L’affiche signée AnnSophie Lombrail est accrocheuse : Tel un saint en extase, Francis Lalanne, bras croisés, derrière des caisses d’agrumes, tenant dans chaque main une orange et un pamplemousse, visage au regard lumineux, emprunt de gravité, revient sur scène après Don Quichotte en 2000, Lorenzaccio en 2008 et Le visiteur en 2011, pour un nouveau rendez-vous avec le public au Théâtre Rive Gauche.
Or, cette salle de Montparnasse a trouvé un nouvel acquéreur en la personne de l'écrivain et dramaturge Eric-Emmanuel Schmitt qui souhaite en faire un haut lieu du spectacle vivant à Paris.
L’heureux directeur inaugure donc son nouveau Théâtre en convoquant Francis Lalanne pour interpréter « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », texte écrit et créé en 1999 afin d’être joué spécifiquement par Bruno Abraham-Kremer.
Ce récit fait partie de ce que l’auteur a appelé « Le cycle de l’invisible », un ensemble de nouvelles après Milarepa, publié en 1997, avant Oscar et la Dame Rose, publié en 2002, et enfin L’enfant de Noé, publié en 2004.
Momo, diminutif d’abord de Moïse, puis de Mohammed, enfant juif de 13 ans, abandonné par sa mère, puis délaissé par son père qui se suicidera, reportera son affection sur l’épicier arabe du coin - arabe parce qu’ouvert de 8 H à minuit même le dimanche - lequel est perse (Ah ! La beauté du fameux croissant d’or !) et musulman soufie qui prêche et prône le parcours mystique, en l'occurrence une voie intérieure plutôt contemplative.
Celui-ci n’a de cesse de répéter qu’il sait ce qu’il y a dans son Coran et inculquera au jeune adolescent des principes de vie, en premier savoir sourire pour affronter les évènements et les gens.
Ce récit à la première personne, Francis Lalanne s’en empare avec un mélange de rouerie et de naïveté qui subjugue.
Dans le costume imaginé par Pascale Bordet, blouse grise sur pantalons velours trop courts et gros godillots, un bonnet en plus, petite astuce rajoutée pour incarner l’enfant, Francis Lalanne s’accapare des personnages ; il est à la fois Momo et l’épicier, le père, la mère et les personnages secondaires avec lesquels il ressent leurs émotions, pleure ou rit, en totale empathie.
Tel un boxeur, très mobile, il passe d’un lieu à l’autre en fonction des différentes situations qu’il vit, dans le décor très subtil de Nicolas Sire divisé en trois partie, côté jardin, un fauteuil et un guéridon pour suggérer le salon paternel, côté cour, un paravent, sur lequel pendent quelques sous-vêtements féminins, symbolise la chambre de la prostituée chez qui Momo va faire ses premières expériences et enfin, au beau milieu, trône l’épicerie de Monsieur Ibrahim, matérialisée par trois caisses pleines de fruits.
Charismatique, avec la sensibilité à fleur de peau, Francis Lalanne jubile en parfaite complicité avec la mise en scène d’Anne Bourgeois. Sa voix très harmonieuse maîtrise ce texte qui s’apparente à une partition musicale.
Ce récit initiatique devient léger, et les propos, parfois un peu simplistes, tendant vers une caricature manichéenne des personnages et de leurs sentiments, s’envolent, nous touchent et nous emportent finalement comme Momo dans son envie de vie, d’amour et de lumière.
Pendant deux heures, Francis Lalanne occupe l’espace et ainsi, toujours en mouvement, sans aucun temps mort qui permettrait de respirer un peu, les rounds se succèdent, en époustouflant les spectateurs qui en sortiront conquis et ravis.
photos © Theothea.com
MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN - ***. Cat'S / Theothea.com - de Eric-Emmanuel Schmitt - mise en scène : Anne Bourgeois - avec Francis Lalanne en alternance avec Eric-Emmanuel Schmitt - Théâtre Rive Gauche

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Merci Theothea, en accord avec le commentaire de Yvance, de mon côté je n’en ai entendu (...)
04/05 12:19 - jeanSalut, Méconnu sous cet angle (ou presque) F. Lalane est un grand homme de théatre et (...)
04/05 11:29 - Yvance77
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