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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Moby Dick ou l’immanence du péché dans la société américaine

Moby Dick ou l’immanence du péché dans la société américaine

Obama ne débarrassera pas l’Amérique de ce sentiment que le mal est partout et tout particulièrement dans le sexe. Certes, il est moins bigot que les Bush et il utilise une phraséologie moins biblique, mais il reste dans la norme américaine et il n’a guère le choix, même si l’axe du mal est désormais moins à la mode. D’abord nous ne sommes plus à l’époque du « gang » des Kennedy, jouisseurs catholiques irlandais, les trois frères, sans oublier le père, étant réputés pour leurs frasques et leur relatif respect de la légalité. Depuis, il y a eu un retour en morale et Clinton après Gary Hart, en a fait les frais, lors d’accusations tout autant obscènes que ridicules. Mais surtout, Obama est considéré comme noir, et tout manquement à la morale des WASP (les protestants blancs) serait immédiatement interprétée comme de la lubricité inhérente aux noirs, supposés, dans l’imaginaire collectif américain, incapables de se refréner sur le plan sexuel, selon un vieux schéma qui date des plantations et des fermes de reproduction d’esclaves. Donc, Obama ne peut avoir une maîtresse et encore moins des aventures avec une stagiaire, ni tenir des propos crus comme Nixon ou Lindon Johnson, surnommé l’éléphant a cause de sa trompe.

Cette présence permanente du péché est l’essence même de la culture protestante américaine ; elle date du May Flower et ne s’est jamais aussi bien portée avec le regain évangéliste aux Etats-Uns.

Le roman d’Hermann Melville, Moby Dick en est une illustration vivante.

 

Tout le monde a lu au moins une version abrégée de Moby Dick, regardé une bande dessinée et pour les plus anciens ou les cinéphiles vu le film en noir et blanc avec Gregory Peck. Mais l’œuvre de Melville, tout comme le Petit Prince (voir : http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/petit-prince-de-lu-ou-comment-48452) et les Voyages de Gulliver, est loin d’être un ouvrage pour enfant. Il transpire le sexe, surtout dans sa composante homo, mais surtout la culpabilité et la lutte contre les forces du mal.

La baleine, qui symbolise un sexe masculin géant, aurait pu représenter le communisme au temps d’Edgar G Hoover, l’homophobe homosexuel refoulé. Et dans l’Amérique de Bush le cétacé aurait pu aussi être une métaphore de l’islamisme. Car le mal, c’est le sexe, et accessoirement les opposants à l’idéologie libérale.

En américain courant, dick, c’est le sexe, le membre, le chibre ! Dick Head, insulte courante peut se traduire par tête de nœud. Et puis le monstre marin n’est pas une baleine, mais un cachalot, un sperm whale, (dont on récupère le spermaceti, l’ambre gris pour les parfums) tout est dit.

Achab, le capitaine du Pequod, porte le nom biblique d’un roi qui commit la faute à cause de sa femme Jezabel (Livre des Rois, ch.21) et recherche le pardon au travers l’expiation. La femme est à l’origine du mal depuis Eve, on sent là aussi l’imprégnation de l’apôtre Paul.

Achab symbolise l’homme qui déteste les femmes et lutte contre sa propre homosexualité symbolisée par la baleine blanche.

Il est donc l’avatar de Saint Paul, le véritable inventeur du Christianisme, lui-même misogyne et homosexuel refoulé. Paul, exalté, suffisant (Soyez comme moi, dit-il, alors que le Christ ne l’a jamais osé) hystérique (se souvenir des chemins de Damas et des écailles tombées de paupières, exemple pathognomonique de la cécité hystérique). Il est d’ailleurs intéressant de constater que Paul, dans son épître aux Romains, fustige l’immoralité, l’impudicité et la sodomie avant de leur parler de la justification de la foi. Sans que cela soit explicite, on sent qu’Achab est ce genre de capitaine qui ne va pas à terre profiter de la compagnie des prostituées, il entend gémir le mousse et les accouplements furtifs des marins, mais il n’ose en caresser un et doit en rêver la nuit, seul dans sa cabine ou arpentant le pont. Ismaël, le narrateur, lui, partage la couche de l’indigène tatoué, il en respire les odeurs corporelles. Melville n’en dit pas plus…

Achab recherche la rédemption et sa lutte contre la baleine est avant tout un combat intérieur mené contre lui-même et ses penchants sexuels. D’ailleurs, dans le film, la scène finale où Achab est entravé au cachalot, faisant corps avec la chair du monstre est une allégorie, une communion morbide et mortifère avec un pénis géant. Allégorie faisant penser à Saint Sébastien, martyr chrétien ayant refusé les avances d’un centurion et paradoxalement devenu une icône gay moderne. Chaque flèche traverse Sébastien comme une pénétration sexuelle, de même pour chaque coup de harpon dans la baleine.

