• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Musique : Herschel, la tête dans les étoiles

Musique : Herschel, la tête dans les étoiles

Cinq nouvelles galaxies, dont la lumière a voyagé durant 10 milliards d’années avant d’atteindre la Terre, viennent d’être découvertes (lien) par des chercheurs de l’Agence spatiale européenne (ESA). Grâce au télescope Herschel. Un fabuleux outil baptisé ainsi en hommage à un grand astronome dont on a oublié qu’il fut également un... compositeur de qualité.

JPEG - 12.8 ko

Né à Hanovre le 15 novembre 1738, rien ne prédispose Friedrich Wilhelm Herschel, à devenir un scientifique de premier plan, anobli par le Roi d’Angleterre. Son père Isaac, modeste violoniste et hautboïste dans une fanfare d’infanterie, donne a ses quatre fils une éducation musicale sommaire avant de les diriger vers l’école militaire pour parfaire leur formation. Dès l’âge de 14 ans, Wilhelm intègre la musique des Gardes du régiment de Hanovre au double titre de violoniste et hautboïste, comme son père. Sans pouvoir s’y adonner, il manifeste déjà un goût certain pour les disciplines scientifiques qui sera déterminant pour son destin.

En 1756 éclate la Guerre de Sept Ans, premier véritable conflit mondial avec ses jeux d’alliance et ses combats répartis sur trois continents. Envoyé en Angleterre avec son Unité pour parer une éventuelle attaque des Français, Wilhelm est séduit par le style de vie britannique et n’a plus qu’une hâte : quitter la vie militaire. De retour en Basse-Saxe durant l’automne, il parvient, avec l’aide de son père, à se faire démobiliser, n’ayant pas signé d’engagement ferme. Aussitôt il se rend à Londres où il trouve un emploi de copiste musical sous le nom anglicisé de William Herschel.

Trois ans plus tard, son avenir bouché, il part tenter sa chance en province. Á Durham tout d’abord, où il dirige la musique de la Milice locale tout en entamant une carrière de compositeur. Á Édimbourg ensuite, puis à Newcastle et Pontefract avant de s’installer à Leeds où il occupe un poste de directeur de concerts. Nouveau départ en 1766 pour Halifax. Insatisfait, Herschel n’y demeure toutefois que quelques mois avant de s’établir dans la superbe ville de Bath où il devient organiste de la toute nouvelle Octagon Chapel.

Herschel reste dix ans à Bath. Enfin fixé en un lieu où il peut donner libre cours à ses passions, il partage son temps entre la tenue de l’orgue, la composition et... l’astronomie pour laquelle il s’est découvert un intérêt grandissant, découlant directement de la proximité intellectuelle qu’il a très tôt perçue entre la musique et les mathématiques. En 1771, lors d’un voyage à Hanovre, il ramène sa jeune sœur Caroline, de douze ans sa cadette. Dotée d’une jolie voix, la jeune fille est destinée à chanter dans les concerts que dirige son frère.

L’étoile de George

GIF - 25.1 ko

Mais, de plus en plus pris par sa passion pour l’astronomie, William a besoin d’une assistante. Tout naturellement il se tourne vers sa sœur, et cela d’autant plus facilement que Caroline se passionne à son tour pour cette discipline scientifique, au point qu’elle découvrira plus tard huit comètes et trois nébuleuses qui lui vaudront un salaire annuel alloué par le roi George III et la reconnaissance de première astronome professionnelle de l’histoire.

En 1777, s’il continue à composer, Herschel passe, avec l’aide de sa sœur, de plus en plus de temps à la connaissance des cieux. Une opiniâtreté récompensée : le 13 mars 1781, sur un télescope qu’il a lui-même mis au point avec l’aide de sa cadette, il découvre la 7e planète du système solaire. Aussitôt il la baptise Georgium Sidus (L’étoile de George) en hommage au roi George III, originaire de la Maison de Hanovre et lui-même passionné d’astronomie. Rebaptisée depuis Uranus, cette planète est la première de l’histoire à avoir été découverte à l’aide d’un télescope.

