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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Monkey, Journey to the West au Châtelet : Pour et contre

Monkey, Journey to the West au Châtelet : Pour et contre

Jeudi 27 septembre au soir, Gracian et moi sommes allés au Châtelet voir un spectacle initialement programmé en juillet dernier, et repoussé en ouverture de saison. Monkey, Journey to the West est une adaptation d’un conte chinois classique. Cette adaptation a été faite par Damon Albarn et Jamie Hewlett, créateurs de Gorillaz. Voici un papier à 4 mains, deux avis contrastés. Que démarre la confrontation !

Journey to the West par Gorillaz : un rêve de gosse ...

A l’arrivée dans la salle, je savais déjà que ce spectacle-là serait différent de ce que j’ai l’habitude de voir au Châtelet. Oh bien sûr, ce théâtre n’est pas aussi classique - ou sclérosé, c’est selon le point de vue - que la scène de l’Opéra de Paris, mais ce soir, l’atmosphère était différente.

Moins de costumes de banquiers et de marketeux, moins de femmes vieillissantes, exquisement décharnées, plus de jeans-baskets-tshirts. Ce soir, Châtelet avait pris un p’tit coup de jeune. Bien sûr, il s’en fallait de loin qu’on soit sur la scène d’un centre culturel de cité, bourré de djeun’s en streetwear, ksket, roulant des épaules devant les meufs... Enfin, à l’orchestre, si la jeunesse était présente et rebelle, c’était juste ce qu’il fallait, pour ne pas effrayer la rombière abonnée...

Le show démarra par la projection sur écran d’un idéogramme avançant vers nous, jusqu’à créer une faille que nous traverserions pour assister à la naissance, au matin du monde, du roi-singe. Plongée dans l’univers graphique Gorillaz, pur jus. Et le dessin animé se transforma en scène réelle, avec acteurs, acrobates, décors et fond de scène. Une transformation subtile, avec un dynamisme qui jeta un pont entre le graphisme du dessin de Hewlett et la réalité d’un décor de théâtre.

Pendant toute la première partie, consacrée à la jeunesse du roi-singe, les projections de dessins animés et tableaux se succédèrent, mettant en place la trame esthétique de l’oeuvre. A la rencontre du roi-singe et de Tripitaka, nous étions mûrs pour nous passer des transitions dessinées.

Je ne vais pas vous raconter par le menu l’histoire, résumé d’un très long conte chinois. Pour faire court, notre "héros", le roi-singe, après avoir bien profité de sa jeunesse, est envoyé en aide à un jeune moine, Tripitaka. Ce dernier doit partir pour un long voyage, vers l’ouest, en Inde, pour trouver et ramener des textes saints bouddhistes. En route ils croiseront alliés et adversaires, pour finir par déjouer tous les pièges - grâce à notre malicieux héros simiesque - et rapporter les écrits à Bouddha qui les récompensera chacun d’une distinction.

Si vous connaissez l’univers visuel et musical de Gorillaz, vous pouvez vous douter que nous étions loin des canons classiques d’un spectacle chinois. Pourtant, l’utilisation du jeu d’acteur, composé de postures, mimiques accentuées par un maquillage évocateur, de textes dits en chinois, mélangé aux acrobates était bel et bien là. Les sauts, les combats au rythme explosif, certains costumes, la lumière, tout cela formait une palette visuelle qui nous plaçait bien dans un univers de Chine.

Notre roi-singe, lui, était beaucoup plus marqué Gorillaz. En survet’ jaune, un peu branleur, un brin arrogant, très sûr de lui, il avait la dégaine de la petite frappe pas si mauvaise qu’on adore et qui fait tourner les têtes. Pour d’autres personnages, notamment Porcet ou Sablet, les prothèses synthétiques allaient plus loin que le maquillage traditionnel pour nous plonger dans un conte soudain devenu réel.