D’ailleurs, Achab a perdu une jambe lors de son éternel combat contre Moby-Dick, mais ce pilon qu’il arbore en le faisant résonner sur le pont de son navire est aussi un symbole phallique, celui de sa virilité perdue par le doute. Achab, devenu impuissant du fait du refoulement de sa sexualité, c’est peut-être là la clé du roman. L’œuvre de Melville, peu connue en Europe est de fait toute teintée d’ambiguïté sexuelle. Moby Dick a été écrit vers 1850, c’est-à-dire à une époque ou l’homosexualité n’était pas tolérée. Abraham Lincoln lui-même quelques temps plus tard sera soupçonné de l’avoir pratiquée en cachette.

Mais élargissons notre approche en l’étendant à la création culturelle américaine. En dehors des mièvres productions hollywoodiennes et des romans de gare et à l’eau de rose, le péché, la faute, la culpabilité, surtout autour du sexe, sont des thèmes récurrents de la production artistique américaine avec quelquefois un niveau de génie inégalé même en Europe.

Pour ne reprendre que les plus célèbres :

Steinbeck. Les raisins de la colère, ont longtemps été considéré comme un ouvrage subversif car alliant deux tares rédhibitoires dans l’Amérique puritaine, le communisme et l’obscénité. Quand Rose de Saron, après une fausse-couche, donne le sein à un type qui meurt de faim, on est à la limite de l’inacceptable pour l’Amérique profonde. Et dans des souris et des hommes, le gant de vaseline pour caresser l’épouse nymphomane, la manière du héros de câliner les femmes et de les étrangler traduit le même malaise vis-à-vis du sexe. Mais ce qui nous surprend dans l’opinion américaine, c’est le lien entre sexualité et communisme, comme s’ils avaient repris le concept de vipère lubrique, venu des procès staliniens.

 Ceux qui suivent, quelquefois d’origine juive ou venus d’Europe, vont cependant reprendre le filon intarissable du péché, de la transgression et du mal. Soit par provocation, soit utilisant le thème pour se faire censurer et donc faire parler d’eux. Toute une génération d’écrivains américains a su décrire avec détails les paradoxes de la société face au sexe. Henry Miller est le plus grand d’entre eux. Mais il a été corrompu par un long séjour en France qui lui a appris les bienfaits du libertinage. Jours tranquille a Clichy est en fait un roman français qui ne fait pas ressortir l’ambiguïté américaine. Par contre, la subtilité est plus grande dans la Crucifixion en rose, la trilogie longtemps interdite de Sexus, Nexuset Plexus. Et pourtant quelle ruse et circonlocutions de l’auteur avant d’arriver au fait. Quarante pages de considération sur l’histoire de l’art d’Elie Faure et sur Sri Aurobindo avant de constater qu’un médecin juif obsédé, du nom de Kronski essaye de faire contre son gré un toucher vaginal à une lesbienne !

Hurbert Selby va encore plus loin dans la décadence, l’obscénité, les drogues, les viols et la mort. Dans Last exit to Brooklyn, et la Geôle, l’auteur dépeint un univers glauque et malsain dont les anti-héros finissent mal, pire encore que dans une tragédie grecque.

Truman Capote, dans de sang froid, décrit son attirance homosexuelle, et son utilisation du coupable comme matière a livre reportage, nous racontant dans le détail un meurtrier horrible et bâclé par deux minables, dont au moins un le fascine.

 Charles Bukowski, va au plus profond des délires sexuels alcoolisés dans un langage encore plus cru que ses prédécesseurs dans cette veine littéraire. 

Le Cinéma n’est pas de reste et suit les phantasmes américains. Il n’est qu’à constater le succès de Basic instinct, film ou le sexe est le mal absolu, mais un mal fascinant. Mais le plus significatif, on le retrouve dans Looking for Mr. Goodbar de Richard Brooks, seul rôle dans lequel Diane Keaton est supportable. Le film, dont on peut traduire le titre par « A la recherche d’un bon coup au lit », raconte l’histoire de la quête du plaisir par une jeune professeur qui traîne dans les bars. L’histoire finit par le meurtre à coups de couteau de l’héroïne en plein orgasme, par un travesti refoulant son homosexualité.

