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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ne l’appelez-plus jamais « La Dame aux camélias »

Ne l’appelez-plus jamais « La Dame aux camélias »

Après une quinzaine de représentations, « La Dame » de Frank Castorf continue de vider quelques rangées de spectateurs au cours de ses quatre heures de spectacle, notamment après l’entracte ; mais qu’importe l’exhalaison perdue des fameux camélias puisque le bouche à oreille a prévenu qu’en la circonstance, leur démystification était la règle à prendre ou à laisser ; et par conséquent, le public s’abandonne volontiers à un tel jeu de société.

Ainsi relativement apaisé, le spectacle fascine autant qu’il irrite par ses amalgames, ses répétitions et son hystérisation.

Mais comment ne pas être pris à contre-pied, lorsque l’acte théâtral devient essentiellement tournage de film, en très long plan séquence, qui plus est, en studio de cinéma quasi refermé sur lui-même, avec quelque embrasure de fenêtre pour seul témoignage oculaire, à l’exception d’un alibi de taille, le grand écran de rétroprojection !

Ainsi retranchés du regard des spectateurs, les acteurs dupliquent les gestes et les paroles de la représentation précédente mais, à l’encontre des contraintes récurrentes d’un long métrage, ici sur la scène de l’Odéon, la première prise doit être à chaque fois, la bonne.

Il est à noter que les techniciens du son et de l’image n’apparaîtront point lors des saluts, alors que leur prestation physique fait partie intégrante de cette vidéo-scénographie .

Mais convenons qu’ il ne s’agit-là que du plan formel de cette création pivotante sur tournette à deux faces. Mais alors, qu’en serait-il donc du fond ?

Le thème de la trahison idéologique étant pris comme théorème de base à sa démonstration historisante, le metteur-en-scène allemand, aussi directeur, reconduit depuis 1993, de la Volksbühne à Berlin, règle ses comptes avec la Révolution Française accompagnée de sa devise « liberté, égalité, fraternité, que la République aurait, sans cesse, tenté d’exporter pour l’unique profit de quelques-uns qui en auraient, ainsi, dévoyé l’idéal originel.

Sur cette toile de désillusion éthique, Marguerite Gauthier se présenterait comme la preuve symbolique autant que le syndrome concomitant de cette dépravation morale.

Le roman de Dumas fils est, ainsi, confrontée par Castorf à « La mission » de Heiner Müller, en plaçant opportunément leur mise en perspective sous l’éclairage hyper-érotique de l’« Histoire de l’œil » signée Georges Bataille.

Restait à la musique de Verdi d’emporter la fougue et l’exaltation des points de vue ainsi qu’à Ruth Rosenfeld de subjuguer le public avec une interprétation techno-opéra de « Roxanne » à rendre le chanteur « Sting », complètement coi.

Alors au bout du "conte", « Ne m’appelez-plus jamais France », que ce soit avec ou sans camélias, tel sera réitéré pour le final, le message initié, jadis, par Michel Sardou et dont, ici, sera porteuse, Jeanne Balibar qui, en fantôme de la mort, voue une admiration sans limite au metteur-en-scène d’outre-Rhin qu’elle jauge comme le plus grand de tous.

photo © Alain Fonteray

LA DAME AUX CAMELIAS - **.. Theothea.com - d'après Alexandre Dumas fils - mise en scène : Frank Castorf - avec Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Vladislav Galard, Sir Henry, Anabel Lopez, Ruth Rosenfeld & Claire Sermonne - Théâtre de l'Odéon


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