La nouvelle confère à Herschel une notoriété considérable. Le roi lui alloue, ainsi qu’à sa sœur, une pension annuelle – 200 livres pour lui, 50 pour elle – modeste mais suffisante pour que tous deux se consacrent désormais uniquement à l’astronomie. A la demande du monarque, William et Caroline s’installent en août 1782 près du château de Windsor, à Datchet tout d’abord puis, en avril 1786, à Slough. C’est là qu’ils construisent, en 1789, le fameux télescope géant de Herschel, le plus grand du monde avec ses 12 m de longueur et ses 122 cm d’ouverture. Achevé le 28 août 1789, le télescope permet, dès la première nuit d’observation, la découverte de deux satellites de Saturne. De nombreuses autres découvertes suivront.

Entretemps, le 8 mai 1788, Herschel a épousé Mary Pitt à Upton. Leur unique enfant, John Frederick, lui-même futur scientifique de renom, est né à Slough dans la résidence-observatoire de la famille. Promu Chevalier en 1816 par le prince Régent – le futur George IV – puis nommé premier président de la Royal Astronomical Society en 1821, Sir William Herschel meurt honoré et respecté de tous à Observatory House (Slough) le 25 août 1822 à l’âge de 83 ans.

JPEG - 28.1 ko

Tombée dans un total oubli, sa musique a été exhumée en 2002 par les excellents Mozart London Players dans un superbe CD édité chez Chandos et consacré à 6 des 24 symphonies écrites par Herschel. Outre ces symphonies, on doit également au compositeur une douzaine de concertos pour instruments variés, différentes sonates pour clavier seul (orgue ou clavecin), pour harpe ou pour violon et clavier, des sonates en trio pour clavecin, violon et violoncelle, ainsi que des œuvres de musique sacrée. On constate, à l’écoute de ses symphonies, qu’Herschel n’a certes pas été un génie de la musique à l’égal des grands noms de son époque, mais ses œuvres n’en sont pas moins séduisantes, et certains mouvements parfois écrits dans un style coloré qui n’est pas sans rappeler l’un de ses prédécesseurs allemands en Angleterre : Haendel.

Liens musicaux (Mozart London Players, dirigés par Matthias Bamert) :

Symphonie n° 14 en ré majeur, 1er mouvement, allegro

Symphonie n° 12 en ré majeur, 2e mouvement, andante non molto

Symphonie n° 17 en ut majeur, 3e mouvement, allegro assai


Moyenne des avis sur cet article :  4.38/5   (13 votes)




Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • jack mandon jack mandon 13 novembre 2010 11:30

    Cher Fergus,

    Quand la musique de l’espace s’insinue dans l’humain,

    le génie trouve sa pleine mesure dans l’individualité.

    Ainsi le découvreur d’Uranus satisfait dans sa recherche,

    les scientifiques qui porteront l’élan jusqu’à Neptune et Pluton.

    Pour ma part, dans mon gout pour le rêve,

    j’aime envisager, irrationnel, qu’il est des sphères où Uranus

    se révèle d’une manière fulgurante dans un idéal spirituel.

    Tout ça pour m’amuser des saints Thomas

    qui ne peuvent croire que dans ce qu’ils touchent.

    Inventer le monde quand il vient à faillir.

    Merci marchand de rêve


    • Fergus Fergus 13 novembre 2010 12:00

      Merci pour ce commentaire poétique, Jack.

      Vous parlez d’« idéal spirituel », et sans doute les planètes comme Uranus et Saturne, riches d’une apparence si fascinante, peuvent-elles jouer un rôle dans cette quête tant elles sont propices au rêve et par là même à l’évasion vers des sphères intellectuelles inexplorées, qu’elles soient rationnelles ou pas...

      Il est à cet égard particulièrement intéressant que Herschel ait longtemps partagé son temps entre une astronomie qu’il a largement découverte en autodidacte, un monde si éloigné des contingences terrestres, et la musique, support de rêve, d’équilibre et souvent de spiritualité. Une rencontre finalement pas si étonnante que cela.

      Cordiales salutations.


    • brieli67 13 novembre 2010 18:04


      Aujourd’hui, les poings levés ont souvent des cerveaux en berne.
      Ils ont le droit à l’oubli et à l’insulte...il faut bien exister dans sa médiocrité.

      Ce trait du jour mérite explications !!!!


    • asterix asterix 13 novembre 2010 13:17

      Ouè, c’est pas comme la techno où il vous faut ingérer une petite pilule rose pour découvrir le monde des 36 étoiles.


      • Fergus Fergus 13 novembre 2010 13:32

        Bonjour, Asterix.