L’ambiance des décors, la naïveté de certains passages, tout cela concourrait à véritablement créer un show marqué du sceau de l’enfance. Une enfance quand même mâtinée de gravité, qui n’hésite pas à montrer le monstre, à montrer le mort, à montrer le danger. Un vrai spectacle pour ados attardés en somme. Hewlett a pris le parti d’utiliser les jeux de lumière pour donner de la profondeur et de la magie aux décors. Ainsi, les reflets bleux tremblant sur les rochers, scintillant sur les carapaces nous jettent au fond de la mer orientale lors de la visite du roi-singe au palais du vieux roi-Dragon.

Bien sûr, la partition - ou dois-je parler de bande-son ? - de Damon Albarn a repris les sonorités chinoises que nous connaissons en Occident, mais mixées avec des voix et dans une rythmique bien occidentale, bien pop, bien albarnesque. Les gongs sont là, mais le gong que nous connaissons en Occident, l’énorme qui rugit interminablement. Les voix sont omniprésentes, mais en forme de choeur, presque un rap chanté et protéiforme qui prendrait sa place dans la galaxie des instruments dirigés par le chef d’orchestre. Instruments qui comptaient une scie musicale (ouiii, trop fort !!!) et un klaxophone créé par Albarn pour la première scène, une idée qui lui est venue à Pékin alors qu’il entendait le vacarme de la ville. Bref, du bon Gorillaz, quoi. ;-)

Et me voilà au coeur du plaisir de ce show, bien que j’y trouve une petite pointe de déception : Monkey, Journey to the West est un pari un peu fou, un spectacle Gorillaz sur scène, avec un livret dense, une oeuvre ambitieuse. Et le pari est réussi. Pendant deux heures, les spectateurs évoluent, vibrent et vivent dans un Gorillaz qui a gagné la 3e dimension et fait irruption dans le réel. Tous ces clips qu’on aime tant, on y est. Peut-être même un peu trop, c’est presque du Gorillaz un chouille trop classique. Comme si Albarn et Hewlett n’avaient pas voulu, pu ou su transcender leur univers familier.

Cela dit, vraiment, je n’ai pas boudé mon plaisir. Comme un gamin, j’ai navigué deux heures dans un spectacle à la féerie rebelle et actuelle, dans un show au carrefour de la tradition et du contemporain. J’ai passé une très belle soirée et mes applaudissements l’ont traduit, j’espère. A tous les acteurs de cette réussite, je tire mon chapeau. Et j’en redemande. Comme un gosse.

Manuel Atréide


Journey to the West : un ratage !

Inspiré d’une épopée chinoise du XVIe siècle, Journey retrace les prodigieuses aventures du roi des singes éclos d’un oeuf de pierre, doué d’une agilité magique qui, grimpant, sautant, parcourant le monde, découvre soudain l’impermanence des êtres et parvient, après de nombreuses épreuves, à atteindre l’immortalité.

Neuf tableaux, riches en péripéties, nous présentent les affrontements où se côtoient roi-dragon, créatures sous-marines, femmes araignées, princesse démoniaque, et même Bouddha en personne.

Quant on sait que Jamie Hewlett, le graphiste créateur de Gorillaz, a conçu les décors et costumes, que la musique est de Damon Albarn, dont les rares albums sont célèbres, et que Chen Shi-Zheng (Le Pavillon aux pivoines) va mettre en scène quarante-deux acteurs et danseurs chinois réunissant artistes de l’opéra et du cirque de Pékin, on s’attend à une soirée rare et inoubliable.

On se réjouit de voir Jean-Luc Choplin renouer avec la tradition du XIXe siècle qui a rendu célèbre le théâtre qu’il dirige, le Châtelet. On s’attend à retrouver les merveilles du Tour du monde en 80 jours ou ses anciennes féeries... Eh bien c’est loupé !

Journey est un spectacle bâtard. Ce n’est ni chinois, ni occidental - ni comédie musicale, ni pantomime - ni farce, ni drame - mais un saupoudrage d’un peu tout cela. La virtuosité des acrobates est incontestable, le héros est un va-de-la-gueule insolent, gouailleur, sympathique comme ses compagnons. Mais les péripéties s’enchaînent sans imagination. Nous retrouvons les numéros classiques vus si souvent, danse du Dragon, équilibre à la perche, acrobatie au ruban, ombrelles et assiettes tourbillonnantes, vols et envols (dont on voit trop les fils), etc.