Abel Ferrera, dans Bad Lieutenant, dépeint un flic pourri joué admirablement par Harvey Keitel, qui trouvera la rédemption en retrouvant les auteurs du viol d’une religieuse polonaise par deux latinos. Il libérera finalement les coupables en leur donnant son argent qui devait payer ses dettes de jeu auprès d’une quelconque mafia. La scène où le héros s’adresse à Dieu nu en érection dans l’église est un moment d’anthologie. Taxi Driver est filmé dans le même état d’esprit de péché et de rédemption toute américaine. Seven est un ton en dessous mais dans le même état d’esprit.

La société américaine qui est puritaine et obscène à la fois, se retrouve à la fois sous ses deux aspects dans ses films, ses faits divers et sa politique. Les détails de l’affaire Clinton/ Monica Lewinski n’en sont que l’aboutissement. Obama ne peut donc se permettre aucun faux pas de ce genre et devra donc remettre à plus tard ses velléités de mettre en pratique l’opéra maçonnique de Mozart, la flûte enchantée ! Il a tout de même arrêté de subventionner les programmes favorisant l’abstinence dans la lutte contre les grossesses chez les adolescentes. Ce n’est qu’un début qui risque de lui attirer les foudres des born again et des anti-avortements.

 


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16 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 25 mai 2009 10:30

     tout le péché américain dans la bite à Moby ! smiley


    • frédéric lyon 25 mai 2009 10:42

      Il n’ a plus qu’une seule culture qui réprime le sexe, et qui le réprime férocement au point d’empaqueter la gent féminine afin d’éviter les débordement d’une gent masculine si mal éduquée qu’on la croit capable de tous les débordements en public.

      Et c’est la civilisation musulmane.

      On pourrait imaginer d’écrire plein « d’articles » de « journalisme citoyen » sur ce sujet, si ce sujet intéressait vraiment les français qui s’en fichent pas mal.

      Mais là, franchement, avoir à se farcir un « article » sur la repression de la sexualité aux USA (? ??!!!), une répression qui n’a pas l’air d’être si féroce que celà quand même, et qui n’empêchera les lecteurs d’Agoravox de dormir.
      ,
      On s’interroge, on se gratte la tête et on se demande pourquoi un tel fatras d’âneries est publié dans une rubrique intitulée : « Culture ».

      N’est-ce pas un peu abusif ?


      • Georges Yang 25 mai 2009 11:07

        Toute société donnant trop d importance à la religion est sexuelement répressive. Le Judaisme, le Christianisme, l Hindouisme sont à certains égards aussi repressifs que l Islam, mais pour certains chrétiens et certains juifs, ce que disent pretres et rabbins ne tient pas à conséquences. Et puis allez dans les grandes métropoles arabes (Alger, Oran, Casablanca, Le Caire...) et vous constaterez l ingéniosité des femmes pour contourner les règles de la religion, allant souvent même très loin. Bien sur, il y a les intégristes....


      • Kalki Kalki 25 mai 2009 15:21

        Le conservatisme est partout dans le monde, et il voudrait bien revenir à la tradition.

        Quand l’apparente abondance disparaitra ça va valser pour les apparences « humanistes » , liberale, libertaire.

        Donc non il n’y a pas que les musulmans. ( autre temps autre lieu)


      • Nico 25 mai 2009 18:22

        Il n’y a pas de civilisation musulmane, car l’Islam va du Mali à l’Indonésie. Il y a mille ans, il y avait moins de crispations sur la sexualité, ce qui montre bien que le problème n’est pas propre à l’essence de cette religion, mais plus à des branches comme le whahabbisme, qui sont hélas dominantes actuellement. Vous croyez que les femmes corses il y a 300 ans avaient un statut plus enviable ?

        Et puis franchement, toujours partir sur l’islam, ce n’est pourtant pas le sujet, ce genre d’idées fixes me désole.


      • Flo Flo 26 mai 2009 10:33

        ET ALLEEEEEEEZZZZZ, re-voilà les islamophobes obsessifs, qui viennent dans tous les fils de commentaires pour vendre leur fascisme rance à qui en voudra.
        Faîtes-vous soigner, les mecs.


      • 1mille 26 mai 2009 15:31

        @nico : « Vous croyez que les femmes corses il y a 300 ans avaient un statut plus enviable ? »
        - Lors de l’indépendance de l’île de 1755, Pascale Paoli inscrit dans la constitution le droit de vote pour les veuves responsables de leur foyer.
        Je dis cela de souvenir de mes lectures. Mes connaissances en société musulmane, polygame et codifiée par la religion du prophète, et en culture corse, société pastorale pauvre et chrétienne, me fait penser qu’un parallèle est risqué, et dénote plutôt une ignorance profonde qu’une réflexion posée, tout particulièrement sur une société où le qualificatif de « matriarcat » fait précisément parti des problématiques de son histoire. Il est toujours désagréable de voir des remarques impulsives avoir des relents de chronique du racisme ordinaire, et triste de voir défendre une culture en tapant sur une autre. Je ne dis pas que la femme musulmane au XVIIIème est écrasée et la Corse pleinement épanouie... les deux statuts ne sont certainement pas joyeux... établir un « qui vaut mieux » ne peut pas se réduire à deux trois remarques... je dis que cette petite phrase assassine à titre d’argument est gratuite, pour ne pas dire autre chose.


