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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Nan Aurousseau : Le ciel sur la tête

Nan Aurousseau : Le ciel sur la tête

Nan Aurousseau aura 58 ans en Mars et a la vie d’un polar. Né dans une famille de 6 enfants dans le XXème arrondissement de Paris, les heures de sa jeunesse seront confiées à la misère sociale puis au banditisme. A 18 ans, un braquage de PMU tourne mal pour l’intéressé, débouchant sur une condamnation de 7 années de prison.

A sa sortie, la réinsertion passe par des petits boulots dans les métiers du bâtiment. Cependant, c’est une sortie par le haut qui se dessine lorsqu’il croise l’écrivain Jean-Patrick Manchette. Progressivement l’Homme de béton se mue en Homme de plume et sort, en 2005, Bleu de chauffe, ouvrage remarqué par la critique. Après un deuxième opus, Du même auteur, le désormais écrivain décide de s’attaquer à cette vie en prison, derrière lui mais tellement présente en son fort intérieur. Découverte de son troisième livre Le Ciel sur la tête aux éditions Stock, en plein débat sur la politique carcérale.



Tout commence par une mutinerie dans l’unité 221 de la prison d’Entry. Là où croupissent les jeunes épinglés par dame justice. A la base de l’insurrection, la demande des incarcérés de prolonger la promenade de deux heures. Puis, tout bascule. Réfugiés sur le toit, les mutins résistent aux assauts, dressent la solidarité du ras le bol en étendard, sans ignorer que tout aura une fin. Cette conclusion leur fondera dessus en début de soirée. Fatigués et gazés, 4 détenus, présentés comme meneurs, sont conduits au quartier disciplinaire des adultes, aussi dit "mitard", normalement interdits aux jeunes âmes.

Metal, délinquant aux rêves conservés de côté, Djet, capable de tuer avec un simple stylo, Tox, malade mental malin, et Benjamin Tricot, enfermé à cause d’une erreur de la greffière, se retrouvent seuls, face à eux-même. Au cours d’un huis-clos angoissant, ce sont toutes les dérives de la politique carcérale qui défilent au gré d’anecdotes et de réflexions que Nan Aurousseau prêtent à ces protagonistes ou à Niau, éducateur réduit à l’impuissance budgétaire.

La force, ce livre la tire de son manque d’espace. Coincés avec les personnages dans leurs cellules, les rebondissements ne passent que par leurs esprits, où souvenirs et angoisses s’agitent sans cesse. Claustrophobes à mesure que les lettres se déploient, nous assistons à une critique acerbe d’une politique sécuritaire oubliant les missions de réinsertion confiées aux établissements pénitenciers.Partant de là, en simple citoyen, les réflexions affluent.

Quid de la place de celui qui a franchi la ligne légale et se trouve désormais dans le viseur de la justice. Coupables, pour certains, les incarcérés gisent parfois dans une sorte de No man’s Land qui ne dirait pas son nom. Poussés dans leurs retranchements pour une conduite sans permis, un vol à la sauvette ou bien pire, le quotidien devient l’art de cantiner ou de maîtriser le yo-yo pour survivre. L’espace d’une seconde, imaginons le ressenti et les conséquences de ces logiques sur l’esprit d’un jeune adulte. Certains gouvernants, tentés par l’idée de représenter ces hommes et ces femmes en animaux à l’apparence humaine, se persuadent que la rancœur n’a pas le droit d’asile dans des pensées carcérales.

Hélas, tout ceci n’est qu’une mèche au feu rampant. Les allumeurs aiment la retourner contre les allumés "incapables de se réinsérer"... omettant qu’au bout de la flamme s’exclame la déflagration. Loin de l’angélisme, les formes de sanctions alertent dans leur inadéquation, leur ignorance de la diversité des faits. Les murs sont devenus, au fil des années, la réponse automatique aux actes hors des cadres. Pensés en sécurité, un à un les sujets du pays se taisent et apprécient de ternes murs comme bouclier face à la violence, la haine, parfois même le désespoir. Toutefois, au fond d’eux, chacun se doute de l’inefficacité d’une politique aux seuls habits répressifs. Penser l’alternative est hélas moins électoraliste qu’une peine plancher, même quand les détenus touchent les plafonds.

Tout tient en une phrase caractéristique du style d’Aurousseau Un lifting sur une tête de mort, c’est ça la réalité carcérale. De son côté, l’auteur assure que ce polar sera sa dernière plongée dans cet univers, recueil des errances contemporaines.

Elbe


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