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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Naître » d’ Edward Bond, au Théâtre de la Colline

« Naître » d’ Edward Bond, au Théâtre de la Colline

Si Naître a fait fuir par vagues de nombreux spectateurs du Festival d’Avignon 2006, il ne semble pas en être de même au théâtre de la Colline à l’automne suivant.

Est-ce à dire que les abonnés de ce théâtre du XXe arrondissement administré par Alain Françon depuis 1996 se sont habitués à la violence inhérente des mises en scène que son directeur consacre de manière privilégiée à l’auteur britannique Edward Bond ?

Si donc cette familiarisation avec l’insupportable implique relativement peu de départs inopinés de spectateurs en rébellion, c’est peut-être désormais la somatisation qui guette le public atterré mais calé dans son fauteuil sans pouvoir mettre fin à la torture psychique qui picturalise sur scène le retour du refoulé.

Qu’une jeune femme erre telle un spectre chorégraphique parmi les morts vivants allongés à même le sol selon une composition maîtrisée du bouquet apocalyptique avec l’intention monomaniaque de les sustenter grâce à une nourriture improbable, ne saurait glacer le sang puisque nous venons déjà d’assister à la figuration initiale de l’innommable.

En effet l’image mentale objectivée de l’écrasement d’un bébé contre une armée de boucliers en Plexiglas à travers lesquels une faction de WaPos (War-Police) réalise un mur en ayant placé auparavant la mère en première ligne de cette vision horrifiante constitue en soi le stade indélébile de la prostration à venir.

Qu’il s’agisse en fait sur scène d’une simple poupée de chiffons ne saurait atténuer la force symbolique de ce geste hyperréaliste transgressant tous les codes universels du respect de la vie. C’est donc dans la torpeur muette que La Femme (Stéphanie Béghain) aura dénié toute possibilité de réponse à la question impitoyable de l’officier (Eric Elmosnino) : « Comment c’est à la fin ? » et sa survie de zombie au sein de ce traumatisme fondamental aura donc valeur de témoignage de la nécessité, au-delà de toute morale, de dépasser l’inhumain par l’humain.

A l’instar des victimes d’attentats ou de catastrophes naturelles, devrait être organisée, à l’issue de cette représentation théâtrale de deux heures trente, une séance de débriefing psychologique où les spectateurs pourraient verbaliser l’émotion et l’effroi qu’induit une vision réaliste de la violence métaphysique afin d’éviter, en l’intégrant sans mots dire, de la cristalliser dans la stupéfaction au coeur de chaque intimité carcérale.

Photo © Marthe Lemelle

NAÎTRE - ** Theothea.com - d’Edward Bond - mise en scène : Alain Françon - avec Eric Elmosnino, Stéphanie Béghain...- Théâtre de la Colline -


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5 réactions à cet article    


  • Jojo2 (---.---.222.57) 13 décembre 2006 21:20

    Une pièce de théatre qui nécessite une cellule psychologique pour s’en remettre, ça fait vraiment envie...


    • Céline (---.---.168.142) 26 décembre 2006 16:55

      N’exagérons pas, la représentation est loin de chercher à être réaliste, ce n’est pas son but. Je déplore l’attitude de ceux qui quittent la salle. Et quant au rédacteur de cet article, je le vois mal critiquer une pièce dont il ignore le sens. Et je lui recommanderai d’arrêter de vouloir écrire de la manière la plus intellectuel possible. Une critique n’est pas un répertoire d’adjectifs soutenus, derrière il doit y avoir une vraie réflexion. Quel dommage que vous ne voyez que la représentation de la violence !


      • Céline (---.---.168.142) 26 décembre 2006 17:26

        A noté les différentes formes de violences que nous imposent les Walt Disney depuis des années. J’ai remarqué (en autre) que dans le roi lion, le père de Simba est tué sous ses yeux par le troupeau d’antilopes. Quelle sombre réalité nous dévoile-on désormais. Et si nous allions porter plainte contre les studios Disney (pour commencer) ?


        • Louiz (---.---.177.50) 28 décembre 2006 10:16

          Une magnifique pièce que je n’ai pas pu aprécier... ? Des tas de personnes se levaient autour de moi pour partir. Merci smiley


          • Kacem (---.---.2.14) 3 janvier 2007 14:14

            L’oeuvre de Bond et cette pièce en particulier, est exactement le contraire de ce qu’est cet article pompeux par ses tournures de phrases qui se cherchent encore un sens. Naitre de Bond c’est la recherche continuelle à la question posée : « qu’est-ce qu’être humain ? » Ce texte creuse davantage encore le sillon de l’épopée tragique par laquelle Edward Bond veut interroger son temps ; la peinture d’un monde déshumanisé d’où l’homme n’a pas été chassé mais où il demeure surveillé, encadré, terrorisé. Un monde de peur peuplé de femmes, d’hommes et d’enfants soumis aux WAPOs (War-police) qui menacent, déportent et tuent au nom d’un pouvoir omniprésent mais invisible. Telle est la vérité.

            Je ne finirai pas cet article par l’internationale mais le coeur y est.

            Enfin quelques citations de Bond :

            « Nous devons nous faire plus radicaux. Lorsque la justice n’est pas radicale elle est corrompue. »

            Belkacem BELARBI. Compagnie_imbroglio@hotmail.com

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