        Chacun sa méthode pour atteindre une forme de plénitude, fût-elle artificielle.
        Cela dit, comme vous, je ne goûte ni la techno ni les... pilules roses. Encore qu’il me soit arrivé de trouver sympathique tel ou tel défilé de la Techno Parade, comme quoi tout est possible...


      • Jean 13 novembre 2010 14:00

        recherche de mondes dans les « ténèbres extérieures », le froid du « dehors » de nous-même

        ...compensée par la joie de la vie intérieure, traduite par la musique ?

        Question pour les psy, les intellos, ...

        Merci pour l’ article


        • Fergus Fergus 13 novembre 2010 14:54

          Bonjour, Jean.

          L’astronomie, comme la musique, se prête aussi bien à une approche sensorielle primitive qu’à une plongée dans les méandres du mysticisme ou de la métaphysique.

          Perception instinctive d’un côté, approche intellectuelle de l’autre, chacun peut y trouver ce qu’il y cherche, sans que l’une soit moins pertinente que l’autre, et c’est très bien ainsi. 

          Merci à vous pour la visite.


        • alberto alberto 13 novembre 2010 17:01

          Bonjour Fergus,

          Voilà un article bien reposant, comme une aire de détente sur AV !

          Uranus (je préfère le terme grec de « Ouranos ») dont la froideur et l’éloignement ont été si bien décrits par Marcel Aymé...

          Comment peut-on quitter la chaleur et le scintillement de la musique pour observer le froid, et sombre néant de l’espace ?

          Je me demande en fin de compte si ce n’était pas de bricoler ses télescopes qui l’intéressait le plus ce M. Herschel, les découvertes de nouveaux objets sidéraux venant en « bonus » !

          Bien @ toi et à tes lecteurs.


          • Fergus Fergus 13 novembre 2010 17:37

            Bonjour, Alberto.

            Merci pour cette mention du roman « Uranus » de Marcel Aymé, un pur bijou comme la plupart des oeuvres de ce grand écrivain aujourd’hui quelque peu délaissé, et c’est bien dommage.

            Je ne crois pas qu’Herschel ait pris plus de plaisir à « bricoler » ses télescopes qu’à observer l’espace. Bien au contraire je pense qu’il les a construits par nécessité pour aller plus loin dans la découverte du cosmos, poussé par son avidité de connaissance.

            Et si nous sommes nombreux à considérer le ciel et ses étoiles comme un espace sublime mais froid, ce n’est pas le cas de gens comme Herschel pour qui la configuration des éléments célestes est porteuse d’une poésie infinie qui n’est contradictoire ni avec l’enthousiasme de l’observation (et a fortiori de la découverte), ni avec l’émotion que procure la musique. 

            Cordiales salutations. 


          • jack mandon jack mandon 13 novembre 2010 17:31

            Cher Fergus,

            Au risque de radoter, je trouve intéressant de rencontrer parmi les scientifiques les plus évolués humainement, cette complexité psychique qui veut, par exemple, qu’un astrophysicien comme Hubert Reeves concilie avec finesse les mathématiques avec le spirituel.
            Interrogé par un journaliste qui lui demandait que signifiait Dieu pour lui il répondit :

            " Quand je rentre du travail, il m’arrive de me détendre en me plongeant dans un
            roman policier, je lis la première page, la seconde, je ne saisi pas bien l’intrigue,
            mais j’ai confiance, j’ai entendu parler de l’auteur, je poursuis ma lecture."

            Vous comprenez cela, vous aimez la musique et produisez quelquefois des papiers d’actualité où la poésie n’entre qu’au 10 e degré. Vous faites preuve d’une grande flexibilité.

             Vous composez souvent avec beaucoup de rigueur et concision, comme un journaliste impartial en vous gardant d’entrer dans les polémiques vaines et surtout avec courtoisie.
            Presque un peu anglo-saxon...avec votre pseudo irlandais.

            Si je ne pratiquais pas le sport d’une manière intensive, il m’arriverait parfois l’envie de balancer des baffes à certains commentateurs qui viennent souiller mon enthousiasme.

            Quant à la forme, vos articles sont référencés, savez vous que j’ai quelques difficultés à ponctuer mes textes, simplement parce que l’ordinateur n’est pas mon ami.
            Comment faites vous pour introduire vos renvois ? les clips etc...

