ! » Deux hommes pour qui, ni une garde-malade, ni la femme tant aimée de leur frère Noël Annequin, ne semblent pas valoir grand-chose à leurs yeux, vont tenter d’étouffer l’affaire. Noël Annequin honnête et loin d’être calculateur comme ses frères, s’interpose pour être finalement l’objet d’un projet diabolique imaginé par ses deux frères avec l’aide d’un psychiatre sans scrupules. Le but ? Faire passer Noël pour un irresponsable et de le faire interner afin d’éviter un véritable scandale pour la famille qui ferait perdre à l’un la future chaire et à l’autre, l’accès à l’ordre des avocats.

La star du film est le dialogue au vitriol.

Si l’histoire est digne d’un Chabrol, où très souvent il a dessiné les contours d’une condescendance et d’une ignorance de certaines castes et a su dévoiler le summum de l’hypocrisie dans ses films, comme par exemple le film La cérémonie, dont la famille bourgeoise méprise et se moque même dans le dos de « la bonne » tout récemment engagée par eux ; ainsi qu’envers la guichetière sans gêne et indiscrète de la poste, mépris mêlé de condescendance et qui finira par se retourner contre eux. Le film Meurtres ? Dont l’histoire n’a rien à voir avec le film La cérémonie, n’en décortique pas moins le mépris avec justesse, il décortique avec les mots justes l’égoïsme et l’indifférence face à la douleur des gens soi-disant moins bien que les autres et dont certains pensent qu’il suffit de faire les gros yeux pour les impressionner. Ce film détonne par ses dialogues et par les échanges sarcastiques entre les personnages pratiquement tout au long du film, film dont les expressions sont mordantes et qui s’il n’était pas à voir en serait tout autant agréable à écouter. Avec une Jeanne Moreau âgée d’une vingtaine d’années avec un aplomb spectaculaire pour son second rôle dans un très grand film avec de très grands comédiens tels que Fernandel. Jeanne Moreau utilise des expressions cassantes et un ton assuré, c’est très impressionnant. Les dialogues du film ont été écrits par un journaliste du Canard Enchainé, Henri Jeanson, et ce n’est peut-être pas étonnant que la qualité des dialogues soit véritablement remarquable et jusqu’au bout du film. Le film a été réalisé par Richard Pottier. Mais comment est-il possible de ne pas même penser à rejouer ce film en pièce de théâtre tant c’est un véritable régal !


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10 réactions à cet article    


  • JL JL 4 novembre 2014 11:29

    ’Merci pour cette critique qui donne envie de voir l’œuvre.

    Cecit dit, le diable se cache dit-on dans les détails. Ainsi on peut lire dans cet article : ’Elle croit que pauvreté n’est pas vice’’

    Et vous, l’auteure, qu’en pensez vous ?


    • Simple citoyenne Simple citoyenne 4 novembre 2014 11:36

      Bonjour à vous JL très bonne question ! Mais avant pourriez-vous s’il vous plaît éclaircir ce que vous voulez dire ?


    • JL JL 4 novembre 2014 12:00

      Citoyenne,

      Si vous estimez que c’est une bonne question, c’est que vous avez compris ce que je voulais dire, non ?

      Comme je ne suis pas ici pour jouer à cache cache, je dirai que de mon point de vue, quelqu’un qui croit que ’’pauvreté n’est pas vice ’’ est dans le vrai ; contrairement à ce que laisse entendre la liste à la Prévert dans laquelle figure cette assertion.

      Cordialement.


    • Simple citoyenne Simple citoyenne 4 novembre 2014 19:06

      Bonsoir je réponds évidemment que non, Pauvreté n’est pas vice ; c’est le système qui est bien vicieux !


    • psynom 4 novembre 2014 20:00

      L’expression « pauvreté n’est pas vice » a son origine dans l’évangile, et voulait redonner dignité et respect à ceux qui vivent dans le dénuement, et font peur.

      Mais on l’assène aux pauvres surtout pour leur faire accepter leur condition.

      La négation de cette expression signifierait plutôt que le pauvre (même si, lui au moins, ne s’est pas enrichi malhonnêtement) n’a pas le respect, la considération, l’empathie, la solidarité qu’on lui promet dans notre monde hypocrite.


    • Simple citoyenne Simple citoyenne 4 novembre 2014 21:29

      Bonsoir à vous psynom et un grand merci pour votre contribution. Précieux enseignements.


    • Simple citoyenne Simple citoyenne 4 novembre 2014 15:23

      Bonjour à vous Hervépasgrav ! Non ce n’est pas un plaidoyer déguisé, contre ou pour quoique ce soit ! pas d’inquiétude ! c’est vraiment un film avec un dialogue exceptionnel tout simplement.
      Bien à vous !


    • Fergus Fergus 4 novembre 2014 19:56

      Bonsoir, Simple Citoyenne.

      Jeanson a en effet été un dialoguiste exceptionnel. Outre ce film, il a dialogué de nombreux chefs d’œuvre, au premier rang desquels les inoubliables Pépé le Moko et Hôtel du Nord.


    • Simple citoyenne Simple citoyenne 4 novembre 2014 21:24

      Bonsoir Fergus merci pour ces informations ; oui l’Hôtel du Nord excellent film aussi !


    • Simple citoyenne Simple citoyenne 18 août 2015 00:02

      Film tiré du Livre de Charles Plisnier . Titre Mort d’Isabelle (Meurtres T. I), (1939)


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