Les prouesses chinoises dans ce contextes de décors et de projections de cartoons paraissent fades. La mise en scène manque cruellement de spectaculaire, le volcan en feu en toile peinte, le mesquin échafaudage de bambou où vit la princesse démoniaque, le Bouddha en carton pâte sont dérisoires dans notre accoutumance aux shows sophistiqués. Dichotomie que souligne la musique, et c’est probablement là la plus grave erreur.

La musique demeure constamment « à coté » du spectacle. On passe des mélodies sinueuses chantées en chinois mandarin à la rythmique violente électronique. A aucun moment les deux univers ne se conjuguent, la musique d’Albarn correspond à une imagerie trop différente de celle que nous voyons devant nous. Gorillaz aurait dû créer une forme et un son neufs qui, sans verser dans la chinoiserie, pouvaient offrir une continuité aux psalmodies chinoises. Il ne l’a pas fait et c’est vraiment dommage.

En conclusion, on reste navré que les champions des arts martiaux de Shao-Lin, les chanteurs, acrobates, choristes de Pékin, fassent un bide à Paris. Privés de leurs décors suggestifs, de leurs sonorités - les vibrations atonales des gongs si caractéristiques, les flûtes stridentes, les violons plaintifs et enjôleurs - de leur tradition, ils déçoivent. Une alliance qui n’a pas marché... ils ne méritaient pas ça !

Gracian

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Monkey, Journey to the West au Châtelet : Pour et contre

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2 réactions à cet article    


  • Manuel Atreide Manuel Atreide 1er octobre 2007 10:45

    Juste un petit addendum :

    Gracian et moi avons aimé le principe du choc des points de vue. Espérons que vous y trouverez de l’intérêt, peut être du plaisir.

    A vous de nous dire ce que vous en pensez. Merci d’avance.

    Manuel Atreide


    • doosmusik 9 octobre 2007 00:34

      A propos de ...

      Monkey Journey ...

      Ben en fait vu l’idée que je m’étais fait du spectacle, j’avais peut-être placé la barre un peu haut. Du coup j’ai assisté à un très beau spectacle bien monté, de beau décors, de beau costumes, un livret musical sympa avec un bel orchestreet des chanteurs et chanteuses ... euh ... de l’opéra de Pékin bien quoi ! ... Mais je n’ai jamais eu le sentiment de me prendre une grosse claque ou au moins d’être étonné.

      En fait les prestations acrobatiques ne sont jamais sur le registre de l’excellence, juste des numéros - certes bien emballés - que tu vois partout en jonglerie de rue (bâton, bolas, diabolo) et des acrobates qui tournent des flips et des saltosdes mono cycles qui font du sur place - et comble malchance le soir où j’étais là une vautre sur un déplacement venant de coulisse et le petit monocycle qui reste planté sur scène jusqu’à ce qu’un Kung-Fu-Man quitte la scène en débarassant le plateau - et 3 nanas qui s’entortillent autour d’un ruban. Coté féerie, lorsque tu as croisé des spectacles comme ceux de Découflé ou Goude, c’est la grosse cavalerie ; les acteurs sont trimballés dans les airs par des filins le tout sans grande originalité. Le livret est lui très intéressant sur le papier mais son expression scénique est très ... comment dire ... simplifiée ? non, pauvre carrément pauvre. et les messages se déplacent avec leurs grosses papates qui font du bruit parterre.

      En bref, pour un spectateur n’ayant pas vu le show de Mulan à EuroDisney, on peut trouver cela bien (Bon là je suis juste un peu sur le registre caricature .... quoi que ...) Pour quelqu’un qui a une haute image de la capacité des anglais à produire des spectacles, même un peu maladroit, souvent bien décalé, il ressort de ce spectacle avec l’impression d’avoir vu, plutôt qu’un opéra chinois, une comédie musicale anglosaxone aseptisée.

      Je pense que j’irais voir le Roi Lion pour me consoler de cette déconvenue.(humour la quand même)

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