      • ZEN ZEN 25 mai 2009 13:51

        @ Le Furtif

        Waouf !

        Sais-tu que France-Mutuelle te rembouse 2000 euros pour tes dents ?
        Non ?
        SI !
        (Difficile d’y échapper, cette pub te suit partout !)

        C’est le moment d’en profiter ... !!!


      • ZEN ZEN 25 mai 2009 11:01

        Puritanisme ancestral
        Juridisme conquérant
        Pragmatisme marchant
        Hypocrisie sans nom...
        Le sexe se porte vraiment mal au pays de Kennedy l’infidèle



          • Nico 25 mai 2009 18:15

            L’article est intéressant du point de vue littéraire, mais je ne suis pas sûr que, sur le plan sociologique, nous soyons vraiment différents des Etats-Unis. Nous ne sommes guère une société libérée non plus. Les Américains ont à la fois un discours conservateur et une jeunesse qui semble en partie très décomplexée sur le sujet (les American Pie et d’autres films de ce genre).

            Je crois que nous sommes, les Américains et nous, dans le même type de société, celle de la consommation. Nous vivons dans un monde de devoir social de production et de consommation, cette dernière n’est pas une jouissance, mais il s’agit au contraire d’une activité disciplinée et normalisée. Nous aussi sommes marqués par la morale puritaine de la productivité, du refoulement et de la rationalisation. La consommation est un code social et un signe d’intégration à la société, la suractivité sexuelle en est un aspect. J’ai essyé de synthétiser l’apport précieux qu’est « La société de consommation » de Baudrillard.

            J’ai à peine plus de la trentaine et cotoie régulièrement des jeunes d’une vingtaine d’années. Quand je vois le poids du conformisme social, moral et sexuel (la mise en couple comme norme à 18 ans par exemple), je trouve cela d’une tristesse à pleurer.

            Ceci dit, je ne nie pas que le contraste entre moralisme et obscénité soit nettement plus saisissant aux USA et que la morale puritaine y soit sensiblement plus présente, je vois mal « Lolita » en France.


            • Georges Yang 26 mai 2009 09:42

              Je constate cependant qu’un médecin peut pratiquer des avortements sans porter un gilet parre-balle en France et que l’on n’a encore jamais recherché des taches de sperme sur une robe dans un procès politique .


            • herbe herbe 25 mai 2009 19:24

              Au sujet d’Obama j’avais vu passé un article sur une « Obama affair » à prendre vraiment avec des pincettes (c’était peut-être un intox pendant la bagarre électorale) :

              http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faitsdivers/obama-aurait-eu-une-liaison-l-ex-maitresse-exilee-en-martinique-19-01-2009-21264.php


              • Lisa SION 2 Lisa SION 2 25 mai 2009 19:33

                Très intéressante étude, Georges, j’ai vu quantité de ces films sans avoir nullement perçu le message sous-jaçant, pour la simple raison que c’est le débat qui suit qui normalement défait le noeud des questions soulevées.

                J’ai suivi ce lien trouvé ce matin : http://www.dailymotion.com/video/x32se0_lhumanite-disparaitra-bon-debarras . Yves Paccalet, écrivain, botaniste, philosophe, auteur de plus de 60 ouvrages, « dont » L’Humanité disparaîtra, bon débarras !"

                dans ce document, il explique comment l’école permet aux filles de sortir de leur condition, et ainsi aux pays de sortir de la misère, et comment ce serait facile de subvenir à des besoins d’une humanité qui vit avec un euro par jour...En effet, toutes les préventions coûteuses véhiculées par l’audiovisuel salellite et sous couvert d’humanitaire coûtent bien plus cher que les remèdes à la surpopulation efficaces. La télé satellite constituent surtout un support contaminé de sexualisation génératrice de dérives sexuelles avérées, dont Charlotte Gainsbourg est le dernier maillon dans son dernier film dont je tairai le nom.

                Cordialement. L.S.


                • plancherDesVaches 25 mai 2009 21:41

                  Sainte Hypocrisie, priez pour eux.


                  • San Kukai San Kukai 26 mai 2009 02:30

                    Merci pour cet article.

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