            Merci d’avance


            • Fergus Fergus 13 novembre 2010 18:01

              Comme vous, Jack, et comme Hubert Reeves, je crois en effet que l’on peut concilier les sciences et la spiritualité, que l’on donne à celle-ci un contenu religieux ou philosophique.

              Personnellement, je suis totalement athée et, je l’avoue, guère en quête d’un sens profond à ma vie. Ce qui ne m’empêche pas d’essayer de tendre, autant que possible, vers une sorte de plénitude, en harmonie avec mes proches, et de manière plus générale avec tous ceux que je côtoie physiquement ou virtuellement. Mais, comme vous, je trouve parfois l’exercice difficile...

              Pour ce qui est des liens (je pense que c’est à cela que vous faites allusion), il convient de procéder en trois temps :
              1° ouvrir sur internet la page de référence qui vous intéresse ;
              2° dans votre document, surligner avec votre souris le mot ou le groupe de mots à relier à la page internet puis : a) aller dans la barre de menu, b) sélectionner le menu insertion, c) cliquer sur lien hypertexte, d) sélectionner pages parcourues, e) cliquer sur la page internet ;
              3° votre mot ou groupe de mots figure maintenant dans votre texte en gras et souligné ; pour le rendre opérationnel, vérifier que le lien fonctionne en pointant la souris dessus tout en appuyant sur la touche crtl du clavier.
              Normalement, cela doit fonctionner. Encore que je parle ici de Word, sans doute fait-il agir différemment avec d’autres logiciels de traitement de texte.

              Bonne soirée.


            • jack mandon jack mandon 13 novembre 2010 18:46

              Cher Fergus,

              Merci pour la réponse immédiate, je vais m’entrainer un peu.

              Pour l’athéisme, mon enfant intérieur est complètement réfractaire à cette perspective horizontale. J’ai un gout prononcé pour tous les arts en général et à la verticalité à laquelle j’ajoute laborieusement une horizontalité indispensable pour mon équilibre.
              Mon mode de vie spartiate m’aide à structurer mes choix et mes défis.

              Bonne soirée


            • Jean 13 novembre 2010 19:42

              Petite note de prosélyte chrétien non dogmatique

              L’ enfant intérieur... de lumière (joie d’ ETRE) nait dans l’ étable délabrée de l’ intériorité...

              La vie naturelle devient vie brûlante d’ Amour, pour « qui s’ élit » (Aldous Huxley)


            • Surya Surya 5 août 2012 12:33

              Bonjour Fergus,

              Mieux vaut tard que jamais comme on dit !  smiley Je ne sais pas ce que je faisais la semaine du 13 novembre 2010, mais en tout cas je ne suis pas venue sur Agoravox.

              J’aime beaucoup votre article, et la façon très adroite dont vous y mêlez musique et astronomie. Je ne sais pas si Herschel a connu des manifestations de rejet de la part de certains scientifiques qui auraient pu voir d’un mauvais oeil l’arrivée de cet autodidacte dans le monde de l’astronomie ? J’avais vu un documentaire sur je ne sais plus quel scientifique à qui c’est arrivé, je ne crois pas que c’était Lavoisier, il me semble que c’était plutôt en Angleterre, mais il faut que je vérifie.

              Très cordialement,


              • Fergus Fergus 5 août 2012 14:47

                Bonour, Surya.

                Des scientifiques en butte à la jalousie ou à l’hostilité de leurs confrères, cela s’est produit de nombreuses fois, particulièrement à l’encontre des découvreurs de génie. Pour ce qui est de Herschel, je ne crois pas qu’il ait connu de réels problèmes, tout au plus de la condescendance. Ses découvertes et le soutien éminent de membres de la famille royale ont ensuite fait taire les critiques à l’égard de ce génial allemand qui est même devenu l’un des scientifiques les plus respectés d’Angleterre.

                Cordiales salutations.


              • Surya Surya 5 août 2012 20:05

                Bonsoir Fergus,

                C’est Michael Faraday. Rassurez vous je n’ai pas passé l’après midi le nez collé à l’ordinateur pour trouver qui c’était, c’est en consultant ce soir la liste des scientifiques anglais sur wikipedia que ça m’a fait tilt en voyant son nom !
                Très bonne soirée à vous,


              • brieli67 5 août 2012 21:06


                Très récent sur Avox
                il n’y a pas que de la M**** qui passe la Douane des modérateurs.

                http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/1812-2012-bicentenaire-de-l-120496

                " les absents auront toujours............

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès