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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Mon ami Jean-Marie

Mon ami Jean-Marie

Hervé est agriculteur à la retraite. Il connaît bien Jean-Marie Gustave Le Clezio, prix Nobel 2008 de la littérature depuis que l’illustre écrivain et sa femme sont venus s’installer il y a quinze ans près de chez lui. Hervé le tutoie. C’est en écrivain discret, mais abordable. Le Clézio séjourne près de Douarnenez et retrouve ainsi le calme et ses origines bretonnes.

Même s’il vit principalement à Albuquerque et, en France, à Nice et à Paris, JMG Le Clézio apprécie de se reposer tous les étés à Poullan-sur-Mer (Finistère), dans sa modeste maison qui surplombe la baie de Douarnenez.

Car JMG est d’origine bretonne : le nom de "Le Clézio" signifie "les enclos" en breton. Jean-Marie Gustave Le Clezio est le fils de Raoul et Simone Le Clézio, tous deux issus d’une famille bretonne émigrée à l’île Maurice au XVIIIe siècle. Son aïeul François, un Morbihannais, s’est illustré à la bataille de Valmy, puis il partit avec femme et enfant, en 1794, pour fuir la misère et gagner les Indes. Mais, épuisés par six mois de navigation, ils débarquèrent à Maurice, et s’y installèrent. « L’île de France ayant été colonisée par les Anglais à l’époque de Napoléon, mes ancêtres sont alors devenus des citoyens britanniques et mes parents, qui étaient cousins germains, ont donc été des Bretons de l’île Maurice avec un passeport anglais... » Voici pourquoi, dit JMG Le Clézio, "les Le Clézio ont la bougeotte dans le sang".

L’écrivain a retrouvé sur le tard ses origines celtiques (une chance ! Jack Kerouac, lui, ne put les établir de son vivant : lire La Légende Jack), mais, depuis quinze ans, ce grand voyageur passe tous ses étés à Poullan-sur-Mer dans sa maison de Bretagne nichée face à la mer en baie de Douarnenez. "C’est Mme Gallimard qui leur a fait découvrir l’endroit, témoigne Jean Le Gall, l’ancien maire de Poullan-sur-Mer. Elle avait fait construire une propriété ici, dans les années 70." Lieu d’inspiration s’il en est puisque à proximité se trouve l’île Tristan où se serait déroulée, dit-on, l’histoire d’amour légendaire entre Tristan et Yseut. L’écrivain, qui n’aime pas rester assis derrière un bureau, apprécie écrire où il se trouve bien, comme ici, face à la mer, "cet immense terrain vague".

Lire "JMG le breton", une interview de l’écrivain deux semaines avant le prix Nobel.

On retrouve chez Le Clezio cette "réserve toute celtique" comme disait Mitterrand à propos de son ministre Louis Le Pensec, ce trait de caractère à la Tabarly, cette synthèse de l’esprit voyageur, de retenue, d’obstination peut-être ? L’homme était l’invité la semaine dernière d’un plateau TV sur une chaîne publique en compagnie d’un autre écrivain timide, Jean Echenoz.

La contestation est aussi un trait de caractère de Le Clézio. Elle inspire ses œuvres. Dénonciation de la société urbaine et de sa brutalité dans Le Procès verbal, entre autres. Critique du monde occidental à travers ses démons : la guerre cynique du monde mercantile (La Guerre), le scandale de l’exploitation des enfants (Hasard) et des cultures minoritaires. L’environnement et la pollution sont également des thèmes récurrents forts l’écrivain (Terra Amata , Le Livre des fuites, La Guerre, Les Géants).

C’est en octobre 2008 que paraît Ritournelle de la faim (rédigé en Corée, alors qu’il enseignait l’année dernière la poésie et le roman français à l’université de Séoul). C’est un récit inspiré par la figure de sa mère, incarnée par le personnage d’Ethel Brun. Le Clézio y décrit à merveille la petite communauté des Mauriciens de Paris, pendant l’entre-deux-guerres. Fidèle à ses origines, sa mère habitait le quartier breton de Montparnasse.

Le Clézio se souvient des années 1950 et des séjours en Bretagne avec son père, Raoul, sa mère, Simone, et son frère Yves-Marie. Après avoir remonté la France, ils se posaient pour de longues vacances, dans le petit port de Sainte-Marine. "Là, raconte-il, je m’allongeais dans l’herbe, au milieu des chardons, et je passais mes journées à regarder le ciel. Les nuages allaient aussi vite que les mouettes et les fous de Bassan. Le roulement des vagues les accompagnait. J’avais le vertige. Le ciel breton est le plus beau des voyages, ce fut ma première aventure. La nuit, comme j’étais insomniaque, je marchais seul dans la lande, et je sentais autour de moi comme une présence magique, surnaturelle."

Aujourd’hui, l’Académie suédoise salue en JMG Le Clézio "l’écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle". JMG Le Clézio repartira et, dans quelques mois, le 20 mars prochain, il ira à la rencontre des lycéens, à Brest, à l’occasion de la quatrième édition du prix Livresse de lire. En attendant, Hervé Kérivel, le voisin agriculteur retraité peut encore le rencontrer. Souvent, il lui demande : "Quand est-ce que tu vas poser ta valise ici ? - On approche, on approche... " répond le prix Nobel.


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7 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 14 octobre 2008 15:01

    tu nous fait de la promo bretonne ?
    ou tu cherche une place dans ton conseil general ?


    • sisyphe sisyphe 14 octobre 2008 16:38

      Exact. 
      Ceci n’est pas un article sur Le Clezio, mais un article de promo sur la Bretagne (par ailleurs fort belle, certes, mais relativement hors sujet). 
      Rappelons que Le Clezio est né et a passé toute son enfance à Nice, où se situe, d’ailleurs, son génial premier roman "Le procès-verbal". 

      Sinon, il y a plein de choses belles à dire sur Le Clezio, qui est, avant tout, un citoyen du monde.


    • foufouille foufouille 14 octobre 2008 17:32

      taverne est paye par son departement pour faire des articles
      normal donc


    • GéraldCursoux Cursoux Gérald 14 octobre 2008 19:07

      Je suis un lecteur de Le Clezio. Excellent article de La Taverne des Poètes. Les commentaires des deux gugusses, sisyphe et foufouille, sont confondant de connerie, de vulgarité et sentent la crasse intellectuelle, cette crasse que dénonce JMLC.


      • sisyphe sisyphe 14 octobre 2008 20:16

        Chhhhtt...
        Faut s’calmer, mon gars...
        Moi aussi, je suis lecteurde Le Clezio...
        Qu’est-ce que t’as ? T’es breton toi aussi ? 
         smiley


      • Jean-Paul Doguet 15 octobre 2008 10:12

        J’étais prêt à parier que le poète nous ferait un article sur le bretonitude de Le Clézio, ça n’a pas manqué. Mais tout de même Le Clézio n’est pas Mathurin Méheut. Et les crèpes dans tout ça ? 
        J’ai lu quelque chose qui va sûrement enchanter le poète : François Le Clézio l’ancêtre a quitté la Bretagne pour l’Ile Maurice (Ile de France à cette époque) parce que l’armée française refusait de l’engager. Motif : il ne voulait pas se couper les cheveux. Il paraît qu’à cette époque les paysans bretons avaient les cheveux long et y tenaient en raison de vieilles croyances magiques. 

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